SUR L'AMOUR
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Ad cœlum ardentia lumina tollens , Lumina ; nam teneras ardebant vîncula palmas.
ViBGII..
iVlusE, quitte le séjour des cieux, et ce ton solennel qui convenait aux étonnans récits des merveilles de l'avenir. Descends sur la terre, et viens satisfaire un noble désir dont je me sens pressé. Je veux conter à mon siècle l'infortune d'une reine vertueuse , et son courage plus grand que ses revers. Muse, prenons soin de sa gloire; inspire des sons touchans à mon âme attendrie , et conforme les accens de ta voix à ses malheurs.
Et vous y belles , qui avez reçu le jour dans cette île heureuse , et qui faites l'ornement de ma patrie, prêtez à mes vers une oreille attentive. Sexe aimable, qui régnez sur le nôtre par l'empire des charmes , la vertu vous dispense de la beauté , et vous donne sur nos cœurs des
droits aussi surs et plus sacrés. Mais quand vous nous offrez la vertu sous les traits enchanteurs d'un beau visage, où respirent la jeunesse et les grâces, si la fortune vous a placées sur un théâtre qui vous expose dans un jour favorable, ah ! vous êtes alors l'objet le plus ravissant dont les cieux puissent embellir la terre : alors vous méritez plus que de Tamour , et le cœur est tenté de vous adresser les hommages réservés au Dieu de l'univers !
Ormond et son illustre reine n'étaient pas nés encore. Mais ma patrie n'a pas attendu le siècle de l'immortelle Anne pour enfanter des prodiges de vertu. Marie marchait à son trône de victoires en victoires. Ses armées triomphantes venaient de renverser les projets de l'ambitieux Dudley , lorsque l'Angleterre vit une princesse de la race des Suffolk innocemment portée par le crime d'autrui sur un trône qui ne lui appartenait pas, y montrer l'espace de quelques jours la plus belle des femmes dans tout l'éclat de la jeunesse et des grandeurs : bientôt on la vit , tombée de cette élévation , soutenir sans s'étonner le changement fatal de sa destinée!
O fortune! ô revers! sa grande âme s'est
déjà remise de cette chute «iccablante. Mais toi , son époux , toi l'objet de son chaste amour, toi qu'elle a couronné de ses jeunes mains, Gilfort , à l'aspect de ta ruine, en quel état se trouve ton âme? C'est l'inquiétude la plus cruelle qui tourmente sa jeune épouse. Elle ne l'a point encore vu depuis qu'ils sont malheureux. Elle brûle, elle tremble de le voir. L'impatience et l'amour la précipitent vers son appartement : la porte allait s'ouvrir. Elle s'arrête, elle frémit et revient sur ses pas ; mais un transport la ramène à l'endroit qu'elle redoute. Elle ne peut plus s'abstenir de voir son époux : elle entre; elle l'a trouvé; muette, elle passe près de lui : elle n'ose hasarder une parole ; ses yeux n'osent se lever sur son cher Gilfort , tant elle craint la vue de sa douleur.
Enfin elle se précipite sur son jeune époux, et sans parler le serre entre ses bras. Elle cache, comme elle peut, le trouble de son âme, elle compose ses regards et les traits de son beau visage , elle y montre une paix qui n'est pas dans son cœur, et d'une voix pleine de douceur :
« Cher époux , lui dit-elle, cesse de t'affliger ; « la fortune, il est vrai, nous enlève une cou-
(c ronne; mais il nous resU^ un courage supé- « rieur à cette perte. La vertu nous paiera ce « léger malheur: nous en serons récompensés « clans ce séjour où l'on ne connaît point de (c différence entre le mortel qui est assis sur « un trône et celui que le sort en a précipité, ce Eh! quel si grand changement est -il donc « arrivé dans ma destinée ? je ne suis plus ce reine , mais je suis encore ton épouse. J'aime ce mieux obéir à Gilfort que de régner sur l'uc( nivers. Quand nous serons cachés ensemble ce dans quelque retraite obscure, Marie pourra ce cesser de nous poursuivre, elle pourra nous ce oublier : moi , je te promets ici de te suivre ce dans ton exil , constante et fidèle , jusqu'au ce dernier moment. Je te rendrai en amour ce ce que tu perds en puissance. Ah ! je vois que ce nos deux âmes s'entendent : je lis dans tes ce yeux la fermeté de la tienne; nous saurons ce montrer au monde qu'on peut quitter une ce couronne avec indifférence. »
Ainsi cette belle essayait de consoler son époux; mais l'avenir épouvante Gilfort. Il s'alarme, il tremble que des maux plus affreux ne viennent fondre sur elle. Hélas! cet avenir qu'il redoute arrive. Les portes s'ouvrent :
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un garde s'avance. Reine barbare, qui l'as envoyé, pardonne-lui de s'être attendri sur le sort de ce couple infortuné. Comment retracer son désespoir , au moment où elle s'y vit séparée du jeune époux qu'elle aimait , et dont elle était si tendrement aimée? Sa douleur fut horrible; mais, rappelant son courage, elle soutint encore cette séparation cruelle.
