‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 2)Chapitre 38 sur 81 · DANS LE CENTRE DE L ALBERTA · texte numérisé non relu

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pour son diocèse et pour la Congrégation. La suite montra que ces prévisions étaient justes.

Le P. Lacombc, en effet, devint un des plus grands Missionnaires du Nord-Ouest, Il acquit sur les sauvages une extraordinaire influence. Plusieurs l'ois, il réussit à empêcher des guerres sanglantes, de tribus à tribus. Les services rendus par lui à ces contrées furent immenses. Ils lui ^•alurent non seulement une confiance absolue de la part des nombreuses peuplades converties par lui, mais aussi l'estime des hommes les

Le P. Lacombe.

plus hauts placés : membres du Parlement et ministres du Canada. Son nom est légendaire, depuis les Montagnes Rocheuses jusqu'au Saint- Laurent (1).

Au lac Sainte-Anne, tout en étant Missionnaire, il se forma à l'état religieux, sous la direction du P. Rémas, transféré, dans ce but, du lac La Biche, au mois de septembre 1855.

Pour être fait dans des conditions un peu particulières, ce noviciat

(1) Cf. K. Hughes, Father Lacombe. The Black-Eobe Voyageur, in-S», Toronto, 1911.

n'en fut pas moins des plus réguliers et des plus fervents. Le P, Ré mas, nous l'avons dit, était un religieux très pieux et très austère. Durant ce temps d'épreuve, à diverses reprises, il témoigna du mérite de son disciple en termes tels, que Mgr Taché écrivait au Supérieur général :

— Le P. Lacombc, d'après les rapports de son Père Maître, pratique des vertus dignes des saints à canoniser : cela ne m'étonne pas, vu ce que je connais de lui.

Oblat, le P. Lacombc fut un des apôtres les plus actifs de tout le bassin de la Saskatchewan. Du lac Sainte-Anne, il entreprit de lointaines excursions pour étendre le royaume de Jésus-Christ. Il s'avança vers l'ouest, jusqu'au fort Jasper, merveilleusement situé au pied des Montagnes Rocheuses, près de la source de la rivière Athabaska,où le P. Rémas vint, trois fois aussi, les années suivantes. Vers le nord, le P. Lacombe alla jusqu'au petit lac des Esclaves et à la rivière La Paix, sur un rayon de cinq à six cents kilomètres.

Les progrès de la Foi, au lac Sainte-Anne, grâce aux travaux des Pères Rémas et Lacombe, aidés par les Pères Frain, Caer, etc., furent sensibles. Mgr Taché, dans ses visites pastorales, y goûta d'abondantes consolations. Sa joie était profonde, en considérant ces chrétiens sincères, naguère infidèles plongés dans tous les vices.

Une première chapelle, bâtie par les Missionnaires, bientôt ne suffit plus, à cause du nombre croissant des conversions. On dut songer à l'agrandir. On y ajouta aussi une école et un couvent pour les Sœurs de la Charité, ou Sœurs Grises de Montréal. Elles acceptèrent, en 1858, de se charger de l'éducation des enfants et du soin des malades, au lac Sainte- Anne, comme elles le faisaient, depuis quelques années, à Saint -Boniface, comme elles le firent ensuite à l'Ile-à-la-Crosse.

Non seulement les Missionnaires élevaient ces divers édifices, mais ils persuadaient à leurs ouailles de se construire aussi des demeures plus confortables. Le P. Tissot \nnt enseigner aux habitants à faire de la chaux, comme il l'avait appris à ses paroissiens du lac La Biche.

Émerveillés, les sauvages s'écriaient :

— Comme ils sont habiles en médecine, ces hommes de la prière !... avec des pierres, ils font de la farine !

Pour les sauvages, le mot médecine est synonyme de sorcellerie.

Non, les Missionnaires n'étaient pas des sorciers, ni des jongleurs, ni des initiés aux sciences occultes, comme se l'imaginaient ces pauvres enfants des bois. Mais ils n'étaient pas, non plus, des « éteignoirs », comme les libres-penseurs l'ont si souvent répété des prêtres catholiques.

Messagers de la bonne Nouvelle, les Missionnaires se préoccupent, avant tout, du royaume de Dieu, et ils indi(![uent les moyens pour y

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parvenir ; néanmoins, ils ne dédaignent pas d'enseigner, aussi, bien des choses utiles à la vie de ce monde.

Apôtres de l'Évangile, ils furent aussi les pionniers de la civilisation.

