LE CIMETIÈRE DE CAMPAGNE
Mais l'avare océan recèle dans son onde Des diamans , l'orgueil des mines de Golconde ; Des plus brillante? fleurs, le calice entr'ouvert Décore un précipice ou parfume un désert Là, peut-être sommeille un Hampden de village, Qui brava le tyran de son humble héritage; Quelque Milton sans gloire ; un Crorawell ignoré , Qu'un pouvoir criminel n'a pas déshonoré.
S'ils n'ont pas des destins affronté la menace , Fait tonner au sénat leur éloquente audace , D'un hameau dévasté relevé les débris , Et recueilli l'éloge en des yeux attendris, Le sort, qui les priva de ces plaisirs sublimes, Ainsi que les vertus, borna pour eux les crimes : On n'ajpoint vu l'épée, ivre de sang humain, Leur frayer jusqu'au trône un horrible chemin ; Ils n'ont pas étouffé dans leur âme flétrie Et la pitié qui pleure, et le remords qui crie; Jamais leur main servile aux coupables puissans N'a des pudiques sœurs] prostitué l'encens ; Et leurs modestes jours, ignorés de l'envie, Coulèrent sans orage au vallon de la vie.
Quelques rimes sans art, d'incultes ornemens, Recommandent aux yeux ces obscurs monumens :
Une pierre attestant le nom , le sexe et l'âge , Une informe élégie , où le rustique sage Par des textes sacrés nous enseigne à mourir , Implorent du passant le tribut d'un soupir.
Et quelle âme intrépide , en quittant le rivage , Peut au muet oubli résigner son courage ?
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Quel œil, apercevant le ténébreux séjour, Ne jette un long regard vers 4 'enceinte du jour ? Nature , chez les morts ta voix se fait entendre ; Ta flamme dans la tombe anime notre cendre; Aux portes du néant respirant l'avenir , Nous voulons nous survivre en tin doux souvenir. Et toi, qui pour venger la probité sans gloire; Du pauvre dans tes vers chantas la simple histoire , Si, visitant ces lieux, domaine de la mort, Un cœur parent du tien veut apprendre ton sort, Sans doute un villageois , à la tête blanchie , Lui dira : Traversant la plaine rafraîchie , Souvent sur la colline il devançait le jour : ! ■
Quand au sommet des cieux le midi de retour Dévorait les coteaux de sa brûlante haleine , Seul , et goûtant le frais à l'ombre d'un vieux chêne , Couché nonchalamment, les yeux fixés sur l'eau , Il aimait à rêver au doux bruit du ruisseau : Le soir, dans la forêt, loin des routes tracées, Il égarait ses pas et ses tristes pensées ; Quelquefois, en quittant ces bois religieux, Des pleurs mal essuyés mouillaient encor ses yeux. Un jour , près du ruisseau , sur le mont solitaire , Sous l'arbre favori , le long de la bruyère , Je cherchais , mais en vain , la trace de ses pas ; Je vins le jour suivant, je ne le trouvai pas : Le lendemain , vers l'heure où naissent les ténèbres , J'aperçus un cercueil et des flambeaux funèbres; A pas lents vers l'église on portait ses débris : Sa tombe est près de nous; regarde, approche, et lis..
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