‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 2)Chapitre 56 sur 81 · BUFFALO · texte numérisé non relu

BUFFALO

se réduisent à quatre ou cinq personnes ; mais, le plus souvent, pas une seule qui ne profite de la grâce. Il ne faudrait pas conclure de là que nous travaillons au milieu de gens fervents. En général, la moitié, au moins, n'étaient plus entrés dans un confessionnal, depuis dix, vingt ans et plus. Beaucoup, arrivés à l'âge de vingt-cinq ans, sans avoir fait leur première communion, ne savaient pas un mot de catéchisme. Combien même qui fréquentaient les temples des diverses sectes, et penchaient vers l'hérésie ! Je ne crois pas me tromper, en affirmant que, sans les missions, la moitié de ces populations serait perdue pour le catholicisme.

Buffalo. — Autre façade de la maison des Pères.

Accourant en foule aux exercices, les protestants s'intéressaient fortement à cet exposé lumineux de la doctrine révélée, et surtout aux motifs qu'on leur donnait des pratiques en usage dans l'Église romaine. Tout cela était nouveau pour eux. Sur leur physionomie se lisait l'étonnement de trouver si raisonnable, ce qu'ils croyaient, auparavant, superstitieux et absurde. Leurs préjugés se dissipaient, les uns après les autres, et les obstacles à une conversion définitive s'aplanissaient.

Notons un trait caractéristique de ce singulier auditoire.

A Hammond's port, dans l'État de New- York, l'église dans laquelle avaient lieu les conférences, était, alors, une espèce de pauvre grange

dépourvue de chaises. Ceci ne plaisait guère aux protestants qui aimaient leurs aises. Le second soir, les Missionnaires furent agréablement surpris, en voyant l'église complètement garnie de bancs très confortables. Leur surprise augmenta, quand ils surent que ces sièges luxueux provenaient tout simplement du temple voisin, appartenant à une secte épiscopalienne. Les protestants les a^'aient décloués, et, sans plus de façon, transportés dans l'église catholique.

Pourtant, les choses ne se passaient ])as toujours avec ce calme. A Akron, par exemple, dans l'État d'Ohio, les deux premiers soirs de la mission, ime populace effrénée s'attroupa autour de l'église, hurlant et criant :

— Voici le pape !... l'antéchrist !... A bas le pape !...

Le troisième jour, cependant, ces pauvres aveugles rougirent d'euxmêmes. Peu à peu, ils se décidèrent à venir écouter les instructions, qui laissèrent dans leur esprit une impression des ]:)lus salutaires.

De course en course, les Pères de Buffalo étendirent leur champ d'action, des rives du lac Huron à celles du lac Champlain et jusqu'à Philadelphie, sur plus de huit cents kilomètres de longueur.

Cela ne les empêchait pas de franchir aussi, vers le nord, la frontière canadienne, pour évangéliser les Irlandais de l'Ontario.

Au mois de mars 1858, ils y prêchèrent, dans la cathédrale d'Hamilton, une grande mission, à l'issue de laquelle plus de trois mille personnes communièrent. Parmi celles-ci, de cent cinquante à deux cents, âgées de plus de vingt ans, s'approchèrent, pour la première fois, de la Table sainte, et reçurent la confirmation. Plusieurs centaines d'hommes et de jeunes gens s'enrôlèrent, avec un enthousiasme extraordinaire, dans une Association de persévérance, qui fut lui jouissant moyen ]ioiu' conserver et développer le bien accompli.

Outre la réparation des confessions mauvaises et la réhabilitation des mariages, cet apostolat très fécond ramenait à la vraie foi, dans ces vastes contrées, une nniltitude d'âmes à moitié protestantes.

— Ici, écrivait l'un de ces ouvriers infatigables, on compte, et l'on a raison de compter, comme hérétiques ou infidèles, ceux qui ne fréquentent pas l'église catholique. Il est incontestable que tous les enfants de parents qui vivent dans l'indifférence religieuse, sont élevés dans le protestantisme, car. ne distinguant plus entre la véritable église et les sectes dissidentes, pratiquement ils apostasient. Nos efforts tendent à remédier à ce mal déplorable. Bénissons Dieu qu'il se serve de nous, pour opérer cette régénération, dans un pays, où les esprits, assoiffés d'indépendance, se préoccupent plus de l'argent que des choses éternelles.

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