‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 3)Chapitre 28 sur 65 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Évangélisation des Sauteux

§ 1 Saint-Laurent (Lac Manitoba).

Parmi les sauvages du Nord-Ouest Américain, les Sauteux furent au nombre de ceux qui se montrèrent le plus rebelles aux enseignements des Missionnaires.

Cruels, dissolus, orgueilleux et vaniteux môme, car, comme des jeunes filles, ils tressaient en nattes leur chevelure, y semant à profusion des morceaux de cuivre, des paillettes brillantes, des boutons même, qu'ils disposaient aussi en colliers, ils étaient d'une grossièreté sans égale, et adonnés au vice de l'ivrognerie, qui en fait naître tant d'autres.

L'abus des liqueurs enivrantes les portait aux pires excès.

Dès 1847, leur évangélisation fut commencée par le P. Bermond, qui. à diverses reprises, résida parmi eux.

Dans un de leurs postes les plus éloignés, à la baie des Canards, Duck bay, vers le milieu de la rive occidentale du lac Winnipegosis, à plus de trois cents kilomètres au nord de Saint-Boniface, il leur bâtit une chapelle.

Il fit de même près de la rive sud-est du lac Manitoba, et appela cette Mission Notre-Dame du Lac. Le P. lissier l'y rejoignit ; mais les résultats de plusieurs années de dévouement furent absolument nuls.

Devant la mauvaise volonté de ces sauvages, et vu le petit nombre des ouvriers évangéliques à cette époque, les supérieurs crurent plus sage de diriger les Missionnaires vers d'autres tribus mieux disposées, et qui semblaient désirer la lumière de la foi, au lieu d'immobiliser une phalange d'apôtres sur une terre complètement stérile en fruits de salut.

Dans la pensée des Oblats, ce n'était, là, cependant, que partie remise.

I. évangélisation des Sauteux fut reprise, en 1861. On commença par les riverains du lac Manitoba, qui avaient paru un peu moins revêches que les autres.

Non loin de l'emplacement où avait été Notre-Dame du Lac, l'ancienne mission du P. Bermond ; dans un joli site, près du lac, à la lisière de la prairie et de la forêt, ils fondèrent une nouvelle mission, qu'ils dédièrent à saint Laurent. Les alentours en furent, peu à peu, singulièrement embellis par les travaux persévérants des Pères et des Frères convers.

Néanmoins, cette fois encore, les commencements furent dilliciles. Il ne fallut rien moins qu'une constance à toute épreuve, pour rendre moins ombrageux ces farouches caractères, et ramollir un peu ces âmes, plus dures que les rochers.

Les conversions individuelles furent lentes ; mais, en 1866, on comptait, à Saint-Laurent, treize familles catholiques : c'était peu, et c'était beaucoup.

Dix ans plus tard, ce chiffre était presque triplé. Cette chrétienté naissante se composait de trente-deux familles, et, circonstance digne de remarque, c'étaient des familles nombreuses.

L'école établie par les Pères avait une cinquantaine d'enfants ; puis, elle en eut jusqu'à soixante-dix.

Une lettre écrite, le 20 septembre 1869, par le P. Simonet, montre le bien accompli déjà.

- Nos fidèles de Saint-Laurent sont de bons chrétiens. Us fréquentent tous assez souvent les sacrements... Je n'ai qu'une chose à leur reprocher : c'est leur paresse, ou leur indifférence, quand il s'agit de faire quelque chose pour leur église.

11 s'agissait, en effet, de remplacer l'ancienne chapelle, pauvre construction de dix mètres de long sur sept de large, qui menaçait ruine. Du reste, rien ne la distinguait des maisons ordinaires, si ce n'est une petite croix placée au sommet.

On dut attendre encore, avant de pouvoir poser les fondements de la future chapelle, dont on ne bénit la première pierre que le 10 août 1873, fête de saint Laurent, patron de la Mission. Elle fut terminée <'ii deux ans. C'était une jolie église de vingt mètres de long. Elle posséda même un harmonium pour soutenir la voix des chantres.

