‹ Les nuits de BerlinChapitre 23 sur 33 · II · texte numérisé non relu

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protestantisme ont marché dés l'origine à leur dissolution ; elles sont anivées h leur terme inévitable , et une partie de l'Allemagne protestante a fini par se prononcer hautement pour le déisme. Ce n'est pas d'une manière obscure ou partielle, dans quelque cercle élroit pour les limites, ou borné pour l'autorité, c'est avec une publicité manifeste, par grandes masses et sous la conduite du clergé protestant.

Le système actuel, qu'on appelle néologisme, avait fermenté long-temps sous les noms de critique sacrée, d'exégèse^ de nouvelle lumière et de christianisme raisonnable. Ses prédicateurs admettent et professent maintenant qu'il n'v a jamais eu de révélation immédiate , qu'il n'y a jamais eu de miracles , et que tous ceux mentionnés dans la Bible sont des faits purement naturels^ amplifiés ou mal exprimés par les écri-. vains sacrés. Il est certain que l'an dernier, le jour de Pâques, un des principaux pasteurs de Berlin a commencé son sermon par ces étranges paroles : Quoiqu'il ne soit pas certain

que Jésus-Christ soit ressuscité — (i). Selon ces novateurs, toute la doctrine exprimée par l'Ecriture-Sainte est un composé d'enseignements rationnels revêtus d'expressions obscures et tendues, de dogmes faux ajoutés par des copistes , ou même inventés par les rédacteurs, « hommes faibles , sujets aux passions comme » nous, et, qui plus est , privés de cette masse » de lumières qui font la gloire de notre siè- » cle (2). » A chaque expression des livres saints, les néologues attachent une idée purement naturelle. La sanctification, par exemple, est un effort libre et vertueux qui produit en eux la perfection ; la régénération n'est autre chose que la sincérité dans la résolution de mener une vie morale; suivant quelques-uns, le dogme delà chute de l'homme a quelque chose de vrai , mais c'est uniquement ce que nous en a fait connaître le sentiment intérieur ; la définition n'est

(1) Magasin Évangélique de Genève , Gazettes de Bavière, de Leipsig , etc.

(2) Journal Évangélique de Ferney-Voltaire.

pas très-claire, et l'opinion la plus générale est (jue ce dogme est absolument faux; mais, pour aucuns de ces docteurs, il ne saurait être appuyé sur l'autorité de la sainte Écriture, car elle ne contient que des mythes destinés à revêtir certaines vérités que la raison peut enseigner suftisamment. L'Évangile est donc, comme la Genèse et l'Apocalypse, une pure mythologie. Voilà pour la doctrine, et voici quant à la morale. Un livre de cantiques de Magdebourg, dont on vient de nous envoyer un exemplaire , appelle la croyance au diable et h l'enfer une vieille superstition ; mais il consacre en même temps toute une division de formules destinées h dissiper la crainte des revenants et leur inliucnce sur les esprits de l'air. Ce môme livre contient une longue suite de cantiques et de méditations, non pas sur le renoncement à soi-même, que l'Évangile a prescrit et que le Sauveur du monde est venu pratiquer, mais sur (( l'amour tendre et ré- 1) fléchi que nous devons avoir pour nous-mê- )) mes, et sur les soins assidus ([uc nous devons

DU PROTEST A:^TISME. l&l

» donner à notre propre corps, ce compagnon )) chéri de notre intelligence. » 11 est pourtant honteux et malheureux, dit le Magasin Évangélique de Genève, tom. ni, pag. 28, que l'on ait amené les protestants d'Allemagne à chanter publiquement dans la maison de Dieu des choses pareilles à celles-ci... On \ient aussi de publier à Weymar un recueil d'oraisons dans lequel une amante abandonnée se plaint à Dieu de l'inconstance de son amant , en attribuant à l'action de la Divinité sur son être l'ardeur qui la consume et la jalousie qui la fait languir, u En » effet, observe l'auteur ascétique ; et qu'est-ce » que l'amour, a^'ait dit madame de Staël, si ce )) n'est l'essai des ailes de l'àme ? » On est d'abord étonné de trouver une prière établie sur un texte de madame de Staël ; mais , comme on le voit, c'est une oraison pour des amantes abandonnées et néologues ; et la prière XVIÏ, où « l'homme robuste et malheureux se dispose )) à briser les chaînes de sa vie, )) est également fondée sur l'autorité biblique et néologique de

182 ÉTAT GÉNÉR.iL

cette pieuse et supérieure baronne ^ comme rappelle l'auteur allemand.

