‹ Les nuits, suivies des Tombeaux et des Méditations d'Hervey, etcChapitre 10 sur 63 · D'UNE PARTIE DU LIVRE DE JOB · texte numérisé non relu

D'UNE PARTIE DU LIVRE DE JOB

Long-temps Job vécut sur le trône, environné du faste et de la pompe des'rois. L'Orient n'avait point vu de monarque plus riche et plus puissant ; et sa vertu jetait encore un plus grand éclat que sa fortune. A la fin le malheur eut son tour : les revers s'enchaînent aux revers , les pertes s'accumulent ; la mort frappe coup sur coup ; la guerre désole ses états ; tous les fléaux l'accablent à la fois ; la contagion s'étend sur tout son corps : le monarque n'est plus qu'un objet de dégoût et d'horreur , un homme souffrant et couvert de plaies : et pour comble de disgrâce, le mépris, l'injure et le reproche amer viennent encore aigrir ses douleurs. Quel mortel eût pu soutenir un si triste changement ? Il ne lui reste plus de maux à craindre : il les souffre tous. Écrasé sous leur poids , et livré au plus affreux désespoir , il se

traîne dans sa fange, arrose la poussière de ses larmes. , et se déchire le sein. Ses amis rangés autour de lui déplorent l'excès de son infortune, ressentent tous ses maux, et lui rendent soupirs pour soupirs. Dans les angoisses de leur cœur, ils déchirent leurs vétemens et passent sept jours entiers dans le morne silence de la douleur. Job le rompit enfin; ne pouvant plus se contenir, il maudit sa destinée, il maudit le jour de sa naissance, ce jour désastreux qui eût du rester enseveli dans les ombres d'une nuit éternelle , ou être à jamais rayé du nombre des jours de l'année. Il invoque la mort, et lui demande à grands cris le tombeau , cette demeure de paix , cet asile heureux , où les mortels trouvent, le repos , où l'on n'entend plus de conseils importuns, où les rois cessent enfin d'être malheureux.

Cet emportement déplut à ses amis; ils blâment ses vœux imprudens ; il veut se justifier ; la dispute s'engage et s'échauffe ; et daiis le combat de leurs opinions opposées, ils en étaient venus à agiter des questions qui touchaient aux bornes de l'esprit humain. Enfin ils avaient fait un moment de silence.

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lorsque le ciel intervint dans leurs débats et termina leurs querelles. Au-dessus de leurs têtes s'élève un noir tourbillon, qui tout-àcoup obscurcit les cieux. Ils le voient et tremblent : aussitôt sort du fond du nuage une voix formidable. C'est la voix du Tout-Puissant.

a Quel est , dit-il , celui qui , donnant carce rière à sa langue téméraire , ose blâmer ma a conduite , élever contre moi ses pensées du « sein de la poussière, et qui prétend dicter <c des leçons de justice au Créateur de l'uni- « vers ? Toi qui tout-à-l'beure montrais tant « d'audace, ose maintenant m' envisager d'un « œil intrépide , soutenir mes questions et me « répondre.

ce Où étais-tu, le jour que l'univers naquit? <c Tes yeux ont -ils vu la main qui posa les c( fondemens de la terre , étendit les lignes de « sa surface , arrondit son globe , détermina « sa grosseur , et lui donna l'air pour base ? ce As -tu parcouru tous ses royaumes; et le ce cercle de tes connaissances embrasse-t-il sa ce circonférence? Quelle main a pesé la monc< tagne qui lève son front superbe au-dessus ce des plaines qu'elle ombrage?

ce Connais-tu celui qui étendit son sceptre

(c sur les mers , et mit un frein à leur fureur? « C'est moi qui ai ouvert le globe , qui ai « creusé dans ses entrailles un réservoir pour « les eaux. Ma voixles enchaîna dans leur lit : les « flots soulevés et bouillonnans sous le souffle « des tempêtes ont entendu mes ordres. Mer , « tu t'avanceras jusqu'ici : ici, tes flots s'arrétt teront.

