S l,£S Milb i)l QlAnriEH Bl\Lt)A
— Oui... pour Paris...
— Mai8^balbn(ia-t-il,elle a laissé une lettre pour moi?...
— Non, dit le jardinier.
Ce fut le coup de grâce. Gérard s’affaissa anéanti.
LtOCAOIE A M. LE BARON HENRI DE MORFONTAINE
« Cher monsieur,
■ a Vous avez joué votre rôle^de prince à ravir.
« Malheureusement vos efforts ont été infruc< meux. La belle inconnue est partie, et un pauvre diable du nom de Moranval vous remercie de quelques billets de mille francs que vous lui avez donnés et qui lui ont rendu grand service.
3M LES .m:its nir quartieii breda.
« Vous vous consolerez aisémenl, du reste, car Marseille est la pépinière des femmes jeunes, spirituelles et jolies,
c Voire amie inconnue. »
XXXÎ
LE VRAI PRIftCE
Juliette avait conservé, lorsqu’elle avait loué à Autcuil, un pied-à-terre dans le quartier de la Chaussée-d’Ântin.
Ce fut là que, vingt-quatre heures après les événements que nous venons de raconter, elle descendit affolée, en proie à une sorte de fièvre délirante et à un immense déchirement de cœur.
Un homme l’attendait au seuil de la maison.
LES MHTS
C'êlailS... le vaudevillirte, à qui elle avait envoyé de Lyon une dépêche télégraphique.
— "Je crois que je vais mourir, lui dit-elle. Gérard m’a foulée aux pieds et je l’aime. Je t’ai écrit pour que tu me sauves de moi-môme, car je crois que je vais me tuer.
S... est un homme de cœur; il écoula Julielte, il se fit tout raconter.
— Ma chère, lui dit-il, tout ce que lu me dis là est tellement ex Iraord inaire que je n’y puis croire. Le prince Karinolf n’a pas quitté Paris.
— C’est impossible! s’écria-t-elle.
— Je l’ai vu Iiier, avant-hier, et les jours précédents...
Juliette prit sa tête à deux mains :
— Je deviens folle! murmura-t-elle.
Kilo élail dans un étal si alarmant que S...
envoya chercher le docteur A...
Le bon docteur la trouva ayant le délire; et ce ne fut qu’au malin qu’elle recouvra sa raison. Klle avait répété mille fois le nom de Gérard.
— Voilà un imbécile! pensa S... qui au lieu de prendre un train express va fouiller Marseille pour y trouver le prince Karinoff; lequel est tranquillement à Paris, avenue Lnrd-Ryvon.
nu QU\RTIEU r.REDA. 3''
Cependant la femme de chambre de Juliette jurait qu’elle avait vu le prince à Marseille.
« J’ai fait bien des pièces, pensa S... en courant chez le prince, mais je n’ai jamais trouvé une intrigue de celte force-là. »
Le prince était en effet chez lui. 11 écouta S... avec étonnement, jura qu’il n’avait point quitté Paris et le suivit chez Juliette.
En le voyant, Juliette jeta un cri et comprit tout.
En son absence le prince avait laissé pousser toute sa barbe.
Or, le faux prince Karinoff ne portait que des moustaches.
— C’est un tour de Léocadie! s’écria le prince.
— Un tour dont je meurs, murmura Juliette d’une voix éteinte.
— Oh! non, s’écria le prince avec feu, non, vous ne mourrez pas.
Les liommes sont bêles!
Juliette passa huit jours entre la vie et la mort, appelant Gérard dans son délire et prêle à lui pardonner.
Gérard ne venait pas. ...
S... lui avait écrit; il lui avait envoyé lélégramme sur télégramme.
Que faisait Gérard ?
il s’obstinait à croire que Juliette n’avait point quitté Marseille, qu’elle s’y cachait avec le prince et il réunissait une à une mille preuves menteuses de sa trahison.
Le jardinier, acheté cent écus, avait fait un joli roman.
A l’entendre, chaque nuit Juliette* et le prince causaient longuement au bord de la mer.
Léocadie lui avait écrit une lettre anonyme dans laquelle elle lui disait que Juliette et le prince vivaient tout tranquillement dans une propriété du côté d’Endoumes.
Gérard perdit une journée à explorer ce quartier et ne trouva rien.
Le jardinier confisquait les lettres et les télégrammes.
Enhn, au bout de huit jours, Gérard finit par où il aurait dû commencer.
11 se dit que, de toute façon, avec ou sans le prince, Juliette avait dû retourner à Paris.
Vingt-quatre heures après, il arrivait chez elle.
Juliette avait quitté le lit pour la première fois.
DU OlIARTIER RREDA.
Elle était pâle et défaite et ressemblait à un spectre.
Gérard ne vit qu’elle en entrant, et il pouss.'i tm cri :
— Ah ! Juliette 1 dit-il.
Mais, en se retournant, il vit un homme grave et triste dans le salon.
C’était le prince.
V t.e prince qui avait veillé Juliette nuit et jour.
Et soudain tout son sang aftlua à son cœur, une pâleur mortelle envahit son front ; .ses lèvres se frangèrent d’écume :
— Oh! pardon, dit-il avec ironie, je crois que je n’ai plus le droit d’entrer ici. Excusez-moi, prince.
Juliette eût pardonné quelques minutes auparavant. Ces mots la frappèrent au cœur.
— Gérard, dit-elle, je t’aimais de toute mon âme, je suis prête à t’aimer encore, mais il faut que tu répares tous tes torts d’un seul mot. Je te jure que je suis innocente, me croiras-tu? et cela sans me demander aucune explication? A ce prix, je te pardonne tout.
Gérard aurait dû tomber à genoux ; mais la présence du prince l’exaspéra :
— Ah! dit-il, vous avez une audace sans pa-
XiG LES NUITS DU QUARTIER 6REDA.
reille! Encore une fois, prince, excusez-moü... Et il;}Ortil, la tête liauie, insolent et dédaigneux. Juliette cacha son visage dans ses mains et murmura: t
— Faites que je meure!... ^
Le prince se mit à genoux devant elle et lui dit. :
— Puisque vous voulez mourir, laissez-moi me tuer avec vous...
Elle lui prit la main, la serra fiévreusement et murm> ra:
— Oh ! vous êtes bon comme Dieu, vous 1
ÊPILOGHË
' ‘ • 8... « CLR8RO
* Mon ami, .
a Je suis chargé d'une mission qui va te faire un mal affreux. Juliette dont tu as douté, que tu as calomniée, était innocente, et Juliette ne t'aime plus.
« Elle quitte Paris. Où va-t-elle? je ne sais. Veuxtu lui rendre ses lettres. Elle ne Texige pas, mais
LES NUITS DU QUAKTIER BKEDA.
die espère que lu auras la loyauté de le faire. Eiivoie-les-moi.
« A loi,
Luc heure après la réception de celte lettre, Gél ard était aux pieds de Juliette.
11 était à genoux, il demandait grâce.
Et elle lui répondit, d’une voix brisée, ce mot fatidique, prononcé au lendemain des révolutions : — Trop tard I
Un jour peut-être vous dirons-nous la suite de riiisloire de Juliette.