L'orgueil , la sensualité , la révolte , la Tengeance, le meurtre même, en certaine occasion , se trouvent admis, sanctionnés et consacrés par la néologie calviniste , et l'on n'a pas oublié qu'un ministre évangélique était allé donner la cène au meurtrier de Kotzebiic pendant qu'il soutenait que son crime était un acte de vertu ( i). Au dernier anniversaire de la réformation , certains prédicateurs ont pris occasion de cette fête si pieuse et si chrétienne (2) pour exhorter la jeunesse des universités à conquérir sur les autorités souveraines , et par la force , l'antique liberté des Germains. Ces nouveaux réformateurs viennent enfin de nous accorder que Luther et Calvin, Zwinglc, Melancliton, Ridley, n'étaient autre chose que les néologues de leur siècle, et (( c'est de leurs bras nerveux , disent-

(1) Voyez la Correspondance de Lindl et tous les journaux autrichiens.

(2) Journal Évang(?lique de Fernej-Voltaire.

M ils, qu'en saisissant la liberté religieuse ils nous » ont imprimé le généreux élan qui nous fait « mouvoir aujourd'hui. »

Quant à la réunion qui vient de s'opérer dans les états prussiens entre les luthériens et les calvinistes, on en a fait grand bruit, et l'on voit le jugement qu'il en faut porter. Ces dissidents n'auraient jamais pa s'accorder entre eux s'ils avaient suivi leurs confessions particulières et les actes de leurs synodes, et les deux sectes néologues de l'Allemagne n'ont pu se réunir que parce qu'elles rejetaient la divinité des livres saints. Ce sont deux cadavres qui s'étaient soulevés pour se tendre la main, et qui sont retombés dans la fosse.

Cette réunion de sectaires a pris le nom de chrétiens évangéliques , d'abord pour se soustraire aux décisions des premiers réformateurs, et pour pouvoir ensuite attaquer ouvertement certaines vérités que ces hérésiarques avaient épargnées.

Ils ont trouvé des co-sectaires en France ; mais les néologues français veulent qu'on les suppose

chrétiens, et même calvinistes. Ces associés bibliques aflectent encore chez nous un certain respect pour la Bible ; ils se cachent derrière leur échafaudage de confessions et de professions de foi disparates ; et c'est du moins une espèce de rempart contre leurs nouvelles lumières .

Après avoir montré que la doctrine et la morale chrétienne sont également exilées des sectes protestantes , nous pourrions exposer ici ce qu'on cherche à leur substituer; mais nous y reviendrons plus tard, et nous l'avons déjà fait entrevoir.

(( Le mal est parvenu jusqu'à son comble, » écrit un auteur dont le témoignage ne sera )) pas suspect ; les effets visibles de l'impiété et » ceux qu'on prévoit encore ont fait frémir les » chrétiens ! oui , même les chrétiens tièdes et » lâches. Les cris poussés en l'honneur de Baal » ont enfin réveillé les adorateurs du vrai Dieu; » disons plus, toutes les causes secondes, acces- » siblcs à notre vnC;, ne suffîscnt pas pour ex-

» pliquer le grand travail qui s'opère actuelle- )) ment clans la chrétienté... Il existe visiblement » un agent invisible qui travaille en même temps ;) dans tous les lieux pour opérer un même ef- ))fet... On éprouve partout une espèce de joie » dans l'attente de quelque grande œuvre spiri- :» tuelle — Nos églises extérieures, divisées de » fait en deux parts si distinctes , les incrédules )) et les croyants , ne peuvent rester plus long- )) temps unies, môme au dehors. Il ne peut exis- » ter d'alliance entre le Christ et Bélial dès » que Bélial ne se déguise plus.

)) Les choses en sont au point que bientôt )) peut-être cette union ne sera pas plus possible )) qu'elle n'est permise ; et les chrétiens qui ne )) voudront pas rompre ouvertement avec les » néologues se verront à la fin rejetés de ceux- » ci dans tous les endroits où ils dominent.

