PROMENADE DU MATIN
A peine sorti des tombeaux, encore tout arrosé des vapeurs humides de la voûte sépulcrale , j'allai ; respirer au milieu d'un parterre entaillé de fleurs. Tous mes sens s'ouvre rent à la volupté. Mon imagination tendrement émue çrrait sutf tous les objets, et se promenait avec délices de fleurs en fleurs.
P'était le matin d'un beau jour d'été. L'air était frais et léger , la nature 1 riante et animée. Le monde bruyant était plongé dans le sommeil L'intérêt avait suspendu ses calculs. La débauche lassée reposait sa tête Coupable.
Tout était serein et tranquille. Mon ime était calme, mes pensées sérieuses et douces. L'alouette joyeuse a quitté son nid; je la vois planer dans les airs; elle salue le jour naissant; elle appelle le laboureur au travail , et les oiseaux au concert de la nature.
Qu'il est doux de rêver , en foulant à ses
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parsemé de roses : k( tendre verdure tapisse les plaines : les - fleurs étalent des couleurs riches et brillantes : la nature pafaît ornée de ses pkis beaux attraits : l'œil s'égare et s'étonne sans cesse.
Sans cet astre, grand principe de la vie de Ytn Hivers, que serait la terre? Une masse informe, un amas de matière sans force et sans activité* Les arbres ne nous couvriraient point de leur ombrage : les plantes sans vigueur ne nous montreraient plus le tendre bouton prêt <Féclore : les prairies ne seraient plus un tapis délicieux pour le solitaire. Plus de moissons i plus de fruits. Ce sont les traits de feu de ce globe vivifiant qui donnent au printemps se& couleurs, et à l'automne ses richesses; Ils pénètrent dans les ceps de la vigne. La sève fer-» mente, la grappe se colore, ef le vin mousse et pétille dans la coupe du plaisir. Le verger fleurit, et se cpurbe sons le poids de ses -fruits : l'or mûrit et se colore au sein de la terre : le diamant se durcit et se remplit de ses rayons : nul être dans la nature que sa chaleur n'atteigne, et qui ne lui doive des bienfaits» •
Lorsque ce père du jour répand sa splendeur matinale , toutes les créatures s'animent : des
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millions d'insectes recouvrent l'existence : les oiseaux s'éveillent et remplissent l'air de milte chants harmonieux : les troupeaux , par un doux bêlement, marquent leurs tendres sensations et leur reconnaissance : le vallon retentit d'une musique champêtre : Echo ne répète que des sans d'allégresse et de volupté. On voit les fleurs éclore et exhaler dans les airs mille parfums : la campagne offre à no»
regards mille scènes variées et séduisantes.
Mais que cet orbe radieux s'éclipse un instant i toute la nature devient triste et mélancolique : les deux paraissent inquiets ; les oiseaux baissent sous leurs ailes leur tête affligée ; le berger muet abandonne son hautbois , et regarde sa bergère d'un œil moins tendre et moins riant : la voix du plaisir se tait : d'affreux rugisse-* mens épouvantent les forêts : le hibou sauvage 3e réjouit seul , et croit sentir les approches de la nuit
Je vois le soleil répandre la lumière en tout sens. Prodigue de ses dons, il éclaire la terre , et la réjouit : l'orient est rougi de ses rayons naiséans, et les montagnes d'occident sont dorées de ses premiers feux : les régions glacées du feord s'échauffent , tandis . 2. 16 "
que les vastes plaines du midi sont déjà embrasées.
ta rosée.
L'homme , après avoir promené ses regards dans ces lieux , les repose avec plaisir sur la terre : les gouttes de rosée /plus brillantes que le cristal , comme autant de prismes , lui renvoient les couleurs les plus vives. Humilie-toi, pierre orgueilleuse , qui brilles sur la tête des monarques ; que tu serais méprisable auprès de ces gouttes précieuses , si elles avaient ta solidité! Mais, hélas, l'éclat dont elles brillent les consume et les détruit.
Que la fraîcheur que répand la rosée est douce ! Bientôt le soleil dans toute sa pompe la fera monter en vapeur légère ; mais la tendre nuit viendra de nouveau remplir dé son humide haleine le calice des fleurs, et rendre la force et la vie aux plantes languis** santés. '.
De combien de moyens se sert la Providence pour verser la fertilité dans le sein de Ja nature ! Tantôt des nuées épaisses et noires couvrent le firmament : les vents déchaînés les transportent sur la (ace de la terre : le
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tonnerre gronde et les entrouvre : les pluies abondantes et rapides se précipitent, inondent les plaines et grossissent les fleuves écumans. Tantôt une vapeur légère y si déliée que l'œil ne peut l'apercevoir, si douce que dans sa chute elle ne peut blesser la fleur la plus tendre, se resserre et se condense, se résout et tombe, en goutte de cristal. C'est par ces opérations différentes où contraires, mais qui tendent au même but, que la fertilité, cachée dans le sein des eaux , pénètre la terre , et fait germer toutes les plantes qui bientôt nous fourniront des parfums ou des fruits délicieux.
Vue de la campagne.
Montons sur cette terrasse, et laissons nos yeux errer sur la campagne voisine. # Quelle perspective séduisante! qu'elle est vaste!
qu'elle est variée! Avec quel plaisir l'œil s'y repose! Cette plaine renferme les trésors de la nature; c'est ici qu'elle prépare une foule d'ar limens différens à.des millions d'êtres. Oui, la nature est un livre immense : heureux le solitaire qui borne tous ses plaisirs à le parcourir! Chaque page lui offre une, preuve de la bien-.
faisance du Tout -Puissant. Il le voit assis au milieu de l'univers sur une nuée brillante, réglant ses mouvemens, et versant de ses mains fécondes la vie et le bonheur.