Gilfort demeuré seul a succombé sous le poids de ce nouveau malheur ; sa constance l'abandonne : faible , n'en pouvant plus , il s'assied et, se plongeant dans l'abîme de sa douleur , il roule en son âme ses tristes pensées. Mille horribles images se succèdent devant ses yeux. Souvent , dans un transport, il se lève étendant les bras, comme pour embrasser son épouse , et retombe immobile et mourant. Tantôt il erre en silence le long des spacieux appartemens de son palais désert. L'éclat de leurs ornemens importune sa vue et attriste son âme. Il maudit la destinée , et les jeux cruels où elle s'est amusée à parer un malheureux de cette pompe vaine qui augmente son infortune. Ses regards ont rencontré le lit nuptial : ses yeux s'y attachent, et dans un sombre silence il repaît sa douleur
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du souvenir de ses plaisirs passés. O doux transports qu'il éprouva, de quelles peines cruelles vous êtes suivis!
Qu'est devenue cette nuit heureuse où ces deux amans se possédant pour la première fois se prodiguèrent leurs premiers embrassemens? La lune commençait son cours, lorsquelle éclaira cette nuit fortunée : sa clarté douce et paisible luisait sur le lit nuptial et invitait à l'amour; elle vit Gilfort, dans les transports de sa tendresse , recevoir sa timide amante , la presser dans ses bras amoureux , toucher , baiser , dévorer ses charmes, enivrer tous ses sens de la jouissance de ses jeunes appas , cachés jusqu'à ce jour aux regards des mortels. Maintenant elle luit tristement sur ce lit abandonné : avant qu'elle eût terminé son cours , elle a vu s'évanouir le bonheur de ces deux amans; tant d'amour et de puissance n'ont été qu'un songe qui n'a duré qu'un jour !
Ainsi dans nos climats inconstans un orage couvre et défigure en un moment la face riante des cieux. Tous les vents à la fois descendent des nuages , fondent ensemble sur les plaines , balayent fleurs et fruits et font gémir les forets
inclinées : l'hiver vient encore se montrer au milieu des étés , triomphe des feux brûlans du soleil, renverse les saisons et trouble l'ordre de l'année.
Mais en quels lieux cette jeune épouse estelle donc entraînée loin de son époux et de la lumière . du jour ? Que la scène est changée pour elle ! Elle ne trouve autour d'elle que des objets de sinistre présage auxquels ses yeux ne sont pas accoutumés, et qui la remplissent de sentimens d'horreur inconnus à son âme. Au lieu de ce trône, de cette couronne, de cet appareil pompeux dont elle était environnée, de cette garde nombreuse et obéissante, elle se voit seule, abandonnée aux ténèbres d'une prison affreuse. A la place d'un époux , elle ne voit qu'un soldat farouche dont le regard menaçant la glace d'effroi. Le matin , avant que l'aurore se lève autour de son cachot, les noires pensées reviennent tourmenter son cœur sensible , qui avait commencé de goûter l'amour et ses douceurs; le soir, elle apprend que la nuit est venue par un satellite qui ferme à grand bruit les verroux sur sa" captive, et va goûter en paix un sommeil dont elle est privée.
O changement affreux pour quiconque le voit avec des yeux vulgaires ! Mais la fille de Suffolk saura faire servir ses malheurs à sa vertu. C'est dans cet abandon général, dans cette privation totale des secours humains, que la force d'une religion sublime se déploie davantage. Dans ces momens de désespoir , où les calamités sont à leur comble , où la nature épuisée succombe ; c'est alors que la religion se plaît à secourir le malheureux.
Nous contemplons avec un étonnement stupide le degré de hauteur où s'élève un mortel qui soutient avec constance tous les revers dont la fortune l'accable. Nous avons peine à en croire nos yeux , en le voyant, insensible à la perte de ses richesses, de sa gloire et de toutes les grandeurs humaines , conserver au milieu de ses disgrâces un front triomphant et une âme tranquille, sourire encore sous le fardeau de ses malheurs , et consoler ceux qui venaient le consoler.
