‹ Les nuits du Père-LachaiseChapitre 40 sur 40 · FAREWELL, ADIEU ! FAREWELL, ADIEU · texte numérisé non relu

FAREWELL, ADIEU ! FAREWELL, ADIEU

— Mais c'est mon épitaphe, milord ! Vous voulez donc me rendre folle ?...

— Je veux pouvoir l'aimer ! s'écria de toutes les forces de son âme lord Glenmour, en inondant de larmes le visage de sa femme, en la tenant serrée contre lui, en ouvrant enfin son cœur à un épanche-

men!, lorienl de douleurs el de pleurs amassé de^ puis longtemps au fond de sa poitrine. Oui , je veux pouvoir l'aimer!... et sur cette lointaine espérance je mets tout : mon rang, ma jeunesse, mon ambition , ma vie et la tienne...

— Eh bien , fi^iles, milord ! Je «uis prêle à tout. . . Je suis déjà morte... Voilà mon épilaphe... 11 ne reste plus...

— Vous avez presque deviné... N'allez pas plus loin... 11 est des choses qu'il ne faut pas nommer pour les accomplir. >

Avertie par le docteur Patrick, toute la maison fut bientôt en deuil du double malheur qui la frappait si inopinément. Elle communiqua en quelques heures la fatale nouvelle aux personnes qui formaient le cercle d'amis et de connaissances de lord Glenmour. L'étonnemenl et le regret qu'elle leur causa les attira en très-grand nombre chez lui. Mais nul ne fut reçu. « Lord Glenmour, accablé, anéanti par la douleur, disaient les domestiques , s'est enfermé dans l'appartement mortuaire, et il ne veut pas de témoins à ses larmes. » On se retirait profondément ému.

Patrick , on s'en souvient peut-être , avait été chargé par lord Glenmour de plusieurs commissions importantes.

Les chevaux avaient été commandés , le billet au

LA CRISE. Mi

comte (le Madoc remis ; dans raprès-midi , la personne que désirait voir lord Glenmour se présenta à l'hôtel. C'est Patrick qui l'introduisit dans la chambre mortuaire, assombrie par la nuit qui commençait à descendre et par Tinterposition calculée d'épais rideaux. Patrick se retira ensuite.

Cette personne, vêtue de noir des pieds à la tête, fut conduite par Glenmour dans un cabinet presque aussi privé de lumière que la chambre, et là s'établit à voix basse ce dialogue que lady Glenmour n'entendit pas.

f J'ai été frappé, comme vous le voyez, d'un malheur très-grand, irréparable.

— Et vous voudriez honorer les cendres de madame voire épouse d'un tombeau dans tout ce qu'il y a de mieux?

— Oui , monsieur.

— C'est fort triste, mais c'est facile.

— Je prévois pourtant une difficulté... Décidé à quitter Paris, où tout me rappellerait trop souvent ma douleur, je désirerais être sûr, en m'éloignant de la France, que ma femme reposera dans un tombeau digne de son rang et de ma fortune...

— Je ne vois pas là de difficulté sérieuse, répliqua l'homme noir ; je vais vous souniellre plusieurs plans de tombeaux riches et vous ferez votre choix. Quand nous serons tombés d'accord, vous pourrez partir...

— Ceci ne remplit pas mon but, répliqua Glenmour ; vous mettriez au moins un an à construire le tombeau dont j'ai accepté le plan... Et c'est tout de suite qu'il m'en faut un.

— Mais nous avons aussi des tombes d'attente... On appelle ainsi des tombes toutes prêtes... qui n'attendent plus que les locataires.

— Et ces tombes d'attente sont-elles grandes!

— Grandes et magnifiques, monsieur, avec caveau sec et spacieux, portes de fer ciselé, marches en marbre et rampe en cuivre doré. Mais c'est cher.. .

— Ne discutons pas le prix, je vous prie, monsieur, traitons à l'instant pour un de ces tombeaux d'attente livrables à l'instant.

— J'en ai un qui fera merveilleusement votre affaire...

— Combien faut-il vous compter?

- — Vingt mille francs... t

Glenmour ouvrit son secrétaire et y prit vingt billets de banque de mille francs.

« Quelle épilaphe gravera-t-on en lettres d'or sur la tombe de madame votre épouse ?

— Celle-ci, répondit Glenmour, en donnant à son interlocuteur l'inscription qu'il avait lue la nuit dernière à sa femme.