Déjà la campagne se dore des présens de Cérès : l'épi s'ouvre aux rayons du soleil : le grain se colore et mûrit : le laboureur joyeux voit croitre son espérance 7 et bénit l'Être suprême qui couronne ses travaux.
Des guirlandes naturelles bordent les prairies : des touffes d'herbes croissent et promettent un aliment salutaire au bœuf vigilant f lorsque les neiges et les glaçons auront fermé le sein de la terre : un ruisseau clair et limpide serpente en replis longs et tortueux , et parcourt ce rivage tranquille : les fleurs naissent sur ses bords 9 et conservent leurs couleurs sous les ardeurs du midi : le firmament voit son image répétée par ce miroir champêtre, tandis que le saule tranquille et solitaire se baigne et se nourrit dans ses eaux : une foule de poissons nage dans son sein, plonge, retient et amuse par ses jeux le pêcheur , qui d'un œil avide contemple sa proie , et lui tend le perfide hameçon. Mais ce ruisseau , emblème de l'homme libéral , s'éloigne de ses bords, et
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roule au loin dans ses ondes argentées l'abondance et la pureté.
es coteaux voisins sont couverts de riches pâturages : le bœuf vigoureux y puise la force , le bélier une chair délicate : le coursier indompté frappe la terre de son pied ; il s'exerce à la course, et apprend à être utile à l'homme. Au bas de ces coteaux , un bois solitaire , dont les arbres touffus élèvent leurs tètes jusque dans les nues, offre son ombrage frais aux amans et à l'homme qui va méditer loin du séjour des villes. Il sert de repaire aux bêtes farouches , et d'abri aux heureux oiseaux* Bientôt il servira peut-être de soutien aux lambris de nos patate , ou il nourrira le foyer de ce vieillard décrépit, qui repasse dans sa mémoire les beaux jours de sa jeunesse, et se plaît à en redire l'histoire à sa famille attentive : une bruyère antique environne son écorce ; et comme les ombres bien ménagées dans un tableau , elle jette un nouveau lustre sur la partie de ce paysage : les herbes salutaires naissent en foule sur ce coteau voisin : les maux les plus invétérés, les douleurs les plus aiguës cèdent à la force de leur suc bienfaisant : la fièvre ralentit ses fureurs , le sang
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circule avec plus de vitesse et d'égalité : notre constitution énervée se rétablit , et la santé , le plus doux de tous les biens, couronne nos têtes de fleurs.
Ramenons nos yeux sur ces riantes campagnes : le fertile espalier, moins fier que l'ormeau , mais plus utile, m'offre la scène la plus séduisante. Mon cœur tressaille à la vue de l'abondance qui se prépare pour l'automne.
Déjà les fleurs couvrent le pied des arbres, l'air est embaumé, le fruit a percé le tendre calice, et paraît de toutes parts sur le moindre rejeton. Voltige maintenant, Zéphir léger, viens caresser Flore; et toi , impétueux Borée, retiens ton souffle destructeur, épargne la jeunesse de. ces fruits; que la poire distille son suc délicieux , qu'elle se colore aux' rayons du soleil jusqu'à ce que mûrie elle puisse or* ner la table frugale de l'homme champêtre; que la prune repose tranquille sur l'espalier jusqu'à ce qu'elle ait acquis son embonpoint délicat et le velouté de sa peau charmante; que l'ornement de nos vergers , la pomme vermeille, ne soit point précipitée sur la terre aride avant que le soleil dans son cours l'ait colorée par degrés, et pénétrée d'un parfum
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délicieux. Bientôt nos serres seront remplies de toutes les espèces de fruits. Notre goût excité y trouvera un repas frugal pour le matin , et un rafraîchissement doux et humectant pendant les chaleurs du jour. Quelques-uns attendent leur maturité tardive de la neige et des frimas , et semblent pousser l'automne jusqu'au centre de l'hiver; ils viennent en foule couronner nos tables , et finir délicieusement nos festins ; ou bien , pressés dans la cuve et préparés par les mains de l'art , ils pétilleront bientôt dans nos verres, et nous fourniront une boisson aussi piquante et aussi délicieuse que le vin.
Une main généreuse a planté tout autour un bois épais pour servir de barrière aux vents du nord ; mais elle a su ménager une ouverture bienfaisante aux sourires du midi. . Je crois voir dans ces jardins potagers une république simple et frugale : la pompe des cours en est bannie : toutes les productions sont parées d'une simplicité douce et riante : ici les qualités les plus rares sont unies, la modestie et la propreté : une main habile a partagé la terre en petites allées et en plate-ban* des : chaque espèce a &a place où il lui est
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permis de croître : point de confusion , tout est en ordre. C'est ici que la symétrie et le cordeau triomphent et sojrt sûrs de plaire.
La joie et la santé se promènent dans ces lignes. Quelle source de mets exquis et sains , tous destinés à l'homme! Parmi cette foule d'herbes , il n'est pas une espèce qui charge la terre d'un poids inutile ; la moindre plante est un aliment exquis ou un remède salutaire: chaque saison accommode ses^ productions à la température de l'air et à l'état de nos corps. Le possesseur de cette terre inestimable peutil envier le sort des rois ? Il se promène tous les jours au milieu de ses paisibles sujets:
chacun d'eux lui fait son présent et lui paie un tribut volontaire : ses besoins sont satisfaits , et son goût est agréablement flatté.
