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Transportons-nous, enfin, dans les contrées où ces missions sonfi les plus lloi-issantes ; dans les pays où le gouvernement, protestant^ n'est entravé par aucun obstacle constitutionnel ; dans les Indes orientales où le pouvoir des Ariglais est despotique , où l'Église anglicane est constituée. <>uels sont les travaux, les succès et les délassements des missionnaires britanniques? Nous allons l'apprendre d'eux-mêmes.
(( Mille bras armés de dards, d'épées, de Ué- )) ches sanglantes et de tous les instruments qui » peuvent servir h la destruction , des langues ,)) aiguës faites d'ossements humains et sor- )) tant d'une gueule cuilammée! Tels sont les )) traits affreux qui caractérisent la noire déesse ! )) — Lorsque j'entendis annoncer la procession » du matin, je sortis, et les rues étaient dt^à
(l'Angleterre ou ses a^nats, un duc de Suthcrland , par exemple, un lord Granvitle, irout-ils donner leur grand et vieux nom de Levezou-Gowcr à de peiils nègres? Quel est le gentilhomme anglais qui ne se pique de noblesse, et quels sont les bourgeois riches qui n'imitent pas la gentrtf ?
Erasme disjiit : ■< Il y aura toujours quelque chose de mk/m dans » tout ce qui viendra de» prolestants.»
)) remplies 4 une foule innombrable. Le chef )) des bramines, me passant une guirlande d& i)Jlei4rs autour diç caiit j me pria de marcher )) devant la, déesse jusqu'à Ja pagode où on al- )) l^it la déposer. Je fis prés d'un quart de lieue )) ps^r une chaleur très-pénible... — Les saints j) brachmanes et moi, nous marchions devant )) r idole j tandis que des prêtres avec des cven- » tails nous protégeaient contre la poussière et )) contre les insectes (qui sont véritablement in- )) supportables par les douleurs que causent leurs » piqûres). Enfin , le char arrive à la pagode, )) tous les regards sont tournés vers la déesse , » etc. ))
Une autre fois, ces messagers de iérité vont porter des présents au Deogunesa ; Dieu de la prudence. (( 11 s'est incarné dans la personne » d'un jeune garçon qui fait toujours aux ecclé- )) siastiques anglais u?i accueil très-honnéte. «
Voyons maintenant quels sont les fruits de leurs exemples, de leurs doctrines et de leurs travaux religieux et philan tropiques.
228 ÉTAT DU CHRISTIAISISME
L'année dernière, à Pan jab, on a publiquement sacrifié deux jeunes filles au géant Pouîéar. Onze personnes, en i835, ont été écrasées sous les roues du char de l'idole Paravardi. Il est vrai que les tribunaux anglais , à Bénarès , ont interdit de sacrifier des enfants aucc Jleuves ; mais, dans le courant d'un mois, cinquante-trois entants ont été précipités dans lellouglv par leurs parents, et le rivage était couvert de malheureux idolâtres qui poussaient des cris de joie féroce en voyant que ces innocentes créatures étaient dévorées par les requins!... Enfin, dans l'espace de six mois, et dans un rayon de vingt lieues autour de Calcutta , deux cent quarante-sept femmes ont été brûlées vivantes .çowj /e^'^ez^r de r autorité j porte la relation du D. Grahm. Une d'elles avait paru manquer de courage , son fils la repoussa dans les flammes , et la main se refuse à tracer les détails affreux de cette exécution (i).
(1) Voyez le Magasin Évangéliquc (Je Genève; troisième li- \ raison.
Un ministre protestant, nommé Samuel John, a cru pouvoir assurer que nos missionnaires avaient envoyé près de lui le bramine Idher, un idolâtre obstiné, forcés qu'ils étaient de reconnaître ainsi la vérité des doctrines et la fécondité des missions protestantes.