— Oserai-je maintenant demander à monsieur s'il a pensé au cercueil?

— J'allais vous en parler... J'en veux un Irèsgrand, d'une forme irès-élevée... Tristes détails,

monsieur î:

— Bien tristes. Enfin vous désirez un cercueil où Ton soit à l'aise... En plomb?...

— Non, tout simplement en bois ; plus tard nous le ferons d'une autre matière.

— C'est entendu, monsieur : votre cercueil... celui de madame voire épouse, veux-je dire, sera ici dans deux heures... Et quand la conduira-l-on à sa demeure dernière?

— Demain, à quatre heures.

— Je serai là pour diriger le travail.

— J'y serai aussi, ajouta lord Glenmour... Âh! pardon, monsieur, se reprit-il... mon malheur est plus grand que vous ne le pensez... j'ai aussi perdu une autre personne qui était très-attachée à ma femme... je voudrais qu'on la déposât près d'elle...

— Nous avons donc un mort supplémentaire?...

— Oui, monsieur.

— Votre tombeau, répliqua l'entrepreneur, est un caveau de famille , vous êtes maître d'y déposer qui bon vous semble... >

Glenmour fit un signe de la main et l'entrepreneur des lombes salua jusqu'à terre ; il se relira enchanté de sa journée...

Cette journée étant finie et la nuit tout à fait re-

venue, lord Glenmour fit allumer un seul flambeau, et il persista à passer la nuit dans la chambre de deuil.

Deux heures après la visite de Tentrepreneur, deux cercueils étaient déposés à Tentrée de la chambre de lord Glenmour, qui referma ensuite la porte et alla vers sa femme.

« Milady, lui dit-il, en la faisant asseoir près de lui, je n'ai pas besoin de vous apprendre maintenant à qui je destine l'un de ces deux cercueils...

— Dieu lit sans doute dans votre pensée, milord ; mais pour moi , je n'y vois que ténèbres épaisses. Vous rêvez des choses terribles... et tout bien pesé dans ma conscience, je refuse de me soumettre à cette épreuve , car c'est à moi que vous destinez ce cercueil , si vous ne me dites pas jusqu'où elle doit aller.

— Vous refusez de vous coucher dans ce cercueil.

— Oui, milord , jusqu'à ce que vous m'ayez dit ce que vous prétendez faire ensuite.

— J'allais vous l'apprendre , milady.

— Parlez, milord...

— Demain, à deux heures, des hommes entreront ici et mettront ce cadavre dans ce cercueil et le vôtre dans celui-ci... Ils jetteront un manteau noir sur tous les deux et les porteront au cimetière du Père-Lachaise, où un tombeau les attend.

— Ma mère! s'écria lady Glcamour, secourezmoi,

— Vous saurez, milady, que vous ôlcs, depuis hier, au rang des femmes galantes de Paris ; voulezvous que je vous donne la liberté avec le déshonneur?... je suis prêt...

— Continuez, milord...

— AuPère-Lachaise, on descendra les deux cercueils dans le caveau de cette tombe, qui portera, dans trois jours , l'inscription que vous avez lue , puis on fermera la porte de fer de ce caveau, et Ton m'en remettra la clef...

— Seule , dans ce caveau I Seule !

— La nuit viendra...

— Et vous accourrez me délivrer, n'est-ce pas?

— Pas encore...

— Mais quand?... jamais?... » Lady Glenmour poussa un second cri et se tordit les poignets...

« Voulez-vous, milady, pouvoir être encore appelée lady Glenmour ou bien être appelée tout de suite Mousseline?...

— Achevez, milord...

— A onze heures vous entendrez peut-être du bruit près de votre tombeau...

— A onze heures !... du bruit !...

— A onze heures vous entendrez du bruit près de votre tombeau , répéta Glenmour, il sera causé

LÉON GOZLArC.— 2. 30

par ma présence ei par celle du comte de Madoc,

— Lui? avec vous?...

— Il est prévenu.

— Mais pourquoi cette rencontre , là , dans la

nuit?...

— Vous voyez cette carabine, milady?...

— Que signifie !

— Elle sera chargée avec trois balles. Le comte de Madoc en aura une semblable. Nous nous mettrons face à face près de voire tombeau et nous ferons feu en même temps...

— Et si vous êtes tué?... Oh! mon Dieu ! Que deviendrai-je ?

