‹ Les nuits de BerlinChapitre 2 sur 33 · LA MORT D'UN THÉOLOGIEN · texte numérisé non relu

LA MORT D'UN THÉOLOGIEN

tre, il faut espérer que vous serez bientôt débarrassé d'une manière ou de l'autre...

A peine avait-elle fini de parler, que le chien se mit à pousser des hurlements horribles. Assis au milieu de la chambre, il fixait avec un œil égaré, vitreux, ardent et magnétique la mauvaise couverture dont son maître était enveloppé, et il gémissait à fendre le cœur ; son aspect effrayait comme une vision de la mort.

— Veux-tu te taire ! Qu'a donc ce maudit chien pour hurler d'une manière si épouvantable ?

Tout d'un coup le candidat se redressa sur sa couche, tourna vers le chien , dont les lamentations étaient de plus en plus terribles , des yeux creusés par les privations et la douleur, attacha sur lui des regards presqu'éteints , et retomba ensuite comme anéanti sur le sale oreiller de ce grabat.

Aucune menace ne fut cipable d'empêcher le chien de hurler.

— • En tendez- VOUS, madame Giinther? mon cher Néron me chante la prière des morts. Oui, le sang cliaud m'inonde le cœur; je le sens. — Mon heure dernière...." — O toi, mon Dieu! donne-moi une paisible fin !

En vain la vieille grondeuse frappa le chien avec force d'abord, ensuite avec une rage fiilieuse ; les hurlements continuèrent long-temps, et se terminèrent par une sorte de bruit inarticulé, confus, et dont l'expression devint insaisissable.

— Ainsi, c'est inutilement que j'ai vécu ; c'est inutilement que j'ai travaillé ! — Tu me réclames et tu m'appelles à toi , être i[icompréhen- «ble ! — Mais , madame Gunther, n'avez-vous rien à me donner à boire ? — Néron, Néron, ne nie martyrise donc pas avec tes gémissements 1 Hélas ! (et ce n'est que trop vrai), on dit que les diiens ne peuvent supporter l'odeur des cadavres; déJLi mes pieds sont froids.

— Je t'assomme et je le tue, liète insuppor-

Page 1