« Es-tu descendu dans ces profondeurs de « l'océan , où j'ai caché des trésors à jamais « inaccessibles à la main des mortels ? Dans « quel abîme éloigné des rayons du jour jaillit « la grande source d'où coule Tocéan? Tes « pieds ont-ils marché dans ses sombres re- « traites , tandis que la masse des eaux roulait « sur ta tête? .r

« La terre obéissante a-t-elle ouvert son sein « pour te recevoir? As-tu vu les retraites ca- « chées de la mort, traversé les sombres ave- « nues de son palais et heurté à sa porte « redoutable? La nuit de son empire est a profonde ; mais la nuit où j'enferme mes (.< desseins est encore plus impénétrable à la « vue des faibles mortels. Si tu as assisté à la « création de l'univers , si tu l'as vu sortir du « néant et se former sous tes yeux , tu dois

« savoir où est placé le palais brillant de la rr lumière, en quels lieux Tobscurité fixa son « séjour.

« Quel est Fartisan des vapeurs? Quelle est a la source d'où descendent les perles de la ce rosée ? Quelle main arrête pendant la nuit « le cours des fleuves , et blanchit la terre de « frimas au lever de l'aurore ?• Quel souffle (c puissant , sortant des régions du nord , tou- « che les mers et durcit leurs ondes immobi- « les, étend un voile de glace sur la face des ce royaumes et les change en déserts?

<c Tu ne connais pas ton Dieu ; et ta faible ce vue ne peut mesurer la distance qui le sécc pare de toi. Peux-tu monter sur les tourbilcc Ions , et cacher ton front dans l'épaisseur ce des nuages ? Peux-tu , au midi du jour , ce plonger , en étendant ta main , l'univers dans ce la nuit ?

ce Quel est celui qui lance les nuages dans ee l'air et roule d'un pôle à l'autre des mers ce suspendues, qui rafraîchit les plaines alté- « rées, et éteint les ardeurs de l'été dans un ce déluge de pluie, qui, dans les sauvages déce serts, loin des travaux des hommes, féconde « les rochers arides, et fait fleurir la rose so-

« litaire, sans autre témoin de ses appas que ce l'œil du jour ?

« Est-ce toi qui arrêtes les torrens de la « pluie et fermes les réservoirs de l'atmosphère ce épuisée, lorsque la terre ne voit plus ses veines ce entr'ouvertes par la sécheresse, ses montace gnes dépouillées, ses plaines desséchées et (c noircies; mais que, reprenant une vie nouce velle , elle offre à l'œil une perspective variée ce de rivières brillantes , de plaines verdoyantes , ce de forets couvertes de feuilles, de champs ce émaillés de fleurs , et que l'air est embaumé ce des plus doux parfums?

ce Es-tu jamais monté dans les magasins du ce nord, où je forme la grêle et les neiges, et ce tous ces trésors amassés par ma colère pour ce le jour de ma vengeance , où les nues verce sent les -orages et le trépas sur une terre ce coupable ? Quel est celui qui donne aux vents ce leurs ailes vigoureuses et ce souffle impé-* ce tueux dont la terre est ébranlée? Qui peut ce verser un déluge d'eaux du sein des cieux , ce effrayer la nature des sons majestueux du tonce nerre , lancer la foudre étincelante , lui marce quer les lieux où elle doit tomber , et accom- « pagner sa chute des feux du rapide éclair ?

« Ce n'est pas celui qui tremble à la vue de sa « flèche enflammée , tombe de frayeur au bruit , a et expire dans son éclair.

a Qui forma la masse étonnante de la co- « mète et déposa sur l'azur des cieux sa queue « flamboyante ? Est-ce toi qui l'as suspendue « dans ta colère : est-ce de toi qu'elle parle aux « nations ; et son éclat menaçant présage-t-il ta « vengeance?

« Est-il sur la terre, celui dont la main tient « les rênes qui guident les pas des astres dans « les plaines de Téther, règle leurs révolutions, « dirige leur course, entretient leur éclat et « leur force ? Peux-tu arrêter l'influence des « Pléiades, ou lorsqu'Orion étincelle du haut « de sa sphère , ranimer l'univers engourdi , « et dénouer les liens de glace qui enchaînent « l'année ? Qui enseigne à Masaroth à recon- « naître son poste , et à Arcture en quels lieux « il doit briller ? La nuit et toutes ses étoiles « sont à moi : j'en sème des milliers dans les « cieux, et j'en garde d'autres milliers en ré- « serve.

