‹ Les Nuits, Suivies Des Tombeaux Et Des MeditatChapitre 6 sur 58 · D'UNE PARTIE DU LIVRE DE JOB · texte numérisé non relu

D'UNE PARTIE DU LIVRE DE JOB

Long-temps Job vécut sur le trône, environné du faste et de la pompe des rois. L'Orient n'avait point vu de monarque plus riche et plus puissant ; et sa vertu jetait encore un plus grand éclat que sa fortune. À la fin le malheur eut son tour : les revers s'enchaînent aux revers , les pertes s'accumulent ; la mort frappe coup sur coup ; la guerre désole ses états ; tous les fléaux l'accablent à la fois ; la contagion s'étend sur tout son corps : le monarque n'est plus qti'un objet de dégoût et d'horreur , un homme souffrant et couvert de plaies : et pour comble de disgrâce , le mépris , l'injure et le reproche amer viennent encore aigrir ses douleurs. Quel mortel eût pu soutenir un si triste changement ? Il ne lui reste plus de maux à craindre : il les souffre tous. Écrasé sous leur poids , et livré au plus affreux désespoir , il se

traîne dans sa fange, arrose la poussière de ses larmes , et se déchire le sein. Ses amis rangés autour de lui déplorent l'excès de son infortune, ressentent tous ses maux, et lui rendent soupirs pour soupirs. Dans les angoisses de leur cœur, ils déchirent leurs vêtemens et passent sept jours entiers dans le morne silence de la douleur. Job le rompit enfin; ne pouvant plus se contenir, il maudit sa destinée, il maudit le jour de sa naissance, ce jour désastreux qui eût du rester enseveli dans les ombres d'une nuit éternelle , ou être à jamais rayé du nombre des jours de l'année. Il invoque la mort , et lui demande à grands cris le tombeau , cette demeure de paix , cet asile heureux , où les mortels trouvent le repos , où l'on n'entend plus de conseils importuns , où les rois cessent enfin d'être malheureux.

Cet emportement déplut à ses amis; ils blâment ses vœux imprudens ; il veut se justifier ; la dispute s'engage et s'échauffe ; et dans le combat de leurs opinions opposées , ils en étaient venus à agiter des questions qui touchaient aux bornes de l'esprit humain.

Enfin ils avaient fait un moment de silence ,

lorsque le ciel intervint dans leurs débats et termina leurs querelles. Au-dessus de leurs têtes s'élève un noir tourbillon, qui tout-àcoup obscurcit les deux. Ils le voient et tremblent : aussitôt sort du fond du nuage une voix formidable. C'est la voix du Tout-Puissant.

« Quel est , dit-il , celui qui , donnant carce rière à sa langue téméraire , ose blâmer ma a conduite , élever contre moi ses pensées du a sein de la poussière , et qui prétend dicter « des leçons de justice au Créateur de l'uni- « vers ? Toi qui tout«à-J'heure montrais tant « d'audace, ose maintenant m'envisager d'un « œil intrépide , soutenir mes questions et me « répondre/

« Où étais-tu 7 le jour que l'univers naquit? « Tes yeux ont -ils vu la main qui posa les « fondemens de la terre , étendit les lignes de « sa surface , arrondit son globe , détermina « sa grosseur , et lui donna l'air pour base ? « As -tu parcouru tous ses royaumes; et le « cercle de tes connaissances embrasse-t-il sa <c circonférence ? Quelle main a pesé la mon- « tagne qui lève son front superbe au-dessus m des plaines qu'elle ombrage?

« Connais-tu celui qui étendit son sceptre

ce sur les mers , et mit un frein à leur fureur ? a C'est moi qui ai ouvert le globe 9 qui ai <c creusé dans ses entrailles un réservoir pour « les eaux. Ma voixles enchaîna dans leur lit : les « flots soulevés et bouillonnans sous le souffle ce des tempêtes ont entendu mes ordres. Mer , « tu t'avanceras jusqu'ici : ici , tes flots s'arrête teront.

« Es-tu descendu dans ces profondeurs de c( l'océan , où j'ai caché des trésors à jamais ce inaccessibles à la main des mortels ? Dans « quel abîmç éloigné des rayons du jour jaillit « la grande source d'où coule l'océan ? Tes ce pieds ont-ils marché dans ses sombres re- « traites , tandis que la masse des eaux roulait « sur ta tête?