Cette rénovation du temple matériel était le prélude immédiat d'un perfectionnement plus grand encore dans les âmes, et de bénédictions du ciel toutes spéciales.

A l'occasion de l'année jubilaire de 1875, le P. Lacombe, supérieur de la maison de Sainte-Marie de Winnipeg, vint prêcher, à Saint-Laurent, une retraite qui opéra un très grand bien. Commencée le 19 septembre, fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, elle se termina, le dimanche suivant. '!•>.

- Deux fois par jour, écrit le P. Camper, les fidèles se rassemblaient pour implorer les miséricordes divines, et entendre expliquer les grandes vérités du salut. Le matin, à neuf heures, la grand' messe était suivie d'une instruction. A trois heures de l'après-midi, il y avait chant d'un cantique, récitation du chapelet, puis une seconde instruction.

Avertis quelques semaines d'avance, tous se firent un devoir d'assister à chacun de ces exercices. Ceux mêmes qui demeuraient à dix ou douze kilomètres, se seraient reproché d'en manquer un seul. Matin et soir, la nouvelle chapelle se remplissait, comme les dimanches et les grandes fêtes.

Pauvres, vivant, au jour le jour, de pêche ou de chasse, la plupart, pour être assidus, avaient un véritable sacrifice à faire, mais ils préféraient s'exposer au jeûne, plutôt que de laisser passer une si bonne occasion d'entendre la parole de Dieu. Ils l'écoutèrent avec la plus religieuse attention.

A la fin de la retraite, tous, à l'exception de deux ou trois rebelles, s'approchèrent du tribunal de la Pénitence et reçurent la sainte Communion.

Mgr Taché avait promis de venir clôturer la retraite, en conférant à quelques personnes le sacrement de Confirmation. Le samedi, dans l'après-midi, plusieurs jeunes gens à cheval partirent à sa rencontre, armés chacun d'un fusil, et l'atteignirent à une douzaine de kilomètres de la Mission. Dès qu'ils l'aperçurent, ils le saluèrent de nombreuses décharges, puis tombèrent à genoux pour recevoir sa bénédiction. Ils se rangèrent ensuite derrière sa voiture, pour lui servir d'escorte.

Le cortège arriva, vers cinq heures du soir, à Saint-Laurent. Avertis de son approche, tous les retraitants se massèrent, à genoux, à la porte de l'église, pour recevoir, à leur tour, la bénédiction du prélat, à laquelle les jeunes gens, à cheval, répondirent par une nouvelle décharge de mousqueterie.

Le lendemain, à la grand' messe d'abord, puis l'après-midi, Mgr Taché prit plusieurs fois la parole pour féliciter les assitants des excellentes dispositions qu'ils avaient apportées à la retraite. En terminant, il les engagea à la couronner par un nouveau sacrifice, librement accepté et courageusement offert à Dieu : celui de renoncer, toute leur vie durant, à l'usage de boissons enivrantes. Cent quarante répondirent à l'invitation de leur bien-aimé Pasteur. Dans ce nombre, on comptait des femmes et des jeunes filles, car même le sexe faible avait un fort penchant pour Veau-de-feu.

L'impression produite sur les sauvages par cette retraite fut profonde. Longtemps ils en parlèrent avec émotion, aimant à se rappeler ces jours,

•durant lesquels ils avaient goûté de si célestes joies. La parole de Dieu n'avait pas seulement retenti à leurs oreilles, comme un airain sonnant ; elle était allée droit à leur cœur.

Depuis cette époque, leurs confessions et leurs communions devinrent plus fréquentes. Plusieurs s'approchaient des sacrements chaque mois et même plus souvent. Les moins fervents ne manquaient pas de le faire, au moins aux principales fêtes.

Auparavant, en semaine, presque personne n'assistait à la messe ; mais, depuis, un bon nombre y vinrent, chaque matin. Us prirent, en outre, l'habitude de la visite quotidienne au Très Saint Sacrement, et de la pratique, si louable et si bienfaisante, du chemin de la croix.