J'aperçois d'un côté des montagnes im* menses dont la cime court se perdre dans les nues ; elles paraissent les bornes de la nature : un roc effrayant penche sur la cabane du laboureur, il effraye le passant, et l'excite à rêver. Tout est beau dans l'univers. Sur la cime des montagnes, à côté de centprécipices affreux, au milieu de cent roches désertes , règne une plaine verdoyante, un fertile vallon que baigne
«me onde fraîche et pure, où la nature semble sourire au sein de la tristesse. Je vois les carrières et les mines s'entr'oirvrir ; l'industrie y descend , et en tire le soc qui doit fendre le sein Àe la terre, et la faux bienfaisante qui lui assure ses moissons : l'art sourit à l'industrie, et arrache du fond des abîmes les masses énormes que l'architecte attend. Ami du luxe , il élève les dômes superbes, enfle l'orgue et dore nos lambris.
De l'autre côté, une mer vaste et profonde borne mes regards ; quelle foule de créatures vivent dans son sein ! C'est ici la citerne de l'univers; elle distribue toutes les eaux qui vont se répandre sur la face du globe : le moindre ruisseau qui serpente dans les déserts affreux et ignorés , la moindre nuée qui se forme sur nos têtes, se nourrissent dans cette source inépuisable : le commerce vient sur ses bords; il voit avec chagrin la vague s'élever et rugir ; son espérance chancelle. Tout-à-coup un vent léger et favorable enfle les voiles; il monte gaîmentsur un frêle vaisseau : les cris des matelots frappent les airs ; il vole dans les régions les plus éloignées de la terre ; il découvre des peuples nouveaux, il devient leur ami; le monde est sa patrie,
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La vue de cette magnificence et cette profusion a suspendu tes fonctions de mon âme.
Que ce spectacle est imposant , lorsque nos coteaux rians sont couverts de troupeaux et de bergers , et que là vallée retentit de leurs douces chansons ! Qui peut se refuser à la joie gêné* raie ? qui peut ne pas sentir les vives atteintes du plaisir ? Lorsque le père delà nature répand le bonheur sur ses enfans, qui peut ne pas respirer le souffle de sa bienfaisance ? Mon coeur se dilate , le plaisir . ébranle toutes mes fibres. Que vous êtes heureux, habitans de ces cantons! Que peut-on ajouter à votre félicité ? Comment vous payer ma reconnaissance?
Ah ! mes vœux vous sont inutiles ; la paix veille sur vos demeures.
C'est pour vous que l'Eternel posa lés foncjemens de l'univers ; pour vous il déchira le voile des ténèbres et forma la nature si riante et si belle. Il parsema le firmament des étoiles brillantes pour, charmer vos regards ; la terre fut couverte de gazon pour être le siège de vos plaisirs ; le souffle divin répandit sur la nature cette vapeur douce et légère qui la nourrit ; le zéphir fut formé pour caresser les joues de vos tendres bergères, et les rendre
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plus fleuries. Sa main entassa les montagnes pour vous ménager les vallées fraîches et solitaires. Jouissez de vos plaisirs, l'homme des villes n'est pas assez sensible pour vous les envier.
Les saisons roulent autour de la main de l'Eternel ; son doigt préside à toutes les révolutions célestes ; il presse le ressort de la nature, et'le principe actif s'exerce sur tous les êtres ; l'univers est dans sa main ; l'ordre et l'harmonie sont ses bienfaits. Ce globe rentrerait dans la confusion du chaos, les astres retomberaient enveloppés dans les ténèbres, si l'Etre suprême ne veillait sur les opérations de l'univers.
Si le raisin vous rafraîchit par son jus agréable et piquant, vous le devez à sa bonté; si le pain nourrit et entretient vos forces , c'est un effet de sa bienfaisance; si la plus tendre mélodie se fait entendre dans les bois ; si le rossignol vous charme par son chant délicieux, rappelez -vous qu'il fit le printemps; c'est à lui que vous devez la figue sucrée, l'eau fondante et douce de la pêche; et la saveur musquée de l'abricot; c'est lui qui versa le parfum dans le chèvre*feuille et le jasmin. Il
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forma le calice de toutes ces fleurs que tous foulez à vos pieds, et dont l'air s'embaume Si toutes ces créatures pouvaient emprunter votre voix, ne doutez point qu'elles l'emploieraient à publier les louanges du Créateur.
Parfum et coloris des fleurs.
Quittons ce coteau pour descendre dans une vallée solitaire. Je me plais à détailler le plaisir. Ici l'aspect de la nature n'inspire pas ce sentiment vif qui suspend les fonctions de rame pour la plonger dans l'admiration et l'extase ; mais il fait naître ces sentimens purs , ces douces rêveries, ces transports délicats qui ne se* peuvent exprimer , mais qui se font sentir à l'homme heureux qui sait les goûter. La nature n'est pas ici dans toute sa pompe , mais dans un négligé séduisant ; sa parure est un bosquet, un ruisseau pur arrose son sein.
Ici die inspire la douce gaîté à ses amis. Mes yeux ne peuvent suffire à tant de beautés; mes pas m'entraînent dans la profondeur de ce bois. J'ai traversé les vastes prairies; quelle douce retraite m'a préparée la nature ! Ce tapis de mousse m'invite au repos.
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C'est dans les bois solitaires et tranquilles que les grands hommes ont puisé ce goût du beau , ces pensées sublimes qui nous étonnent; c'est sous cet ombrage qu'ils ont découvert les vérités utiles qui nous éclairent ; c'est ici que je veux finir le reste de mes jours ; la nature me donna le goût de l'étude, je viendrai le nourrir dans cette solitude; assis sur ce gazon , je me livrerai à la douce méditation, et la vérité descendra dans mon âme.