« La terre obéissante a-t-elle ouvert son sein ce pour te recevoir? Às-tu vu les retraites ca- « chées de la mort, traversé les sombres avece nues de son palais et heurté à sa porte ce redoutable ? La nuit de son empire est ce profonde ; mais la nuit où j'enferme mes « desseins est encore plus impénétrable à la ce vue des faibles mortels. Si tu as assisté à la « création de l'univers , si tu l'as vu sortir du ce néant et se former sous tes yeux , tu dois

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« savoir où est placé le palais brillant de la m lumière, en quels lieux l'obscurité fixa son «séjour.

« Quel est l'artisan des vapeurs? Quelle est € la source d'où descendent les perles de la « rosée ? Quelle main arrête pendant la nuit « le cours des fleuves , et blanchit la terre de « frimas au lever de l'aurore? Quel souffle « puissant, sortant des régions du nord, toute cbe les mers et durcit leurs ondes immobi- « les, étend un voile de glace sur la face des « royaumes et les change en déserts?

« Tu ne connais pas ton Dieu ; et ta faible « vue ne peut mesurer la distance qui le sé- « pare de toi. Peux-tu monter sur les tourbil- « Ions , et cacher ton front dans l'épaisseur « des nuages ? Peux-tu , au midi du jour , « plonger , en étendant ta main , l'univers dans « la nuit?

« Quel est celui qui lance les nuages dans « l'air et roule d'un pôle à l'autre des mers « suspendues , qui rafraîchit les plaines alté- «r rées, et éteint les ardeurs de l'été dans un « déluge de pluie , qui , dans les sauvages dé- « serts, loin des travaux des hommes, féconde « les rochers arides , et fait fleurir la rose so-

« li taire, sans autre témoin de ses appas que « l'œil du jour ?

« Est-ce toi qui arrêtes les torrens de la « pluie et fermes les réservoirs de l'atmosphère « épuisée, lorsque la terre ne voitplus ses veines « entr'ouvertes par la sécheresse, ses monta* « gnes dépouillées , ses plaines desséchées et c noircies; mais que, reprenant une vie nou- « yelle , elle offre à l'œil une perspective variée « de rivières brillantes , de plaines verdoyantes , « de forets couvertes de feuilles , de champs «c émaillés de fleurs, et que l'air est embaumé « des plus doux parfums ?

« Es-tu jamais monté dans les magasins du «nord, où je forme la grêle et les neiges, et « tous ces trésors amassés par ma colère pour « le jour de ma vengeance , où les nues verte sent les orages et le trépas sur une terre « coupable ? Quel est celui qui donne aux vents « leurs ailes vigoureuses et ce souffle impé- « tueux dont la terre est ébranlée? Qui peut a verser un déluge d'eaux du sein des cieux , ce effrayer la nature des sons majestueux du tonor nerre , lancer la foudre étincelante , lui mar- « quer les lieux où elle doit tomber , et accom- « pagner sa chute des feux du rapide éclair ?

ce Ce n'est pas celui qui tremble à la vue de sa a flèche enflammée, tombe de frayeur au bruit , a et expire dans son éclair.

« Qui forma la masse étonnante de la co « mète et déposa sur l'azur des cieux sa queue « flamboyante ? Est-ce toi qui l'as suspendue « dans ta colère : est-ce de toi qu'elle parle aux « nations ; et son éclat menaçant présage- t-il ta « vengeance?

« Est-il sur la terre, celui dont la main tient « les rênes qui guident les pas des astres dans « les plaines de l'éther, règle leurs révolutions, « dirige leur course , entretient leur éclat et « leur force ? Peux-tu arrêter l'influence des « Pléiades , ou lorsqu'Orion étincelle du haut « de sa sphère , ranimer l'univers engourdi , « et dénouer les liens de glace qui enchaînent « l'année ? Qui enseigne à M asaroth à recon- « naître son poste , et à Ârcture en quels lieux ec il doit briller ? La nuit et toutes ses étoiles « sont à moi : j'en sème des milliers dans les « cieux, et j'en garde d'autres milliers en ré- « serve.

