‹ Les nuits de la Seine [microforme]Chapitre 70 sur 87 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

POUSSIER, puis FRISE-LINOTTE.

Poussier (seul).Ah ! si je l’ai, cette maison, je réponds bien qu’on ne viendra pas m’en enlever les gouttières. J’y ferai mettre un petit toit à l'italienne... ça joue la terrasse, c’est plus propre, c’est plus comme il faut.

FRISE-LINOTTE (entrant).—On fait donc des cachettes à Nini !

Poussier.— Tiens ! encore le moucheron.

FRISE-LINOTTE.— Moucheron ! t'as pas tort!

Le moucheron, c’est une fine mouche. Ça va, ça vient, ça voltige de droite et de gauche, et à force de voltiger, ça finit par savoir bien des petites choses.

PoussiEerR.—Les insègres trop précoces, c’est éphémère ! ça vit l’espace d’un matin.

FRISE-LINOTTE.—-Aussi ça se dépêche d’apprendre, et pas plus tôt que ça sait, pas plus tôt que ça chante.

Pou‘sirer.—{#©h bien, chante-le donc, ton couplet, qu’on connaisse un peu ton ramage.

FRISE-LINOTTE (le forçant à se retourner et lui montrant une fenêtre éclairée dans le moulin). — Vous qui êtes d’affût, par ici, dites-moi donc pourquoi que la forge du p'tit atelier d’en haut s'en donne à être tant allumée que ça ? :

ad

PoussIER.—Hein ?

FRISE-LINOTTE.—Dites-moi donc pourquoi que ge

le beau Lindor n’est pas venu, ce soir, à la gi-

belotte d’à côté ?

PoussiEr.—Tu dis ?

FRISE-LINOTTE.—J’entends là-haut forger, li- mis (

mailler, souffler ; on est donc en train de fabri- à ce

quer des fausses clefs, cette nuit... monseigneur ? que Poussier.—Veux-tu bien te taire, petit ser- Le v pent ! (Z{ remonte au fond.) et je FRISE-LINOTTE. (4 part, allant à droite.) —Ah ! veux monsieur de la Cravate ne daigne pas me mettre dis ? dans les grands tra, la, la ! soit ! on s’y mettra

soi-même.

Poussier (redescendant, et avec menace).—Eh bien, eh bien, après tout... quoi ? où veux-tu en venir ?

FRISE-LINOTTE.—Pas de gestes, Alfred... et chacun son idée... j'ai la mienne.

PoussieR (s’approchant de lui).—Ton idée !

combien que tu en veux ?

FRISE-LINOTTE.—Je ne la vends pas, j'suis pas

un vendu, moi ! R PoussiER.—Hein ? j'ait FRISE-LINOTTE.—Eh oui ! c’est donc ben pro- voie

pre, ce que tu vas manigancer c'te nuit... faudra Pa

que t’aies un rude sommeil pour dormir après ça. sorte

PoussiEr.—Moi ? je ne rêve jamais !

FRISE-LINOTTE.—Tu mens !

PoussiEr.—Mais non ! MARI

FRISE-LINOTTE.—Mais oui !

PoussiER.—Non !

FRiSB-LINOTTE.—Oui ! (/4 «° egardent.) Lt

Poussier (embarrassé).—Mais.. j'ai des en- inis: gagements.… R<

quoi que à la gi-

rger, lide fabriigneur ?

etit ser-

?,)—Ah Ÿ 1e mettre y mettra

ce).—Eh ux-tu en

ed... et

n idée !

suis pas

FRISE-LINOTTE.—Laisse-moi donc tranquille.

Up frappant sur le front.) Si je te prouve que à-dedans tu n’es qu une vieille bête.

PoussiEr.—Moi, je suis t’une vieille bête !

FRISE-LINOTTE.—ÆEh ! oui! quand tu auras mis chez toi du papier à huit sous le rouleau. à cent sous... à cent francs, est-ce que tu crois que t'en auras là-dedans ? (Z/ lui montre le cœur.) Le v'là le vrai chez soi ; moi, j’en ai pas d'autre, et je veux pas que ça soye sale ; et chez toi, veux-tu que ça soye sale, chez toi? Veux-tu, dis ? Veux-tu, dis ?

Poussier.—[Æh ! ben! eh ben! (A part.) Il a encore plus de jugeotte que l’autre. Et puis, j'aime tant ma tranquillité.

FRISE-LINOTTE.—Chut ! on vient !

Poussier.—C'est les jeunes gens ! (Z{ remonte au fond.)

FRISE-LINOTTE.=»0 h ! je ne te quitte pas. Nous avons encore à jaser.

PoussiEr.—Muis si monsieur la Cravate nous voyait ?

RISE LINOTTE ({ cntrainant).—Aie pas peur !.… j'ai toujours mon petit intérêt à ce qu'on ne me voie pas.

PoussiEr.—1Il fait de moi ce qu'il veut! (Z/s sortent par la droite.)

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