Vous resterez pour toujours dans votre caveau,

mais vengée du moins... Si je tue le comte de Madoc, j'ouvre votre caveau... je vous délivre... et nous parlons ensemble pour le Havre, où nous nous embarquons pour les Indes... Aux Indes, je vous épouse comme si vous étiez une autre personne... Lady Glenmour n existe plus... on Ta enterrée à Paris... chacun Ta vu... Je suis veuf... chacun le sait... Vous êtes la fille d'un négociant de Londres... vous devenez ma femme... et votre déshonneur et le mien sont à jamais lavés...

— Glenmour, je me coucherai demain dans ce cercueil, > s'écria-t-elle.

Puis lord Glenmour, asseyant sa femme sur ses

genoux, comme s'il eût été Roméo et elle Juliette, lui (lit :

i Si vous craignez de manquer de courage, milady, vous prendrez (|uelque8 gouttes du narcotique renfermé dans ce flacon.

— Je ne veux pas de ce secours, de cette énergie factice.

— Vous aurez donc extrêmement de courage ?

— Non, milord, j'aurai extrêmement peur, mais je résisterai à ma peur.

— C'est que je n'ai pas fini., v

— Vous ne m'avez pas tout dit?... > Lady Glenmour demeura pétrifiée... « Que lui reste-t-ilà m'apprendre ? i pensa-t-elle, avec le frisson au cœur. Elle reprit, en plongeant un regard d'une indéfinissable frayeur dans les yeux de Glenmour : « Et que complez-vous encore faire de moi ?

— Vous ne le saurez qu'au moment où vous serez délivrée par moi de voire tombeau... Si toutefois je survis à mon duel avec le comte de Madoc... mais ne m'adressez plus de questions... assez pour cette nuit; silence ! jusqu'à l'autre. >

LE DENOUMEKT.

Celte nuit d'angoisses eut une fin ; le jour qui suivit éclaira tous les événements annoncés par lord Glenmour à sa femme, qui fut d'une héroïque fermeté. Enveloppée dans le linceul, elle fut placée par son mari et le docteur Patrick au fond du vaste cercueil qu'il avait fait construire. Le bon Patrick crut qu'il y plaçait Pâquereile, et lorsqu'il aida Glenmour à mettre Pâquerette entre les quatre planches de la seconde bière , il crut y placer lady Glenmour. Lord Glenmour n'ayant déclaré qu'une seule mort, le médecin légal chargé de constater les décès n'avait vu que Pâquerette, et il avait permis

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rinhumalîon. Comme il n'élait pas là , et îl n'était pas besoin qu'il y fût, quand les deux cercueils sortirent de riiôtel, rien ne fut plus facile que celle extension donnée à son autorisation. Comment prévoir une fraude jusqu'alors sans exemple?

Et le convoi se mit ensuite en marche affectant les mêmes allures qu'ont tous les convois depuis le commencement du monde...

Celui-ci pourlant différait des autres en ce point qu'on ne s'y demandait pas de quoi lady Glenmour était morte. Chacun savait la scène scandaleuse de l'Opéra, la scène tragique chez Mousseline, dénoûment de l'infernale conjuration de Madoc, et nul ne s'éionnait de la mort spontanée de lady Glenmour. Quelle femme à sa place ne serait pas morte ? On admirait généralement la belle conduite de lord Glenmour qui étalait ouvertement son pardon en marchant chapeau bas et la main droite appuyée sur le cercueil de sa femme. On l'estimait beaucoup encore d'avoir confondu dans la même cérémonie les obsèques de lady Glenmour et celles de la jeune fille qui l'avait servie.

Au cimetière, Glenmour prononça avec une émotion communicative quelques paroles touchantes, et les deux cercueils furent ensuite descendus dans le riche tombeau acheté la veille vingt mille francs. Le vendeur dirigea toutes les manœuvres ainsi qu'il

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ravaitpromis; il poussa la galanterie jusqu'à pleurer.

Lord Gleiimour et le docteur Patrick accompagnèrent dans le caveau les deux cercueils qui furent séparés par une cloison. Celui de Pâquerelte était hors du tombeau dans une excavation latérale, celui de lady Glenmour exhaussé et couvert d'un manteau noir occupa le centre même du monument.

« Ils sont à loi, maintenant, ô mon Dieu!... » s'écria Patrick en levant son front aveugle contre la voûte du tombeau ; puis , du haut des dernières marches du caveau, il dit encore : « Mes enfants, à bientôt! »

Quand ils furent remontés, les deux amis se trouvèrent seuls dans le cimetière... Ils le parcoururent sans se parler jusqu'à la grande porte d'entrée où Patrick monta le premier en voilure.