Quelle odeur suave et délicieuse ! Je respire le doux parfum des fleurs ; l'eucens de la nature me pénètre ; le chèvre-feuille et le jasmin agréablement enlacés, couronnent cette muraille solitaire, et se jouant avec les zéphirs , versent de leurs calices mille flots odorans. Quelle invitation plus agréable et plus forte de s'arracher de la mort volontaire où nous plonge la mollesse ! Ce fut pour l'homme vigilant que l'Eternel prépara ces délices. L'homme oisif et sensuel voit à son lever le soleil au milieu de sa course; les tendres fleurs penchent leur tête desséchée; le spectacle ravissant d'un beau matin a disparu ; l'air a perdu sa douce fraîcheur , et s'est changé en un fluide brûlant.
Quels transports > quelle volupté dut éprouver le premier des mortels, lorsque le matin du premier jour de l'univers , pénétré des premiers rayons du soleil , embaumé par la couche de fleurs où il avait reposé ! il jeta un regard étonné sur son aimable compagne, et voulut leveiller de son profond sommeil ! « Éveille- « toi, s'écria- t-il > le jour brille sur nos têtes; a une douce fraîcheur nous appelle dans les « prairies ; les tendres fleurs ouvrent leur ca- « lice et exhalent dans les airs mille odeurs « délicieuses. Je ne sais si la voluptueuse « ivresse qui remplit mon âme embellit tout « ce que voient mes yeux; les plantes ambrées y « pressées sous mes pas , portent à mon odo- « rat des flots de parfums ; la nature pénètre oc tous mes sens ; je suis transporté. » Qu'un génie bienfaisant aille murmurer ces douces paroles à tous ceux qui , plongés dans le sommeil , se refusent à ces pures jouissances.
Ici le plaisir conserve toujours toute sa force; l'intempérance est innocente, ou plutôt jamais l'excès n'accable nos organes; le corps ne fait que se prêter à la sensation ; l'âme seule jouit , se remplit d'une volupté qui n'épuise jamais ses forces.
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Quel feu de coloris ! quelle touche ! quelle variété de couleurs ! quelle richesse ! Les unes fières et animées , les autres tendres et douces , je crois voir le rubis avec ses rayons de feu , le saphir avec son bleu d'azur; partout des nuances délicates et sensibles ; la nature, l'art et le goût semblent concourir pour faire de ces déserts un palais de délices. Quel pinceau délicat a su composer cette variété de teintes! quelle main habile a su ménager ces couleurs ! Là, elles semblent jetées au hasard et confondues ; ici , elles sont placées avec tout le soin de l'art. Partout brille le choix et la profusion ; la fleur , la verdure et les ombres , habilement mélangées , adoucies, offrent un contraste parfait et un accord plein de charmes. Que le tissu sur lequel la nature déploie ses trésors est fin et délicat !
Quelle leçon de confiance nous donne ce spectacle ! Si la Providence con$erve ces êtres subalternes avec un soin continuel, si elle daigne revêtir ces créatures insensibles d'une parure si brillante, confiera- t-elle à des mains négligentes le soin de ses enfans chéris ?
Que ma situation est heureuse et séduisante! La mélancolie peut- elle éraousser le
sentiment du plaisir, lorsque je suis étendu sur un tapis de verdure ? Ces couleurs vives , ces odeurs délicieuses pénètrent mes sens , et portent dans mon âme une douceur qui passe' dans mes pensées.
Combien de fois un beau soir du printemps* a dissipé mes idées tristes et mélancoliques , et donné de nouvelles forces à mon esprit abattu ! Je ne m'étonne point de voir les rois descendre de leurs trônes , se dérober au faste et à la pompe des cours, pour venir s'égarer dans un jardin ; de voir les grands abandonner leurs équipages ennuyeux et mornes, et leurs appartemens dorés, pour respirer la fraîcheur d'une riante campagne.
Diversité des fleura.
Quelle profusion de fleurs! quelle surprenante variété ! Je vois partout la nouveauté piquante jointe à la perfection et à la simplicité. Quelques-unes élèvent leur tête avec ma* jesté; dominent sur tout le parterre, comme le souverain dans un état. L'autre , plus modeste et sans ambition , n'ose pas même élever sa tige , et laisse sa tête reposer sur le gama»
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Les une* sont dégomment découpées , les autres garnies de franges et chamarrées de mflte couleurs. Celles*Ui , simples dans leur parure , ont la canctauf d'une -vierge, et sont pures comme la vertu; celles-ci, décotfées de la pourpre des rois, font l'orgueil du jardin et du maître. Mais jamais le noir , jamais eêtte triste et sombre couleur ne fut admise dons* la paruredu printemps; les habits de l'affliction et du deuil ne siéraient pas à la nature, lorsque d'un air riant elle ouvre les sources du plaisir , pour le distribuer dans tous les êtres. Maintenant elle ne veut inspirer que des idées* agréables; l'illusion du sentiment a gagné mon âme* Quel ravissement! Des millions de fleurs brillantes disputent devant moi le pris de la beauté. Je jouis de leurs couleurs , de leurs parfums , de leur charme; toutes attirent mort éloge, et je reste indécis.
Que tes ouvrages sont sublimes , maître de la nature ! Ta sagesse forma la douce volupté pour la récompense du sage. Que n'est-il permis à mon imagination enflammée d'embrasser l'immensité de tes desseins , et de sentir toute la justesse. dq l'exécution : qiie de travail, que de soins! Homme misérable et borné, que de 2. 17
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peines pour achever un ouvrage qui toujours reste imparfait! Efforts du génie, vous restez; toujours au-dessous de la nature; mais l'architecte suprême bâtit d'un seul mot La perfection et les grâces naïves sont à ses ordres. Il étonne f il ravit, il séduit L'erreur suit sans cesse les traces de l'homme; elle mêle son poison aux découvertes de la science.
