DEPUIS LA RÉVOLUTION DE
Dans nos missions orientales, il reste à peine aujourd'hui vingt missionnaires européens, et la plupart sont accablés sous le poids des années , des travaux et des infirmités ; en 1 791 , on comptait, dans les mêmes stations, de soixante à quatre-vingts missionnaires, et ce nombre était loin d'être suffisant. On y forme, h la vérité, des prêtres du pays ; mais, d'abord, plusieurs de ces chrétientés en comptent fort peu ; ensuite les prêtres indiens ou cliinois ne sont nullement propres au gouvernement des églises. Ils ont de la piété, de l'esprit , et des talents même ; ils remplissent leur ministère avec zèle et fidélité ;
mais trop éloignés, indigents, entourés d'obstacles, ils ne pourraient entretenir avec le Saint- Siège une correspondance active et suivie ; il leur serait impossible de conserver l'unité dans la doctrine, de maintenir la vigueur dans la discipline ou d'en réformer les abus. Si les missions étrangères allaient cesser d'être régies par des Européens, le christianisme y serait bientôt dénaturé, si ce n'est anéanti, et la plupart des orientaux catholiques, abusés par de faux docteurs , se laisseraient entraîner dans le schisme et les hérésies.
Le ciel a voulu donner pour movcns de salut à ces peuples la charité des nations qui les ont précédées dans la foi. Ils appellent à leur secours des hommes apostoliques. Puissent-ils être entendus par ces élèves du sanctuaire que Dieu dispose intérieurement pour un ministère si vénérable et si laborieux !
On peut objecter ici que la France manque de prêtres, et qu'il faut travailler au rétablissement de la religion chrétienne avant d'aller prêcher
l'Évangile à des peuples lointains. Nous déplorons l'état de la France et ses funestes résultats; mais il ne peut se comparer toutefois à celui de nos églises de Siam , de la Chine et de Pondichéry qui sont menacées d'une ruine absolue. Un petit nombre de missionnaires est suffisant pour les préserver d'un pareil malheur , et Dieu pourrait-il retirer son assistance et ses bénédictions à l'Église de France , qui , dans son indigence même , aurait envoyé secourir ses frères dans la foi ? La France religieuse ne peut regarder comme étrangers à sa charité des établissements enfantés par elle et sortis de son sein, illustrés par le martyre et fécondés par ses travaux pendant plusieurs siècles ! (( Tous les cliré- >) tiens, en quelque lieu qu'ils soient , sans dis- » tinction de Juif, de Romain , de Scythe , de )) Barbare, d'homme libre ou d'esclave, forment » un peuple unique, )) a dit l'Apôtre, et les peuples qui doivent à l'Église de France l'inestimable bienfait d'avoir connu l'Évangile , doivent être regardés comme ses enfants adoptifs.
Plus le ministère des missions est éle\é, plus il est pénible, et plus la vocation qu'il exige est particulière (i).
Les sujets qu'on élève au grand séminaire de France et dans les collèges de nos missions sont toujours entretenus gratuitement.
Les frais de voyage pour chacun des missionnaires , depuis Paris jusqu'aux lieux de leurs missions, s'élèvent ordinairement à quatre mille francs, et quelquefois au-delà.
(I) Les personnes qui désirent se consacrer à l'œuvre des rais sions dans les pays InQdèles dorvent écrire au SUPÉRIEUR DES MISSIONS ÉTRANGÈRES, A PARIS. Ils doivent lui marquer quel est leur pays, leur âge, leur tempérament, leurs études, et surtout quelles sont les marques de leur vocation ; depuis quel temps ils croient la ressentir ; ce qu'ils ont fait pour l'examiner et s'y préparer ; quel est, sur cela, le sentiment des ecclésiasliques qui les dirigent; s'ils sont engages dans les ordres sacrés; s'ils remplissent un emploi ; quels obstacles ou quelles didicullés ils peuvent rencontrer de la part de leurs proches ou de leurs supérieurs; enfin s'ils n'ont pas des parents qui soient dans un besoin extrême, ou en daiujrrd'ij tomber sans pouvoir être secourus par d'autres enfants ? Il serait inutile de venir à Paris sans avoir pris cette précaution, et même après l'avoir prise, ceux qui sont admis dans le séminaire de Paris doivent s'attendre à y demeurer autant de temps que les supérieurs de cette maison le jugent convenable, pour éprouver leur vocation et pour s'assurer s'ils ont toutes les qualités nécessaires h des hommes apostoliques-
SUR L'ÉTAï DES iMISSIONS CATHOLIQUES. 271
Il faut envoyer clans les stations tous les livres nécessaires aux élèves des séminaires , à eeux des collèges et aux prêtres du pavs , tels (jue Missels, Rituels, Bréviaires et Diurnaux romains, Bibles, Psautiers, Nouveaux Testaments, Imitations de J.-C, Catéchisme du concile ce Trente, et autres livres, soit classiques, soit de ])iclé, écrits en latin. La disette de ces livres est telle dans certaines missions, qu'on est souvent lorcé d'y copier à la main les plus indispensables.
