‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 2)Chapitre 31 sur 81 · ATHABASKA. MISSION DE LA NATIVITÉ · texte numérisé non relu

ATHABASKA. MISSION DE LA NATIVITÉ

basses et marécageuses. Les nombreuses et puissantes rivières qui s'y déversent de ee côté, forment, par l'union de leurs bras, plusieurs deltas immenses : bourbiers mouvants. îlots vaseux, où ne croissent que des joncs de diverses espèces, des saules et des roseaux.

Aux endroits d'où l'eau se retire après les grandes crues, on trouve de longues dunes et des plaines sablonneuses, parsemées de graviers et de galets arrondis, tandis que, dans la partie orientale, surgissent une multitude d'îles, à base graniticjue, couronnées de sapins et de cyprès. On dirait, de loin, une flotte voguant, toutes voiles dehors. De là, le nom d'Athabaska, qui, en langue crise, signiiic « réseau d'herbes ». Une autre tribu l'appelle, pour la même raison, Khray-félé-Khé « plancher des saules ».

Après quatorze jours de marche ou de navigation en canot d'écorce, le P. Taché y arriva, le 2 septembre 1847. Nul prêtre catholique ne l'avait encore visité.

Montagnais et Cris du voisinage, déjà au courant de ses labeurs à rile-à-la-Crosse, l'accueillirent avec allégresse.

— Depuis longtemps nous désirions contempler ton visage, lui dirent-ils. Prends-nous en pitié, et enseigne-nous, à nous aussi, à devenir bons.

Malgré leur ignorance et leur dépravation, comprenant que la présence du prêtre était vin gage de bonheur, ils se pressèrent autour de lui. pour ne perdre aucune de ses paroles.

Le jour ne suffisant pas à satisfaire leur pieuse curiosité, le Père consacrait une partie des nuits à les instruire, et ne se séparait d'eux qu'à onze heures du soir.

Consolantes dispositions, d'autant plus surprenantes que les Montagnais d'Athabaska ne méritaient pas la réputation de douceur de leurs congénères de l'Ile-à-la-Crosse. Chaque année, ils causaient de sérieuses inquiétudes aux employés de la Compagnie de la baie d'Hudson. Plus d'une fois, ceux-ci ne durent leur salut qu'à la solidité des palissades de leurs forts.

— N'allez pas au lac Athabaska, avait-on dit au P. Taché. En \ain, vous tenteriez de gagner ces forcenés à l'Évangile, et votre vie ne serait pas en sûreté.

Sans se préoccuper du danger, le jeune apôtre, songeant à la parole du divin Maître : (( Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups », était parti sans autre arme que sa croix d'Oblat. Une fois de plus, se réalisa, par son ministère, l'oracle du prophète : Habitabit lupus cmn agno; vitulus et leo et ovis sîmul morabuntur, et puer parvulus minabit eos ! (Is., XI, 6).

Obligé de les quitter, après quatre semaines, il ne les laissa qu'avec la ferme résolution de retourner au plus tôt.

Il revint, le 20 septembre 1848, et séjourna jusqu'au 2 janvier, heureux de constater leur persévérance dans les mêmes sentiments. Mais ce ne fut pas sans de dures souffrances, qu'il regagna l'Ile-à-la- Crosse, en cette saison. Pendant plus de quinze nuits consécutives, il dut coucher en plein air, par des froids de quarante et même de cinquante degrés au-dessous de zéro, car, cette année, l'hiver fut extrêmement rigoureux.

■ — Température à rafraîchir le teint ! écrivait-il plaisamment à sa mère. Ne vous effrayez pas trop, cependant : je parcours le monde septentrional, souvent un peu fatigué, quelquefois glacé, mais toujours de joyeuse humeur. Puis, quelle ineffable félicité de sauver des âmes ! Je goûte déjà ce centuple promis à ceux qui, répondant à la voix du Maître, abandonnent tout pour le servir.

§ 2 Lf P. "Faraud, futur vicaire apostolique de l'Athabaska-Mack^nzie.

Comment ne pas fonder une mission permanente parmi des sauvages si avides d'instruction religieuse ? On y pensait, mais à qui incomberait cette charge difficile, si loin de tout pays civilisé ?

— A Saint-Boniface, il y a, disait M. Laflèche, un homme d'un courage et d'un zèle à toute épreuve, et, cet homme, c'est le P. Faraud.

Originaire du diocèse d'A\'ignon, neveu germain d'une religieuse guillotinée pendant la Révolution française pour avoir été fidèle à Dieu, le P. Faraud était, depuis trois ans. à Winnipeg.Il accompagna le P. Aubert à Wabasimong, puis porta les secours spirituels aux nombreux chasseurs de bisons, dans les immenses prairies de l'ouest. Joignant à une piété éclairée et à un dévouement inlassable des manières aimables et un excellent cœur, il a\'ait \dte conquis la sympathie universelle.