La jeune princesse oppose à ses revers un courage invincible. Du fond de son cachot ténébreux , elle interrompt l'affreux silence de cette horrible retraite. A genoux , et soulevant ses mains chargées de chaînes , d'un cœur fer-
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vent et résigné elle élève sa voix vers son Dieu : « Dieu tout -puissant, lui dit-elle, c'est (c à toi d'élever et d'abaisser. C'est toi qui (c fais passer des ténèbres à la lumière une race « ignorée , ou qui replonges dans l'oubli une (( famille de rois. Dès l'entrée de ma jeunesse « et dans Tespace de quelques jours , j'ai <c éprouvé l'une et l'autre fortune. Je sens que « la nature s'émeut d'une révolution si rapide <c et si terrible; mais je me sens aussi le couc( rage de la soutenir avec honneur. Donne- « moi la force qui fait vaincre les malheurs ; ce et si dans le feu de la jeunesse, dans l'ivresse a de la prospérité , au milieu de l'enchantecc ment et des prestiges d'une cour brillante , te je me suis toujours souvenue de toi, ne ce m'abandonne pas dans ma disgrâce. Mais ce c'est surtout pour mon époux que j'implore ce ta clémence. Si c'est un crime à tes yeux ce d'avoir porté la couronne , ce n'est pas lui , ce c'est moi qui l'ai reçue. Si ton bras doit ce frapper l'un de nous, que je sois seule en ce butte à ta vengeance. Mon époux est innoce cent : qu'il me survive, qu'il augmente la ce gloire de son pays ; et qu'il soit un monucc ment de ta bonté dans une terre coupable.
« Rends encore à mon père toute la tendresse « qu'il a eue pour moi. Si deux têtes si chères « sont épargnées, je croirai que tu m'auras <c entendue , et je te bénirai , même en voyant « couler mon sang. »
O constance , vertu céleste , comme tu sais triompher des fureurs d'un ennemi , et tromper sa vengeance ! Quand l'homme se révolte avec emportement contre la destinée , et que l'âme s'irrite contre ses maux , ses maux s'irritent contre elle. Elle perd la paix. La plus légère disgrâce s'agrandit et lui fait éprouver les tourmens de mille morts dans une seule. Mais toi, en soumettant l'homme au malheur, tu en affaiblis le sentiment , tu lui ôtes son amertume, et tu sais encore lui faire trouver des douceurs dans son infortune.
C'était la veille du jour où l'inexorable Marie se promettait d'accomplir ses vengeances ; de ce jour funeste où la barbare répandit avec plaisir le sang de l'innocence, et changea à force de cruautés les actes de sa justice en forfaits odieux. Le soleil en se couchant voila d'épais nuages son front éclatant et parut s'attrister de la nécessité de son retour. La nuit qui précéda cette sanglante journée fut noire
et profonde : un ciel ténébreux et sans étoiles, les mugissemens sourds des vents qui se mêlaient au bruit mélancolique de la pluie tombante semblaient préparer les scènes funèbres du lendemain.
L'innocence peut dormir chargée de fers. Le sommeil descend sur les yeux de la jeune reine : l'infortunée s'endort. Un songe imposteur vient se jouer de sa misère et la fait remonter sur un trône imaginaire. Le front ceint d'un vain diadème, elle voit ses flottes et ses armées étendre au loin sur la terre et les mers l'ombre de sa puissance. Elle croit marcher au milieu de ses sujets dans l'appareil pompeux de la majesté royale. Une foule de fantômes la précède célébrant sa gloire et ses conquêtes. C'est de sa rivale qu'elle vient de triompher : elle la voit prosternée et suppliante à ses pieds. Enchaînée dans une prison , c'est elle qui s'attendrit sur la destinée de sa captive et lui ordonne de se relever!
Le jour naît. Les rayons de l'aurore se jouent sur l'onde, dorent la cime des coteaux, et chassent vers l'occident les ombres blanchissantes. Le bruit des travaux recommence à retentive dans les villes et annonce la vie pé-
nible et laborieuse de l'homme. Les projets de vengeance se réveillent dans l'âme des tyrans; l'époux amoureux se tourne vers sa jeune épouse. L'infortunée Suffolk se trouve à son réveil seule et séparée du sien. Elle ne se plaint point du songe qui l'a si cruellement trompée. Elle pardonne à la nuit ces mensonges; (c et ces grandeurs, dit -elle, dont je me ce voyais environnée , étaient-elles plus qu'un « rêve? » Calme et tranquille, elle se retourne sur l'autre sens , et fait reprendre à son cœur un état conforme à sa fortune. C/est en ce moment , infortuné Gilfort ! c'est en ce moment qu'on vient lui annoncer que sa mort est prochaine.