« Est-ce toi qui décides en quels lieux le « jo^ur doit naître , qui ouvres les rideaux de « pourpre de l'aurore , qui éveilles le soleil ,

« lui ordonnes de se lever et d'aller éclairer « le monde? Est-ce toi qui l'as placé triom- « phant sur un char de feu , et l'envoies parce courir sa vaste carrière? Est-ce toi qui lances <c les torreus de sa luinière assez loin pour que « la terre éloignée nage dans ses rayons ?

« Ton bras peut-il se mesurer contre le « bras de Dieu? Ta voix a-t-elle comme la « mienne la force du tonnerre? Peux-tu ence fermer dans ta main la masse des eaux de « l'océan , lorsque la tempête soulève tous ses « flots , et les lance furieux jusqu'au sein des « nuages.

« Parais dans toute ta grandeur; rassemble « toutes tes forces, déploie toute ta puissance^ (c et d'un regard irrité ébranle les f on démens « de Tunivers. Envoie ta vengeance; dis-lui « d'abaisser le vice triomphant ; de renverser ce les tyrans de leur trône dans la poussière: ce quand tu auras fait ces preuves , alors j'ace vouerai que ta sûreté dépend de toi seul ; ce que ton être t'appartient , et que tu peux te ce reposer sur ta force.

ce Homme insensé 1 fantôme d'un moment , ce plus vain que l'ombre d'un songe ; quels « mondes as-tu créés ; quelles créatures as-tu

a formées; quels insectes as-tu nourris, pour « oser blâmer ton Dieu ? Quand les jeunes « corbeaux, pressés par la faim, demandent a leur pâture , quel est celui qui entend leurs « cris importuns , exauce leur prière et apaise « leurs clameurs?

« Qui est-ce qui a pu étouffer dans le cœur « de l'autruche la iendresse 5t l'inquiétude « maternelle? Elle fuit; elle laisse ses œufs « dispersés sur le sable , abandonnés à la merci « du sort; il reçoivent la vie de l'influence des « cieux; le soleil les adopte, les féconde, et « les fait éclore à la chaleur de ses rayons. La ce mère insensible oublie que le pied du voya- « geur peut écraser sa jeune famille , pendant « qu'elle vole le long de la plaine, et qu'elle (c devance la course du cavalier ?

« Tes mains ont-.elle tissu la parure dont s' ence orgueillit le paon superbe ? Quelle richesse c( dans les nuances que réfléchissent les ondes (c changeantes de son plumage , lorsqu'il étale (c toutes ses couleurs aux rayons du soleil, « lorsque, plein de lui-ijiéme et fier de sa ce beauté , il déploie l'éventail de sa queue « dorée, et s'avance à pas lents environné de « sa gloire !

« Quel maître enseigne à l'hirondelle prête voyante à distinguer la différence des saisons , « et à trouver un été continuel en changeant a de ciel? Dès que les nuages viennent attrister « l'année , elle monte sur les vents , vole à tire « d'aile vers le midi , et ne craint plus l'orage « qu'elle laisse derrière elle. Au retour du prince temps elle revient jouir de sa douceur, et « suivant en liberté la marche du soleil, elle . « laisse l'homme emprisonné dans son climat, K subir, sans pouvoir échapper, l'inclémence a des saisons et la rigueur des hivers.

« Mais elle ne fait que ramper dans •les « cieux, bien au-dessous de l'espace où plane « Faigle superbe. Dans son vol infatigable, « cette reine des airs se dérobe à la vue des « mortels , et semble chercher l'astre du jour, a Est-ce toi qui étends et soutiens à cette hau- « teur le volume de ses vastes ailes ? Est-ce « par ton ordre qu'elle vient se reposer sur la « pointe des rochers inaccessibles ? Là seule et « dominant sur l'étendue des plaines , ses yeux « percent les espaces de l'air , et marquent d'un « regard sa proie rampante sur la terre. Elle a nourrit de sang ses jeunes aiglons , et s'élea vant au-dessus des armées rangées en ba-

« taille, elle se réjouit à la vue du riche festin « qu'elles lui préparent.