« Est-ce toi qui décides en quels lieux le <c jottr doit naître, qui ouvres les rideaux de « pourpre de l'aurore , qui éveilles le soleil ,

« lui ordonnes de se lever et d'aller éclairer « le monde? Est-ce toi qui Tas placé triom- « phant sur un char de feu , et l'envoies parte courir sa vaste carrière? Est-ce toi qui lances « les torrens de sa lumière assez loin pour que ce la terre éloignée nage dans ses rayons ?

« Ton bras peut-il se mesurer contre le « bras de Dieu? Ta voix a-t-elle comme la « mienne la force du tonnerre? Peux-tu en- « fermer dans ta main la masse des eaux de « l'océan , lorsque la tempête soulève tous ses « flots , et les lance furieux jusqu'au sein des « nuages.

« Parais dans toute ta grandeur ; rassemble « toutes tes forces, déploie toute ta puissance, « et d'un regard irrité ébranle les fondemens « de l'univers. Envoie ta vengeance; dis-lui « d'abaisser le vice triomphant ; de renverser « les tyrans de leur trône dans la poussière : « quand tu auras fait ces preuves, alors j'a- « vouerai que ta sûreté dépend de toi seul ; « que ton être t'appartient , et que tu peux te « reposer sur ta force.

« Homme insensé ! fantôme d'un moment , « plus vain que l'ombre d'un songe ; quels « mondes as-tu créés ; quelles créatures as-tu

« formées ; quels insectes as-tu nourris , pour a oser blâmer ton Dieu ? Quand les jeunes « corbeaux , pressés par la faim , demandent « leur pâture , quel est celui qui entend leurs « cris importuns , exauce leur prière et apaise « leurs clameurs?

« Qui est-ce qui a pu étouffer dans le cœur « de l'autruche la tendresse et l'inquiétude « maternelle? Elle fuit; elle laisse ses œufs « dispersés sur le sable , abandonnés à la merci « du sort; il reçoivent la vie de l'influence de$ « cieux ; le soleil les adopte , les féconde , et « les fait éclore à la chaleur de ses rayons. La « mère insensible oublie que le pied du voya- « geur peut écraser sa jeune famille , pendant « qu'elle vole le long de la plaine, et qu'elle « devance la course du cavalier ?

« Tes mains ont-elle tissu la parure dont s'ente orgueillit le paon superbe ? Quelle richesse « dans les nuances que réfléchissent les ondes « changeantes de son plumage , lorsqu'il étale « toutes ses couleurs aux rayons du soleil, « lorsque , plein de lui - même et fier de sa « beauté , il déploie l'éventail de sa queue « dorée, et s'avance à pas lents environné de « sa gloire !

« Quel maître enseigne à l'hirondelle pré- « voyante à distinguer la différence des saisons , « et à trouver un été continuel en changeant « de ciel ? Dès que les nuages viennent attrister « l'année , elle monte sur les vents , vole à tire « d'aile vers le midi , et ne craint plus Forage « qu'elle laisse derrière elle. Au retour du prince temps elle revient jouir de sa douceur, et « suivant en liberté la marche du soleil, elle « laisse l'homme emprisonné dans son climat, « subir, sans pouvoir échapper , l'inclémence « des saisons et la rigueur des hivers.

« Mais elle ne fait que ramper dans les « cieux , bien au-dessous de l'espace où plane <c l'aigle superbe. Dans son vol infatigable, « cette reine des airs se dérobe à la vue des « mortels , et semble chercher l'astre du jour. « Est-ce toi qui étends et soutiens à cette hau- « teur le volume de ses vastes ailes ? Est-ce « par ton ordre qu'elle vient se reposer sur la « pointe des rochers inaccessibles ? Là seule et « dominant sur l'étendue des plaines , ses yeux « percent les espaces de l'air , et marquent d'un , « regard sa proie rampante sur la terre. Elle « nourrit de sang ses jeunes aiglons , et s'éle- « vant au-dessus des armées rangées en ba-

« taille , elle se réjouit à la vue du riche festin « qu'elles lui préparent,

« As-tu réglé quel nombre de mois la chèvre « des montagnes et la biche des forêts doivent ce porter leur fardeau maternel ? Courbées « dans les douleurs , elles le déposent sur la « terre. Leurs enfans, exempts des misères « humaines , marchent sans appui dès leur « naissance, et savent se nourrir sans se* « cours étranger. Dès qu'ils sont nés , ils vice vent, ils abandonnent le sein de leur mère; « sans autre guide que la nature, ils errent « en liberté dans nos champs , bondissent sur « le gazon , s'enfoncent dans les forets, et vont « d'eux-mêmes chercher un abri délicieux « sous la fraîcheur de leur ombrage.