Ne reculant pas devant les entreprises les plus gigantesques, le P. Lacombe se hasarda à ouvrir une route carrossable, depuis le lac Sainte- Anne jusqu'à Winnipeg, sur un parcours de plus de dix-huit cents kilomètres.

L'immense prairie, à peu près plate, n'exigeait pas, c'est vrai, de grands travaux d'art ; mais il fallait passer une foule de rivières et de marécages, et se risquer à travers des contrées infestées par diverses tribus qui n'étaient encore que des bandes de redoutables brigands.

Le fort des Prairies (Edmonton).

Malgré tant d'obstacles, le succès couronna les efforts. Pendant de longues années, la riche Compagnie de la baie d'Hudson, elle-même, profita, pour ses caravanes, de cette route due au génie organisateur et à la persévérance du Missionnaire.

A cette époque furent non seulement évangélisés les Cris, mais les Pieds-Noirs, les Gens-du-Sang et les Piéganes.

Dans une de ses excursions auprès d'eux, le P. Rémas eut la consolation d'arrêter une guerre meurtrière que se faisaient ces terribles sauvages. Il empêcha aussi le massacre, en masse, d'une tribu nombreuse surprise par ses ennemis. La croix à la main, le Père, intrépide, s'avança à la rencontre des assaillants, et par ses paroles apaisa leur fureur.

Saint-] oachim. — "Edmonton.

De la mission du lac Sainte-Anne dépendait celle de Saint -Joachim, au fort Edmonton, ou fort des Prairies. Ces deux missions, considérées comme n'en faisant qu'une, étaient, cependant, distantes d'une soixantaine de kilomètres. Il en résultait pour les Pères Rémas et Lacombe un surcroît de courses, d'au moins deux mille kilomètres par an.

Leur présence, en effet, y était souvent requise, car, outre les nombreux employés, métis et canadiens, séjournant habituellement dans ce fort, l'un des plus importants de l'ouest, un millier de sauvages le fréquentaient, aux époques désignées pour la traite des fourrures.

— Certains jours, c'est une véritable tour de Babel, écrivait le P. Rémas, le 5 mai 1857. On n'y parle pas moins de huit langues différentes.

Mgr Taché ne manquait pas de s'y arrêter, durant ses ^^sites pastorales. On l'y recevait toujours avec de grands honneurs. Alors le pavillon d'allégresse flottait dans les airs, et le bruit du canon réveillait les échos d'alentour.

Les chefs qui se succédèrent à ce poste, catholiques ou non, prodiguèrent aux Missionnaires les marques de respect et d'attachement. Ils construisirent, à leurs frais, dans l'intérieur du fort, une jolie petite église, à laquelle s'adjoignit ensuite une maison pour les Pères.

§ 4 Le long de la Saskatchewan .

Plusieurs établissements pour le commerce des pelleteries s'échelonnaient sur les rives de la branche nord de la Saskatchewan. Malgré l'espace si considérable qui les séparait, ils furent visités régulièrement et souvent par les Oblats de l'Alberta.

Un de ceux qui avaient la plus triste renommée était celui de Carlton, à une centaine de kilomètres en amont de la ville actuelle de Prince- Albert.

Les tribus qui s'y assemblaient, étaient des plus dégradées par l'abus des liqueurs alcooliques, fournies abondamment par des traiteurs sans conscience. On décida que, pour les tirer de cette abjection profonde, un Missionnaire y résiderait, une partie de l'année. Le P. Moulin fut le premier, à qui échut cette tâche difficile. Il y arriva, au commencement de décembre, par des chemins affreux, la neige n'étant pas encore assez dure pour

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supporter les traîneaux (circonstance exceptionnelle à cette époque). Les rivières et les lacs n'étant qu'à demi gelés, la marche n'avait lieu qu'au prix de fatigues extrêmes, et non sans péril.

Mais, là aussi, le Seigneur avait ses élus. N'est-ce pas toujours par la croix qu'on arrache les âmes au démon ? Le P. Moulin accepta joyeusement les souffrances et les angoisses du sacrifice. Dieu l'en récompensa, en lui accordant la joie de voir, par son ministère, la grâce opérer des fruits abondants au milieu de ces peuplades jusqu'alors si misérables.

Presque à égale distance de Carlton et d'Edmonton, mais à plus de quatre cents kilomètres de l'un et de l'autre, se trouvait le fort Pitt.