La seule mission de Travangore contient quatre-vingt-six mille catholiques ; leur tribu des Naïres était la plus orgueilleuse de l'Inde ; elle était renommée pour sa férocité dans la superstition; l'Évangile v fut annoncé par des missionnaires français il y a près de deux siècles ; elle est encore dirigée par deux cents prêtres chrétiens, humbles, soumis et fervents , et sur la rive du Comor, où nos missionnaires ont planté la croix, l'humanité n'a plus à gémir (i).
Cependant la régence des Indes, avec tant de puissance et de libéralité, par politique et pour affermir son pouvoir, enfin par ostentation d'humanité, par philantropie, n'a-t-elle pas secondé
(1) Voyez Lettre de M. l'abbé Du Bois, missionnaire aux Indes , à M. l'archidiacre de Bombav.
les efforts de ses missionnaires , et n'a-t-elle pas accordé des privilèges aux Indiens con- Yertîs ?
Hélas! les indigènes protestants sont en fort petit nombre aux Indes, et nous ne croyons pas que ce soit par une erreur typographique que la relation nouvellement imprimée n'en mentionne que quatre sur toute la population du royaume de Lalior. « Encore ces prétendus convertis ne sont-ils chrétiens que de nom. )) Voilà ce qu'on écrit des Indes à la société des Missions de Londres, et nous empruntons les expressions d'un évèque anglican : (( Ils ne sont touchés que *>) des avantages attachés h la profession du chris- )) tianisme \ ils adorent en secret leurs idoles «monstrueuses, et rendent un culte journalier » aux esprits infernaux. Il nous faudrait des pas- )) teurs pleins de zèle et de bonnes œuvres, ar- » dents à la prière et h la prédication, des hom- » mes courageux^ qui fussent eu état cVap- •» prendre une langue étrangère et d' enseigner » l'Evangile... Sans cela, l'œuvre d(?s missions
!» protestantes est menacée d'une ruine totale «et d'une prochaine destruction (i). n
Voudrions-nous suivre encore ces missionnaires aux glaces du Spitzberg ou sur les rives du Sénégal ? Nous trouverions autour d'eux la férocité dans les ténèbres et la plus stupide idolâtrie. Dans la station des anabaptistes à Canoffée , on adore le génie du mal! de prétendus néophytes viennent ruiner, dans l'espace d'une nuit, les bâtiments de la Mission ; ils élèvent, avec leurs débris et siar le lieu même , une chapelle ait diable ! Le chef des Buloms , catéchiste et calviniste zélé, propose aux missionnaires de leur vendre sa fille ; on refuse de l'acheter, et l'on apprend, quelque temps après, qu'il l'a fait enterrer vivante. Enfin, les Khéroskes et les Magatuques sont restés cannibales, et c'est dans les champs de la Mission qu'ils dévorent leurs prisonniers î
Ainsi, de l'aveu même de ces prédicants, et (l) Esprit des Missions Britanniques, XXI.
232 KTAT DU CHRISTIANISME
dans tous les établissements religieux fondés par ces ennemis de l'Église, on adore des monstres, des insectes, des brutes ; on immole ses enfants, on égorge les captifs pour se repaître de leur chair ; on rend un culte au diable ; on fait des sacrifices abominables à l'ombre d'un temple chrétien , sous les yeux des missionnaires , et leurs travaux n'y sont point couronnés par celui qui donne mission. Ce n'est pas aux chrétiens de leurs colonies que leurs prédications sont plus salutaires. On a vu ce qu'ils tolèrent dans les Itîdcs. Les Anglais de la Jamaïque, ainsi que Jcs républicains des États-Unis, iont mettre leurs nègres en prison quand ils sont allés recevoir le J^aptcme ; les Hollandais du cap de Bonne-Espérance échangent les leurs contre des bestiaux , pour peu qu'ils soient allés entendre un sermon ; et, dans toutes ces colonies, les missionnaires protestants n'ont pu même obtenir pour les esclaves la permission de se marier entre eux (i).
(1) Esprit dos Missions Britanniques, Missions Rcgisler, Magasin de GcnùvOj clc.