Dieu ! qu'il est cruel pour une jeune princesse de périr ainsi dans la fleur des ans , au moment où le temps venait de finir tous ses charmes , d'épauouir tous les trésors de sa beauté, et d'animer dans tous ses sens la vie et l'amour! Qu'il est affreux pour une épouse adorée de passer des bras de son jeune époux dans les bras de l'horrible mort , presque au sortir du lit nuptial et des premiers transports de l'amour, confuse encore et troublée du nouvel essai de ses douceurs l Qu'elle dut trou-
ver amère la nécessité de se séparer déjà de son cher Gilfort , de le laisser seul après elle , désespéré , abîmé dans la tristesse et pour jamais inconsolable! Ce bonheur dont elle s'était flattée , ce bonheur dont elle s'était formé de si riantes images , est évanoui. Cette chaîne de jours fortunés, ces nuits délicieuses dont le charme attache les amans l'un à l'autre; ces plaisirs tranquilles et purs d'une douce société, et ces plaisirs encore qui naissent des inquiétudes de la tendresse , ces transports ravissans qui suivent les alarmes d'un cœur amoureux et fidèle, elle en connaît les délices, et ne les goûtera plus ! elle ne verra point un jeune rejeton de son amour , doucement pressé contre son sein ou mollement agité sur ses genoux, sourire à sa mère et lui présenter les traits de l'époux chéri d'elle. S'il était né du moins, ce fils, il eût pu quelque jour, lorsque son vieux père reviendra de pleurer sur la tombe de sa fille si tôt enlevée , il eût pu par ses caresses innocentes le forcer à lui sourire au milieu de sa douleur ; ce fils eût pu consoler sa vieillesse et prendre dans son cœur la place de sa mère.
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aigrir le sentiment de ses malheurs , et lui font goûter lentement toute l'amertume de la mort; mais tant de chagrins ne l'ont point accablée. Au travers des horreurs qui l'environnent, ses regards percent les voûtes de sa prison et pénètrent jusqu'aux régions heureuses de l'immortalité : c'est là que son âme s'élance , respire soulagée , et goûte un moment de paix. Insensible pour elle-même, elle recomnlande à ses amis , en pleurs , son époux et son père. Ses ennemis s'étonnent et s'indisfnent du courage tranquille dont elle brave leur haine impuissante. Elle s'est élevée au-dessus d'eux : il n'est plus rien sur la terre qui l'attache à la vie que Gilfort. Mais Gilfort combat encore dans son cœur; elle ne peut l'en arracher: sans cesse son image importune et chérie vient s'offrir à ses yeux , et s'oppose à son âme qui fait effort pour briser tous ses liens et se réfugier dans les cieux. Semblable à ces flammes inégales qui , faibles et mourantes , sont près de s'éteindre , mais se raniment et se rallument encore autour de l'aliment qu'elles dévorent , tantôt son âme jouit d'un calme céleste, et tantôt elle ressent les secousses et tous les feux de l'amour... Enfin, après bien des com-
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bats , la religion Temporte : « Oui , s'écrie- « t-elle, ce ciel qui fait ma force et mon espoir, «sans doute n'abandonnera pas Gilfort, il « veillera sur ses jours ! » Cette idée la rassure et l'encourage. Maintenant que la mort se présente, elle est prête à la recevoir : déjà elle accuse sa lenteur; elle ne souffre pas, mais elle se lasse de l'attendre.
O mortels, dont la vue est si bornée, vous pensez toujours follement que le malheur qui vient de passer sera le dernier de vos malheurs. Hélas! retenez donc que les alarmes succèdent sans cesse aux alarmes, et que les chagrins forment souvent une chaîne aussi longue que la vie.
Elle croyait n'avoir plus qu'à mourir, et son âme tranquille se reposait sur l'espérance de toucher au dernier de ses maux. Mais qu'elle est loin d'être à la fin de ses cruelles épreuves ! Un malheur plus grand que la mort vient fondre sur elle. La porte s'ouvre, à ses pieds roule une tête sanglante et couverte de cheveux blancs. C'est la tête de son grand-père que Marie vient d'immoler à sa fureur.
Comment se défendre ici d'être sensible? Il lui est impossible : ce coup imprévu l'écrase;
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son courage l'abandonne : elle succombe. Un soupir s'échappe de son cœur oppressé , et trahit sa constance. Des larmes coulent de ses yeux , et lui apprennent qu'elle n'est encore qu'une faible mortelle. La nature n'avait point formé de père plus tendre : plus il vieillissait, plus il aimait sa fille. Ah! qu'elle eût eu de grâces à rendre à son ennemie , si elle lui eût accordé la faveur de mourir la première , et de laisser la destinée de ce vieillard dans un avenir ignoré de sa fille !