« Le bœuf sauvage , qui ne connaît de maître « que moi , va-t-tt mugir dans tes étables et te « demander sa subsistance, soumettre au joug « sa tête indocile, briser la terre endurcie de «ton champ, et fumant de travaux et de « sueur , tracer tes pénibles sillons ? Sa force « te serait d'un grand secours ; ose donc Fa- « border sans crainte , et l'assujettir à tes be- « soins : ose te charger des travaux de l'année, « lui ordonner d'apporter tes moissons dans

« tes greniers , et de décharger à ta porte les « trésors de l'automne.

« As-tu dispensé le zèbre de la loi du travail? a As -tu brisé ses liens pour l'envoyer libre « errer au milieu des déserts , et s'égarer lui* « même dans l'immense étendue de ses do- « maines? C'est la main de la nature qui le ce nourrit avec magnificence , et fait croître sa « nourriture sur la pente des montagnes. Il « bondit sur leurs précipices , et paraît voler « dans l'air : il voit les villes fumer dans Féloi- « gnement : fier du sentiment de sa liberté , il « dédaigne l'attelage malheureux qui tremble « sous la main menaçante de l'homme, et obéit « en esclave à des rênes fragiles.

« Vois le cheval guerrier. As-tu tendu ses « muscles, ses flancs robustes? Son âme in- « domptable ne connaît point la crainte. Vois « le feu jaillir de ses narines fumantes. Il se « plaît à frapper la terre de son pied superbe , « et se réjouit de sa force. La tête levée , il ap- « pelle par ses hennissemens les combats éloi- « gnés , et brûle de se précipiter au milieu du « carnage. Il se rit du trépas , couvre son mors « d'écume, et dans ses transports furieux il « enfonce la terre. Comme son cœur s'enfle

« et s'agite à la vue de l'épée étincelante; « comme il s'avance fièrement sur la pointe oc des lances , tandis que ses yeux se fixent sur ce l'éclat du bouclier , et réfléchissent ses éclairs ! « Par un orgueil généreux , il étouffe le senti- « ment de sa douleur, et se rend sensible au ce trait qui tremble dans ses flancs. Il répond « par ses hennissemens aux sons éclatans de « la trompette , jusqu'à ce qu'il tombe épuisé ce de blessures, et son dernier soupir est le « seul qu'il ait poussé.

« Vois la démarche encore plus fière du roi « des animaux, lorsqu'il s'avance à pas lents « dans sa majesté terrible. A son aspect, tout ce ce qui respire , fuit : sa présence dépeuple € les forets. Homme , est-ce à ta voix qu'il « s'éveille, est-ce à toi que s'adressent ses ruce gissemens ? Prend- il sa nourriture dans tes « mains ? Est-ce pour lui que tu bandes l'arc ; <c et lui jettes-tu sa proie aux bords de sa som- « bre tanière ? Couché dans sa profondeur , au <c milieu de ses jeunes lionceaux , il respire le <c sang et attend l'occasion de détruire : ou bien , « étendu sur des membres à demi dévorés , il « passe le jour dans les ténèbres de son antre, «e et sommeille sur les débris de ses victimes.

« Mais dès que la lune blanchit les airs de sa « pâle lumière , le père et les enfans commen- « cent leur ronde terrible, battent leurs flancs « de leur queue recourbée, et déchirent avec « fureur le sein de la terre. Bientôt la forêt re- « tentit des cris et des gémissemens des mourans. « Ils égorgent , ils déchirent. Quand leur faim « est assouvie, ils regagnent leur caverne, et « le sang mêlé d'écume qui découle de leurs « dents meurtrières marque la route de leur « passage. Le berger fuit épouvanté, et frissonne « en rencontrant les traces de leurs pieds em- « preintes dans la poussière. #

« Ne crains point le cheval que je fais vivre « au milieu des eaux. Sa grandeur extraordi- « naire pourrait t'effrayer : mais son caractère « est paisible et plein de douceur. Il ne fait « sentir sa force et sa colère que pour repous- « ser l'agresseur et venger son injure. Ce « noble enfant des fleuves lève ses larges « pieds et les pose^ sur le rivage pour aller se « mêler et paître avec la foule des animaux.