Malgré l'inconstance si naturelle aux sauvages, ce ne fut pas, là, un l'eu de paille. Au Chapitre général de la Congrégation, en 1879, le délégué du vicariat de Saint- Boniface put, en connaissance de cause, affirmer que Saint-Laurent était vraiment une belle mission, donnant de réelles consolations aux Pères qui en étaient chargés.

Dans un ouvrage publié à la même époque, et intitulé : Quatorze mois dans F Amérique du Nord, un voyageur distingué, le comte Louis de Turenne, constate, lui aussi, l'assiduité des sauvages de Saint-Laurent aux exercices du dimanche.

Les fidèles, écrit-il, sont nombreux et assistent à l'ofliee avec recueillement. A la iin de la messe, le P. Camper prononce un sermon, d'abord en français, pour les Métis, puis en sauteux, qu'il semble posséder admirablement. Cette langue harmonieuse et sonore, il la parle avec toute l'emphase et les gestes qui caractérisent les Indiens.

En 1885, il y avait, groupées aux alentours de la chapelle, cent trente-six familles, formant un total de plus de sept cents âmes. On put établir, dans cette population, deux congrégations : l'une, celle de Sainte-Anne, pour les mères de famille, et l'autre, celle des Enfants <l<; Marie, pour les jeunes filles. Il en résulta un accroissement notable de la piété.

Mgr Taché étant revenu, le 30 août 1886, pour confirmer soixantehuit personnes, éprouva une très vive consolation. Il se rappelait, avec émotion, ce que cette fondation avait coûté de souffrances, et combien longtemps elle était demeurée stérile. Il la voyait, maintenant, florissante, avec un grand nombre de chrétiens très attachés à notre sainte religion, dont ils observaient fidèlement les préceptes.

Parmi les Oblats si méritants qui, avec un courage inlassable, se dévouèrent à cette œuvre si pénible, mais, enfin, couronnée de succès, nommons les Pères Simonet, Camper, Saint-Germain, Dupont, Gascon, Chaumont.

Le P. Camper.

Saint-Laurent (Lac Manitoba).

Troisième église, bâtie pour remplacer les deux premières, construites en bois.

et le Frère Mulvihill, irlandais, qui, sans cesser d'être un excellent religieux, y fut d'abord maître d'école, puis maire, notaire et juge de paix de la localité, titres variés que lui conféra le Gouvernement, et dont il remplit les multiples fonctions à la satisfaction de tous.

Non seulement les Missionnaires prodiguaient les soins spirituels à la population, de plus en plus nombreuse, qui se groupait autour de leur église, mais aussi aux sauvages disséminés sur les bords des lacs Manitoba et Winnipegosis, ou petit Winnipeg, ayant chacun une longueur presque de deux cents kilomètres.

Ils rayonnèrent également plus à l'ouest, autour du lac du Cygne, Swan lake, un peu plus petit que le lac Winnipegosis, avec lequel il communique par la rivière Plate.

Cet apostolat nécessitait, jusqu'à plus de quatre cents kilomètres dans le nord, des voyages incessants, d'autant plus pénibles et fatigants que, par un phénomène assez singulier, dans ces lacs, où les couches de calcaire abondent, des blocs isolés de granit se rencontrent, amoncelés en bancs qui se prolongent bien loin, au large, et rendent la navigation périlleuse. Plusieurs fois, les fragiles canots des Missionnaires vinrent s'y briser.

En certains endroits, ce sont des cailloux, rangés en lignes parallèles, couverts d'une mince couche de terre, mais laissant entre eux, sous un gazon trompeur, une série de marais quelquefois fort étendue. Cette mince végétation gêne énormément la marche de ceux qui, se croyant sur un sol résistant, se retrouvent, à leur grand déplaisir, très souvent les pieds dans l'élément liquide et froid.

Au printemps surtout et à l'automne, on ne doit pas oublier, qu'en ces parages, la terre c'est de l'eau.

Autour de ces trois lacs, sur de larges espaces, vivaient d'assez nombreux sau\ âges, mais en familles isolées, et, par suite de cet état de dispersion, plus difficiles à évangéliser. En outre, ces aborigènes se déplaçaient fréquemment, car, ignorant la culture, ils vivaient exclusivement de chasse et de pêche.

