‹ Les Nuits, Suivies Des Tombeaux Et Des MeditatChapitre 7 sur 58 · A VOLTAIRE · texte numérisé non relu

A VOLTAIRE

C'est toi, Voltaire, qu'implore ma muse.

Prenant son vol au-dessus des mers, elle quitte les contrées glacées qui Font vue naître, et te cherche dans les climats plus doux que ton génie éclaire. Elle sent sa faiblesse , elle veut s'étayer de ta grandeur, et cacher ses fautes dans l'éclat de ta gloire. Ne lui refuse pas une faveur qu'elle ne peut trouver dans sa patrie.

C'est à toi de porter le flambeau de l'histoire dans la nuit des siècles , d'étonner le nôtre par le récit des actions des héros, et d'agrandir les rois. Qui pourra comme toi étaler sur la , scène leurs tragiques aventures ? C'est encore à toi qu'appartient la gloire d'emboucher la trompette épique, et d'en tirer des sons immortels : mais laisse-moi l'honneur de répéter sur ma harpe maritime les chants d'Arion.

Sois le protecteur de mes vers, et ma muse, enchaînée à ta gloire , sera préservée du tombeau.

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Quelle est, diras- tu, cette muse étrangère qui s'écarte de son île et vient briguer moti sourire ? Voltaire , cette muse , quoique née dans d'autres climats , ne t'est point étrangère. Souviens-toi de celle dont les vers adoucirent l'arrêt trop sévère que tu prononças contre Milton, lorsque, mollement assis sur le duvet de Dorset , tu repoussais avec colère les fantômes de la mort et du péché , ces «enfans de son génie , qui offensèrent ton goût délicat.

Souviens -toi de celui qui dessilla les yeux du censeur de Milton , te montra qu'une raison sage régla toujours la fougue de son imagination, et te fit presque avouer que son génie n'était pas aveugle comme -ses yeux.

Mais qu'ils sont déjà loin de nous ces jours de nos disputes innocentes ! Ils ont disparu pour ne jamais renaître, ces soleils qui éclairaient nos amusemens légers ; hélas , nos cheveux alors n'étaient point blanchis par les années ! Qu'il est près de nous le jour où nous oublierons tout deux , moi , la reconnaissance que je dois à mon protecteur, toi, la clef d'or dont la Prusse honora tes savantes mains !

Bientôt le présent dormira dans le silence , dans l'oubli profond ou dort le passé. Bientôt

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s'évanouiront pour nous toutçs le* différences que nous mettions entre les menaces » et tes faveur* de* grands; entre la gloire des succès, et la hopte des revers ; entre la galté française çt l'humeur mélancolique de l'Anglais.

Arrêtez - vous , moraens r*pides M arrêtafr- \<w&. mon ami, ils sont insensibles à Wtë cris. Le drame si court de notre vie tire, à sa fin, et la. toile s'ébranle déjà pour toœk&>: n'entends-*!** pas le cri des années > et la yoi* de l'Éternel qui nous appelle ?

Cette vpi* nous inspire bien d'a& tores pensée .$t bien d'autres désirs que ceux qui $ous omt agités. Nous voici tous deux arrivas * un point de vue bien plus élevé. Que les objets cp$ n<n*s découvrons sont nouveau* ! Un autre feut se présente à npa regards. Uj&e ardeur nouvelle s'çkppare de notre ân>e? : nous sentons, Uft&re un# autre ambition^ fct de vains lauriers qweJe temps peut ftétrir ne sont plus capable» de nous satisfaire.

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