Quand on lui proposa de fonder la mission d'Athabaska, il accepta avec cette générosité vaillante qu'inspirent la soif des âmes et une complète abnégation de soi-même.

Dieu se plaît, parfois, à broyer, sous les coups de la tribulation, ceux dont il veut faire les instruments de ses miséricordes. Peu de jours avant de se mettre en route, le P. Faraud a])prit la mort de sa mère tendrement aimée. Il courba la tête sous le poids de l'épreiue, et partit, ayant retrempé ses forces dans l'amertume du sacrifice.

Pendant toute la première année, il resta seul à Athabaska ; mais

ATHABASKA. IMISSIOX DE LA NATIVITE

il poursuivit activement ^œu^'rc de la conversion des sauvages, et poussa, en même temps, avec ardeur les travaux de construction.

Doué de toutes les qualités requises, pour conduire à bonne fin cette double entreprise ; aussi habile à manier la hache et le rabot qu'à pénétrer les arcanes du langage des Chipeweyans, il fut simultanément apôtre et architecte.

Pour des sauvages errant des mois entiers dans la forêt sans limites, l'enseignement oral ne suffisant pas, il voulut leur procurer un supplé-

Famille sauvage.

ment par un \ olume qu'ils emporteraient avec eux, au cours de leurs pérégrinations. Dans ce but. il leur apprit à lire et à écrire, après avoir inventé, lui-même, des signes spéciaux poiu- représenter les sons propres à leur idiome. Tâche ardue, mais féconde. Les Montagnais d'Athabaska eurent ainsi un catéchisme, des cantiques et une traduction de l'Histoire Sainte en leur langue, le tout imprimé par ses soins en caractères syllabiques.

Simultanément, il bâtissait de ses mains une maison et une chapelle, non loin du fort de la Compagnie de la baie d'Hudson, près de l'endroit où. du lac. sort la rivière des Esclaves, prolongation de celle d'Athabaska.

En outre, il attaquait la forêt, abattait les arbres, et défriehait le sol pour créer un jardin.

L'inauguration eut lieu, le 8 septembre 1851. En souvenir de cette date, il donna à l'établissement, dont il est regardé justement comme le fondateur, le nom de Mission de la Nativité.

Douze ans, il y demeura, d'abord seul, puis avec des compagnons que ses Supérieurs lui envoyèrent. Parmi eux, citons l'intrépide P. GroUier qui s'élança jusqu'aux plages arides de l'Océan Glacial ; le P. Grandin, un saint dont nous aurons à parler bientôt ; le P. Clut, auquel, dans les secrets desseins de Dieu, étaient réservés aussi les honneurs et les responsabilités de l'épiscopat.

Peu à peu, grâce à lui et à ses confrères, cessèrent, parmi les sauvages, la polygamie, les jongleries, les superstitions et les désordres de tout genre. Les esprits s'ouvrirent aux influences surnaturelles, et l'on prévit le jour où la tribu, sans exception serait convertie.

Un tel résvdtat ne serait pas atteint sans combat. Parfois, aux exhortations pathétiques, il faudrait joindre la sévérité. On décréta l'excommunication contre certains pécheurs, surtout quand ils récidivaient. L'entrée de la chapelle leur était interdite. Les Missionnaires, rencontrant les coupables, refusaient de leur toucher la main et détournaient les yeux. Tout bon chrétien devait faire de même. Beaucoup d'égarés rentrèrent, par ce moyen, dans le sentier du devoir.

Quelques années plus tard, quand les progrès du catholicisme nécessiteront l'érection de l'Athabaska-Mackenzie en vicariat apostolique distinct, l'administration en sera confiée au P. Faraud, qui recevra la consécration épiscopale, avec le titre d'évêque d'Anemour.

§ 3 Elévation du P. Taché à l'épiscopat.

Avancé en âge et accablé d'infirmités, Mgr Provencher constatant l'impossibilité de visiter, par lui-même, des chrétientés si distantes les unes des autres, résolut de demandei- un coadjuteur assez vigoureux pour remplir, en son nom, cette partie essentielle de sa charge.

Nul, parmi les prêtres canadiens valides et séjournant dans l'Ouest, ne lui parut mériter, plus que le P. Taché, d'être choisi. Sa connaissance du français, de l'anglais et des langues sauvages ; son zèle que rien n'arrêtait ; la prudence, l'habileté et l'énergie dont il avait fait preuve dans l'évangélisation des infidèles ; les premiers succès qui avaient couronné ses efforts : tout le désignait pour ces hautes fonctions.

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