La vérité déplaît aux humains quand die se montre nue à leurs faibles yeux; pour que leurs regards n'en soient pas blessés, ils la couvrent du manteau de la fable et du voile de l'allégorie* L'inconstance et la légèreté dégradent tous les jours les chefs-d'œuvre de l'art* Le dégoût suit de près l'admiration; mais des millions de siècles se sont écoulés , et le dégoût et l'ennui n'ont point encore attaqué les œuvres du Tout-Puissant. Depuis l'instant où le néant enfanta l'être , on ne cesse de les admirer ; la surprise et l'admiration prennent de nouvelles forces de l'attention même qu on apporte à les contempler; et l'ensemble et les parties, tout est merveille.
De quelles teintes r de quel crayon se servit le peintre céleste pour dessiner , pour colorer la robe de la nature ? La main du Tout-Puis-
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sant n'a besoin que d'un principe simple pour donner l'essor à une infinité de causes. L'humidité de la terre et le fluide subtil qui l'environne partent de là même source; seuls ils opèrent tous ces miracles ; ils pénètrent subtiletneht dans les fibres de la mousse qui couvre la terre , et montent par degrés jusqu'au sommet des cèdres les plus élevés; attirés par les racines , circulant dans des canaux invisibles , et s'incorporant avec la substance des moindres rejetons , ils font pousser le bourgeon, le font épanouir; les feuilles naissent et couvrent les arbres; les fleurs succèdent aux feuilles, et les fruits aux fleurs ; les forêts se rembrunissent , et nous préparent l'ombrage frais qui doit exciter les plus douces rêveries. Une cause simple et uniforme fait naître tous les effets qui nous charment dans le printemps de l'année et nous effrayent dans son hiver. C'est cette cause unique qui Eut circuler le sang dans les veines de la mûre , et qui s'atténue en petites feuilles d'or pour dorer le coin fortifiant; c'est elle qui souffle dans nos jardins une vapeur suave , et qui charge le jeune zéphyr d'embaumer la na*< ture; et ce sont ses larmes précieuses qui vont
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former la gomme odoriférante dans le sein de l'Arabie.
Quelle variété dans les individus de la même espèce ! Dans un bosquet de tulipes ou dan»
un groupe d'oeillets , & peine un ou deux sont colorés et situés de la même manière. On voit qu'ijs appartiennent k h même famille , mai* chacun a sa parure et son attitude particulière. Permettons donc à quelques-uns de nos semblables de s'écarter dans quelques points indifférons, si nous sommes réunis sur les objets importons; que ces légères différences d'opinion ne nous empêchent point d'être amis ; ne souffrons entre nous d'autre rivalité que celle de montrer le plus de aèle et d'ardeur à nous obliger mutuellement
Successions régulières des fleurs.
Quoi de plus digne encore de notre admiration , que Tordre régulier dans lequel chaque espèce de fleurs succède à l'autre ! Tandis qu'une foule d'espèces nous prodiguent leurs appas, une foule d'autres germent dans le sein de la terre , et nous préparent de nouveaux plaisirs : le lis s'avance le premier à travers
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glaçons; sans craindre les frimas; il vient, décoré de la robe de l'innocence , offrir à son maître le premier tribut de Tannée ; près de lui la fleur de safran s'effraye du bruit des vents impétueux et des ragisseraens de la tempête ; elle cache sa tête timide; elle n'ose trop alonger sa tige, qui l'exposerait à leurs fureurs. Dans cette, brillante ambassade de F année, la violette se montre des premières; oftiëe de ses simples grâces , et digne d'embeltir les jardins dès rois 7 elle se cota tente de border nos haies, et de croître au pied des buissons ; elle distribue librement et sani ftste la douceur de ses parfums , bornant toute sa gloire à nous donner du plaisir , sans chercher notre admiration : emblème expressif de ces vertus mo destesqui, dans ta silence et l'obscurité, versent leurs douces influencés slit le malheureux > sans attendre que l'importuhité leur arrache des bienfaits., La malheureuse poiyanthe, qui faisait l'ornement dé nos plates^bandes a ttis* paru : transplafa tée sur bos fenêtres , elle sérlait de barrière aux rayons cki sbleil , et nous feoùt goûter un ombragé frais et parfumé; jfc l'ai vue se faner , elfe a penché sa tête languie sattte r et la mort Ta desséchée. Tu es tèfiiift
nous consoler de sa perte , toi , fleur agréable et brillante, qui empruntas ton nom de l'ours féroce : marquée de mille couleurs, un œil de cristal te couronne ; ta draperie est du plus beau satin : tu exhales dans les airs un parfum délicieux : tant de titres t'ont rendue la favorite de ton maître; mais tous ces soins ne peuvent te préserver de la loi commune : ta douce odeur et ta beauté ne peuvent te dérober aux coups du sort.
Je vois éclore la majestueuse tulipe; elle nous fait oublier pour un temps toutes nos pertes ; sa douce fantaisie la colore à son gré de mille couleurs : sa passion est de plaire à -tous les yeux. L'anémone la suit : sa robe est étendue, sa cime est couronnée d'un dôme superbe ; son manteau flotte négligemment : sa touffe agréable offre un trône aux amours de Flore et de Zéphyr. Le même mois produit encore la renoncule : fière et gracieuse, elle étale la richesse de son feuillage. Pour nous plaire , elle n'a besoia que de l'élégance de ses formes et de la brillante variété de ses teintes. Il me semble que la nature se perfectionne dans ses opérations : à mesure qu'elle s'apprête à finir l'année , ses derniers ouvrages-
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sont toujours plus marqués au coin du grand Maître. Pour couronner ses bienfaits , elle fait naître l'œillet qui captive tous les yeux par ses grâces et charme notre odorat de ses parfiuns. Cette fleur rassemble seule toutes les qualités des fleurs qui ont passé avant elle, et nous les fait oublier. La giroflée, comme une amie fidèle, nous accompagne constamment au milieu des vicissitudes dp la saison. Les autres fleurs ne vivent qu'un matin , elles ne se montrent à nous que pour nous laisser des regrets ; mais celle-ci se perpétue , pour ainsi dire , dans nos jardins , et ajoute la fidélité à la complaisance.