(c As-tu réglé quel nombre de mois la chèvre « des montagnes et la biche des forets doivent <( porter leur fardeau maternel ? Courbées « dans les douleurs , elles le déposent sur la (c terre. Leurs enfans, exempts des misères « humaines , marchent sans appui dès leur « naissance, et savent se nourrir sans se- « cours étranger. Dès qu'ils sont nés , ils vi- « vent, ils abandonnent le sein de leur mère; « sans autre guide que la nature, ils errent « en liberté dans nos champs , bondissent sur « le gazon , s'enfoncent dans les forets, et vont <c d'eux-mêmes chercher un abri délicieux « sous la fraîcheur de leur ombrage.

« Le bœuf sauvage , qui ne connaît de maître « que moi , va-t-il mugir dans tes étables et te « demander sa subsistance, soumettre au joug « sa tête indocile , briser la terre endurcie de a ton champ, et fumant de travaux et de <( sueur , tracer tes pénibles sillons ? Sa force <c te serait d'un grand secours ; ose donc l'a- « border sans crainte , et l'assujettir à tes be- « soins : ose le charger des travaux de l'année, « lui ordonner d'apporter tes moissons dans

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a tes greniers , et de décharger à ta porte les « trésors de l'automne.

(c As-tu dispensé le zèbre de la loi du travail? « As -tu brisé ses liens pour l'envoyer libre « errer au milieu des déserts , et s'égarer lui- « même dans l'immense étendue de ses do- « maines? C'est la main de la nature qui le (c nourrit avec magnificence , et fait croître sa « nourriture sur la pente des montagnes. Il « bondit sur leurs précipices , et paraît voler « dans l'air : il voit les villes fumer dans l'éloi- « gnement : fier du sentiment de sa liberté, il ce dédaigne l'attelage malheureux qui tremble « sous la main menaçante de l'homme, et obéit c( en esclave à des rênes fragiles. -

« Vois le cheval guerrier. As-tu tendu ses « muscles, ses flancs robustes? Son âme in- « domptable ne connaît point la crainte. Vois i( le feu jaillir de ses narines fumantes. Il se « plaît à frapper la terre de son pied superbe , « et se réjouit de sa force. La tête levée , il ap- <c pelle par ses hennissemens les combats éloi- « gnés , et brûle de se précipiter au milieu du « carnage. Il se rit du trépas , couvre son mors « d'écume, et dans ses transports furieux il « enfonce la terre. Comme son cœur s'enfle

« et s'agite à la vue de l'épée étincelante; « comme il s'avance fièrement sur la pointe a des lances , tandis que ses yeux se fixent sur ce l'éclat du bouclier, et réfléchissent ses éclairs! a Par un orgueil généreux , il étouffe le sentice ment de sa douleur , et se rend sensible au « trait qui tremble dans ses flancs. Il répond « par ses hennissemens aux sons éclatans de « la trompette, jusqu'à ce qu'il tombe épuisé a de blessures, et son dernier soupir est le a seul qu'il ait poussé.

(( Vois la démarche encore plus fière du roi « des animaux, lorsqu'il s'avance à pas lents « dans sa majesté terrible. A son aspect , tout « ce qui respire , fuit : sa présence dépeuple « les forets. Homme, est-ce à ta voix qu'il « s'éveille, est-ce à toi que s'adressent ses ruée gissemens? Prend- il sa nourriture dans tes « mains ? Est-ce pour lui que tu bandes l'arc ; a et lui jettes- tu sa proie aux bords de sa som- « bre tanière ? Couché dans sa profondeur , au « milieu de ses jeunes lionceaux , il respire le « sang et attend l'occasion de détruire : ou bien , « étendu sur des membres à demi dévorés , il « passe le jour dans les ténèbres de son antre , « et sommeille sur les débris de ses victimes.