On est obligé de fournir à tous les prêtres étrangers les vases sacrés, les insignes évangéliqucs, les effets de crédence et tous les orneineiits essentiels à l'administration des sacrements. On en perd toujours la plus grande partie pendant les persécutions, et nos missions de la Chine ont été dépouillées des objets les plus nécessaires au culte divin.
L'orfèvrerie, les étoffes, et même le vin pour la célébration du saint mystère, ne peuvent s'acîicter qu'à Canton ou à Macao, et le transport
de tous ces objets, dans les stations éloignées, est infiniment dispendieux.
Outre ces dépenses de première nécessité , il en est d'autres encore plus considérables et non moins importantes h l'établissement du christianisme dans les missions.
Les enfants moribonds dont les parents sont idolâtres ne peuvent être baptisés que par des personnes pieuses de l'un ou de l'autre sexe qui s'introduisent chez les païens pour y distribuer gratuitement quelques remèdes connus et bien éprouvés. Ce sont pour la plupart des artisans (jul vivent de leur travail j il faut les approvisionner de médicaments, leur donner les moyens de laire l'aumône en cas de nécessité pressante , et les indemniser du temps qu'ils emploient à parcourir les villes et les villages. Dans les temps de peste ou de famine, assez fréquents dans les pays orientaux , nos missionnaires emploient plusieurs milliers de personnes à cette œuvre de miséricorde, et le nombre des enfants que l'on baptise en tianger de mort est quelquefois si
considérable, qu'il s'esf, élevé jusqu'à soixantedix mille dans l'espace de quinze mois.
Da^s les persécutions qui s'exercent au nom du gouvernement chinois , les chrétiens sont emprisonnés; on les exile au fond de laTartarie ; ils sont obligés non-seulement de se nourrir , mais encore de paver leurs geôliers ou les gardes qui les escortent. Plusieurs familles chrétiennes, les plus opulentes et les plus charitables du Su-Tchuen, ont été réduites à la mendicité ; leurs chefs ont été mis à mort, et leurs enfants, sans distinction d'âge et de sexe, ont été dispersés. Il serait bien à désirer que nos missionnaires pussent faire parvenir des secours à ces malheureux chrétiens.
Quand le gouvernement ne moleste pas les catholiques, il y en a toujours qui sont persécutés par leurs proches ou les principaux habitants de leur commune. Pour les contraindre à participer à des actes d'idolâtrie, on leur enlève leurs effets les plus précieux ou les instruments de leur travail ; on les abreuve d\)Utrages et II. 18
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d'amertume ; on leur intente ùes procès ruineux qu'ils ne peuvent gagner qu'en achetant l'indulgence des mandarins. Ils finissent souvent par succomber après avoir épuisé leurs ressources, ou bien, pour conserver la foi chrétienne , ils sont obligés de s'expatrier. Ces sortes de persécutions sont très-fréquentes au Tong-King; elles se renouvellent plusieurs fois chaque année dans les communes où les chrétiens se trouvent mêlés avec les idolâtres; le seul moyen de soustraire les fidèles à ces périlleuses épreuves, c'est d'obtenir à prix d'argent qu'ils soient exemptés de toute contribution superstitieuse, et, quand on peut leur fournir la somme exigée par le tarif de la province, on les délivre infailliblement de la persécution.
Une coutume de la Chine est de fiancer les enfants dès le plus bas âge ; l'autorité civile ne permet jamais de rompre ces engagements, et les filles doivent être élevées dans la maison de leur fiancé. Il arrive souvent que des paysans chrétiens, chargés d'enfants qu'ils' ont peine h nour-
rir, et ne pouvant trouver de famille chrétienne avec qui s'allier, livrent leurs filles à des infidèles. Trop faibles pour résister à la séduction, ces enfants profanent leur baptême et finissent par tomber dans l'idolâtrie. L'indigence des parents peut les entraîner dans cette faute, surtout dans les chrétientés peu nombreuses, et la charité doit s'attacher à prévenir un si grand malheur.
Les cathoHques français qui voudraient contribuer par leurs aumônes au progrés de la foi dans les pays idolâtres, peuvent envoyer leurs offrandes , quelque légères qu'elles soient, au supérieur du Séminaire des Missions étrangères^ rue du Bac , à Paris, et s'adresser, pour cet effet, soit aux supérieurs des séminaires de leur diocèse, soit à MM. les curés, qui leur en indiqueront les moyens.