‹ Les nuits, suivies des Tombeaux et des Méditations d'Hervey, etcChapitre 38 sur 63 · ao · texte numérisé non relu

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et l'ivresse sont privés de cet agréable concert.

Une comète.

J'observais , il y a quelques jours , dans les cieux un phénomène étonnant. Cet astre prodigieux qui dans sa route enflammée semble couvrir la moitié du firmament, était pour quelques-uns un objet de crainte et d'épouvante; ils le regardaient avec l'effroi dont Balthazar contemplait cette main fatale qui traçait sa destinée sur les murs de son palais. L'un prédisait déjà la chute des empires, la mort des rois et les calamités des nations; l'autre voyait la guerre menaçante et la discorde cruelle secouer leurs torches enflammées, et embraser le monde entier.

Ainsi la superstition et le fanatisme colorent presque toutes les images que la main du peuple a tracées. Fonderais-je aussi de vains pronostics sur la ceinture lumineuse qui entoure la comète? Non, je me contente d'adorer cet Etre suprême qui lança de sa main ce globe immense dans les plaines de l'air, et qui lui ordonne tantôt d'aller se mêler et se confondre avec les rayons brûlans du soleil;

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tantôt de passer bien au-delà des bornes de notre système planétaire, et de se présenter aux yeux surpris d'un autre monde.

Quelquefois dans les heures nocturnes un phénomène aussi remarquable amuse les philosophes , et alarme le vulgaire. Des météores volans s'enflamment, et reflètent leur lumière du côté du nord ; ces flammes rayonnantes se choquent et se mêlent, l'air en paraît embrasé; quelquefois elles se séparent, et, semblables à des flèches rapides, elles sillonnent le firmament.

L'ignorant villageois contemple ce spectacle d'abord avec surprise, et bientôt avec frayeur. Une terreur panique s'empare de tous les esprits ; les cœurs palpitent , la pâleur couvre tous les visages. L'épouvante s'accroît par les discours et les observations de la multitude; chacun parle le langage de la crainte; les uns voient des fantômes hideux , des armées s'entrechoquer, des plaines couvertes de morts, des ruisseaux de sang ; les autres , poussant leur crainte plus loin , pensent que le grand jour est venu , que l'heure irrévocable va sonner , que le monde va finir.

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Lt lever de la lune.

La lune s'avance; elle fait son entrée dans le firmament. Voyez-la sortir de ce nuage argenté. Que son aspect est sublime et sombre en même temps ! A chaque pas qu'elle fait dans les cieux , son éclat augmente. Déjà sa lumière pâle et tremblante couvre la terre, attire nos regards, et répand sur le monde endormi des vapeurs voluptueuses, tant sa clarté est douce et tendre. O reine des ombres! tu es l'ornement des cieux et la gloire des astres.

Le jour nous offrait mille scènes variées que les ténèbres ont couvertes d'un voile impénétrable. En vain les étoiles officieuses viennent nous prêter leur secours ; elles ne font qu'adoucir les sombres regards de la nuit, sans faire évanouir l'épaisse obscurité qui nous couvre. A peine un faible rayon se réfléchit de la surface des objets vers l'œil qui les considère. Mais la lune rassemble tous ces rayons , et blanchit de sa lumière le voile étendu sur le front de la nature. Aidés de sa clarté , nous pouvons considérer les vastes tableaux que

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renferme l'univers , non dans leur vrai coloris, raais délicatement ombrés, adoucis par un éclat plus tendre.

Quel spectacle imposant et sublime! La lune pend du céleste lambris comme une lampe immense de cristal; les diamans enrichissent d'une broderie magnifique le dais superbe de l'univers; une lumière tendre descenti lentement sur la terre. D'abord elle se glisse sur le sommet des hautes montagnes, d'où elle tombe et s'étend sur les plaines; mille rayons ont fondu les eaux de la mer en argent liquide; la sombre verdure qui couvre les forets s'est éclaircie; les feuilles, mollement agitées pai' un vent frais et léger , prennent d^ns un instant mille nuances agréables ; une perspective immense s'ouvre à nos regards. Que l'aspect de la nature émeut et remue vivement les âmes sensibles! Les amples dimensions'du dôme de Renelagh et les brillantes illuminations des jardins du Faxhall , ont excité une admiration générale. Que sont ces faibles essais de l'art humain auprès des ouvrages sublimes du Tout-Puissant?

lia lune, dans cette pompe touchante etmagnihque, ne vient pas seulement pour récréer

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nos regards , elle luit aussi pour nos besoins. Que les ténèbres seraient insupportables et cruelles , si elles duraient long-temps , surtout dans les longues nuits de l'affreux hiver! La lune vient animer leur sombre obscurité ; elle double de ses rayons d'argent le manteau de la nuit 5 et nous console d'une journée froide et ténébreuse. Dans l'été , que de charmes ne verse-t-elle pas sur nos soirées tranquilles! Elle nous trace une route brillante sur le sein des prairies ; elle nous attire dans les bosquets embaumés ; elle éclaire le paisible berger , et le conduit avec son troupeau dans de gras pâturages. Que cet astre est agréable au matelot ! Son vaisseau fend le sein des mers avec agilité et sans inquiétude sous l'influence de ses rayons bienfaisans. C'est pour nos besoins et nos plaisirs que le Créateur arrangea ce système sublime, que le savant calcule et dont jouit le sage.