Voilà pourtant des hommes qui ne manquent ni d'ardeur ni d'habileté ; ils sont humains, je l'accorde, et même ils sont bienfaisants pour la plupart. Sans parler ici des Bibles et des florins du roi de Prusse, ilspeuvent compter parmi leurs ressources les trésors de l'Inde et les vaisseaux de l'Angleterre, et tous leurs moyens sont magnifiques comme leur entreprise. D'où vient donc l'inanité de leurs œuvres, et pourquoi leur parole est-elle un vain bruit aux oreilles de l'homme, et comme un cri pour les échos du désert? C'est qu'il leur manque I'Autoritk ! c'est que l'efficacité dans les missions religieuses tient à la nature même de la doctrine, et que la suite inévitable de leurs travaux c'est la stérilité. Gomment s'y prendront-ils , en effet ^ pour faire connaître la Bible , et que peut dire un missionnaire protestant quand il la distribue ? — (( Ce livre suffit pour opérer votre bonheur )) et votre salut, car l'esprit de Dieu guide, éclaire )) et soutient infailliblement tous ceux qui médi- )) tent son œuvre. — Les hommes qui vous l'in-
234 ÉTAT DU CIlRISTIAMSlME
n tcrprètent avec autorité sont des imposteurs » et des tyfans ; vous étiez nés pour être hcu- » peux et libres ; affrauchisscz-vous d'abord sous » le rapport de la pensée. - — Lisez premicie- » ment tels versets dans tels chapitres ; nous les » avons traduits fidèlement pour que vous puis- » siez les comprendre , et si vous les entendez » bien vous allez penser comme nous. »
Voila comment on s'y prend en Europe ; et dans les pays infidèles , on n'a sans doute aucun motif pour s'expliquer avec plus de ménagement. Cependant , quand un missionnaire anglais a parlé de la Bible et donné la Bible , il écrit sa lettre édifiante à la Société biblique de Londres et continue ses voyages ; il arrive ensuil^ un missionnaire danois avec la relation de son prédécesseur à la main ; il s'arrête, il cherche et ne voit pas trace de mission. S'il veut distribuer des Bibles, on lui répond qu'il n'y a que le roi qui sache lire, et qu'on a déjà reçu plusieurs fois des li\Tes pareils au sien. Le chef des Hottentots, Ma^kana , par exemple, est resté
chrétien ; W sait lire, il médite la Bible , mais il soutient, la Bible à la main, qu'il est issu de la sainte Vierge et que Dieu n'écoute jamais les prières quand elles ne sont pas proférées en hollandais (i). Le roi de Ziaw^ pour qui l'on avait traduit la Genèse en moluquois , en a conclu qu'il fallait adorer les serpents, par la raison que le serpent s'y trouve désigné comme le plus subtil et le plus prudent des animaux. — Parlerons-nous d'un nègre, missionnaire des Moraves, et baptisé par eux sous le nom de Cupido, qui dispute sur l'Exégèse et qui traduit la sainte Bible, en en retranchant l'épître catliollque de saint Jacques ? Il ne reste qu'à déplorer la folle confiance et la témérité de ces polylogues ; ils traduisent la Bible en chyngulais, en baloch, en affghan, tandis qu'ils ne peuvent pas s'accorder pour la bien traduire en anglais ! Ils se disputent entre eux sur un des textes les plus précis de la sainte Ecriture , sur une parole du Sauveur qui
(1) Relation du D. Rcad^ page 45.
brille de clarté ; ils ne peuvent convenir de la valeur d'un terme grec , ni de la ponctuation d'un mot hébreu; et c'est après avoir étudié le moha.v,'ks pendant pj'ès de huit mois qu'ils transportent lîrusquemcnt un livre sacré qu'ils ne sont pas sûrs de comprendre , dans lui langage qu'ils peuvent à peine savoir, dans les dialectes les plus sauvages , où l'on ne peut dénommer que des objets très-matériels, où l'on manque souvent de noms, de temps, de cas, et quelquelois de genres et de nombres (i).