- Le travail du Missionnaire voyageur est très rude, écrivait le P. Tissot, dans son Rapport au Chapitre général de J873. Arrivé auprès de quatre ou cinq familles, il doit aller au secours de tous, depuis celui qui vient de naitre, jusqu'au vieillard : baptiser, instruire, confesser, consoler les affligés et réprimander ceux qui dévient du bon chemin.

Souvent, tout cela était à faire dans une seule et même famille. (. était l'occupation, partout recommencée, du Père, pendant les mois

que durait sa tournée. Pour sa nourriture, il s'en remettait à la générosité de ceux qu'il visitait : c'est-à-dire qu'elle n'avait rien de succulent, ni même de simplement attrayant. Le sauvage n'est pas donnant : c'est là son moindre défaut. Surtout quand il est pauvre et qu'il n'a que le strict nécessaire, la pensée ne lui viendra jamais de se dépouiller de la moindre parcelle de ses provisions, pour l'offrir à celui qui, au prix de tant de latigues, accourt lui apporter en abondance les biens spirituels.

Malgré tant de privations, de dangers et de misères, le Missionnaire était content. La foi lui ouvrait des horizons immenses. Dans son cœur, il goûtait une joie qui n'est plus de la terre. Au sein de tant d'épreuves quotidiennes, il apprenait, de plus en plus, par son expérience personnelle, combien est vraie la parole du Maître : « Mon joug est suave et mon fardeau léger ! »

Pour gagner à Jésus ces déshérités de la nature, les Oblats étaient heureux de se faire, comme saint Paul, tout à tous, même sauvages avec les sauvages, en ce sens qu'ils devaient renoncer à tout ce que la civilisation regarde comme indispensable à la vie humaine.

Chaque année donc, les Pères de Saint-Laurent, les uns après les autres, équipaient leurs traîneaux à chiens, chaussaient les raquettes, ou; suivant la saison, s'embarquaient sur un frêle canot d'écorce. Ils employaient chacun plusieurs mois à ces courses apostoliques si fatigantes, de huit à neuf cents kilomètres. Le plus souvent, ils en faisaient à pied la majeure partie, à la suite de leurs chiens charriant les bagages, et, le soir, campaient à la belle étoile, par des froids extrêmement rigoureux.

Outre le travail continuel de ces visites, il fallait étudier et posséder à fond au moins trois langues extrêmement dilliciles, pour répondre aux exigences de ce ministère varié.

Ils évangélisèrent ainsi plusieurs postes, dont nous ne citerons ici que les principaux :

1° D'abord, l'ancien poste de Notre-Dame du Lac.

2° Totogan, à l'ouest, près de l'extrémité méridionale du lac Manitoba.

3° La Rivière Blanche-Fangeuse, White-mud river, qui se jette dans ce lac, près de Totogan. Elle aurait peu d'importance par elle-même, mais elle traverse une petite vallée fertile, où quelques familles s'étaient établies, et où probablement d'autres viendraient encore se fixer. Les Pères donc la visitèrent fréquemment.

4° La baie des Sables, Sandy bay, sur la côte occidentale.

EVANGÉLISATION* DES SAUTEUX 105

5° Le lac du Chien, Dog lake, près de la côte orientale du lac Manitoba, à l'endroit où celui-ci se resserre.

6° Le Détroit, ou presqu'île entre ces deux lacs.

7° Le lac du Flux et Reflux, en anglais Ebb and Flow, petit lac très étroit, mais allongé à l'ouest de cette presqu'île.

8° La rivière de la Poule d'eau, en anglais Water-hen, trait d'union entre les lacs Manitoba et Winnipegosis. Vu ses nombreux méandres, elle parcourt, de vingt à trente fois, la distance qui sépare ces deux lacs. Elle est rapide, peu profonde, et a une foule de subdivisions à travers ce pays bas et marécageux.

9° Le lac du Cygne, Swan lake, à l'ouest de la partie septentrionale du lac Winnipegosis.

