PROMENADE DU MIDI
Le soleil est maintenant au milieu de sa -carrière; sa chaleur pénètre la terre, et bat avec force dans mon pouls palpitant. Je vais me reposer à l'ombre de ce bosquet. Là le chèvre-feuille et le jasmin forment un ber-
ceau délicieux qui conserve encore la fraîcheur du matin et les gouttes précieuses de la tendre rosée. Ombrages frais et embaumés, recevez mes hommages. Votre influence délicieuse pénètre mes membres languissans ; mes netfp , par une chaleur excessive., reprennent leur vigueur, et la vie circule avec plus de vivacité dans toutes les parties de mon corps.
Penché sur un lit de mousse, et embaumé des parfums que j'exprime des fleurs , que je presse , j'élève me^ pensées jusqu'à la Divinité. Tels Augustin et sa pieuse mère, au milieu d'une contemplation sur les beautés de la nature , furent ravis dans une espèce d'extase , où leurs âmes, au sein de la plus puce jouissance, parurent oublier pendant quelques instans qu'elles étaient liées à des corps terrestres et mortels.
Lorsque la tempête agite l'océan , lorsque des gémissemens et des cris plaintifs frappent l'air et les flots , et que des vagije$ écumantes se jouent des tristes débris d'un naufrage , qu'il est doux et consolant d'être trapquillement assis sur le rivage! Lorsqu'un torrept impétueux, brisant les digues qui l'arrêtent,
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fond dans les plaines , entraîne dans son cours les arbres, les troupeaux, et la cabane du laboureur effrayé , qu il est agréable de se trouver au sommet d'une haute montagne, et de ne ressentir que les agitations et l'inquiétude que cause la vue éloignée des malheurs d'autrui ! Telle est à présent ma situation. Le soleil est dans toute sa hauteur; l'air brûlant nou$ transmet tout le. feu de ses rayons; la terre .sfentr'ouvre et forme des abîmes i les chemins sppt obscurcis par des nuées de poussière ; le voyageur brûlé hâte son cheval , et cherche un abri; le laboureur, trempé de sueur , abandonne sa faux et le travail ; le bétail cherche l'ombrage, ou , haletant, se tourmente squs un midi brûlant; le rocher qui laisse sa tçte exposée à toutes les ardeurs du soleil , voit fendre ses entrailles ; tout est opprimé par ce déluge de feu , tandis que je jouis d'une douce fraîcheur, et de la tranquillité de mes réflexion^ , au milieu de ce bo&quet où le soleil peut à peine introduire une faible clarté.
Je vois d'ici les abeilles, bravant les ardeurs du soleil , ravir aux fleurs les trésors de leur bouton épanoui. Ce peuple chimiste , à qui la
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nature communiqua le rare secret de s'enrichir sans appauvrir les autres , et l'art d'extraire un baume délicieux des plantes odoriférantes sans blesser leur substance, excite mes réflexions ; c'est lui que je veux prendre pour modèle. Laissons le papillon volage agiter ses ailes superbes , et se livrer au plaisir fantastique de l'inconstance et du caprice. Laissons la sombre araignée se préparer par son travail à une paresse funeste. Imitons l'abeille vigilante 9 qui des plantes les plus vénéneuses sait extraire un miel délicieux. Puissent ces méditations occuper sans cesse mon âme ! Recueillons de ces fleurs qui sont sous mes yeux des pensées utiles à la vertu. Chargé de ce butin précieux , et n'ayant dans mes mains qu'une feuille d'arbre ou une simple fleur, je rentrerai plus riche dans ma demeure , que si je rapportais les diamans de l'Inde et les trésors du Potose.
Je* ne me lasse point de contempler l'ensemble de toutes ces beautés que j'ai parcourues en détail. Du point de vue favorable où je suis placé, et d'où mon œil les rassemble toutes , j'ai peine à quitter ces murailles tapissées d'arbres fruitiers y ces vastes allées bor-
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dées de gazon et de mousse , et adoucies par un sable léger; tantôt couronnées d'une voûte de feuillage qui sert de barrière aux impressions brûlantes du midi; tantôt ouvertes pour laisser un libre accès à la douce haleine des vents, et augmenter les plaisirs des soirées agréables.