Réveillée par ce coup de foudre de sa trompeuse sécurité, son âme se remplit de nouvelles alarmes. Elle songe à tous les maux que la destinée peut encore lui garder en réserve. Elle voit chagrins sur chagrins s'enchaîner l'un à l'autre , sans terme à ses souffrances , tant que la nature pourra recevoir et sentir de nouvelles blessures. Le glaive s'est trempé dans le sang de sa famille. Qui mettra désormais des bornes à la fureur dhme reine implacable? Comment espérer que la clémence puisse entrer dans le cœur d'une rivale offensée , quand le fanatisme s'est emparé d'elle , et que la religion même consacre à ses yeux ses attentats?
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Frappée d'affreux pressentimens , elle ne peut retenir ses sanglots. La terreur la saisit , son sang se glace dans ses veines, ses belles joues se décolorent ; une sombre tristesse éteint l'éclat de ses beaux yeux , une pâleur mortelle s'étend sur tout son corps : hélas ! et si Gilfort aussi... Dès que, de pensées en pensées, elle fut arrivée à cette idée effrayante, ce fut comme un précipice où s'abîma son âme. Un tremblement universel agite ses membres ; tout à coup arrêtée et immobile , elle ne peut faire un pas ; elle n'ose baisser ses regards vers la terre : ciel, si ses yeux au travers des ténèbres y rencontraient la tète de Gilfort! Gilfort se présente à sa vue, vêtu d'habits de deuil, le visage pâle et abattu , la voix muette et glacée par un froid désespoir. Il s'avance vers elle à pas lents , semblable à un fantôme sortant du tombeau. Épouvantée, elle recule, en se meurtrissant le sein. Ses yeux effarés retracent les angoisses de son cœur. Frappée à l'âme , elle chancelle et tombe étendue sur la terre , inanimée et ne respirant plus.
Gilfort jette un cri , se précipite sur son épouse, la serre dans ses bras, et rappelle, par un baiser de feu , son âme prête à s'échapper.
Ainsi le flambeau allumé rend la flamme et la vie au flambeau qu'un souffle vient d'éteindre. Elle soulève avec peine ses yeux nageant dans la mort ; elle revoit la lumière et Gilfort avec elle : ah ! sans Gilfort la lumière lui serait insupportable ! elle avait pu se résoudre à mourir : elle avait encore eu la force de supporter la mort funeste de son grand -père; mais en voyant Gilfort dans ces lieux d'affreux présage ^ elle ne peut commander à sa douleur, elle ne peut retenir ses gémissemens. Ah! Gilfort, s'écrie-t-elle!... Elle voulut continuer, mais les sanglots étouffèrent sa voix. L'amour rentre dans son cœur , y reporte l'agitation et ses troubles cruels, et renverse en un moment l'ouvrage de sa constance.
Pour émouvoir un cœur , est-il un spectacle plus puissant que celui d'une belle en pleurs ? Quelle âme assez forte, assez dure, pour rester insensible à ses larmes ? Le cœur s'attendrit et se sent bientôt pénétré de mille charmes inconcevables qui sortent de sa douleur. Ses soupirs exhalent les feux de l'amour : on oublie ses chagrins , et l'on trouve dans le sentiment même de ses maux une sorte de vo* lupté douce et enivrante.
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Gilfort l'éprouve : consumé de peines, enivré de plaisir, dans l'emportement de son amour , il saisit son épouse , et la serre éplorèe entre ses bras. Alors il oublie sa disgrâce ; dans son délire il se croit encore heureux , il ne sent que l'amour et s'abandonne à ses transports ; mais soudain une réflexion cruelle détruit l'enchantement. Il s'arrache avec effroi des bras de son épouse, fuit à l'écart, y demeure , comme s'il eût craint de retomber dans son égarement; et d'un ton qui dissimulait mal sa douleur : « Arrête, ô ma chère vie, « arrête. Je ne peux endurer tes larmes. Tu as « su adoucir mes chagrins : modère les tiens , « et ne sois pas insensible pour toi seule. Ne « me plains point de mourir, si tu ne dois a plus vivre. La vie est un traité dont la mort « est la condition : tôt ou tard il faut la rem- « plir. Que gagne-t-on à différer d'un jour? « N'avons-nous pas vu de ton palais les flots « rouler amoncelés du milieu des mers, se « presser, se pousser tumultueusement jusce qu'au rivage où leur fureur expire ? ne nous « répétions- nous pas que c'était ainsi que les « flots de la race humaine se chassaient l'un K l'autre, et après un moment d'agitation et
« de bruit, disparaissaient ? Pourquoi tant t'af- « fliger de mon sort? Tu vois le tien sans « t'émouvoir ! chère épouse , ta sensibilité « m'offense. Ne sais-tu pas que le coup qui « doit te frapper me donnera la mort? Je ne « crains plus de mourir ; sans toi je ne peux ce vivre, et je cours avec joie à la rencontre de « ma destinée. Chère épouse , ah ! du moins « nous mourrons ensemble , et le même tom- « beau recevra l'amante et l'époux.... Quoi! « tes larmes recommencent à couler ! Ah je « me reproche n*a tendresse, puisqu'elle aigrit « ta douleur. Ame de ma vie, calme ton cœur. « Tu ne fais qu'appesantir sur moi le fardeau « de nos malheurs, et tu te joins à notre ence nemie pour m'accabler. »
Inutiles efforts! plus il essaye de la consoler , plus elle devient inconsolable. La pitié d'autrui redouble notre chagrin. Des paroles douces et tendres livrent l'âme à sa faiblesse, au lieu de ranimer le courage. Elle versait des torrens de larmes : Gilfort les condamne et ne peut retenir les siennes. Hélas! où est ce sourire plein de grâces , avec lequel elle salua son époux du nom de roi, en l'associant à sa fortune, lorsque les peuples contemplaient avec
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respect l'éclat de son trône et de sa gloire? Ce jour revient se présenter à sa pensée , ce jour remplit son âme de désolation et d'amertume.
