RÉSULTAT DE CES MISSIONS
Sociétés blbllqaes et leurs effetSi
Le calvinisme, depuis sa naissance, a combattu sous plusieurs formes. Il s'était montré d'abord fanatique et sanguinaire , il ajCrié pendant longtemps indulgence absolue, tolérance universelle et philantropie ! [On le retrouvait toujours astucieux et persécuteur. Nous l'avons vu naguère
indifférent pour les doctrines^ et passionné seulement pour le bonheur des peuples; il annonçait que les brahmes , les guèbres et les musulmans doivent participer, sans changer de croyance, au bienfait de la rédemption. Il est revenu sur luimême, il arbore aujourd'hui l'étendard de la Croix , et c'est l'Évangile à la main qu'il vient troubler l'Église et défier les soldats du Christ !
L'institut biblique de Londres a répandu seize cent mille exemplaires d'une version fautive de nos livres saints, mutilés pour le texte et falsifiés dans la traduction. Il s'est élevé deux cent quarante sociétés bibliques ; elles se sont affiliées pour propager l'erreur , et plusieurs de ces sociétés ont fait réformer la version française et catholique de la Bible de Sacy, suivant la vendrable traduction du docteur Luther (i).
C'est pai'l'/w^/'/me/ve que le miracle du salut doit s'opérer, écrivait dernièrement lui élève des
(1) Mission. Rcgist. XXII. Gazelles de Berlin, de Neufchàtel, etc.
DANS LES iMISSIONS PROTESTANTES. 21^
missions deBàle (i) ; et la société qui l'envoyait en Syrie avait peut-être mis dans sa version de la Bible : — Allez et imprimez , au lieu à^ Allez et enseignez.
Le temps n'est plus de discuter avec les calvinistes et les luthériens sur l'inefficacité de l'Écriture. Elle esta l'enseignement ce que l'image est à l'homme , avait dit un père de l'Église grecque ; et les controverses établies entre toutes les sectes protestantes issues du luthéranisme , ont suffisamment démontré quel abus on peut faire des textes sacrés quand on n'est pas guidé par l'autorité des traditions et des décisions catholiques.
C'est donc l'intelligence humaine qui doit être la seule autorité des protestants. On le reconnaît à leurs œuvres. On peut à peine arriver à temps pour les surprendre aujourd'hui dans une opinion quelconque. Luther avait nié l'existence du purgatoire ; il y a des temples luthériens où l'on prie
(1) Magas. des Miss, de Bàle, 10« liv., p. 70.
216 ÉTAT DU CHRISTI.iNISME
pour les morts (i). Calvin, qui proscrivit le culte des images , avait prescrit le baptême ainsi que l'usage de la communion; h présent les calvinistes prussiens s'agenouillent devant des images , et, certes, il ne manque pas de familles calvinistes où l'on néglige les cérémonies de la Cène et du baptême à^eau. Enfin, les premiers réformateurs avaient souscrit au dogme de la Trinité sainte, et leurs sectateurs viennent de se réunir en Allemagne en blasphémant la divinité du Verbe î Les théologiens hollandais admettent l'utilité , si ce n'est la nécessité des bonnes œuvres^ et les doctrines protestantes n'ont pas même aujourd'hui assez de consistance et de fixité pour pouvoir être soumises à la discussion.
L'éducation religieuse des païens n'est pas la principale opération des sociétés bibliques , et c'est dans les pays cathoHqucs que les missionnaires protestants sont leurs agents les plus ac-
(1) Et notamment dans l'cgUsc de Berlin , dite de XVmon-Évan- (jéUque.
tifs (i). Ils font gémir l'Italie , la France et les Espagnes sous le poids de leurs Bibles. Ils ont entrepris de surprendre la doctrine de l'Eglise syrienne en faisant adopter le formulaire de l'Église anglicane aux vieux chrétiens de Saint- Thomas ; mais malgré les phrases à double sens et les déclamations des recueils propagandistes^ on peut être sans inquiétude sur cette tentative du docteur Baylay. On n'a pas besoin de signaler ici la persécution cauteleuse et les insignes violences du roi de Prusse à l'égard de ses sujets catholiques. Le fanatisme bilieux et la tyrannie de ce vieux roi retentissent dans toute la chrétienté ; mais il est bon de mentionner cette dernière révélation des journaux de Berlin pour annoncer
(1) On pourrait dire leurs facteurs. Il est possible qu'ils donnent des Bibles , mais il est certain qu'ils en vendent, et si la Société-mère , à Londres , a dépensé plus de sept millions de francs , ces dépenses ont été pltts que couvertes par le profit des recettes. On peut vérifier cette étrange assertion dans la cinquième livraison du Magasin Évangéliquc de Genève, page 24, et l'on y verra que la vente des Bibles n'est pas la partie de leur entreprise dont les associes s'applaudissent le moins.