Au mois de mars 1854, Mgr Taché s'y était rendu, à l'occasion de sa première tournée pastorale dans son immense diocèse. Accueilli avec ^ympathie, il souffrit, cependant, beaucoup, en constatant dans quel état de dégradation, là aussi, vivaient les sauvages des enviroiis.

Des employés subalternes de la Compagnie s'étaient déshonorés, en achetant à vil prix, au moyen de quelques litres d'eau- de- jeu, les fourrures les plus précieuses. Outre le tort matériel qu'ils faisaient aux sauvages ignorant la valeur réelle des objets, ils leur en causaient un bien plus grand encore, en développant chez eux cet instinct, presque irrésistible, qui les portait à l'abus des liqueurs enivrantes. L'ivrognerie les conduisait par une pente fatale aux pires excès : le vol, le meurtre, les pratiques les plus abominables du paganisme et l'immoralité la plus éhontéc.

— Ce peuple, disait Mgr Taché dans une de ses lettres, ne prend pas pour lui la défense du roi-prophète : Nolite fieri sicut equus et mulus quibus non est intellectus {Ps. XXXI, 9). L'animal sans raison ne descend pas plus bas !

L'apôtre résolut de ne rien négliger, pour restreindre et abolir, si c'était possible, la coutume, chère aux gens sans conscience, de s'enrichir aux dépens de ces infortunés, dont on détruisait la santé physique, en même temps qu'on les plongeait davantage dans l'abîme des vices les plus dégoûtants.

Peu à peu il y réussit, en partie du moins, et obtint, de plusieurs des principaux agents, l'assurance qu'ils mettraient fin, désormais, dans leurs districts respectifs, à cet infâme commerce. X'éanmoins, ces échanges funestes continuèrent, en cachette, par l'effet de la cupidité criminelle de quelques individus attachés à la Compagnie ; et, si de sages mesures contribuèrent à diminuer le mal, elles ne purent le détruire complètement.

Saint-Albert.

Les progrès de la Foi dans le centre de l'Alberta y rendaient nécessaire un autre établissement. ]\Igr Taché et le P. Lacombe parcoururent la contrée, pour chercher quel serait l'emplacement le plus convenable. Après de nombreuses expéditions en traîneaux et en raquettes, ils arrivèrent, à la fin de décembre 1860, sur le sommet d'une colline dominant la vallée de la rivière Esturgeon, là où ce cours d'eau, revenant sur lui-

Colline de Saint-Albert. — Au centre, la cathédrale bâtie en 1870. A gauche, le couvent des Sœurs Grises. A droite, l'évêché et la ferme.

même en gracieux méandres, traverse un joli petit lac, à un(^ douzaine de kilomètres au nord-ouest d'Edmonton.

Frappé de la beauté du spectacle, l'évêque s'arrêta, et, se tournant vers son compagnon, lui dit :

— En vérité, ce site est eliannant : je le choisis })our la mission nouvelle, et. m riioiuRur de votre patron, je l'appelle Saint-Albert.

Puis, plantant dans la neige son bâton de voyageur, il ajouta :

— Ici mênie, construisez la chapelle.

A cet endroit, quelques mois après, se dressait l'autel d'une modeste église qui serait, plus tard, cathédrale.

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Dans les desseins de Dieu, en effet, ce nouvel établissement était destiné à devenir un siège épiscopal.

Autour de la chapelle et du presbytère, une vingtaine de familles métisses, attirées par la fertilité du sol, commencèrent à se grouper, durant l'été de 1861. Ce chiffre augmenta insensiblement, et la ville grandissante de Saint- Albert acquit, dans la suite, assez de notoriété pour donner son nom à toute la province de l'Alberta.

Le solide pont en bois que le P. La combe jeta sur la rivière, fut le premier et longtemps le seul, dans tout le vaste territoire soumis à la Compagnie de la baie d'Hudson. C'était, pour l'époque, une vraie merveille. Sauvages et métis le passaient et repassaient sans cesse, uniquement pour le plaisir de se promener ainsi, à pieds secs, au-dessus de l'eau. Les hommes civilisés l'admiraient aussi. Lord Milton et le docteur Cheadie en parlent avec grands éloges, dans le compte rendu de leur voyage à travers le Nord-Ouest (1).

(1) Cf. Milton et Cheadie. The Norih-Wesl Passage by Laiid, in-8o, Londres, ISG-Î. p. 184 sq.

Un des rapides de la rivière des Esclaves, près du fort Smith. (Voir p. 211). II 14

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