NOMBRE DES MISSIONNAIRES FRANÇAIS ET DES NATURELS ECCLÉSIASTIQUES
1° Depuis le martyre du bienheureux Léon Dufresne, évêque de Tabraca, supplicie en i8i5, et depuis la mort de son coadjuteur, monseigneur Florente, évêque de Zéla, il ne restait au Su-Tchuen que deux missionnaires européens. L'un d'eux, monseigneur Fontana, vient d'être promu archevêque de Sinyte et vicaire du Saint- Siège apostolique à la Chine. Monseigneur Perrocheau, sacré évêque de Maxula, à Paris en i8i8, fut envoyé par le collège romain pour consacrer ce prélat ; il était encore à Fai-Fo au mois d'août 1829, et l'on espère qu'il est parvenu à s'introduire au Su-Tchuen.
Nos missions de la Chine étaient assistées par
un grand nombre de prêtres indigènes, au oommencement de i824' ^ en mourut de la peste cette même année, avant que le feu de la persécution ne se rallumât contre eux. Plusieurs de ces ecclésiastiques ont été étranglés; il en est mort en prison. Les mandarins derVun-Nanen ont fait déporter au-delà de la grande muraille ; le tribunal du Su-Tchuen en a condamne à porter la cangue toute leur vie 5 enfin, deux jeunes missionnaires français, envoyés de Paris en 1827, ont été frappés de la contagion en arrivant à Ke- Huéjct l'élablissement des églises chrétiennes à la Cliine est resté dans l'état le plus affligeant.
2" Le Tong-King occidental, où sont établies les missions françaises, est administré parle vicaire apostolique, évècjue de Iléan, avec l'assistance d'un coadjiUeur. Le premier de ces é> éques est octogénaire. Leurs >icaires généraux sont deux ecclésiastiques français, dont l'un réside en mission depuis (juarante-lrois ans; et le clergé de cette église est composé de quatre-vingt-dix prêtres lODg-kinois.
3" Le vicaire apostolique à la Cocliinchine, et son coadjuteurj sont deux évoques français qui sont en mission depuis 1 8o5 ; un de leurs grands vicaires est devenu paralvtique ] l'autre est aiTivé de Paris à la Gochinchine en 1 839 ; et cette église est desservie par quarante - deux prêtres indigènes.
4° L'évéque de Jutliia, vicaire apostolique de Siam, n'a pas encore obtenu de coadjuteur ; il n'y a plus, dans tout l'empire siamois, qu'un seul prêtre français qui réside aujourd'hui dans l'ile de Puno-Pinang; et tous les ouvriers évangéliques de cette mission se trouvent réduits à quatre ou cinq prêtres originaires du pays.
5** La mission de Pondichéry n'est pas dans un étot moins déplorable ; elle est dirigée par un évêque français, dont le clergé n'est plus composé que de cinq missionnaires et de cinq prêtres indiens; ils ne peuvent suffire aux besoins de cinquante mille catholiques qui vivent sous plusieurs dominations et qui sont dispersés sur une côte de plus de deux cents lieues; c'est particu-
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lièrement la mission de Pondichéry qui doit être recommandée à la sollicitude et à la charité des catholiques français.
6° La mission du royaume de Travangor est dirigée par plusieurs corporations catholiques ; elle est dans un état prospère, et les ecclésiastiques indiens y sont au nombre de deux cents. ' -y" Le collège romain de propagandd fide vient de faire instituer un vicaire apostolique pour les régions australes, où le séminaire de Paris vient d'envoyer plusieurs missionnaires. On a su, par les journaux anglais, qu'ils étaient arrivés à leurs destinations; mais nous n'avons pu recevoir encore aucuns détails précis sur leur vovagc et leur établissement dans l'Océanie.
La mission de la Louisiane avait été rétablie par monseigneur du Bourg , sacré évéque de Saint-Louis du Missouri, à Rome en iSia. Il était parti de Bordeaux en 1 8 1 7 , accompagné do cinq prêtres et de quatre sous - diacres, sur le bâtiment du Roi Très-Chrétien la Ccwavane^ qui, par ordre de S. M., avait été mis à la tlis-
position de ce prélat. Voici plusieurs détails qui nous ont été transmis à ce sujet :
A peine eut-il perdu de vue les cotes de France, ([u'il entreprit d'éyangéliser l'équipage; et ce |)ieux évéque eut la joie d'obtenir, en peu de temps, l'effet de ses prédications. Les officiers et les matelots s'agenouillèrent à ses pieds ; la plus grande partie des jours suivants fut employée à entendre leurs confessions générales. Il mêlait ses larmes a celles de ses néophytes , parmi lesquels il se trouvait des jeunes gens qui n'avaient jamais appris ni récité l'oraison dominicale. Après les avoir préparés à recevoir les grâces qui devaient les affermir dans la foi, il les admit à la table sainte et les confirma dans la réconciliation du Créateur. La messe était célébrée tous les dimanches, avec solennité, sur le tillac du navire ; et tout l'équipage se joignait de cœur et d'esprit au pontife missionnaire : on écoutait avec avidité les paroles de vie qui sortaient de sa bouche, et l'on assistait chaque jour à l'office du soir, avec un recueillcrhcnt profond.