Cependant arrive un ordre de la reine ; qu'on les fasse sortir de leur prison et passer dans des lieux préparés pour les recevoir. Cette femme ingénieuse dans ses cruautés veut que ces infortunés meurent au milieu de l'appareil des grandeurs. Ce contraste , avec leur misère, plaît à son âme barbare. Une salle spacieuse est tendue de noir. La lumière du jour n'y saurait pénétrer. Du milieu de sa voûte pend une lampe semblable à celle qui brûle sur les tombeaux. Sa lueur pâle et mélancolique se mêle à l'épaisseur des ombres , et ne sert qu'à rendre visible toute l'horreur de ces lieux. Une hache posée sur une table brille au travers des ténèbres. C'est dans cette demeure effrayante, au milieu de cet appareil de mort , que nos deux amans sont introduits et laissés. Cette scène de terreur eût glacé d'épouvante des cœurs coupables ; et tout innocens qu'ils étaient, ils frissonnèrent. Il fallait s'aimer comme ils s'aimaient , pour y sentir encore l'amour.
D'abord consternés et muets, ils se regardent l'un l'autre. Gilfort le premier rompt le silence : « Qu'est-ce que la perte d'une couce ronne et d'un empire ? Mais une épouse « adorée à qui l'on vient de s'unir , comment « s'en séparer ? Comment la voir dans les « larmes et la quitter? O toujours presser de « mes lèvres tes lèvres charmantes! Toujours « serrer cette main que je touche, toujours « voir tes beaux yeux et y lire ta tendresse! (f Viens , chère épouse , viens sur mon sein : « étouffons dans nos embrassemens le sentice ment de nos maux. Abîmons dans l'amour ce cette raison cruelle qui nous tourmente, ce Viens , livrons-nous au délire qui nous rend ce heureux , et que nos deux âmes unies s'abancc donnent ensemble , s'anéantissent dans Fiée vresse de nos transports. Chère épouse , ce donne-moi l'univers, et demande-moi où ce est mon bonheur ? Je te presse dans mes ce bras, et au bord de la tombe, je m'écrie, le ce voici. » Il pousse un long gémissement, et ne peut plus parler. Mais les yeux attachés sur son épouse, il parcourt en silence tous ses charmes, ses lèvres, ses joues, ses yeux, et tout en les contemplant , de noires images vieu-
nent s'offrir à sa pensée. Il la voit déjà morte : il voit cette tête si belle, si chère, séparée de son corps , et roulant dans la poussière , sanglante et défigurée. iv.
O vous, qui jouissez d'un grand bonheur, tremblez : c'est pour vous surtout que les malheurs sont extrêmes : quand la fortune vient à vous précipiter , la hauteur d'où vous tombez vous prépare une chute plus douloureuse et plus profonde. Gilfort serait-il le plus malheureux des hommes , s'il n'eût pas été le plus heureux des amans ? Cœurs sensibles, qui avez connu l'amour , suivez -moi dans cette affreuse demeure , tâchez de reconnaître ces deux infortunés sous les sombres lueurs de cette lampe funèbre , et voyez s'il fut jamais spectacle plus attendrissant et plus triste. Tantôt ils s'embrassent, et confondant leurs douleurs , ils versent , enlacés l'un dans l'autre , un torrent de larmes; et puis frappés soudain d'idées sinistres , ils se repoussent , reculent effrayés, et restent l'un devant l'autre immobiles de désespoir, comme des statues froides et inanimées. Tantôt les yeux pleins de tendresse et de terreur , ils se précipitent encore l'un sur l'autre, et se serrent jusqu'à
Tïiourir. Dans quel égarement leur âme est tombée! dans leurs transports ils se jurent de nouveau un amour éternel; les malheureux oublient qu'ils vont cesser d'être ! Vaine illusion qui ne dure qu'un moment ! Le délire passe , la raison revient , et tous leurs maux avec elle.
