CHAPITRE II
Buffalo
ha Queen City of Ihe lakes.
Fondée en 1801, à l'extrémité orientale du lac Érié, là où le Niagara s'en échappe, à une trentaine de kilomètres en amont des fameuses chutes, la ville de Buffalo qui avait quarante-deux mille habitants, en 1850, en compte maintenant dix fois plus.
Ses rues larges, plantées d'arbres, bien pavées et se coupant la plupart à angles droits, sont tracées sur un sol qui s'élève en pentes douces. En certains endroits, on jouit d'un superbe panorama.
Une quinzaine de lignes de chemins de fer apportent en abondance, sur ses quais de plus de vingt kilomètres de longueur, toutes sortes de produits : céréales, farine, bétail, madriers, poutres, fer, houille, pétrole, etc. Elles alimentent ainsi son commerce qui est très considérable. Ses manufactures ne le sont pas moins, car elles ne le cèdent en importance qu'à celles de New- York, et de très nombreux ouvriers travaillent dans ses chantiers de construction de navires.
Ce n'est donc pas sans motif qu'on l'a surnommée la Reine des lacs, Queen City of the lakes.
Le Collège.
Sur la demande de l'évêque, Mgr Timon, qui désirait leur confier trois œuvres, un collège, le grand séminaire et une paroisse, les Oblats y arrivèrent, le 21 août 1851. Le premier de ces établissements était à créer de toutes pièces ; le second serait annexé au premier, et le troisième ne possédait encore qu'une misérable petite chapelle en bois, sans aucun style, sorte de hangar pouvant contenir à peine une centaine de personnes.
Ail coniniciiccinciit de septembre, les Pères ouvrirent le collège dans un local provisoire, aménagé en toute hâte ; mais, le 16 juillet 1852, grâce à une forte somme que Mgr de Mazenod et le P. Tempier leur expédièrent de Marseille, ils achetèrent un vaste terrain carré ayant plus de trois cents mètres sur chaque côté.
Le percement de trois rues le diminua un peu. dans la suite, mais en augmenta très sensiblement la valeur.
H se trouvait en bordure sur la Porter Avenue, aux longues files d'arbres et aux jilates-bandcs marginales gazonnées. C'est encore l'une des plus belles artères de Buffalo. Ce terrain, alors presque à l'une des extrémités de la \ille. est maintenant dans l'un des plus magnifiques quartiers. Il comprenait bâtisses et dépendances, cours, jardin et verger. Le tout coûta plus de quatre-vingt mille francs, et fut entièrement payé par la Congrégation, en versements successifs.
Des réparations aux constructions déjà existantes. les approprièrent aux exigences d'un collège.
En octobre, luie cinquantaine de prêtres y firent leur retraite. Une autre fois, les Curés de deux diocèses s'y réunirent pour suivre ensemble les saints exercices.
Le choléra ayant éclaté peu après, il n"y eut, d'abord, que peu de pensionnaires. Un des motifs qui détournait aussi certaines familles d'y envoyer leurs enfants, était que la vieille maison, alors collège, jusqu'à ce qu'il fût possible de la renverser, pour en bâtir un plus confortable, avait été connue auparavant sous le nom de Old jwor house, parce que la bienfaisance administrative l'avait louée en faveur des pauvres sans toit.
Néanmoins, le chiffre des élèves augmenta. Ils s'attachèrent à leurs maîtres, et leur donnèrent pleine satisfaction par K ur ])iété, leur discipline, leur amour de l'étude et leurs progrès.
Nonobstant les difficultés inévitables du début, le collège de Buffalo, par sa prospérité, eût été, aux États-Unis, le digne frère de celui d'Ottawa au Canada, avec une part plus large à l'élément anglais. Mais, après quatre :uis, les Pères y renoncèrent momentanément, pour se consacrer, de ])référence. aux missions qu'on leur demandait de tous côtés. Les catholiques du diocèse et les protestants eux-mêmes le regrettèrent.
— Plusieurs de nos élèves, maintenant hommes, se distinguent dans les plus hautes carrières, écrivait, plus tard, le P. Chevalier. J'ai eu occasion d'en rencontrer, dans le cours de mes voyages. Ils se souviennent toujours avec bonheiir des années passées parmi nous. De plus, les xingt et un prêtres sortis de nos mains, à Buffalo, honorent leur état et consolent l'Éghse.