1(1° La rivière Plate, Shoal river ; la rivière à la Grue, Crâne river; Posen, etc., etc.

La multitude de lacs qui couvre le pays', dans cette vaste région, et l'inextricable dédale des cours d'eau qui les unit, rendent très vraisemblable le sentiment d'après lequel, à une époque géologique relativement peu éloignée, tous ne formaient, avec le grand lac Winnipeg, qu'un seul et même bassin : vraie mer intérieure.

En fait, beaucoup de ces terrains sont à peine émergés, et encore très imbibés d'eau. Ils forment des marécages, au milieu desquels il est très ditlicile de marcher, et dans lesquels on est très exposé à s'enfoncer, et même à s'enliser.

Le résultat de ces expéditions si longues, si fatigantes, et, parfois, si périlleuses, ne fut pas sans consolations. Une lettre du P. Camper, datée du 17 décembre 1884, nous le révèle :

- Daigne le Maître du champ nous envoyer encore un plus grand nombre d'ouvriers. Vous seriez étonné de voir nos enfants sauvages lire passablement en français... Et si vous les entendiez chanter avec ensemble, soit la messe des Anges, soit la messe Royale, ou bien des cantiques en sauteux et en français, même des antiennes et des psaumes en latin, vous seriez émerveillé!... Je n'ai pas besoin de vous dire combien le progrès de nos fidèles, éloignés à de telles distances, réjouit le cœur du Missionnaire. Ils lui font oublier et compter pour rien la rigueur du froid, les campements à la belle étoile, et les marches forcées de plusieurs centaines de kilomètres, au pas de course, à la suite des chiens qui tirent le traîneau, chargé de son bagage.

§ 2 "Noire-T)ame des Sept-Douleurs.

(Baie des Canards et rivière aux Epinettes.)

Quoique tant de postes divers fussent régulièrement visités par les Pères de Saint-Laurent, celui de la baie des Canards, fondé autrefois par le P. Bermond, n'était pas négligé.

C'était, au contraire, un de ceux auxquels ils se consacraient spécialement.

En 1864, un mouvement de conversion s'y dessina. Les Pères eurent le bonheur de baptiser quelques adultes, et Mgr Taché vint donner la confirmation à vingt-deux d'entre eux.

Chaque année, les infatigables Missionnaires y passèrent une partie de l'hiver, recueillant, chaque fois, de nouveaux fruits de conversion.

En 1869, ils y élevèrent une nouvelle chapelle plus spacieuse, car celle qu'ils avaient bâtie, huit ans auparavant, était insuffisante, et, d'ailleurs, tombait en ruines.

Un sauvage catholique de la baie des Canards, Jean-Baptiste Napakisit, leur servait ordinairement de guide dans leur courses à travers les forets, les marécages et les fondrières.

L'année du Jubilé, en 1875, les habitants du lieu voulurent le choisir pour chef.

Après bien des hésitations, il accepta, dans l'espoir que, si le Gouvernement agréait sa nomination, il verrait se réaliser le plus ardent de ses désirs : entendre plus souvent parler de Jésus-Christ, et procurer à ses enfants et à ceux des autres le bienfait d'une éducation chrétienne.

C'étaient, là, certainement de fort beaux sentiments, et il serait à souhaiter que tous les élus du sulfrage universel, dans nos pays civilisés, députés, maires et sénateurs, eussent un idéal aussi élevé.

Le nombre des Pères ayant augmenté, il fut, enfin, possible de constituer un établissement fixe, près de la baie des Canards, à l'embouchure de la rivière aux Epinettes, Pine river, qui se jette dans le lac Winnipegosis. L'église que les Oblats y bâtirent, fut dédiée à Notre-Dame des Sept-Douleurs. Ils y fondèrent aussi une école, ainsi qu'au poste de la Poule d'eau.

C'est de là, désormais, que furent desservies les autres stations situées plus au nord, comme celles du lac du Cygne, de la rivière Plate, etc.

