‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 2)Chapitre 22 sur 81 · SITUATION POLITIQUE ET REUIGIEUSE A L ARRIVEE DES OBLATS · texte numérisé non relu

SITUATION POLITIQUE ET REUIGIEUSE A L ARRIVEE DES OBLATS

pelleteries. A ces deux époques de l'année, ils dressaient leurs tentes autour des forts de la Compagnie.

On eût dit, alors, un village bruyant, dont le comptoir était le centre. C'étaient des cris d'étonnement à la vue des merveilles entassées dans les magasins ; puis, des conversations interminables, des pantomimes les plus expressives, povu' se raconter mutuellement les moindres détails de leurs courses sous bois. La joie de se revoir, après des mois de séparation, se traduisait par des exclamations retentissantes, des chants, des danses et des jeux variés.

Mais ces beaux jours duraient peu. Bientôt la nécessité de se procurer, par la chasse ou la pêche, la nourriture indispensable, les contraignait à rej^lier leurs tentes. Ils partaient par petits groupes, ou par familles, dans toutes les directions, sans but précis, au hasard des circonstances : vie d'aventures, la seule qui leur convînt, et qui leur plût.

En résumé, dans cet immense Nord-Ouest Américain, dix fois vaste comme la France, il n'y avait, alors, ni villes, ni \'illages, ni bourgades, ni hameaux, mais seulement des peuplades errantes et des postes de trafiquants en fourrures, disséminés, dans des espaces énormes, à des centaines de kilomètres, les uns des avitres.

Aussi les Anglais l'avaient-ils surnommé the great loue Land, la grande terre de solitude !...

Plus au nord étaient les Barren Grounds, ou steppes d'une désolante aridité !

§ 2 Mgr Provencher.

Ni la Compagnie de la Baie d'Hudson, ni sa rivale, celle du Nord- Ouest, ne se préoccupèrent, si peu que ce fût, de l'évangélisation, ou de la civilisation de ces sauvages qui, par leur travail, leur assuraient des bénéfices si considérables. Elles n'étaient. Tune et l'autre, que des entreprises commerciales, envisageant les choses exclusivement au point de vue mercantile.

Pendant presque toute la première moitié du xix^ siècle, ces immenses territoires du Nord-Ouest appartinrent au diocèse de Québec, le seul qui, pendant longtemps, exista pour l'ensemble du Canada, En 1818, Mgr Plessis, évêque de Québec, en fit un district spécial, et y envoya l'abbé Provencher, avec les pouvoirs de vicaire général, mais ne lui donnant, pour tout clergé, qu'un prêtre et un jeune séminariste.

Deux ans phis tard, le 16 février 1820, l'abbé Provencher fut promu

à la dignité épiscopale, avec le titre d'évêque de Juliopolis, in parlihiis, mais, néanmoins, n'administra encore le district du Nord-Ouest que comme auxiliaire de l'évêque de Québec.

Canadien français, Mgr Provencher se mit à l'œuvre avec courage. 11 installa sa résidence non loin du fort Garry, un peu au sud du lac Winnipeg, au confluent de l'Assiniboine et de la rivière Rouge (1). Son but était de bâtir, là. une église, ime école et une maison pour les Missionnaires.

De ce point, il poussa ses exem-sions apostoliques jusqu'à des distances de cinq à six cents kilomètres ; mais le manque de collaborateurs et de ressources ne lui permit point de réaliser de plus \-astes desseins.

Durant plus d'un quart de siècle, de 1818 à 1844, époque à laquelle le Nord-Ouest fut érigé en vicariat apostolique indépendant de Québec, dix prêtres seulement vinrent successivement aider le pieux prélat. La plupart ne demeurèrent que de cinq à six ans dans ces contrées inhospitalières. Jusqu'en 1837, ils n'y furent jamais plus de trois simultanément, et l'arrivée de l'un semblait toujours le signal du départ d'un autre (2).

Après vingt-six ans de recherches et de démarches réitérées, Mgr Provencher, n'avait, en 1844, que quatre collaborateurs, chiffre notoirement insuffisant pour un champ d'action d'une telle étendue.