DU LIVRE DE JOB. I îï^

<( Mais dès que la lune blanchit les airs de sa « pâle lumière , le père et les enfans commenta cent leur ronde terrible, battent leurs flancs « de leur queue recourbée, et déchirent avec ce fureur le sein de la terre. Bientôt la forêt re- « ten tit des cris et des gémissemens des mourans, « Ils égorgent , ils déchirent. Quand leur faim « est assouvie, ils regagnent leur caverne, et « le sang mêlé d'écume qui découle de leurs a dents meurtrières marque la route de leur « passage. Le berger fuit épouvanté, et frissonne « en rencontrant les traces de leurs pieds em- « preintes dans la poussière.

« Ne crains point le cheval que je fais vivre « au milieu des eaux. Sa grandeur extraordi- « naire pourrait t'effrayer : mais son caractère « est paisible et plein de douceur. Il ne fait « sentir sa force et sa colère que pour repous- « ser l'agresseur et venger son injure. Ce « noble enfant des fleuves lève ses larges « pieds et les pose sur le rivage pour aller se « mêler et paître avec la foule des animaux. « La terre tremble et s'enfonce sous ses pas. ce Vois quelle force unit et bande ses muscles, ce Le fer ne peut l'entamer, et toutes les ave- <c nues de sa vie sont fermées aux blessures ;

1 3o PARAPHRASE

« sa queue en se dressant paraît un cèdre des « montagnes , et ses robustes ressorts ne se a relâchent jamais. Vaste édifice de chair , ses (c ossemens sohdes et ses larges côtes sont « aussi durs que le bronze et l'acier. Sa dé- « marche pleine de majesté , et sa bouche « armée de défenses lui assurent Tempire des « montagnes et des bois. Les montagnes le « nourissent. A la première vue de ce puis- « sant étranger, les animaux sont saisis d'ad- « miration et d'effroi. Sa douceur les rassure ; « ils osent s'approcher ; bannissant enfin toute ce crainte, ils paissent avec respect à l'abri de « son ombre, et obéissent au signal de ses « yeux. Les marais sont la retraite où il va « chercher le frais dans la chaleur du jour. (( Leurs joncs épais forment sa couche, et les a saules le couvrent de leur ombrage. Quand « la soif brûlante le conduit au bord du Tourte dain , le torrent détourné coule dans ses « entrailles ; il n'en reste plus qu'un faible (c ruisseau dont les ondes serpentent le long « de la plaine.

« Ya sur les bords du Nil et de ses rives « fécondes , jette ta ligne au milieu de ses flots ; a suspends à ton hameçon le puissant croco-

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« dile, et étends sur le sable sa longue masse : « deviendra - 1 - il ton esclave ? T'avouera - 1 - il « pour son maître , et tremblera-t-il à ta me- « nace? Amusera-t-il tes loisirs de ses jeux; et a retenu par des lesses de- soie , bondira-t-il « autour de ses jeunes enfans? Fera-t-il Torne- <c ment de tes tables somptueuses , et la coupe « remplie d'un jus enivrant tournera-t-elle au- « tour de sa grosseur ? Les marchands se parte tageront-ils cette riche proie , et porteront-ils « dans différens marchés ses membres divisés ? « Quel acier peut pénétrer ses dures écailles , et « triompher de sa résistance? Fuis, si tu aimes « la vie; n'irrite pas sa force indomptable : le a plus brave se change en lâche en sa présence : « le plus téméraire n'ose l'éveiller quand il sonicc meille : quel est donc le mortel qui osera se « révolter contre moi ?

ce Mais s'il se lève dans sa force, s'il déploie « sur les eaux sa longueur immense, quel est « le guerrier intrépide qui l'a jamais dépouillé « de son armure brillante, qui a jamais orné « ses trophées d'une seule de ses écailles? Quel t( mortel oserait en approcher? Vois ses larges « mâchoires ouvrir un abîme , et montrer deux « armées de dents aiguisées par la mort : quelle

« double rangée de glaives tranchans ! Quel « gouffre ouvert au milieu d'elles ! Mesure « avec ta lance la longueur des uns, avec ta « sonde la profondeur de l'autre.

a Lorsqu'il respire , des tourbillons de fu- « mée sortent comme d'une fournaise de ses « vastes naseaux; et s'il est irrité, la mort « roule en torrens de feu de sa gueule enflam- « mée. La fureur des tempêtes et les mugisse- « mens des flots,' qui te remplissent d'épou- « vante , sont un charme pour son oreille : son « large dos est le trône de la force; ses mem- « bres et ses muscles ne peuvent être désunis « par aucune force humaine : ses nerfs sont « des ressorts d'acier; son cœur est dur comme « le diamant.