Laisse-moi reprendre haleine , divine nature ; tu épuises mes sens : laisse-moi contempler à loisir lé bouquet charmant qui couvre ton sein ; il ne se flétrit jamais : ton souffle pur le reproduit sans cesse : chaque jour te pare de nouveaux attraits. Etre ravissant et mystérieux , pourquoi as-tu borné mes sens ?
Qui encourage l'asphodèle à se hasarder au milieu de février, et à confier son panache doré aux astres sévères et perfides de l'hiver ? Qui excite les différentes espèces d'arbres à pousser des fleurs avant que la douce haleine
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du printemps ait pénétré leur éeoroe délicate ? Qui apprend au girofle à ralentir non pas ju*? qu'à ce qu un soleil brûlant ait fait fermenter dans sa tige ses riches parfums , m ce n'est cette Providence infaillible, qui du haut de son trône règle avec une sagesse infinie la destinée de tous les êtres?
Suivez -moi dans ee parterre ; eoosidérta chaque plante, jetés un instant les yeux sur cette belle rose, la reine des jardins. Le papillon, malgré son inconstance f ne peut k quitter; sans cesse il revient lui prodiguer de nouyeaux baisers. Voyez le jasmin élever sa tète; il se courbe et se replie sur les eokfltnes qui soutiennent le houx; il étend ses rameaux flexibles, et forme .un riant berceau, où le laboureur paisible puisse pendant les chaleurs du jour se reposer sous sa verdure. Ici la noble pivoine montre sa tête orgueilleuse : là , la triste hyactpthe penche la sienne- Le Us majestueux voudrait-il changer la blancbeur de sa robe, pour les franges et la magnificence de l'œillet ? Les colonnes qui s'élèvent du milieu de sou calice, et qui sont couronnées par «ni* chapiteau d'or, ajoutent à l'éclat de ses pand albâtjre.
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Fietit? créée» pour l'homme $ei*l
C'est surtout pour l'homme que ÎMeu créa les fleurs; lui seul a reçu le privilège de jouir 4e ces êtres chajrziians. Voyez la brillante couran&e de l'impériale ; considérez là tendre tubéreuse; contemplez la pompe et l'éclat de ce par terne, où la variété des couleurs et celle des parfums se disputent le plaisir de nous séduire et de nous /avlr. Considérez ensuite tous ces animant qui se nourrissent dans son sein ; voyez s'Hs sont sensibles à tant de beau* jtéa. Le cheval agile ne s'arrête jamais pour con^empl^ 1 les appas d'un<ç belle fleur : le bœuf pesant ne se détpurne point pour fespirèr sa douce odeur. Us -ent des sens pour distinguer les parties grossières des objets ; mais ils n ont pas te goût qui djbaerne leurs qualités délicates et agréables.
La première fin de cette riche décoration , disent les philosophes, est d'envelopper et de conserver l'embryon. Mais si la nature ike voWaiJ; qpe conserver le germe de la reproduction , pawqtiôi ce tissu brillant? pourquoi tant d'art et à& parure? Si cette mère universelle n'ava||
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d'autre but que de conserver les germes , une étoffe chaude et grossière aurait bien mieux rempli ses desseins.
Il est donc évident que les fleurs ne furent enrichies de ces grâces séduisantes que pour les plaisirs de l'homme; aussi nous paientelles régulièrement le tribut que la nature leur imposa pour nous; elles paraissent solliciter nos regards; les plus belles naissent auprès de nos demeures, elles croissent sous notre main , elles s'embellissent sous nos yeux. Pour mieux gagner notre affection , elles ont soin de cacher dans le sein de la terre toutes leurs difformités; elles ne déploient à la vue que les formes les plus agréables et les plus séduisantes ; elles réservent leurs plus douces odeurs pour embaumer nos promenades du matin et du soir, parce que l'homme choisit ordinairement ces heures tranquilles pour s'égayer au milieu d'elles. C'est à ces heures qu'elles sont plus prodigues de leurs parfums , et qu'elles exhalent des corpuscules plus fins et plus délicats.
Homme, délices du Créateur, favori de la Providence, si tu es distingué par sa bonté, distingue-toi aussi par ta reconnaissance. Tan-
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dis que dans un éloquent silence toutes les créatures publient sa grandeur , prête-leur ta voix : soiâ le grand -prêtre de la nature, et mêle tes hymries à leurs hommages muets.