« Patrick, vous n'avez pas oublié, lui dit tout bas Glenmour en se plaçant à côté de lui, que c'est à quelques pas d'ici... tenez... là, en face de la grille d'octroi, que doit m'atlendre cette nuit la voiture attelée de quatre chevaux de poste...

— Je ne l'ai pas oublié... tout sera fait selon vos désirs...

— Merci, Patrick, Encore un service, ami, ajouta lord Glenmour, soyez dans cette voiture...

— J'y serai... Et où irons-nous?

— Dans l'Inde, à Calcutta ... si vous me revoyez. »

352 LE DÊNOUMENT.

Onze heures sonnent à Sainie-Marguerile ; la nuit est froide et terne sans être trop obscure . . . Personne sur les boulevards extérieurs. Les bruits de Paris, ses joies et ses misères viennent expirer au pied de ce mur qui ceint une population de neuf cent mille habitants. Une voiture de voyage, attelée de quatre chevaux , est arrêtée au bout de la rue de la Roquette, près de la barrière d'Aulnay. Le postillon siffle, Tombre des quatre chevaux se projette devant le bureau de Toctroi.

A deux cents pas plus loin, deux hommes cachés sous leur manteau se rencontrent hors des murs, à une petite dislance de la barrière des Amandiers qui précède celle d'Aulnay : ils cherchent à se reconnaître ; ils se sont reconnus; ils marchent Tun à côté de l'autre sans se parler. Au bout de quelques minutes, l'un dit à Tautre :

i C'est ici.

— Ici ! mais c'est le cimetière du Père-Lachaise.

— Précisément.

— Que prétendez-vous, milord?

— r- Y entrer...

. — Et comment? Cette palissade en bois...

— Elle n'est pas assez élevée, monsieur le comte pour que, appuyé sur la crosse de cette carabine, qui vous servira de marchepied , vous ne puissiez la franchir.

LE DÉNOUMENT. 255

— Du moment où vous avoz tout prévu, milonl, je n'ai plus rien à objecter... )>

El lord Glcnmour , ayant abaisse et placé borizontalement sa carabine, le comte de Madoc y posa le pied , et d'un second mouvement il enjamba la frêle palissade en bois pourri qui sert de prolongement au mur de clôture du Père-Lacbaise. Du haut de celte palissade, à travers laquelle ils auraient J'acilement passé en enfonçant deux planches , le comte tendit à son tour le bout de sa carabine à lord Glenmour, qui s'y cramponna et parvint sans difficulté à s'exhausser. Ils sautèrent ensuite dans un terrain vague, gypseux, triste dépendance du Père- Lachaise.

€ Veuillez me suivre maintenant, dit Glenmour à Madoc; je sais un endroit convenable.

— Mais la partie, ajouta froidement Madoc, serait dijQTicilement , à mon avis, plus convenable que le tout... Vous avez choisi un lieu...

— Je ne l'ai pas choisi...

— N'importe, milord ! il est étrange... original...

— Une autre fois je serai plus heureux, > dit en ricanant lord Glenmour.

lis se lurent en continuant à marcher à travers les hautes herbes qui embarrassaient parfois leurs pas. Comme ils étaient sûrs de n'être pas vus , ils avaient relevé leurs manteaux sur le bras ['anche, et

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ils laissaient voir ainsi le canon de leurs carabines.

« Nous voici arrivés, dit Glenmour, en s'arrêtant

devant le tombeau de safemme, qui entendit sa voix.

— Tant mieux! je commençais à être fatigué, milord... Heureusement, il y a de quoi prendre du repos ici... beaucoup même...

— Oui, répliqua Glenmour en détachant de sa ceinture une petite lanterne sourde qu'il se hâla d'éclairer.

— Milord, une grâce ! dites-moi, je vous prie, pourquoi nous sommes venus si loin, quand nous pouvions tout aussi bien nous expliquer là-bas... monter si haut!...

— C'est que ce tombeau , au pied duquel nous sommes, est celui de lady Glenmour... >

Madoc se découvrit avec respect et ne reprit plus son chapeau...

Lady Glenmour qui, depuis plusieurs heures était descendue de son cercueil, écoulait, enveloppée dans un manteau de tartan, l'oreille collée aux parois du caveau, ce que se disaient son mari et le comte de Madoc.

