LES TIENS SONT PLUS FORTS QUE LES MIENS
Et, précipitant son pas, il disparut en traversant des sillons de regards et des sonnets ironiques. Le peuple était revenu au Syracusain.
Après cela, il nous parait inutile d'expliquer comment
les jeunes femmes Fiorina et Léa furent préservées des pièges séducteurs de Venieri; ce qu'elles avaient obtenu par le rosaire et le reliquaire. Boy l'obtint aussi par les dons pieux du sacristain de Saint-Âquilée.
Ainsi vivaient les hommes k cette époque; ainsi se faisaient les légendes.
Nos histoires modernes sont peut-être moins vraies que les légendes de ce t^nps-là.
Le lendemain, M. Octave de Nizier s'excusa de son aieux, et justifia son absence en ces termes :
€ Il m'était impossible, dit-il, de passer la nuit précélente à la belle étoile; j'ai dormi à Grenade depuis neuf leures du soir jusqu'à neuf heures du matin. J'ai consommé une révolution de cadran. >
— Monsieur Octave, dit la comtesse, l'infidélité qui a'a pas pour excuse une juste vengeance est le plus 3dieux de tous les crimes. Que nous avons-vous fait?
— Aussi, madame, je ne me suis pas vengé; j'ait fait relâche, voilà tout.
— Pour cause d'indisposition?
— Non, pour un motif plus grave.
— Plus grave qu'une indisposition I Vous étiez donc mort?
— Plus que cela ; j'étais enseveli.
— Où?
— Entre deux linceuls.
— Sans motif?
— Avec un ipotif.
— Lequel, monsieur?
— Mars s'est levé hier à huit heures trente-sept minutes du soir.
— Quel Mars?
— La planète de Mars. Il ne peut y en avoir d'autre peur moi. Comme je n'ai pas l'honneur d'être Vénus, je ne m'inquiète pas des actions du dieu de la guerre.
— Et c'est la planète de Mars cpii vous a enseveli entre deux linceuls?
— Elle-même.
— Ceci est plus nébuleux qu'une étoile ou une feouDe. monsieur Octave. Écartez les nuages, s'il vous platt.
— Volontiers, madame. Quand je suis d^ut au lever de la planète de Mars, il m'arrive toujours un malheor. C'est ma mauvaise étoile. Pour conjurer ce maléfice céleste, je me couche. C'est bien simple.
— £t qui a fait découvrir cette influence de Mars?
— L'observation, madame. Si les hommes étaient observateurs, ils s'éviteraient bien des chagrins en ce monde Tout malheur, tout accident a une cause physique ou métaphysique. Voilà ce qu'il faut observer.
— Ah! mon Dièul vous allez nous rendre rexlslence bien laborieuse, monsieur Octave I II nous sera bien difficile de vivre si nous sommes contraints à regarder toujours les étoiles pour savoir comment il faut marcher sur les pavés!. •
— Madame, poursuivit Octave, il y a deux manières de conduire sa vie : la première nous est enseignée par un poëte philosophe étranger, que je vais vous traduire. pour vous éviter la peine de lire sa théorie dans l'original.
— Oui, j'aime mieux la traduction.
— La voici, madame, textuellement mise en stances;
LBS NUITS ESPAGNOLES. 199