WERDET , LIBRAIRE - EDITEUR
49, tlUE DE SEINE.
LA MORT D'UN THÉOLOGIEN (protestant).
« Il n'y a pas de séminaires ici; ce grand homme » ne veut pas entendre parler de séminaires. Il ne » veut pas plus exciter qu'encourager la dogmati- « que protestante ou catholique, dont il fait à peu » près le même cas ; c'est la meilleure preuve de la j) supériorité de son génie ! »
Lettres de Diderot.
— Les plus aimables qualités du chien ne sont pas l'intelligence et la fidélité , c'est la confiance et l'indulgence.
J.-J. Rousseau.
Rien ne me tourmente et ne me serre le cœur comme d'entendre un chien qui hurle avec perùstance : quelque chose l'afflige ou l'effraie, II. 1
et l'inquiétude me saisit précisément parce que j'ignore ce qu'il prévoit ou ce qu'il redoute. Aussi, dès que j'en aperçois un qui se dispose à commencer ses lugubrations gémissantes , je m'enfuis en toute hâte , afin de ne pas le voir, avec les yeux errants, la queue dans les jambes et les oreilles baissées, tournoyer sur lui-même avec une anxiété fatigante, et chagrinante pour moi, car j'aime les chiens.
Dans la vieille rue Jacob, un de ces animaux, grattait tant qu'il pouvait à la porte d'une maison de pauvre apparence, où néanmoins il avait un vif désir de pouvoir entrer. Je passais; il me regardait d'un œil suppliant et séducteur, et je m'arrêtai presque malgré moi. Je courus ensuite à la sonnette de la maison, et il fut si joyeux de ce que je l'avais compris, qu'il sauta sur moi pour me lécher les mains, ce qui ne l'empêcha pas de disparaître aussitôt que la porte du vestibule fut ouverte.
— Qui sonne donc encore? marmotta la voix cassée d'une vieille femme qui se tenait dans
LA MORT lyUN THEOLOGIEN. S
une petite chambre à porte vitrée, sorte de salle basse et attenante au vestibule. A ces mots le vitrage s'ouvrit , et le chien se précipita dans la chambre en jappant et haletant de joie.
— Le voilà revenu , l'indigne animal ! il a sans doute brisé sa chaîne et s'est enfui de chez son nouveau maître.
— Est-ce toi , Néron, qui me lèches la main ? dit une voix faible et entrecoupée qui partait d'une alcôve où se trouvait le plus misérable lit du monde.
— Ah! mon Dieu! oui, la voilà, cette vilaine béte affamée I Hier vous l'avez vendue parce que vous n'aviez pas vous-même de quoi manger, et maintenant le voici encore, le maudit chien ; on n'a jamais que des désagréments et des embarras avec vous ! . . .
La vieille referma I;i porte ; mais, comme le rideau qui couvrait les vitres était déchiré, je pus scruter à loisir tout ce qui se passait à Tintérieur de la chambre. Sur un triste pupitre, au-
prés d'une fenêtre basse, étaient de vieux livres étalés çà et là, et une feuille de gros papier à moitié écrite, dontleslignesétaientparseméesde la poussière de bois la plus commune ; par terre gisaient quelques in-folios reliés en peau de porc ; pas de vêlements, pas de meubles, et un homme malade, dans un lit sans draps, sur une simple paillasse, la tête reposant sur un oreiller tout nu. .
— Va-t'en au diable avec tes caresses! — Je ne comprends pas, monsieur le candidat , comment vous pouvez souffrir qu'un animal aussi crotté et aussi dégoijtant vous lèche la main! A votre place, je saurais joliment le faire retourner chez son nouveau maitrc.
— Ilclas ! ma chère dame Gunther, je le voudrais que je ne le pourrais pas. Quand on est dans l'état où je me trouve, on n'a seulement pas la force de remuer le bout de ses doigts.
— Et pourquoi avcz-vous la phthisie? Je vous le disais bien assez, il ne fallait pas tant travailler la nuit. A présent (jn'on vous a mis l'cmplà-