« Quand à son réveil il s'élève au dessus des « flots , et que se dressant dans sa longueur, sa « tête semble toucher aux nues, ses écailles, « frappées des rayons du soleil, réfléchissent « sur les collines une lumière fugitive. La ter- « reur se répand au loin , et les mortels cons- « ternes ne rougissent point d'avouer leur « frayeur.

<c En vain la mort l'attaque sous toutes les « formes : son poitrail nu brave la flèche ai-

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c( lée, et le tranchant du glaive : la flèche rejaillit; « le glaive vole en éclats. Au milieu de la grêle « de traits qui pleuvent sur lui , environné de « sa force et renfermé en lui-même, il entend « sans s'alarmer le vain bruit des. coups qui « retentissent sur lui : le sable est jonché de « flèches brisées : tranquille, il se rit des efforts « et des fureurs des hommes qui s'agitent et se « tourmentent vainement autour de sa masse « impénétrable.

« Quand il se joue sur les mers, les flots « bouillonnent; le limon s'élève du fond des « sables et noircit la face des eaux : les vagues « affaissées sentent son passage : les traces d'é- « cume blanchissent le vert transparent de « l'onde ; et les matelots se montrent de loin '< les lieux où la mort a passé. u:a imiA

(c La terre ne porte point d'animal seiùa blable à lui : son espèce est la seule dans la « nature dont le cœur indomptable ne con- « naisse point le sentiment de la crainte. Dans « sa fureur , il roule ses yeux farouches , glace « d'effroi les cœurs les plus intrépides , et règne « sur eux. ;

« Est-ce toi qui as enrichi l'âme de ses fart cultes merveilleuses, qui as allumé dans le

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<c sein de l'homme le flambeau de la raison , et « qui le fais briller de son plus grand éclat , <c lorsque le soleil et les astres sont plongés « dans la nuit ?

« Est-ce moi qui donne les biens ou qui les « reçois d'un autre ? As-tu jamais entendu « quelqu'un se vanter d'avoir été mon bienfai- (c teur? Les vallées fécondes sont chargées de « mes fruits : tons les troupeaux qui paissent « sur les coteaux sont à moi : les mers, la terre « et l'air m'appartiennent. Les étoiles et le soleil « sont la poussière que j'ai semée au-dessous « de mon trône ; et tu voudrais te mesurer avec « le Créateur de l'univers , toi que le regard a d'une de mes créatures fait trembler! Réponds a à ces questions. »

Ainsi parla le Tout-Puissant, et les cieux s'ébranlèrent au son de sa voix.

Job saisi d'effroi n'osait lever les yeux ; convaincu, il sentait sa faute, et d'un cœur résigné : ce Grand Dieu , dit-il , rien n'est imposte sible à ta volonté souveraine. Mon cœur est « nu devant tes regards, et tu lis toutes mes a pensées : mais tes desseins et tes décrets « merveilleux passent la portée de la faible « vue des mortels. J'avais souvent ouï parler

« de ta puissance; mais je ne t'avais jamais vu « jusqu'à cette heure où ta présence m'a rem- « pli de terreur. Couvert de honte , je vois le a maître de ma vie, je me hais moi-même, et (c je t'abandonne mon âme. Pardonne à ma « langue téméraire : elle n'aura jamais tant « d'audace, et ma faiblesse ne tentera plus ta a colère. Je condamne ma voix à un silence « éternel, et le front dans la poussière, j'im- « plore ta clémence. L'homme n'est pas fait « pour t'interroger, mais pour t'adorer et se « taire. »

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