CIMBER, POMPONIUS, BRUTUS
POMPONIUS
Je tiens le fil d'une conspiration, et si tu n'étais Brutus, l'ami et le fils adoptif de César, je ne te ferais certainement pas cette confidence. — On conspire contre le dictateur; j'en ai les preuves dans les plis de ma toge. — Je suis vraiment l'homme le plus fin de la république. Mon œil d'aigle perce
les nuages des consciences; je lis dans les cœurs,.. — Seul je veillerais au salut de la ville et des provinces, et l'on m'a refusé le consulat!... Mais toi, Brutus, tu me rends justice ; aussi je veux t'initier aux secrets que je viens de découvrir. J'ai un certain esclave, Syrien d'origine, le plus rusé renard qui jamais ait rôdé sur le territoire de l'Italie. Guidé par mes avis, il pénètre partout, voit tout et me rapporte tout ce qui se fait. — Parions, ami Brutus, que je sache demain ce que tu auras dit du dictateur ou de moi-même?... Déjà je suis certain que si quelqu'un en veut aux jours de César, ce n'est ni toi, ni Cassius, ni Cimber, ni Casca...
CIMBER, bas.
Voilà un homme bien informé!... (Haut.) Tu dis donc que tu as la liste des conjurés?
POMPONIUS
Je tiens la conspiration par l'oreille ; en voici la preuve.
CIMBER
De grâce, montre-moi cette liste ; quels indignes citoyens ' oseraient conspirer?
POMPONIUS
Lis plutôt toi-même, et garde-moi le secret; il est juste que je sois le premier à prévenir le dictateur.
CIMBER
Assurément, c'est juste, (n lit rapidement.) Mais, illustre Pomponius! une chose m'étonne en lisant tous ces noms-là! il n'en est pas un sur qui auraient pu planer mes soupçons.
POMPONIUS
Voilà précisément qui est merveilleux et qui ajoute au mérite de la découverte.
EMILIA 317