« La terre tremble et s'enfonce sous $es pas. « Vois quelle force unit et bande ses muscles. « Le fer ne peut l'entamer, et toutes les ave- « nues de sa vie sont fermées aux blessures ;

1 3o PARAPHRASE

« sa quçue en $e dressant paraît un cèdre des « montagnes , et ses robustes ressorts ne se « relâchent jamais* Vaste édifice de chair , ses a ossemens solides et ses larges côtes sont « aussi durs que le bronze et l'acier. Sa dé- « marche pleine de majesté , et sa bouche « armée de défenses lui assurent l'empire des « montagnes et des bois. Les montagnes le « nourissent. A la première vue de ce puis* « sant étranger, les animaux sont saisis d'ad* « miration et d'effroi. Sa douceur les rassure; « ils osent s'approcher ; bannissant enfin toute « crainte, ils paissent avec respect à l'abri de « son ombre, et obéissant au signal de ses «c yeux. Les marais sont la retraite où il va « chercher le frais dans la chaleur du jour.

« Leurs joncs épais forment sa couche, et les « saules le couvrent de leur ombrage. Quand « la soif brûlante le conduit au bord du Jource dain , le torrent détourné coule dans ses « entrailles ; il n'en reste plus qu'un faible « ruisseau dont les ondes serpentent le long « de la plaine.

« Va sur les bords du Nil et de ses rives « fécondes , jette ta ligne au milieu de ses flots ; « su$pends£à ton hameçon le puissant croc©-

DU LIVRE DE JOB. l3l

« dile , et étende sur le sablé sa longue masse : « deviendra -t- il ton esclave? T'àVoûërà - 1 : * îl « pour son maître, et tremblérà-t-ilà ta? më- « nace ? Amusera-t-il të$ ldisfrà de ses jëtri; et « retenu par -des lessès de soie, bdridlra*t-ii « autour de ses jeuhe&enfehs? Fërà*toi Ftffiie^ « ment dé tes tables strtnptuetteës , et \k àôiipe « remplie d'tiii jus enivrant ttfûrtfèrà-t-èlle àii- « tour de sa grossèttf? Le& marchands? se p&r- « tagerôrit^lsëétté nette proie * et porterdrit-ilé

* dans différais marchés S'es membres divisés? « Qtiéladé^pëdt pénétra ses dùrteséfcâîllëi y et « ttf&iftpher de sa ffei^riéé? Fiiis, ai tu aïme&

* k vie; n'irrité pas sa force indomptable : 16 « plùà brave se chaihgéf ëû lâehe en $â présence : « le plus téméraire n'ose l'éveiller qûàtiâîï sôiri- « meiUe : qttèl est donc le mortel qui osera se « révolter eèfctrë moi ?

« Mais s'il se létedans sa forcé,* s'ïïdépîoié

* sur les eaux sa longueur mitoensef, qùéî est « lé gaerrlër intrépidé qui Ta jànàais dépouillé « de Sctil armure brillante, Çui a jattfaii* brnë « ses trophées d'une setiledeseé écaillés? Qtoël « mortel oserait en approcher? Vois ies torgefc « mâchoires ouvrir un abkftè, et niàtàtrér deux « artnéeé de deA#s aiguisées par la rAort r quelle

1 3a PARAPHRASE

« double rangée de glaives tranchons ! Quel « gouffre ouvert au milieu d'elles ! Mesure « avec ta lance la longueur des uns, avec ta « sonde la profondeur de l'autre.