Ce n'était pas assez de leur mort pour satisfaire l'impitoyable Marie. Elle leur préparait un nouveau genre de tourment. Elle a résolu de tenter la vertu dans le cœur de sa jeune victime. Un prêtre est envoyé : des bourreaux l'accompagnent, et annoncent à l'infortunée Suffolk que Gilfort doit périr le premier , et qu'il lui faut commencer par mourir dans son époux. Alors le prêtre subtil qui épiait son âme et le moment de sa faiblesse : « Ne vous affligez point , lui dit-il ; il ne « tient qu'à vous de sauver votre époux. » A ces mots, son sein s'agite: elle respire à peine; un frémissement d'horreur parcourt et glace tout son sang : ses esprits sont arrêtés , et sa vie suspendue; le^ yeux fixés et attachés à la bouche du prêtre , elle reste toute tremblante , comme dans l'attente d'un grand événement. « Madame , continue le prêtre fourbe , em-
« brassez la religion de la reine , et sauvez « votre époux, votre père, et vous» » Puissances du ciel, assistez-la ! Les malheurs passés n'étaient rien. Ce n'est que de cet instant qu'elle commence à souffrir. Que fera-t-elle ? Prononcera-t-elle l'arrêt de mort de son père, de Gilfort? Le pourra-t-elle?... Ne craignons rien pour elle. C'est la gloire de la religion d'élever notre faiblesse au-dessus de ce qui paraît possible à la nature humaine.
Nos frêles nerfs peuvent à peine communiquer un instant de mouvement à la flèche légère : il suffit d'une bulle d'air corrompu pour arrêter le cours de la plus robuste jeunesse; il ne faut qu'un souffle glacé pour renverser un héros : rien n'est donc plus faible que l'homme; mais l'être qui fait voler l'éclair et mugir la tempête, et qui donne à la foudre une force invincible, est-il un être faible? Hé bien , sa force devient la nôtre , quand la prière l'appelle à notre secours. La religion , par un effet merveilleux, associe l'homme à l'Être suprême , et lui fait partager la puissance du Dieu qui tonne et règne au haut des cieux.
La belle , l'infortunée Suffolk tombe à ge-
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noux , et éîève en silence vers le ciel son cœur et ses yeux , où sont peints l'amour de sa religion et la tristesse de son âme. A peine est-elle demeurée quelques instans dans cette attitude, qu'on voit les nuages de son front s'éclaircir par degrés , et son visage devenir éclatant de grâces et de majesté; on eût dit qu'elle respirait déjà une vie immortelle. Alors elle se relève, et d'un ton plein d'assurance et de grandeur : « Si ce sont là, dit-elle, les conditions... » Avant qu'elle eût achevé, Gilfort s'est élancé comme un trait vers elle , et l'accable de tout son désespoir , s' efforçant d'étouffer sur ses lèvres sa vertueuse résolution. ( Epoux barbare , est-ce ainsi que tu l'aimes ? ) Bientôt fondant en larmes, l'air farouche et déterminé, dans l'égarement d'une frayeur qu'il rl'éprouvait que pour elle , il se frappe le sein , et donnant un libre cours à l'expression de sa douleur effrénée: a Ah ! rappelle-toi tout le temps de notre « union; dis , peux- tu me montrer un seul ins- « tant où je ne t'aie pas aimée ? Si tu ne m'ai- « mes plus , oublie tout le passé ; mais si tu <c t'en souviens , si tu m'aimes encore , jamais , « non jamais tu n'auras le courage de pro- « noncer froidement l'arrêt de mort de l'époux
« qui te fut si cher. O toi qui Tn*as tant aimé, « qui me pressais dans tes bras , qui me jurais « que les empires n'étaient rien à tes yeux au « prix de ton amant , qui me disais que le des- « tin ne pouvait plus rien ajouter à ta félicité, « que tu n'avais plus d'autres vœux à former « que de voir toujours succéder un avenir « semblal^le au présent; ah, si Gilfort n'est a plus aimé de toi, cruelle, voilà des bour- <c reaux ; dis-leur d'enfoncer le poignard dans <c le sein de ton époux , à tes yeux. Ah ! tu sect rais peut-être assez barbare pour le faire! <c Mais ton père... si près de sa tombe, veux- « tu l'y faire descendre dans les tourmens? « Souffriras - tu que ce qui lui reste de sang <( arrose les pieds d'un bourreau, et fume à « tes yeux sur la terre ! Mais ton père ne t'a « jamais aimée, tu dois l'en punir. »
