MONTRÉAL. -- ÉGLISE SAINT-PIERRE
Des centaines de personnes se firent inscrire à l'Institution de la Garde d'Honneur. Le Très Saint Sacrement fut exposé tous les premiers vendredis du mois. Rien de plus touchant que ces phalanges d'adorateurs. se succédant sans interruption aux pieds de Jésus- Hostie. Ce fut à tel point, que l'on voulut faire davantage, et outre l'adoration mensuelle, on songea à établir l'adoration hebdomadaire, chaque vendredi, quoique sans exposition d'abord. Ces pieuses industries contribuèrent puissamment à raffermir et à étendre le règne de Dieu dans les âmes.
Avec toutes les retraites prêchées régulièrement aux diverses Confréries ou Associations, avec les instructions données à chacune de leurs réunions si fréquentes, avec les exercices si suivis des mois de Marie, du Sacré-Cœur, de saint Joseph et des Morts, avec les nombreuses visites aux malades et l'afTluence constante aux confessionnaux, c'était, dans l'église Saint-Pierre de Montréal, non moins que dans celle de Saint-Sauveur de Québec, comme une mission incessante et un labeur sans trêve.
Non seulement les cinq principales Congrégations se maintenaient dans la régularité, mais progressaient constamment. 11 fallait même donner satisfaction à la piété, en lui procurant des fêtes supplémentaires C'est ainsi que, chaque année, furent organisés de beaux pèlerinages à Sainte-Anne de Beaupré, sanctuaire vénéré, sur les bords du Saint- Laurent, à une trentaine de kilomètres en aval de Québec. L'un, au commencement du mois de juin, était pour les femmes, parfois au nombre de plus de huit cents ; l'autre, au mois d'août, était pour les hommes et les jeunes gens, dont le nombre n'était pas moins considérable. Des grâces singulièies, et, quelquefois, même des guérisons miraculeuses récompensaient la foi des pèlerins.
Le jour du départ du premier pèlerinage, bien avant l'heure, on voyait, de toutes les rues du quartier, les pieuses pèlerines, chargées de leur panier de provisions, se diriger vers le bateau aux vastes proportions, sur lequel flottait, à l'extrémité du grand mât, le pavillon de Sainte-Anne, avec cette inscription : Bonne sainte Anne, protège/ vos enfants !
Sur l'estrade qui séparait les deux salons du navire, on plaçait la statue de la Sainte.
On quittait le port au chant de VAve Maris Stella, tandis que, sur les quais, stationnaient, agitant leurs mouchoirs, les maris, les fils, les parents et une foule de curieux.
Peu après, les Pères se rendaient au confessionnal et devaient y rester de longues heures. Les grilles étaient placées un peu partout, et les
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personnes qui ne s'étaient pas déjà confessées à l'église, s'empressaient de le faire. Puis, on adressait aux voyageuses une instruction générale, terminée par la prière du soir.
Beaucoup ne se couchaient pas, et, toute la nuit, on entendait le murmure des groupes récitant à haute voix le chapelet ou d'autres oraisons.
On arrivait le matin à Québec. Les rayons du soleil levant revêtaient d'un éclat des plus vifs les toitures en fer blanc de la vieille cité de ChampJain. On contemplait le magnifique paysage, dans lequel se détachaient la majestueuse citadelle, la cathédrale, l'université, l'évêché. le clocher de Saint-Roeh et celui de Saint-Jean.
En face, l'île d'Orléans, avec sa végétation luxuriante; sur la rive n I iposée, la ville de Lévis : à gauche la côte de Beaupré, d'un pittoresque incomparable: dans le lointain, la chaîne des Laurentides. C'est un superbe panorama, parlant éloqueminent de la puissance du Créateur. Sa vue repose l'âme et la dispose aux influences de la piété.
Le voyage se continuait à travers ce merveilleux décor. Plus on s'approchait du sanctuaire vénéré, plus on se recueillait, en se préparant à la sainte communion. A la vue de l'église, on entonnait un cantique et l'on déployait la bannière.
Enfin, le navire accostait. Il fallait un temps assez long à cette foule pour descendre à terre. On l'employait à organiser la procession; puis, de huit à neuf cents femmes, le chapelet à la main, priant à haute voix ou chantant des cantiques, traversaient le vaste quai et défilaient dans le village, au son îles cloches saluant leur passage.
Aussitôt commençait la messe de communion, pendant laquelle des liles interminables et recueillies s'approchaient de la sainte Table. A neuf heures, grand'messe avec sermon. Puis, vénération des reliques. L'après-midi, vêpres chantées et bénédiction solennelle du Très Saint Sacrement.
Ces moments heureux passent trop vite. Il fallait, hélas ! songer au départ. Le retour n'était pas moins pieux : on priait, on chantait ; on saluait, au passage, l'Hôte divin du Tabernacle, présent dans les nombreuses églises, échelonnées sui le rivage. Plusieurs conférences données par les Pères, intéressaient les voyageuses. Puis, avaient lieu l'exercice du mois du Sacré-Cœur et la prière du soir.
Au matin du lendemain, on arrivait à Montréal. Les quais étaient couverts d'une foule encore plus nombreuse que le jour du départ, avide de connaître les incidents et les péripéties de la traversée. En les racontant, les narratrices répétaient souvent, comme un refrain, au souvenir des joies intimes de la piété goûtées dans le vénéré sanctuaire :