MONTREAL. -- EGLISE SAINT-PIERKE
Dans cette statistique, pourtant déjà si consolante, ne figurent pas les communions pascales.
Cela suppose un travail énorme, soit pour les confessions, soit pour le soin des malades.
Chaque dimanche, de quatre à cinq mille fidèles assistaient aux diverses messes.
Pour soutenir et développer ce bien, diverses associations avaient été fondées ; elles s'adressaient à toutes les classes de la population.
Nommons en premier lieu la Congrégation de Sainte-Anne pour les femmes mariées : elles étaient neuf cents, en 1863 ; plus de quinze cents, en 1873 : et près de deux mille, quelques années plus tard. Leurs réunions avaient lieu, deux fois par mois. Les communions générales aux principales fêtes étaient des plus édifiantes. A cette Congrégation se rattacha ensuite une association de couture. Chaque jeudi, plusieurs de ces dames travaillaient en commun à la confection de vêtements pour les pauvres.
La Congrégation de P Immaculée-Conception, qui groupait de quatre à cinq cents jeunes filles en L863, en comptait huit cents, dix ans plus tard, et ensuite plus d'un millier. Chaque dimanche, elles venaient chanter les louanges de la Reine des vierges, et entendre des instructions spéciales.
La Congrégation du Sacré-Cœur pour les jeunes gens comptait aussi plusieurs centaines de membres. Près de onze cents s'approchaieni de la Table sainte, le 8 décembre, joui de la clôture de leur retraite annuelle. Le spectacle de ces nombreux adolescents, priant ensemble et se renouvelant dans la piété par la fréquentation des sacrements, est un des plus beaux que Ton puisse voir. Cette Congrégation faisait la joie des mères de famille, en leur donnant les garanties les plus consolantes sur la persévérance de leurs fils dans rattachement au devoir et dans la pratique des solides vertus, qui assurent la possession du véritable bonheur sur la terre.
A cette œuvre des jeunes gens était annexée une bibliothèque, abondamment fournie des livres les plus intéressants, pour empêcher la circulation de productions licencieuses, dont une certaine pi opagande malsaine menaçait déjà le pays.
Les hommes aussi avaient leur Congrégation spéciale, sous le vocable du Cœur immaculé de Marie. Elle comprenait également plusieurs centaines de membres, appartenant à toutes les classes de la société. Ils se réunissaient, tous les dimanches et les jours de fête, à six heures et demie du matin. Cette heure incommode aurait dû, ce semble, être un obstacle au développement de cette Congrégation si utile et si impor-
tante. Il n'en fut rien. Fatigués du travail de la semaine, ces vaillants chrétiens prenaient encore sur leur repos hebdomadaire du matin, et, même en hiver, faisaient le sacrifice d'un sommeil réparateur et souvent nécessaire. Bravant le froid et la neige, ils venaient consacrer une heure et demie, chaque semaine, à mériter la protection de la Reine des cieux.
N'oublions pas, dans cette rapide nomenclature, une institution dont l'influence fut des plus salutaires, la Société de Tempérance, œuvre des plus essentielles dans ces pays froids, où l'abus des liqueurs fortes constitue un si grand danger pour l'honneur et la paix des familles.
Cinq cents membres assistaient aux réunions mensuelles. Bien des épouses et des mères bénissaient quotidiennement la Providence d'avoir ménagé cette planche de salut à tant de malheureux. L'organisation en était des plus sérieuses : conseil, tenant des séances régulières, le second dimanche de chaque mois ; visiteurs de quartiers, rendant compte de la conduite des associés dont ils ont la charge ; encouragements à ceux qui persévèrent ; renvoi de ceux qui s'obstinent à violer le règlement, etc.
Chaque année, dans une réunion spéciale du mois de juin, on remettait l' oriflamme d'honneur à celui qui avait gagné le plus de personnes à l'œuvre de la Tempérance. C'est lui qui le portait aux processions durant l'année courante.
Dans la conviction que la prière est le plus puissant levier pour soulever les âmes vers les régions sereines de la vertu, on ajouta à l'œuvre de Tempérance une association de zèle. Elle se composait de dames et jeunes filles s'engageant à prier, tous les jours, et à communier, le troisième mardi de chaque mois à la messe dite de Tempérance, pour le succès de la cause.
Terminons cette énumération. en indiquant la Confrérie du Saint- Rosaire, qui comptait plus de trois mille membres.
Comment passer sous silence l'éclat avec lequel se solennisaient les principales fêtes ? Deux, cependant, méritent d'être signalées : le Jeudi Saint et les Quarante-Heures. Grâce au zèle et à la piété des congréganistes. dont le chiffre total montait à plus de quatre mille, il n'v avait peut-être pas d'église où le spectacle fut plus édifiant. Au commencement de la nuit, des centaines de jeunes gens, groupés autour de l'autel, récitaient l'office, entremêlé d'autres prières et de cantiques. Puis, c'était le tour des pères de famille. Notre-Seigneur ainsi, pendant la nuit, se voyait constamment entouré de nombreux et fidèles adorateurs.
Au sein d'une, population aussi bien disposée, la dévotion au Sacré- Cœur de Jésus ne tarda pas à prendre un développement considérable.