L'ILE-A-LA-CROSSE
affronter les intempéries des saisons pour venir adorer, dans la maison de la prière, remercier et aimer le Dieu méconnu trop longtemps.
Jusqu'à cette époque, ses consolations seront surtout celles qui sont inhérentes au sacrifice.
— -Oui, disait-il. dans une lettre du 23 juillet 1847, la vie du Missionnaire est sans doute bien pénible ; mais l'exercice du saint Ministère, auprès de ces pauvres âmes, procure des jouissances qu'on ne trouve pas ailleurs. Un de mes désirs les plus ardents a toujours été de faire du bien à mes semblables... Cet heureux penchant, où mieux s'y adonner qu'ici ?
Témoins de leur héroïsme, les protestants eux-mêmes ne leur ménagèrent pas les éloges :
— M. Taché et son compagnon, relate sir John Richardson dans son Journal de voyage, à la date du 25 juin 1848, sont des hommes intelligents, instruits et très dévoués à l'éducation religieuse des Indiens, dont ils ont réussi, à un haut degré, à gagner la confiance, et qu'ils ont su grouper en nombre considérable autour d'eux (1).
Protestant, lui aussi, le chef du poste de l'Ile-à-la-Crosse professait pour les Missionnaires une estime et même une vénération qui ne se démentirent jamais. Souvent il se demandait comment des hommes aussi cultivés, et qui auraient pu recueillir tant de succès dans les milieux les plus exigeants du monde civilisé, consacraient leur jeunesse à l'évangélisation de sauvages aussi repoussants.
— Les évêques ou le Pape doivent vous payer bien cher, pour que vous consentiez à faire un pareil travail, leur dit-il, un jour.
— Moi, répondit M. Laflèche, en riant, j'ai juste cinquante piastres (deux cent cinquante francs) par an, pour me défrayer. Quant au P. Taché, il ne touche absolument aucune rémunération.
— Dans ce cas, répartit, très étonné, l'officier, je préférerais être le P. Taché. Cinquante piastres, c'est dérisoire pour tant de dévouement. Lui, du moins, gardera tout le mérite.
Au mois de juin 1849, M. Laflèche, dont les infirmités prenaient, chaque jour, un caractère plus inquiétant, quitta définitivement l'ileà-la-Crosse.
Dès lors, cette mission, comme les autres du Nord-Ouest, resta exclusivement confiée aux Oblats.
(1) Sir .John Richardson, Artic Searchhig Expédition, 2 in-S", Londres, 1851 t. I, p. 104,
Montagnaises occupées, sur la neige, à racler des peaux d'orignal. (Tannage sommaire.)