Adore ce bienfaiteur suprême , qui versa le bonheur sur tous les êtres. Il té doua d'une âme immortelle et raisonnable; c'est à l'éclat de ce flambeau sacré^que tu parcourus l'univers pour en prendre possession. C'est à ta raison que tu dois tes jouissances privilégiées ; c'est elle qui te fait goûter ce qu'il y a de plus délicat dans la jouissance de la volupté; par elle tu découvres mille beautés dans la nature, qui deviennent pour toi la source de mille délices. C'est ce principe noble qui te gouverne et te conduit , qui te rend capable d'admirer et de contempler les ouvrages de ton maître : c'est ce principe immortel qui perpétuera ton bonheur. Lorsque la nature aura perdu le charme qui nous séduit , lorsque le flambeau du jour consumé laissera l'univers dans les ténèbres, seul tu survivrasà l'univers ; tu jouiras de la vue de ton Dieu , tu seras pénétré des rayons dé sa gloire. Homme , que tu es grand! Connais-tu tes droits et l'immensité de tes espérances ? '• La terre fui donnée à l'homme pour sa de-
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meure. Celte route d'azur , semée d'astre* brUlans, fut construite des main* de l'fitenkeU pour s'élever comme un dais superbe au-dessus de la tête du roi de la nature ; la tendre terdure, entaillée de fleurs , ne germe que pour être foulée à ses pieds : le soleil ne fut suspendu dans les airs que pour éclairer ses pas et ses jours. Lorsque la nuit tranquille s'apprête à commencer son cours , la lune avec sa lumière douce vient calmer les pensées de l'homme; elle jette une lueur sombre sur les objets de ses passions , pour adoucir l'émotion de ses désirs , et le plonger dan* un sommeil pafcir ble : les vapeurs légères qui voltigent sur sa télé n'errait dans le firmament que pour en varier les scène» touchantes , et tempérer les chaleurs brûlantes de l'été. La douce fraîcheur, renfermée dans des bulles errantes, se condense, et, portée sur l'aile des vents,, humecte
et rafraîchit toute la nature. Les vastes champs sont les greniers inépuisables de l'homme, l'océan est son réservoir : les animaux n'ont reçu leurs forées que pour le servir , leurs fourrures brillantes que pour l'habiller , leur chaire délicate que. pour le nourrir. Chaque élément est un magasin fécond , formé pour
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ses besoins ou pom ses plaisirs; chaque saison apporte sur sa table les productions les plus délicieuses : toute la nature est à ses ordres.
Culture des terres.
Quelle Tirante peinture des heureux effets de l'industrie ! S^ns la culture, ce jardin si riant n'eût été qu'un affreux désert, couvert de ronr ces et d'épines : inaccessible à l'homme , il eût été le repaire sauvage des serpens et des. reptiles immondes : la bçche et la serpe , conduites par la main de l'industrie , en ont fiait un nouvel Eden. *
Ce que la culture est à la terre, l'éducation l'est àf l'âme. L'esprit qui n'a pas été cultivé de bonne heure, qui n'a pas reçu le germe de la vertu , ressemble à la vigne du paresseux. Livré aux penchans d'une vokmlé dépravée, il sera le jouet éternel de l'erreur et des passions. La colère, comme un buisson épineux, hérisse son caractère , et rend son humeur agreste et chagrine ; l'avarice apprend à ses mains Fart de ravir, et à son cœur l'art d'opprimer ; la vengeance le remplit d'un poison destructeur , et lui fiait méditer la ruine de ses voi<*
sins ; une luxure effrénée imprime à toutes ses pensées le caractère impur du vice ; son imagination corrompue ne se promène que sur des objets lascifs et criminels. Telles sont les productions de la nature sauvage et d'une âme abandonnée au dérèglement de ses penchans.
Mais la jeune âme qui s'est ouverte de bonne heure à toutes les impressions de la vertu /que la maki du sage a guidée vers le bien , ressemble à un jardin qui fait les délices de son maître; les idées tranquilles et riantes y germent en foule ; les passions dévorantes qui auraient pu les étouffer ont été arrachées y la charité répand sur elles ses douceurs * et l'espérance les rayons du plaisir ; toutes les vertus personnelles et sociales ornent ce jeune cœur ; tous les sentimens respirent la candeur et la générosité, et l'homme remplit la carrière de sa vie avec fruit et avec honneur.
O vous > dans les mains de qui le père de famille remit tout son espoir , venez dans ce jardin; voyez le fleuriste attentif; Suivez-le dans ses opérations , imitez sa tendre inquié- . tude. Le matin il visite ses chers nourrissons; . le soir il les visite encore. Si le ciel avare refuse aux fleurs ses pluies fécondes , il les. ar-
rose lui-même d'une onde pure qui leur rend la fraîcheur ; il les met à couvert des insultes de la tempête; il les préserve, de la dent meur^ trière des insectes. Voyez la joie et l'espoir briller sur son visage à la tué du tendre rejeton ; il suit d'un œil attentif tous ses progrès r et ne se repose jamais jusqu'à ce que la fleur brillante vienne dans toute sa pompe récompenser ses travaux.
Industrie , c'est à toi qu'on doit les autels, qu'on élève à l'ambition. Ta main verse le bon* heiir et l'abondance sur l'univers ; l'ambition le ravage et le défigure. Tu le rends fécond , elle le remplit d'affreux déserts et de ruines.
Le tournesol.
Parcourez tous les points de vue; partout une perspective agréable attache votre œil en-* chanté. Voyez le tournesol s'élever comifttf une tour , et dominer sur l'étendue du parterre; sa couronne d'or attire les regards; elle: est d'une couleur qui captive surtout les yeux des misérables.
Mais quelle passion sympathique tourne* sans cesse cette fleur vers l'astre du jour? Elle
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parait le suivre dons son coure, et le soir, lorsque les pâles ombres épaississent le sombre rideau de la nuit , cette amante du soleil penche sa tête languissante , ferme son tendre bouton , et gémit toute la nuit dans Fattenter de son retour. Dès qu'il reparaît aux portes du jour , elle tourne vers l'orient ses regards amoureux, et lui présente son bouton d'or.
Lorsqu'il règne élevé sur le trône brûlant du midi, elle épanouit ses larges feuilles, et se pénètre des impressions de feu que lui lancp l'astre qu'elle aime,
La aensitive.