La lune varie sans cesse dans son aspect ; aujourd'hui sa face est toute rayonnante de clarté, bientôt un croissant lumineux et simple ornera son front ; mais enfin sa beauté s'évanouit. Elle voyage dans les cieux , inconnue et invisible; elle se lève tantôt à la fin du jour ,

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et commsnce sa carrière admirée de la multitude ; tantôt elle diffère son entrée dans le firmament jusqu'au centre de la nuit , et éclaire le monde endormi sans en être aperçue.

Comme cet astre changeant, tout ce qu'il éclaire au-dessous de lui, tout ici bas n'est qu'inconstance. Hommes , qui tous les jours éprouvez mille changemens et voyez changer autour de vous tous les objets , comment pouvez-vous compter sur la stabilité des biens et des plaisirs? N'avez -vous pas vu des oiseaux voltigeant dans les prairies , ranimant l'éclat de leur plumage dans l'onde d'un ruisseau, voler ensuite sur les arbres solitaires qui bordaient ce ruisseau ? Le plaisir volait avec eux sur leurs ailes ; la mélodie la plus tendre enflait leurs gosiers. Vous goûtiez avec ravissement ce charme inexprimable ; mais a-t-il duré autant que vos désirs? L'oiseau s'envole ; vous l'avez perdu de vue ; le ciel s'obscurcit, le ruisseau se trouble; un instant a détruit vos plaisirs. Ah! ne fondez jamais votre bonheur sur des objets passagers et périssables !

J'ai vu quelquefois ce globe resplendissant dépouillé de ses rayons ; la terre , interposant

son corps opaque, interceptait la clarté du soleil , et renvoyait une ombre obscure sur la lune. J'ai vu sa lumière s'éteindre par degrés , jusqu'à ce que , plongée dans une espèce d'évanouissement, pâle et languissante, elle semblait expirer dans les ténèbres. Ce spectacle étonne ceux même qui n'aiment à voir la nuit que dans toute sa pompe, trainee par les songes dans son cbar d'ébène , et précédée par les ombres fugitives. Cette espèce de malheur est Tobjet des observations générales et de toutes les conversations.

Il en est de même des personnes de considération. Les rois et leurs ministres sont les objets de l'attention publique; leur conduite ne peut être cachée, leurs moindres démarches sont veillées de près, et jugées sévèrement. Les personnes qui mènent une vie privée peuvent faire des fautes , elles sont presque toujours ignorées. Une planète peut s'éclipser, une étoile disparaître pendant quelques mois ? à peine un en dix mille s'apercevra de cette perte ; mais si la lune souffre une éclipse passagère , la moitié du monde en est témoin.

Que j'étais heureux et satisfait lorsque je faisais ma promenade solitaire et nocturne sur

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les côtes d'occident ! La mer claire et unie baignait de ses eaux le pied des hautes montagnes , s'étendait au loin dans une vaste plaine, et servait de miroir aux astres; l'azur du firmament était relevé par les étoiles innombrables ; la lune s'avançait lentement ; elle paraissait se contempler avec plaisir dans la surface transparente des eaux.

Tel est l'effet d'un mérite distingué dans les personnes d'un rang supérieur. Leur carrière est d'autant plus estimable , que les influences en son plus douces et plus répandues. Ceux qui sont animés de la noble ambition de faire des heureux ressemblent à cet astre qui va se peindre dans les eaux de cette fontaine, et dont la lumière est reflétée sur les objets qui l'environnent.

La prière.

C'est assez exercer mes pensées; la lassitude s'empare de mes membres. Cédons à l'avis de la nature ; laissons le sommeil rafraîchir mes sens épuisés. Mais arrêtons. Irai-je au lit de repos sans me prosterner en actions de grâce devant le souverain Etre qui me conserve , et qui m'a fait jouir de tant de sentimens agréa-

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bles ? Prions l'Eternel avec la simplicité du laboureur et de l'artisan.

Est-ce la superstition qui inspira les premiers transports qu'une âme sensible manifesta au premier aspect de la nature? N'est-il pas dans l'ordre que l'homme entouré du plaisir et du bien-être , admire et reconnaisse par des actions de grâces la main qui le forma , qui le nourrit , et qui lui donne le sentiment de la vie et du plaisir?

O toi qui guides mes pas, et protèges ma vie, je me mets sous tes ailes sacrées; tu m'as soutenu pendant les heures du jour; sois mon bouclier dans le sein des ténèbres. Si mon âme s'est souillée de quelque tache impure, purifie -la dans ces instans où mon corps semble se séparer d'elle pour goûter le sommeil. Eloigne le vice et le crime de ma couche paisible. Je m'abandonne dans tes mains prudentes ; mes yeux s'appesantissent et se ferment ; je passe dans des régions inconnues ; le sommeil va confondre mes idées et mes sensations.

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