» De là toutes ces églises particulières qui se » forment en Allemagne. 11 y a dans la Prusse et )) le Wurtemberg des districts entiers où l'on en )) trouve dans chaque village. Les indifférents

liBè ÉTAT GÉNÉRAL

)) s'accordent à les envisager de mauvais œil , el )) à en accuser les membres d'orgueil et d'into- )) lérance... INIais elles sont dues h un besoin de )) nourriture spirituelle qui n'est plus satisfait » dans nos temples. Nos temples , hélas ! les )) néologues en ont fait des tombeaux. Il y a )) des pays en Allemagne où toutes les classes •>■) du peuple ont abandonné leurs églises par dé- » goût pour les doctrines aussi absurdes qu'im- » pies qu'on venait leur proposer. Il faut aux » hommes un Rédempteur ; c'est une vérité )) d'expérience, et le peuple sent, mieux qu'une )) partie de notre clergé, qu'au Dieu fils de Dieu, » immolé pour nous , nous devons plus que du » respect (i). Oui, l'Allemagne pleure sur les » ravages qu'ont exercés dans ses églises ces )) loups dévorants qui se sont cachés sous la )) pourpre royale et sous la robe du pasteur ; » elle pleure , et un grand nombre de ses en- »fants reviennent de leurs illusions. )>

(1) Expression du nouveau Catéchisme prussien.

DU PROTESTANTISIUE. 187

Ces aveux d'un écrivain protestant sont extraits du Journal évangélique de Genève, et nous n'y joindrons aucunes réflexions.

Nous allons parler de l'état du protestantisme en Angleterre, aux Indes, en Hollande et dans les États-Unis. Nous ferons connaître l'état des missions que les protestants ont essayé d'établir sur la côte d'Afrique et dans les iles de l'Australie. Nous parlerons aussi des entreprises et des opérations bibliques, en concluant avec Bossuet que l'hérésie conduit, parle déisme, à l'athéisme, et que l'erreur ne saurait aboutir qu'à la destruction.

MISSIONS (protestantes).

saaSS^^SÏâ (protestantes).

Les premiers protestants à qui les annales du protestantisme ont donné le nom de missionnaires furent une compagnie de puritains écossais, qui s'enfuirent en Virginie sous le régne de Charles I", et qui sollicitèrent des secours publics, afin de pouvoir annoncer l'Évangile et Vindépendance religieuse aux naturels du pays. Le roi Guillaume III leur donna pour cela des lettres-

192 DUSSIONS (PROTEST.iîmîS).

pateiilcs. Robert Boyle avait légué cent louis pour leur établissement, et voilà tous les détails qu'on ait pu recueillir sur eux.

Une autre association fut établie par des évèques anglicans en 1698 : elle était destinée pour éclairer la coiniaissance du christianisme dans les royaumes et les colonies britanniques. « Sa première souscription n'a pas été renou- » velée, et ses résultats n'ont jamais été con- ))nus )) (i).

A peu prés vers la même époque , un savant danois, nommé Ziegcnbalg , fonda , sur la côte de Goromandel, une espèce d'académie de littératiu'e sanskrite et de prédication protestante qui s'est maintenue jusqu'à nos jours. C'est un poste lucratif, et , suiAant le Missionavj register, les apôtres luthériens peuvent faire en peu d'années une fortune considérable à Tanjaor. Le même ouvrage a souvent fait mention d'un de ces nababs évangéliqucs, appelé M. Schwartz.

(1) Esprit des Missions Britanniques, Regist. T, page 20.

MISSIONS (protestantes) . 193

C'était l'honneur de la mission danoise; il a fait bâtir une chapelle avec le fruit de ses épargnes^ et la compagnie des Indes-Orientales (( invita les )) habitants du pays à respecter son tombeau. »

La société pour édifier l'Amérique septentrionale avait pour but l'éducation chrétienne des sauvages ; mais, quand les États-Unis se rendirent indépendants, elle voulut borner ses bienfaits au petit canton de New-Brunswick , parce qu'il était resté soumis à la couronne d'Angleterre. « Depuis ce temps-là, son activité » s'est encore ralentie » (i).

Une société pour Vinstruction religieuse des nègres fut établie par Fëvèque Portews , qui la conduisit avec beaucoup de zèle, (c II est )) vrai que le succès ne répondit point à ses tra- )) vaux (2). ))

La société pour faire connaître l'Évangile et pour améliorer les mœurs dans les pavs étran-

(1) Esprit des Missions Britanniques, chap. I, art. m.

(2) Art. IV du même chapitre.

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