La plupart de ces traductions sont dirigées par des anabaptistes ; tout porte h croire qu'ils en font une opération mercantile, et nous pouvons juger s'ils ont le génie des langues, par la manière dont ils écrivent dans la nôtre. D'ailleurs, où sont les autorités et quels sont les juges établis pour maintenir et vérifier la fidélité de leurs
(l)On a traduit une partie de la IViblc en petit vamaqnois , et c'est un langage aussi pauvre que celui des anciens Tliraces. On n'y peu! compter cpio jusipi'à quatre, cl au-delà de ce nombre, les sauvages montrent leurs cheveux.
DANS LES iMISSIONS PROTESTANTES. 237
versions? Sera-ce les membres de la société biblique , des commis de l'amirauté, des armateurs de Londres et des paroissiens de Mary-la- Bone, ou des chapelains du roi de Prusse ? il n'importe ! ces Bibles sont calvinistes, on eu a retran- ( hé, dansl'Ancien-ïestament, cent-soixante-neuf chapitres comme apocryphes , et si la nouvelle loi s'y trouve exprimée suivant des opinions erronées et particulières aux traducteurs, ce sont toujours des versions de la Bible qui ne sont pas approuvées par l'Église romaine; il est donc très-désirable et très-essentiel qu'on les fasse lire ou distribuer par des catholiques : un acte de révolte est toujours un pas vers l'affranchissement ! Où peut aboutir cette entreprise du calvinisme, si ce n'est à profaner les livres saints en les altérant ; en sacrifiant h la pauvreté d'un idiome, ou suivant l'inlelligence et les caprices du traducteur, une portion du dépôt qui devait rester dansle sanctuaire? Quel peut être le fruit de ces traductions? Si vous les donnez à des païens qui ne sachent pas lire, et ceci doit arri-
2S8 ÉTAT DU CHRISTIAMSîHE
ver souvent, ces livres ne profitent qu'aux entrepreneurs qui les ont fait imprimer pour les ven- «Ire. S'ils trouvent des lecteurs, comprendra-t-on ce qui se trouve dans la Bible , et n'y Acrra-tron pas ce qui n'y est point ? Vous nous apprenez curieusement que les jésuites ne se contentent pas de verser de Veau sur la tête d^un Chinois pour eujrtire un catholique; mais vous conviendrez qu'il ne suffit pas de jeter une Bible à la tête d'un Iroquois pour en faire un chrétien (suivant la confession (rAugsbourg). Vous lir nissez par nous ï^vouer, et vous convenez, enfin, que la lecture ne profite jamais dans les missions sans l'enseignement assidu. C'est nous accorder que récriture a moins d'efficacité que la parole; et, puisque la chose est ainsi, séjournez dans vos stations au lieu de vovager incessamment comme vous le faites ; surveillez vos néophytes avec plus do sollicitude, et pour peu qu'ils deviennent moins féroces ou moins stupides, on pourra vous accorder que vos sociétés des missions sont plus utiles que vos sociétés bibliques.
(( Appliquez-vous d'abord à bien comprendre )) les saintes Écritures, elles vous rendront té- )) moignage de nous(i). Fuyez les discussions )) vaines, et n'accordez jamais aux nouveautés j )) faites connaître l'Évangile à ceux qui vous en- » VOIENT, à ceux qui vous entourent et qui sont )) assis dans les ombres de la mort ! . . . Vous )) pourrez ensuite aller porter la parole de vie )) aux extrémités de la terre ; nous vous deman- » derons alors de participer à vos sacrifices : )) puissent-ils devenir agréables à Dieu! puis- )) sent-ils devenir profitables à vous , à vos frères, )) à tous ceux pour qui vous les aurez offerts! »
(1) Réponse du pape Clément XI aux envoyés derÉglisede Corfou.
SUR l'État des missions catholiques DANS LES PAIS ÉTRANGERS.