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humaine n'est guère que le triste fruit de nos douleurs.
O mon ami , que notre course est rapide !
Avec quelle vitesse les hommes se chassent successivement du théâtre de la vie ! Où sont tous ces grands hommes, tous ces astres de l'espèce humaine qu'on voyait briller dans les routes diverses de la gloire et de la renommée ,' et dont l'éclat excitait notre émulation et notre jalousie? N'ont-ils pas passé aussi rapidement que passent sur la plaine les ombres fugitives du soleil inconstant du mois d'avril, ou le conte dont le vieillard charme les soirées d'hiver au coin de ses foyers? Ne les avogsnous pas vus s'éteindre l'un après l'autre dans l'éloignement , comme les faibles étincelles d'un feu allumé dans un amas de feuilles, et ne laisser après eux que des cendres? . . '.
Nous sommes jaloux de l'estime publique :
mais nous ne voulons pas la payer ce qu'elle vaut. Nous espérons obtenir son amitié à meilleur compte ; et en ne cherchant qu'elle , nous risquons souvent de perdre l'une et l'autre. Le monde est avare et réservé dans ses dons ; il ne donne que ce qu'il ne peut refuser. Nous
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ne pouvons le forcer à nous aimer, mais arrachons-lui son estime, et quand une fois nous nous en serons saisis , nous pourrons alors prétendre à son amour, et à un amour durable, t . En réfléchissant sur ma vie passée, je trouve une sorte d'amitié vaine et passagère dont les hommes sont trop jaloux. Je parle de l'amitié des grands. Que j'étais insensé ! Pour de vaines marques de leur affection , je leur donnais en retour de l'amour véritable : mais je ne m'en repens pas ; je ne peux me repentir d'avoir été vertueux. Car , mon ami , il y a deux espèces de charité"; et il n'est pas aisé de décider laquelle est la plus méritoire.
La pitié a deux devoirs à remplir ; l'un nous oblige à aider le pauvre à vivre, l'autre -à ^ider le riche à jouir* Les riches ont une peine de plus que les autres hommes, c'est celle de se voir trompés par leurs richesses , qui leur refusent constamment le bonheur qu'ils en attendaient. Qu'ils sont à plaindre ! Ils croyaient qu'en emplissant leurs bourses, la soupe du bonheur allait se remplir pour eux au même degré. Au reste , tout ce que m'apprennent ces riches si prodigues d'amour, 2. 10
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c'est qu'il est dangereux de creuser l'homme au-delà de sa surface : il est à craindre que notre indiscrète curiosité ne nous fesse perdre la bonne opinion que nous avions conçue d'eux. Beaucoup d'égards extérieurs , très-peu d'hommages du cœur, voilà ce qu'il faut dans la société. Toute ma vie m'apprend que la prétention à l'estime , quand elle est juste , est un droit sacré , mais que ce droit est bien rare. Quand l'estime est due , il faut la payer : si elle ne l'est pas 9 ce n'est pas une raison de retirer son amour : l'amour de tous les hommes sans distinction est un précepte qui nous est ordonné comme un antidote contre la maladie funeste du mépris réciproque. Malgré notre orgueil , il nous faut aimer les hommes avec tous leurs défauts et leurs faiblesses. Et ce n'est pas seulement devoir , c'est prudence.
Autrement , de quel droit pourrions -nous exiger qu'on fut indulgent pour nos propres fautes ? Ce sont w>s fautes qui nous éclairent sur celles des autres et nous commandent l'indulgence : car le plus souvent nos soupçons sur les sentimens intérieurs des autres hommes ne viennent que du parallèle secret que nous faisons d'eux et de nous au fond de
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notre âme. Ce siérait donc nom eondasawr, que de ne pas leur par donosh le remercie te ciel de cette pensée.
Voici une réflexion qui mp dépkît * parce que je crains qu'ette ne me convienne : je trouve que les vieiflards sont trop enclins à bien penser #eux~raëm@&; npn pas qu ils soient plus prudens et plus soigneux d'éviter Je vice; mais parce que le vice les a abandonnés. lis se croient vertueux, parce qu'ils n'ont plus les défauts des jeunes gens : ils prennent leur impuissance pour victoire ; ils triomphent de ce qu'ils n'ont pas combattu ni rencontré d'ennemi. On en voit d'autres qui, après une jeunesse sans reproche, semblent avoir attendu la vieillesse pour faire des folies. C'est le spectacle le plus digne de pitié. Il est des fautes naturellement attachées à chaque âge de la vie, comme à leur saison : celles-là méritent quelque tolérance ; mais des vices hors de saison sont une production monstrueuse qui n'est épargnée de personne.
Dès notre enfance , dans cet âge qu'il plaît d'appeler l'âge de l'innocence, nous n'étions pas entièrement irréprochables ; nos vices commençaient à naître : bientôt ils grandissent