Et toi , tendre sensitive, pourrais-je oublier de te chanter? Ta pudeur est délicate comme celle d'une jeune vie* ge facile à s'alarmer ; tu renferme tes modestes appas sous un voile de verdure; et par un privilège qu'aucune autre fleur ne partage avec toi, tu semblés être douée de la douce sensibilité des êtres animés. On peut la regarder comme un anneau de la chaîne qui lie le règne animal au régne' végétal. Lr'observateur qui suit ses mouvemens est tenté de croire qu'elle a reça quel-
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ques degrés de connaissance et de sentiment.
Avancez la main pour la toucher, alarmée elle resserre proraptement ses fibres ; et , comme une belle qui craindrait la violence , elle se dérobe à la main qui l'approche dans un désordre précipité; elle semble craindre que la finesse de son tissu délicat ne soit profanée par la main de l'homme.
La délicatesse des fleur*.
Il n'y a que quelques mois que ces rares productions du printemps n'étaient que des racines sèches et grossières. Si nous eussions ouvert le sein de la terre , elles nous eussent paru viles et méprisables , et maintenant elles sont la gloire de la nature et les délices de l'homme. L'aiguille et le pinceau travaillent jour et nuit pour transporter sur la toile la richesse et l'éclat de leur parure.
Jardin charmant , séjour où mon âme a goûté une volupté douce et pure, fleurs qui réjouissez mes yeux , qui embaumez mes sens , un sentiment de. tristesse vient me saisir au milieu de vous; une idée douloureuse vient empoisonner les doux sentimens que vous a. 18
m'inspiriez. Je gémis sur votre destinée, en prévoyant les orages qui s'apprêtent à vous détruire. Déjà la foudre sillonne la cime des monts et les bords des précipices. Ces douces odeurs dont vous parfumez les airs seront bientôt dispersées et perdues ; vos couleurs brillantes vont se flétrir; la tempête brisera vos tendres tiges , le printemps consterné verra d'un œil languissant son sein déchiré par les vents furieux.
Venez vous regarder dans ce miroir, ô vous , filles d'Eve , qui brillez dans tout l'éclat de la beauté. Voyez vos charmes éclipsés et ternis par cette simple fleur, et votre beauté fragile passer rapidement comme elle. Une fièvre peut porter un feu dévorant dans ces veines délicates; la consomption peut dessécher ces joues gracieuses et fleuries ; des douleurs inattendues peuvent éteindre la vivacité de vos esprits ; et quand la maladie respecterait vos attraits, le temps, le temps inexorable amènera les rides; sa faux ne respectera pas plus les fleurs de votre jeunesse , que celles dont brillait naguère la robe du printemps.
Ce lis paraît le roi de ce parterre: Voyez avec quelle? grâce noble et touchante il élève
sa tête majestueuse ! quel air de dignité et de grandeur ennoblit son aspect ! Hé bien , il ne survivra que peu de jours à sa gloire. Que la grandeur est vaine et passagère ! Un vent brûlant Ta desséché en un moment.
Cette tulipe était f il n'y a pas long- temps, l'orgueil de nos plates-bandes et le fleuron le plus brillant de la couronne , du printemps ; mais elle n'a brillé qu'un instant. Maintenant inodore et flétrie, elle dépare le parterre; elle est arrachée par le triste jardinier , qui cherche à dérober à nos regards le spectacle de la désolation.
Rose , que ta figure est agréable ! Quel bel incarnat! quels suaves parfums! Mon odorat frappé de tes flèches ambrées frémit voluptueusement Combien de fois la belle Cha-
rissa, aussi fraîche et aussi vermeille que la rose, cruelle aux yeux de tant d'amans, a tendrement souri à cette belle fleur ! combien de fois en a-t-elle nuancé la blancheur de son sein , où siègent l'innocence et la vertu ! Sur ce-trône de l'amour, envié de tous les yeux et de tous les cœurs, cette rose a vu flétrir ses charmes, elle a trouvé son tombeau dans le sein des plaisirs et de la volupté.
Qui n'a pas souhaité que ces tendres habitant de nos jardins eussent une existence plus durable ? Vœux inutiles ! Leur destinée est de fleurir et de briller l'espace d'un matin. Tous les jours le soleil dans son midi brûlant ferait de nos parterres un vaste désert, si la douce nuit ne versait dans les calices des fleurs une vapeur fraîche et légère qui les nourrit % et si le matin ne venait, tout trempé de rosée > ranimer, relever leurs tiges mourantes.
Fleurs, tendres fleurs, vous périrez; lorsque y semblable à un conquérant ambitieux, qui, le fer et la flamme à la main, ravage les moissons , démolit les villes , dépeuple les campagnes , répand partout la mort et la désolation , l'hiver , le triste hiver , entouré des orages , porté sur les aquilons impétueux, viendra s'asseoir avec son sceptre de fer sur un tas de ruines au milieu de la nature languissante. Alors la tempête horrible fera résonner ses affreux sifflemens; les arbres seront dépouillés de leur riche verdure; nous ne jouirons plus de ces nuits vertes et délicieuses que forment les forêts épaisses et touffues ; les vastes plaines seront dépouillées de leurs trésors ondoy ans ; la terre , couverte du
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sombre voile de la tristesse , ressemblera à une jeune veuve inconsolable; le soleil qui maintenant se lève triomphant, et s'avance à pas de géant pour embraser toute la nature du feu de la volupté , jettera à peine une faible lueur, interceptée par les nuées épaisses et noires, et le jour même ne sera qu'une nuit obscure, une longue nuit ; les chantres agréables de nos bois ne feront plus entendre leurs concerts, et le tendre rossignol interrompra sa plainte mélodieuse ; Echo muet ne répétera plus les cris joyeux des bergers ; un vaste et triste silence, qui ne sera interrompu que parleshor* ribles sifflemens des vents , investira la nature , et roulera sous les voûtes de ces forêts, qui pendant Tété offraient à Phomme des berceaux si délicieux.