« Lorsqu'il respire , des tourbillons de fu- « mée sortent comme d'une, fournaise de ses « vastes naseaux; et s'il est irrité, la mort « roule en torrens de feu de sa gueule enflam- « mée. La fureur des tempêtes et les mugisse- « mens des flots, qui te remplissent d'épou- « vante, sont un charme pour son oreille : son « large dos est le trône de la force ; ses mem- « bres et ses muscles ne peuvent être désunis « par aucune force humaine : ses nerfs sont « des ressorts d'acier ; son cœur, est dur comme « le diamant.

« Quand à son réveil il s'élève au dessus des « flots , et que se dressant dans sa longueur, sa « tête semble toucher aux nues, ses écailles, « frappées des rayons du soleil , réfléchissent « sur les collines une lumière fugitive. La terce reur se répand au loin , et les mortels cons- « tërnés ne rougissent point d'avouer leur « frayeur.

« En vain la mort l'attaque sous toutes les « formes : son poitrail nu brave la flèche ai-

DU LIVRE DE JOB. l33

« lée, et letranchant du glaive : la flèche rejaillit; « le glaive vole eri éclats: Au milieu de la grêle « de traits qui pleuvent sur lui , environné de « sa force et renfermé en lui-même, il entend a sans s'alarmer le vain bruit des ' coups qui « retentissent sur lui : le sable est jonché de « flèches brisées : tranquille, il se rit des efforts « et des fureurs des' hommes qui s agitent et se « tourmentent vainement autour de sa masse « impénétrable.

« Quand* il se joue sur les mers, les flots « bouillonnent; le limon s'élève du fond des « sables et noircit la face des eaux : les vagues « affaissées sentent son passage : les traces d'é- « cume blanchissent le vert transparent dé « l'onde ; et les matelots se montrent de loin « les lieux où la mort a passé. -

« La terre ne porte point d'animal sem- « blable à lui : son espèèe est la seule dans la « nature dont le cœur indomptable ne con- « naisse point le sentiment de la crainte. Dans « sa fureur , il roule ses yeux farouches , glacé « d'effroi les cœurs les plus intrépides , et règne « sur eux. .' '*

« Est-ce toi qùi*as enrichi Famé de ses face cultes merveilleuses, qui as allumé dans le

1 54 jPAHAPIf R A6P

« sein de rboftiroe le flambeau d& la raison , et « qui le fjajs briller de $pn plus graud éclat , « lor&quq le splsil et le» autres sont plongés «da^sl^nuit?

et Est-ce rpçû qui dpfcûe les biens cm qui les <ç reçpis d'un autre? Asrtu jamais entendu ce quelqu'un se vanter d'avoir été mon bienfai- « tqur? li$& vallées féwfldes sont chargées de ce mes fruits : tous Les troupeaux qui paissent <c sur les coteaux sont à moi : les mers, la terre « et l'air m'appartiennent. Les étoileset le^ofeil « flWt h pw^stère que j'ai aejnée au-dessous « de,flapn trojie; jet «tu voudrais Je meswes mec « Je Çfçfrtpw de l'uuivQrs , ,toi que le regard « ^'uuedem^,créature$:fait:tremblerlilépauds

•f 3 pes q^tiQEU*. »

Ainsi parla le Tout-rPuis&an* , et les ciaux s^bjra^lèrfaM; gu $m de sa wix«

Job çaisi d'effrpi n'usait leper les y*ux ; ow-

gRg ? * Qffl»4 Pwu , difcii , rien rimfi. im&os- * ^ble à jta volonté 49uwmîm. Mo» cœur ,est ? pu deyapt t^ regard?, et tu lis toutes ifees ce pensées : mais tes desseins et tes décrets « mejryefljejffi ymml Ja pPf#* 4c 1» feïble « yijp ^ mrfch Jty?l* SAOTW* £MÏ parler

DU LIVRE DE JOB. l35

« de ta puissance; mais je ne t'avais jamais vu « jusqu'à cette heure où ta présence m'a rem- « pli de terreur. Couvert de honte , je vois le « maître de ma vie, je me hais moi-même, et « je t'abandonne mon âme. Pardonne à ma « langue téméraire : elle n'aura jamais tant « d'audace, et ma faiblesse ne tentera plus ta « colère. Je condamne ma voix k un silence « éternel, et le front dans la poussière, j'im- « plore ta clémence. L'homme n'est pas fait « pour t'interroger, mais pour t'adorer et se « taire. »

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