Les Nuits, Suivies Des Tombeaux Et Des Meditat
Que sert-il à l'homme de tenir ses yeux ouverts sur le magnifique tableau de la nature, si, restant aveugle sur lui-même, il ne sait pas y voir sa grandeur? Que disent tous ces êtres matériels à l'être raisonnable qui les admire? Qu'un seul rayon d'intelligence est plus brillant que cette foule d'astres; que l'homme, dont le vaste sein peut embrasser dans une pensée tout l'ensemble de la nature, et Dieu avec elle, est plus grand que cette immensité de merveilles.
Lorenzo, ouvre ton sein, étends tes désirs,
agrandis ton cœur, élargis sa capacité jusqu'à
ce qu'elle soit égale à ta grandeur. Laisse agir
ce ressort, cet instinct qui veut t'élever, ces
passions sublimes qui te pressent d'entrer dans le monde intellectuel, où la vérité t'attend pour te montrer des objets dignes de toi. Comment ton âme si vaste peut-elle se comprimer, se rétrécir jusqu'à la petitesse de cette terre, de ce point imperceptible , sans dimension et sans poids ? Une seule de tes pensées embrasse et parcourt tout l'espace qui est entre le néant et Dieu , et un atome te remplit ! Tu es immortel , et un moment de vie borne et satisfait tes désirs ! Ne t'étonne plus d'être malheureux.
L'homme fut formé pour un bonheur infini.
Mais le bonheur n'est fait que pour une âme grande dans ses désirs et dans ses vues. Tout ce qui est petit et vil nous rapproche du mal et de la peine , en nous éloignant de la vertu. Elle ne peut entrer dans un cœur étroit. Le vice n'est qu'un défaut de capacité dans l'âme, d'étendue dans la pensée.
^tffifv^ ^ Le feu ne darde point vers la terre ses lan-
gues enflammées. Comme lui, l'âme aspire à
[' • ' monter ; et quand nous la forçons de s'abaisser
sur des objets périssables, qu'il faut laisser tôt ou tard , elle est dans un état violent et contraire à sa nature. Nous en sommes punis.
Nous voulions saisir la gloire : nous courons