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L'é\êqiic de Saint-Louis pleura tendrement en arrivant au terme de la traversée, quand il fallut donner à ses nouveaux enfants sa dernière bénédiction. Peu de temps après, la Caravane^ en retournant en France, fut assaillie par un ouragan furieux sur les cotes de Maryland, et presque tout l'équipage a péri dans les flots.
D'Annapolis, où son métropolitain , l'archevêque de Baltimore, était venu le recevoir, il se dirigea sur Pittsbourg, et parcourut à pied cent lieues d'un pays sauvage, au milieu des forêts, des vallées marécageuses et des neiges de l'Allegliani. En arrivant à Pittsbourg, avec les pieds sanglants et les jambes décliirées, exténué de fatigue et presque mourant, l'apôtre français s*y délassa comme un autre Paul ; et , pendant le peu d'heures qu'il y séjourna , il entendit cinquante personnes au tribimal de la pénitence ; il imposa les mains à une multitude de fidèles, et entre autres h une pauvre femme âgée de cent vingt-deux ans.
Tsolrc pieuse colonie s'cmlmrqua sur l'Ohio,
SUR L'ÉTAT DES MISSIONS CATHOLIQUES. 25â
dont la largeur est presque partout de trois à quatre cents toises. Il faut y veiller péniblement contre les flots, les récifs et les monstres du fleuve. On y reste quelquefois toute une saison pour attendre la crue des eaux. Et le chef de ces hardis nautonniers dirigeait le plus souvent leur frêle embarcation au moyen d'une lourde rame de soixante pieds de longueur.
A deux cent quatre-vingt-sept milles de Pitts^ bourg, des voyageurs français ne peuvent trouver sans attendrissement les restes d'une ville française. Elle fut bâtie en 1791, par de nobles familles exilées de leur patrie ; et Galliopolis, c'est le nom qu'ils lui donnèrent, est devenu le cheflieu du comté de Gallia dans l'état de l'Ohio. Monseigneur du Bourg y célébra les saints mystères, et y baptisa plusieurs enfants.
Après une longue et pénible navigation, ils arrivèrent enfin à Louisville, où le vénérable évêque du Kentuki les reçut avec la plus généreuse hospitalité. Ils se rendirent ensuite à Sainte- Geneviève, qui n'est éloignée de Saint-Louis que
de soixante lieues. Aussitôt que l'évêque des Florides eut touché le territoire de sa mission, il y fît planter une croix de bois qu'il avait apportée ; et, les yeux baignés de larmes, prosterne devant le signe du salut, il supplia celui qui nous l'a procuré au prix de son sang, de répandre une abondante moisson de bienfaits sur ces champs incultes, et des trésors de bénédiction sur son ministère. Tous les habitants de Sainte-Geneviève étaient accourus pour contempler un évéque envoyé par le pontife universel ; ils l'accompagnèrent à l'église; et, pour la première fois, il put faire entendre à son troupeau la voix du pasteur.
Saint-Louis, capitale du Missouri, est situé sur la rive droite du Mississipi , au 38" degré 39' de latitude septentrionale. Vue de la rive gauche du fleuve, cette ville, assise en amphithéâtre sur un sol pierreux d'où elle domine tout le pays des Illinois, présente un agréable aspect. Trois ou quatre familles françaises avaient fondé le village de Saint-Louis en 1766. On n'y comp-
tait encore^ en i8i5, que seize cents habitants; il y en a maintenant plus de trente mille; et sa population augmente tous les jours. Cette ville est l'entrepôt d'un commerce immense 5 elle reçoit toutes les productions du haut Mississipi, des Illinois et du Missouri ; l'étendue, l'activité du commerce dont elle est le centre, et l'affluence des étrangers qui s'y rendent de toutes parts, en feront bientôt sans doute une des cités les plus considérables et les plus populeuses du Nouveau -Mon de.
L'évèque missionnaire y arriva le 5 janvier 1818. Son palais épiscopal était l'ancien presbytère, une pauvre chaumière; il fut s'y revêtir des habits pontificaux ; il traversa la ville avec son clergé, sous un dais porté par les principaux magistrats, deux catholiques et deux protestants ; il se rendit à l'église au milieu des acclamations d'une joie touchante, et l'apôtre des Florides y prit possession de son siège, avec toutes les solennités d'usage inconnues jusqu'à lui sur cette frontière du désert. Son prédéces- II. 17
seur était celui qui plante les cèdres aux lieux inaccessibles et sème rie fleurs les vallées solitaires ; celui qui nourrit les lions et les agneaux, les aigles et les petits de la colombe. La Providence était son modèle.
Dans l'espace d'une année, l'évéque de Saint- Louis a fait élever une église cathédrale 5 il a fondé trois collèges, un séminaire et deux monastères. Des conversions nombreuses ont été le fruit de ses prédications ; une foule de protestants de toutes les communions sont rentrés il sa voix dans l'unité catholique ; et plusieurs nations sauvages ont député lein's rois au nouveau Xa^ icr, pour le supplier d'aller bénir leurs tribus. jXous dirons plus bas quels sont les étahlissemenls et les effets prodigieux de cette mission j nous nous bornons à faire observer ici qu'elle s'étend sur un espace de plus de mille lieues, et qu'elle n'est desservie que par soixante ecclésiastiques.
DES se:\ii>'aires