La seule résidence fondée près du fort Garry, fut mise sous le patronage de Saint-Bonifacc, et dotée d'une modeste église, moitié en pierre, moitié en bois.

Deux autres stations temporaires, établies sur les bords de l'Assiniboine, voyaient, de temps en temps, un Missionnaire : l'une était celle de Saint-François-Xavier, à trente kilomètres à l'ouest de Saint- Boniface ; l'autre, celle de la Baie Saint-Paul, à une vingtaine de kilomètres plus loin.

Les conversions avaient eu lieu presque uniquement parmi les Métis français. C'étaient les descendants des anciens Canadiens venus dans ces régions, dejiuis cent ou cent cinquante ans, comme agents ou employés de la Compagnie du Nord-Ouest, ou de celles qui l'avaient précédée, et qui s'y marièrent à des sauvagesses.

En l'absence de tout prêtre catholique, privés d'église et d'autels,

(1) Cette rivière est :iiiisi nommée, non à cause de la couleur de ses eaux (jui sont plutôt d'un blanc jaunâtre, connue lindique le mot \Vinni|)e<;, qui, en langue sauvage, signifie eau bourbeuse, mais parce qu'elles furent souvent rougies, à la suite des combats sanglants entre les Sauteux et les Sioux. leurs ennemis.

(2) Cf. G. Uugas, l'ii' de Mgr Provencher. in-12. Montréal, 1880, p. 153, 204, 205, 2.35, 251 sq,. 207.

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ces Canadiens négligèrent complètement les pratiques de la religion, mais gardèrent la foi, et, avant de mourir, dirent souvent à leurs fils:

— Un joiu", les hommes de la prière viendront vous apprendre ce qu'il faut faire pour servir Dieu, comme il veut être servi, et mériter le ciel. Vous les distinguerez à ces deux signes : ils seront revêtus d'une robe noire, et n'auront pas de femmes.

A ces marques, les Métis, dont beaucoup n'avaient même pas reçu le baptême, reconnurent, dans les prêtres catholiques, les envoyés célestes, dont leurs pères leur avaient parlé, et ils se montrèrent dociles à leur enseignement...

Dans le bassin de la rivière Rouge, habitaient des sauvages que les premiers explorateurs français appelèrent Sauteux, parce qu'ils les rencontrèrent sm- toute la côte septentrionale du lac Supérieur, à partir du Sault-Sainte-Maric, qui le fait communiquer avec le lac Huron. Les compagnons de Mgr Provencher essayèrent de les convertir et de les initier à l'agriculture. Tous les efforts de leur zèle se brisèrent contre l'obstination de ces infidèles, constamment rebelles aux inspirations de la grâce.

Quant aux autres sauvages : Cris de la vallée de la Saskatchewan ; Pieds-Noirs errant un peu plus au sud et jusqu'aux Montagnes Rocheuses ; Esclaves, près des lacs du même nom ; Loucheux, Peaux-de-Lièvres, Mangeurs de Caribous, Couteaux- Jaunes, Castors. Plats-côtés-de-chien, Sarcis, Esquimaux, des régions avoisinant la mer Glaciale, aucun n'avait entendu encore les Missionnaires.

L'impuissance absolue de faire du bien à tant de peuplades, plongées dans les plus épaisses ténèbres, désolait IMgr Provencher. Il souffrait surtout, en constatant que les prêtres, venus à son aide, le quittaient pour la plupart, après un court séjour sous ce rude climat.

En présence de ces vides qu'il ne réussissait pas à combler, il disait tristement, alors que les infirmités commençaient à l'abattre lui-même, après un quart de siècle d'apostolat :

— Je ressemble à un vieux chêne, demeuré seul debout, au milieu d'une plaine, où l'orage emporte successivement tous les arbres plus jeunes et incapables de résister à sa violence.

Où trouverait-il des ouvriers évangéliques, maintenant surtout que, le vicariat apostolique du Nord-Ouest étant détaché du diocèse de Québec, l'évêque de cette ville n'aurait plus la même obligation de se priver de quelques-uns de ses prêtres, en faveur de ces missions, dont il était, désormais, déchargé devant l'Église et devant Dieu !

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