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Clémence retrouva les accents passionnés de Cornélia.
— Je mourrais pour lui s'il le fallait! dit-elle.
— Eh bien, répondit Juliette, il le faut!
Le dimanche, Juliette et Gérard s’amusaient à tirer le pistolet avec des armes de salon.
Clémence n’avait fait nulle attention à deux mignons pistolets qui étaient accrochés au-dessus du piano.
Juliette, la femme calme et tranquille, fit un bond vers ce meuble, décrocha les deux pistolets et revint vers Clémence qui poussa un cri d’effroi.
— Ma petite, reprit Juliette, je suis froide à la manière des volcans dont le cratère est couvert de neige. Depuis un quart d’heure que vous êtes ici, je songe à vous tuer.
— Madame. . . prenez garde! .. . Vous ôtes folle !... balbutia Clémence qui avait peur tout de bon, tant il y avait de résolution calme dans le regard et l’attitude de Juliette.
Cette dernière poursuivit :
— Vous aimez Gérard, moi aussi. Nous somme.s seules ici. Le domestique est sorti, la maison est isolée, et ma femme de chambre, quand môme
nr QUARTIER BREItA.
Mais.JulieUe calme, froide, impassible, répondit:
— Gérard a beaucoup de courage, il tire fort bien l’épée et le pistolet.
— li’autre est un duelliste de profession, ajouta
('.lémence.
Aucun muscle du visage de Juliette ne bougeait.
— C’est à vous, et non à moi, d’empêcher celle rencontre, dit-elle enfin.
— Ah! vous ne l’aimez plus I s'écria Clémence.
— C’est mon droit, et je vais vous le prouver. Clémence se releva et son regard, son geste, son
altitude, exprimèrent une anxiété visible.
— Tenez, dit Juliette, il est probable que Gérard va revenir ici; il est brave avec les hommes, biche avec les femmes, et il n’ose pas me quitter. Je vais partir, moi
— Que dites- vous?
— Cette maison est à lui. Je vous cède la place.
— Oh ! madame...
— Ma femme de chambre, qui va m’accompagner à Paris, reviendra demain chercher ma garde-robe et mes bijoux.
— Et vous voulez que je reste ici, moi ?
— Sans doute, vous n’avez pas d’autre moyen
Oü QüAUTlbU liliËDA.
Clémence comprit que le moment était solennel.
— Madame, dit-elle, si vous voulez me pardonner, je vous jure que je quitterai Paris, que je ne reverrai jamais Gérard. .
Juliette releva son pistolet.
— Ah! vous partirez? dit-elle.
~ Oui.
— Quand?
— Quand vous voudrez
— Et où irez-vous?
— Où il vous plaira de m’envoyer. Dans mon pays, si vous voulez, car je suis Anglaise.
Juliette la regarda.
— Avez-vous de l’argent? dit-elle enfin.
— On m’en avait promis.
— Ah! oui, Léocadie... dit Juliette avec amertume. Mais, vous n’avez donc personne, à Paris, autre que... Gérard?
Clémence avoua tout.
Quand elle avait rencontré Léocadie, elle n’avait ni argent, ni amant, ni ressources d’aucune espèce. Léocadie lui avait improvisé une mère aveugle et lui avait promis dix mille francs si elle arrivait à détacher Gérard de Juliette.
250 LES Mllü DU QUAl.llLR ÜREDA.
— Et cet homme avec qui Gérard doit se battre demain? demanda Juliette.
— Je ne le connais pas, répondit Clémence. Je sais seulement qu'il s’appelle Paul Gantois. Tout cela est un coup monté..
— Venez avec moi, dit Juliette. Je vous pardonne.
— Où me conduisez- vous? demanda la jeune fille avec un reste d’effroi.
— A Paris.
— Mais... il est tard... lit Clémence, et il va venir, lui...
Juliette prit une plume et laissa sur la table le billet suivant :
« Mon ami,
« Aspasic est malade et m’envoie chercher. Je « reviendrai peut-être cette nuit, sinon à demain « onze heures pour déjeuner. »
Clémence avait oublié de renvoyer la voiture qui l’avait amenée.
Les deux femmes y montèrent et prirent la route de Paris.
Une heure après, Cléméncc Mortimer était en route pour l’.\ngleterre.