que le gouvernement prussien s'occupe aujourd'hui (Je la rédaction d'une loi pénale applicable aux ecclésiastiques des diocèses de Cologne, de Trêves, de Paderborn et de Munster qui refuseraient, dans certains cas, Vabsolution sacramentelle à leurs pénitents catholiques. Un publiciste allemand vient d'oljscrver, à propos de cette déclaration du cabinet de Berlin , que Y esprit de vertige aboutit presque toujours à la démence. Nous trouvons aussi dans les journaux des États- Unis que les républicains de New-Yorck viennent de faire traduire notre Contrat-Social et leur Bible presbytérienne en langue portugaise. Ils ont envoyé des missionnaires aA ce une cargaison de projectiles et d'armes à feu aux Américains de Bio-Grande , et l'on peut juger si le triomphe de l'Evangile était le principal objet de leur expédition. Au reste, les insurgés Brésiliens pouvaient avoir besoin de leurs munitions ; mais on ne voit pas ce qu'ils avaient à faire de leurs missionnaires et de leurs exhortations; car ils étaient en pleine révolte depuis dix-huit mois.
DANS LES mSSIONS PROTESTA^^TES. 219
Nous dirons cependant , à l'honneur des Anglais, que leurs combinaisons bibliques et mercantiles ne sont pas toujours aussi rétrécies que celles de ces Américains. On avait fait h Londres, il y a quelques années, une spéculation religieuse et commerciale sur les psaumes de David, mais les détails en ont été publiés avec inexactitude, et nous allons en parler avec une sincérité parlaite.
Une société des missions britanniques, ou peut-être la compagnie des Indes orientales, avait fait traduire le livre des Psaumes en éthiopien, et l'on envoya tout aussitôt des associés bibliques pour en porter vingt exemplaires à la cour d'Abyssinie. On pourrait observer sans irrévérence que le prétexte d'un si grand voyage était plus frivole que son motif secret.
La compagnie des Indes , ou la société biblique, commença par donner des Psautiers, des pièces de brocard , des iîls de perles et des instructions à ses missionnaires , au nombre desquels il se trouvait deux é^^ngélistes berlinois ;
on fit pour eux des prières publiques et solennelles, on les conduisit comme en triomphe à bord de leur navire, et tous les journaux évangéliques se mirent à prophétiser que la compagnie, l'État, l'Église, la bourse et les missions allaient avoir mille grâces à rendre au roi des trois Éthiopies; qu'il allait, sans aucun doute , adopter la liturgie d'Edouard VI; que c'était un ami du peuple anglais, un prince magnifique, et qu'il était, sanscontredit, le descendant et le digne héritier de la reine de Saba.
Voici la suite et les résultats de cette entreprise industrielle. Le roi d'Abyssinie fit arrêter les missionnaires ou commissionnaires anglais et prussiens à la fi'ontière du Sennaar, et fit répondre à la société qui les envoyait en ces termes-ci :
« Que le Ciel me préserve de votre entrée, et » vous préserve dans la sortie de mes états !
)) Apprenez que la coutume de mes royaumes, )) c'est de mettre, après les cantiques du saint » roi David , mon alcul, sept hymnes quoli-
)) diennes en l'honneur de Marie Mère de Dieu, » notre Dame et toujours Vierge. Quand vous )) écrivez, écrivez donc ce qu'il faut écrire , et » sachez que vos petits livres sont en caractères )) mal formés.
)) La paix de Noël et la science des choses » puissent-elles parvenir jusqu'à vous! n
Il paraît que la société fit imprimer cette lettre avec des additions, des omissions et des changements notables; entre autres, le traducteur biblique avait pris la paix de Noël pour un seigneur abyssin, et sa version porte : « J'en- )) voie cette lettre par l'illustre Nathanoèl. )) Peace, à vous, les princes du savoir! »
On imagine aisément que les écrivains évangéliques ont changé de langage ; le petit-fils de Salomon est devenu, sous leur plume, un despote exécrable, un idolâtre , un misérable nègre, et sa généalogie fabuleuse est un tissu d'absurdités.