€ Comte, reprit Glenmour, je vais charger ma carabine devant vous... >

La lanterne sourde était accrochée à une des têtes d'anges placées à l'angle du tombeau de lady Glenmour.

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a Voilà une charge de poudre... je meis double charge... pour trois balles...

— C'est convenu, miford, faites.

— Une balle, dit ensuite Glenrnour... en coulant une balle dans la carabine. >

L'écho répéta : Une balle!... une balle!... une balle!...

Au fond de son caveau lady Glennoour murnjura : « Une balle!...

— Une seconde balle, dit encore Glenmour.

— Une seconde balle, redit Técho.

— Une seconde balle, répéta lady Glenniour en passant ses doigts crispés dans ses longs cheveux...

— Une troisième balle, > reprit lord Glenmour. Même écho.

Même répétition dans le caveau funèbre.

Le comte de Madoc chargea ensuite sa carabine, en observant les mêmes temps de repos, pour que tout se passât avec honneur et loyauté; puis il dit :

i Milord, comptez les pas.

— Je veux bien. Un! deux! trois! quatre! cinq!

— Milord! cria Madoc, j'ai entendu !...

— Qu'avez-vous entendu? demanda avec impassibilité lord Glenmour. ♦

— Un bruit quelque part... près d'ici.,, dans ce caveau... comme un cri étouffé... comme un soupir...

356 LE DÉNOUMENT.

— Voire imagination, comte, est seule cause...

— Je vous assure, milord, que ce n'est pas mon imagination...

— Voire effroi, alors...

— Mon effroi?... >

Le comte de Madoc se mit à rire d'une manière si insultante , qu'on eût dit que tous les squelettes de Tendroit riaient et partageaient ce sanglant mépris du comte pour lord Glenmour, qui Taccusait d'effroi.

4 Finissons-en ! » cria-t-ilensuite, sa carabineà la main.

Glenmour répliqua en saisissant la sienne :

« Ce devrait être déjà fini! »

Ils se placèrent face à face à la distance des cinq pas déjà mesurés.

La demie de onze heures va sonner au clocher de Sainte-Marguerite.

« Feu ! quand elle sonnera, > dit Glenmour.

Ils se couchèrent en joue, et ils attendirent dans cette attitude que la demie sonnât.

« Vous n'entendez donc pas ces pleurs? dit encore Madoc, sans changer de position. >

Glenmour, qui feignit de ne pas entendre, ne dérangea pas d'une ligne l'inflexible canon de sa carabine qui touchait presque la poitrine du comte de Madoc.

LE DÉNOUMENT. 5ÎJ7

— Vous n'entendez donc pas ces sanglots, milord? I

Glenmour ne bougeait pas...

La demie sonna.

Deux formidables coups de carabine multipliés cent fois par les échos déchirent le silence de la nuit.

Ils sont tombés tous les deux

Glenmour se relève... il se lâte , il se fouille, prend une clef dans sa poche, va à la porte du caveau , il l'ouvre... sa femme était debout sur les marches...

L'enlever dans ses bras, courir, franchir le corps du comte de Madoc étendu dans une mare de sang, courir encore, courir toujours... arriver à la palissade... briser d'un coup de pied deux misérables planches pourries de celte palissade , passer par cette ouverture et là s'arrêter un instant pour dire à lady Glenmour :

« Si vous êtes vivante, marchez! car je n'ai plus de force... » fut un instant pour Glenmour.

Sans répondre, car elle n'en avait pas encore la faculté, lady Glenmour suit machinalement son mari sur la ligne du boulevard extérieur... ils arrivent à la barrière d'Aulnay... l'octroi est en rumeur... Ces coups de fusil, disent les préposés, ont éié tiré

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35S LE DÉNOUMENT,

sur (les -contrebandiers surpris en flagrant délit de fraude...

Lady Glenmour est poussée dans la voilure par lord Glenmour qui la suit et qui ferme la portière.

Les chevaux parlent au triple galop.

€ Deux personnes! s'écrie Patrick... et Glenmour ?

— Vivant ! c'est lui , Patrick !

— Et l'autre? demanda le docteur.

— Sa femme, répond lady Glenmour.

— Pas encore! dit Glenmour en dirigeant la pointe d'un poignard sur le visage de sa femme et en lui coupant la joue par un coup qui traversa les lèvres; maintenant, oui, vous êtes ma femme, vous n'avez plus de ressemblance avec la première... et a première est morte. »

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