‹ Les Nuits, Suivies Des Tombeaux Et Des MeditatChapitre 26 sur 58 · DE ORAT · texte numérisé non relu

DE ORAT

L'orgueil de la naissance , la pompe du pouvoir, tous les avantages que donnent la ri* ctofesse et la beauté, attendent également l'heure inévitable : les sentiers de la gloire aboutissent au tombeau.

Les voûtes sacrées des temples ne retentirent jamais dé leurs éloges ; la postérité n'a point érigé de trophées sur leurs tombes» Grands de lai terre, pourquoi les plaindriez -vous?

Un mausolée chargé d une longue inscription peut-il ranimer 1 une froide poussière? ou les accents de la flatterie charmeraient-ils l'oreille insensible de la mort ?

Peut-être gît dans ce lieu négligé un cœur jadis rempli d'une flamme céleste , et des mains dignes de porter le sceptre ou de toucher la lyre d'Apollon.

Mais la science , enrichie des. dépouilles du temps , ne leur a jamais ouvert son livre .immense ; la hideuse pauvreté a glacé dans sa source le génie créateur qui donne la vise au» grandes pensées. .1 ,

Ainsi mille pierres précieuses sont renfermées dans les cavités des montagnes et dans les gouffres profonds de l'océan ; ainsi mille fleurs naissent , se colorent et prodiguent

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leurs suaves odeiîrs dans la solitude d'un désert.

Cette tombe renferme peut-être un Hampden , qui aurait opposé son courage intrépide aux efforts de la tyrannie ; un Milton qui mourut sans gloire ; un Cromwell dont les mains furent pures du sang de sa patrie.

Ils ne régnèrent pas sur les âmes par l'éloquence qui commande l'admiration ; l'obscurité de leur sort les priva du triomphe des vertus publiques , des éloges de la renommée , du doux pouvoir de répandre des bienfaits, et de faire naître le sourire sur les lèvres des malheureux.

Mais si leurs vertus furent bornées, leurs vices reçurent aussi des entraves; ils ne s'élevèrent pas au trône par des degrés souillés de sang ; ils ne fermèrent pas sur l'homme les portes de la clémence*

Ils n'eurent jamais à cacher la rougeur de leur front, ou à combattre les déchiremens d'une conscience effrayée ; ils ne firent point fumer l'encens sacré des muses sur les autels de la débauche et de l'orgueil.

Loin des basses intrigues de la foule insensée, leurs vœux n'aspirèrent pointa s'égarer;

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Us suivirent sons bruit la route qui leur était tracée dans le vallon de la vie.

Voici un monument grossier qui semble garantir ce tombeau de l'oubli..... Quelques vers à peine gravés sur la pierre demandent au voyageur le tribut de ses larmes.

Hélas ! qui résigna jamais sans regrets cette inquiète et flatteuse existence? qui s'exposa volontairement à devenir là proie du silence et de l'oubli? comment abandonner la brillante enceinte du jour, sans jeter en arrière un regard long et douloureux!

L'âme en quittant cette vie, jouit encore des regrets d'un cœur désolé ; les yeux en se fermant demandent quelques pleurs à la sensibilité ; du fond des tombeaux la voix de la nature se fait encore entendre; nos cendres mêmes brûlent des feux qui les ont animées, x

Et toi, qui, pour venger la mémoire de ces cendres négligées, les fais revivre dans tes vers, si par aventure un cœur sensible, ami de la contemplation, veut savoir ta destinée, sans doute un bon villageois, aux cheveux blanchis par les ans, s'empressera de lui répondre : Souvent nous l'avons vu dès le point du jour, traversant la prairie humide, marcher

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▼ers ce coteau fleuri pour assister au lever du soleil.

Au bout de ce vallon, assis sous un vieux chêne , il aimait à rêver dans la chaleur du jour, les yeux fixés sur le ruisseau qui fuit en murmurant

Le soir, avant de regagner sa demeure, fl errait au hasard dans les détours du bois , sou* riant avec amertume et prononçant des mots entrecoupés comme un malheureux délaissé de la nature entière , ou tourmenté d'un amour sans espoir.

Mais un matin il ne vint pas sur le coteau , le long du bois, ni sous son arbre chéri Un autre jour parut , je le cherchai en vain dans le vallon près du ruisseau , je ne le trouvai pas.

Bientôt des chants funèbres m'apprirent qu'il n'était plus , et je le vis porter lentement vers ces lieux! Approchez et lisez ces mots gravés sur la pierre qui le couvre.

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