Alors un vieillard ^'avance lentement : faible, décrépit, soutenant à peine le poids des ans et des mortels ennuis de son âme : c'était son père; la tète nue, les vétemens négligés et en désordre, il s'approche en chancelantiy et les yeux tristement baissés vers la terre. Lorsqu'il fut près de sa fille , trois fois il détourna son visage pour cacher sa douleur, et
d'une voix prête à s'éteindre : « Moi , qui suis « arrivé au terme de ma carrière, et si près « de mourir, cette hache ne peut me ravir « qu'un jour de vie. Mais toi, ma fille, toi « l'objet de ma tendresse, ne pourrai-je t'en- « gager à vivre? Mes larmes, mes dernières « larmes couleront - elles en vain ? Ah ! si tu « éprouves jamais la douceur d'être mère , tu « ne blâmeras plus alors la douleur de ton « père. » En finissant ces mots, il pousse des cris aigus; des ruisseaux de larmes roulent le long de ses joues flétries et desséchées. Revenant à sa fille, il saisit sa main avec violence, et la pressant contre ses lèvres : « Prends « donc un poignard : perce -moi le sein, et « soulage -moi. » Épuisé, il tombe aux pieds de sa fille , en la nommant cruelle , et souille dans la poussière ses cheveux blancs.
Hommes cruels et insensibles , n'aurez-vous point pitié d'elle ? Ne vous lasserez-vous point de tourmenter, de désoler son cœur par les excès d'une tendresse insensée : âmes faibles , qui trahissez la verfu et cédez lâchement au malheur; parens aussi barbares dans votre amour , que l'est son ennemie dans sa haine ? Accablée par un père et un époux chéri qui
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s'attachent à elle, et la rent rainent vers la terre, comment sa vertu pourra-t-elle se relever , et reprendre son sublime essor vers les cieux ?
Tandis que son cœur est agité des plus violentes secousses , et que son courage chancelle , épuisé par tant de combats et d'efforts , de larges portes s'ouvrent à grand bruit, et découvrent à sa vue, gisans sur la terre, trois troncs ensanglantés et sans tête. Elle reconnaît ses plus fidèles amis, ceux qui avaient combattu pour lui conserver le trône. L'instant fatal est proche : les bourreaux s'avancent, la hache est levée, le coup va tomber; ses amis rangés autour d'elle, et pleurant en silence , remplissent cette lugubre enceinte de deuil et d'horreur. Dois -je interrompre ici mon récit funeste , ou dire une vérité que les siècles futurs ne pourront croire? .
Non , il n'y a que la religion seule qui puisse inspirer l'héroïsme avec lequel cette jeune princesse soutint ce dernier coup. Calme et décidée à s'immoler, elle s'avance, embrasse son époux et son père , les serre quelques momens dans ses bras , et leur adresse ensuite ces dernières paroles : « Les égaremens de 2. . 8
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« votre aveugle tendresse ne m'ont point « offensée : il m'est doux de vous voir atta- « cher un si grand prix à ma vie ; mais parce donnez , si , ne pouvant sauver la vôtre , je « me félicite d'avoir eu la force d'offrir au ciel « le sacrifice de deux têtes plus chères que la (( mienne ( en disant ces mots , elle les embrasse « une seconde fois) ; mais j'ai lieu de croire , « reprit-elle, que mon sang satisfera les lois, « et qu'il restera encore de la clémence pour « vous. Maintenant la mort n'a plus pour « moi d'amertume : elle l'a toute laissée dans « ces derniers embrassemens ; et tout ce qui « va suivre pour moi n'est plus que paix « et bonheur. Arrêtez donc des larmes inu- « tiles et déraisonnables, et ne cherchez pas à « me priver plus long-temps du repos qui « m'attend. »
Ensuite .se tournant vers ses bourreaux, elle leur dit avec un sourire plein de douceur et de tranquillité : « Dites à votre reine que je « lui rends grâces de ma mort. Je perds peu « de chose, en lui laissant le trône de l'An- « gleterre , puisque je reçois en échange une « félicité éternelle. C'est à sa vengeance que je a dois ce bonheur , et la mort était la seule
« vengeance qui fût en son pouvoir : frappez. » Rome même ne put refuser quelques larmes au tragique récit de sa mort funeste , et l'implacable Marie sentit enfin entrer dans son cœur une pitié tardive et inutile.
Hic pietatis honos ? Sic nos ia sceptra reponis ?
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