Les consistoires et les universités de la Prusse
fc^irnissent un assez bon nombre de missionnaires ou d'évangélistes ; mais il est assez remarquable que le principal du collège de Saint-Domingue soit un envoyé de l'Église royale d'Angleterre, et voici les raisons qu'en donne un journal calviniste : ce Les élèves de M. Morton )) appartiennent aux premières familles de l'an- )) cienne cour d'Haïti ; ils peuvent être appelés )) à remplir un jour les charges les plus impor- )) tantes du gouvernem^ent , et l'on peut exercer » par eux une grande influence sur l'avenir de )) cette fertile et populeuse contrée. »
Si nous passons des Antilles aux plaines de la Cafrerie , nous trouvons que les frères moraves y sont beaucoup moins appliqués aux travaux de la régénération qu'à l'économie rurale. A Bethelsdorff, par exemple, (( la ferveur religieuse est )) tout-à-fait ralentie; mais, par contrée ^ l'agri- » culture a fait des progrès, la civilisation mar- » cbe, et la bénédiction du Père universel va re- » poser sur les guérets. La sanctification du di- » manche n'est pas religieusement observée;
» maison s'abstient assez généralement des actes » commerciaux pour ce jour-là (i). »
Dans les îles de l'Australie, les missionnaires anglais sont tout à la fois prédicateurs, législateurs et conquérants. On les voit occupés à rédiger des constitutions et des codes civils et criminels ; ils font assembler des peuplades pour discuter, pour délibérer, pour asseoir l'impôt qui se paie en plumes roupes, en arêtes de poissons et en fèves de piquifaou. Ils parodient nos grandes machines constitutionnelles, et travaillent surtout et avant toute chose, à V amélioration de V existence, civile etmatérielle des peuples. Il parait que cen'est pas toujours sans opposition ni sans violence, car ces témoigneurs de la loi débonnaire ,
(1) Le Magasin Évangélique de Genève avait publié les détails d'une mission que le frère Kohi et le frère Meister venaient de faire au Labrador, mais il est impossible d'y trouver autre chose , sinon que les Esquimaux ont dit à ces prétendus missionnaires : — Inouit, inoiiH et Kablounet. Les deux Moraves expliquent cette phrase comme ils peuvent, ou plutôt comme ils veulent. Mais si la physionomie des mots n'est pas trompeuse, ce doit être une figure de rhétorique que les grammairiens ont nommée X'ironadhésion. On trouve toujours dans les relations des frères mora" ves qu'ils ont de la peine à se faire écouter sérieusement.
22Zi ÉTAT DU CHRISTIANISME
comme disent nos vieux cantiques , ont pris parti clans les guerres civiles d'Otahili : (( L'ac- )) tion fut chaude et sanglante, porte la relation )) de ces missionnaires , et nous avons marché » des premiers à l'ennemi ! »
Ils allaient annoncer l'Evan£ïile, et leur bouche a proféré àespaj'oles de meurtre ! Ils ont blessé de leurs épées ^ et leur règne a été combattu (i).
(1) Voyez Esprit des Miss. Britann., Mag. des Miss, de Bàle, JNIag. Evang. de Genève, sixième liv., p. 77.
Les choses ont bien changé de face aux îles Géorgines ; Satan s'est enfui , et le roi Pomar est nommé président de la Sodétc Bildir/ue d'Otahili, qui va s'affdier à la Société Biblique de l'i'e Sainte-IIélcne I
Pour apprécier 1 œuvre des INIissions protestantes , il suflit de jeter les yeux sur les relations de leurs envoyés. Ce sont ordinairement des on dit : — * Il parait qu'à l'ile de Teturoa ; — » l'on rtWîo'c qu'à Tapuamana ; — nous pourrons bientôt annon- » ccr qu'à l'ile d'Eims , les douces paroles de la bonne nouvelle V vont remplir l'atlcnte universelle, etc. » Leurs lettres sont toutes composées d'interjections fades et de bénédictions téméraires ; ils y parlent continuellement de leurs épouses chéries, de la haute considération qu'on leur témoigne , et du prix des denrées dans leurs stations ; ensuite ils arrangent des dialogues fictifs entre de petites mahoraétanes et de petites sœurs Moraves : ils nous envoient de Surate et de Paramaribo des anecdotes sur le cardinal d'Estrées et des Apologues à l'usage des Catholiques ; ils tiennent registre de toutes les puérilités qu'on leur a dites en
A Sierra-Leone , les missionnaires anglicans ont calculé qu'il ne leur était pas possible de baptiser un petit Jaloffe et de lui faire apprendre le catéchisme de Londres à moins de cinq guinées par an. Voilà qui nous paraît plus que suffisant pour un pays où l'on vit à si bon marché ; mais , à la vérité , (( Si quelque seigneur ou gen- )) tilhomme anglais s'engage à payer cette somme » annuellement , et qu'il donne pour cela des )) cautions suffisantes, il acquiert le droit Refaire » porter son nom à celui des jeunes sauvages )) dont il aura payé la pension pendant huit ans.» Ceci n'est point une promesse éventuelle pour im bénéfice incertain, et plusieurs journaux ont publié le prospectus des missionnaires , en appuyant sur les singuliers avantages de cette souscription (i).
patois créole ; ils composent avec tout cela des volumes interminables , et leurs correspondants les font imprimer en Europe avec une conGance, ou, si l'on veut, avec une simplicité qu'il n'est pas facile de concevoir.
(1) 11 est à remarquer que chaque statut des Missions Britanniques est toujours un calcul appuyé sur les passions humaines \ mais ici quelle ignorance des hommes et des choses ! un pair