‹ Les Nuits, Suivies Des Tombeaux Et Des MeditatChapitre 28 sur 58 · TRADUCTION DE L'ANGLAIS DE GRAY · texte numérisé non relu

TRADUCTION DE L'ANGLAIS DE GRAY

Par M.-J. CHÉNIER,

Le jour fuit; de l'airain les lugubres accens Rappellent au bercail les troupeaux mugissans ; Le laboureur lassé regagne sa chaumière ; Du soleil expirant la tremblante lumière Délaisse par. degrés les monts silencieux; Un calme solennel enveloppe les cieux , Et sur un vieux donjon que le lierre environne , Les sinistres oiseaux, par un cri monotone, Grondent le voyageur dans sa route égaré, Qui vient troubler l'empire à la nuit consacré.

Près de ces ifs noueux dont la verdure sombre Sur les champs attristés répand le deuil et l'ombre , Sous ces frêles gazons , parure du tombeau , Dorment les villageois , ancêtres du hameau.

Rien ne peut les troubler dans leur couche dernière,

Ni le clairon du coq annonçant la lumière , Ni du cor matinal l'appel accoutumé , Ni la voix du printemps au souffle parfumé.

Des enfans, réunis dans les bras de leur mère, Ne partageront plus , sur les genoux d'un père ,

LE CIMETIÈRE DE CAMPAGNE. !*3l

Le baiser du retour , objet de leur désir ;

Et le soir au banquet la coupe du plaisir

N'ira plus à la ronde égayer la famille.

Que de fois la moisson fatigua leur faucille !

Que*de sillons traça leur soc laborieux !

Gomme au sein des travaux leurs chants étaient joyeux ,

Quand la forêt tombait sous les lourdes cognées !

Que leurs tombes du moins ne soient pas dédaignées;

Que l'heureux fils du sort , déposant sa grandeur ,

Des simples villageois respecte la candeur;

Que ce sourire aMer sur ses lèvres expire :

Biens, dignités, crédit, beauté, valeur, empire,

Tout vient dans le lieu sombre abîmer son orgueil.

O gloire! ton sentier ne conduit qu'au cercueil.

Ils n'obtinrent jamais , sous les voûtes sacrées , Des éloges menteurs , des larmes figurées ; Les ministres du ciel ne leur vendirent pas Le faste du néant , les hymnes du trépas :

Mais, perçant du tombeau l'éternelle retraite, Des chants raniment-ils la poussière muette ? La flatterie impure , offrant de vains honneurs , Fait-«lle entendre aux morts ses accens suborneurs?

Des esprits enflammés d'un céleste délire, Des mains dignes du sceptre , ou dignes de la lyre , Languissent dans ce lieu par la mort habité.

Grands hommes inconnus , la froide pauvreté Dans vos âmes glaça le torrent du génie ; Des dépouilles du temps la science enrichie A vos yeux étonnés ne déroula jamais Le livre où la nature imprima ses secrets i

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