‹ Les nuits de la Seine [microforme]Chapitre 8 sur 87 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

HENRI, FLAVIGNAN.

HENRI.—Ainsi donc, mon cher comte, tu ne seras de retour que demain.

FLAVIGNAN.—Mon cher Henri, tu n’ignores ne que d’un jour à l’autre je puis recevoir , 0 0 , , Q ordre de rejoindre l’armée, et alors il faudra

bien que tu cherches une autre retraite. À HENRI.—Oh! oui! depuis trop longtemps , déjà, par ma présence ici je t’ai exposé à la dis- ) grâce. Si l’empereur savait que Henri de Ron- Û cevaux, le proscrit, se cache chez le comte de s Flavignan. S’il savait qu’un colonel de sa garde À

donne asile à ce même Henri de Roncevaux, condamné par coutumace, pour haute trahison !.. Non, je ne veux pas plus longtemps compromettre ta sûreté.

FLAVIGNAN.—Æh ! ne suis-je pas convaincu de ton innocence ? C'est pour cela qu’il faut à tout prix que je parle à l’empereur. Je lui dirai ce que tu as fait pour sauver ton frère. Je lui dirai que tu as eu le sublime courage de t’expatrier,

e laisser peser sur toi une accusation de haute trahison, quand d’un mot tu pouvais te disculer; que ce mot, tu ne l’as pas dit parce qu'en aisant reconnaître ton innoncence, ton frère Georges était reconnu coupable.

HENRI.—J’avais des torts à réparer envers mon frère... N'’ai-je pas brisé son bonheur ?.… FLAVIGNAN.—Comment peux-tu l’accuser d’avoir brisé le bonheur de ton frère? Parce que le hasard vous fit à tous deux rechercher en mariage la même femme ; parce que cette femme étant ma sœur, je n'ai pas voulu la sacrifier à un homme qui, après avoir dévoré l’héritage de ton père trainait déjà par le monde sa fortune équivoque, ses scandales et ses vices !.… HENRI..—Ah! que me rappelles-tu là ?

FLAVIGNAN. — L’emperenr saura tout... Il saura que Georges de Roncevaux, dédaigné par ma sœur Horterse, nous déteste comme le hibou déteste la lumière... que même après la mort de ta pauvre femme, la haine et la jalousie de ton frère survivent au tombeau. Il saura que toute ta fortune, lambeau par lambeau, s’en est allée tantôt pour payer ses folies, tantôt pour arracher à la justice le spadassin, le joueur. HENRI.—Que m'importe ma fortune engloutie? Que m'importe l’accusation qui pèse sur moi? Je lui aurais tout pardonné... mais il m’a ‘enlevé mon fils !.…. FLAVIGNAN.—Pauvre père !

* HENRI. —Voilà la pensée qui me tue. Robert, mon enfant, entrainé par lui à travers toutes les hontes, tous les hideux exemples d'une vie infâme... (Zlse lève.) Ah! c’est horrible! Tu veux, dis-tu, parler à l’empereur et le conjurer de proclamer mon innocence ; mais cette réhabilitation, la condamnation de mon frère, me rendront-elles mon enfant ?

FLAVIGNAN.--Henri, je sers un maitre qui comprend tous les courages. (Z{ prend son épée

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