Une agglomération s'y forma, et augmenta peu à peu. En outre, plusieurs familles indiennes, venant des plaines de l'ouest, résolurent

de s'y arrêter. Il en résulta un village, puis, plus tard, une petite cité, qui grandit, elle aussi, et que, par reconnaissance pour le P. Camper, on appela Camperville, nom qu'elle porte encore sur les cartes géographiques actuelles.

Ce qui attira, de plus en plus, en cet endroit, les sauvages nomades et aussi les Métis, c'était la facilité de l'existence offerte par un lac très poissonneux, et, surtout, la présence d'une école, dont ils voulaient faire bénéficier leurs enfants.

Païennes, ou indifférentes, à leur arrivée, ces familles ne cachaient pas, cependant, leur intention de se convertir au catholicisme, et commençaient par faire baptiser leur nombreuse progéniture.

§ 3 Sainte-T(ose du Lac (Lac Dauphin.)

Un autre centre de population se forma à l'ouest du lac Manitoba, et au sud-est du petit lac Dauphin, dans la vallée de la Turllc river, appelée, par les uns, rivière aux tourtes, ou tourterelles, et, par les autres, rivière aux tortues, le mot anglais turtle ayant ces deux significations.

Il fut, d'abord, composé de Métis, auxquels s'adjoignirent ensuite des colons blancs, franco-canadiens, et même des Européens, venus de la France, de l'Irlande et de l'Ecosse.

C'est de la station d'Ebb and Flow, lac du Flux et Reflux, que les Oblats avaient commencé par porter à cette région les secours religieux. Ils y bâtirent ensuite une belle église et une école, en rapport avec l'importance de la population.

Grâce à leur zèle, fut créée, là, une paroisse qu'ils appelèrent Sainte- Rose du Lac, et qui prit, dans la suite, de notables développements.

§ S Tort Alexandre (Lac Winnipeg.)

-Magnifique pièce d'eau, le lac Winnipeg a près de quatre cent cinquante kilomètres de long, et, parfois, jusqu'à quatre-vingt-seize de large.

Quoiqu'il ait. eu, autrefois, une surface triple, ou quadruple, on voit, par ces chiffres, qu'il a encore une étendue fort convenable : elle équivaut à quarante-trois fois celle du lac de Genève.

A l'est, ses bords sont formés par des rochers granitiques ; à l'ouest, par des couches de calcaire et des bancs de sable ; mais, à cause de son peu de profondeur, ses eaux ne sont pas limpides : de là, son nom de Winnipeg, qui, en algonquin, signifie eau bourbeuse et sale.

Il reçoit des cours d'eau très importants, entre autres : au sud, la rivière Rouge ; au nord-ouest, la Saskatehewan ; au nord-est, vis-à-vis de l'embouchure de celle-ci, par une sorte de symétrie, la rivière Winnipeg, qui est comme scindée en deux branches, venant à la rencontre l'une de l'autre, pour mêler leurs ondes dans cette mer intérieure.

Fort belle rivière, la Winnipeg, longue de sept à huit cents kilomètres, traverse le lac La Pluie et le lac des Bois, reçoit ensuite, à droite, la rivière aux Anglais, et présente sur son parcours une foule de rapides, se terminant en chutes et en cascades. Ils sont si nombreux, en certains endroits, qu'on l'appelle, alors, rivière Blanche, car ils s'y succèdent, si rapprochés les uns des autres, que, sur de grandes distances, l'eau est partout écumante.

Près de l'embouchure de la rivière Winnipeg, à cent trente kilomètres environ au nord-est de Saint-Boniface, s'élève le fort Alexandre, d'où l'on a une vue splendide sur l'immense lac.

Les Oblats qui l'avaient visité, peu après leur arrivée, y retournèrent, et y fondèrent un établissement, vers 1865, pour évangéliser les Sauteux de cette région, jusqu'au lac des Bois, la rivière La Pluie et la rivière aux Anglais.

Dix ans plus tard, beaucoup de ces sauvages étaient devenus profondément chrétiens. Les Pères leur bâtirent une belle église, avec une école.

§ ■> JÇenora ou Portage du T\at (Lac des Bois).

Long de plus de cent kilomètres et large de cinquante à soixante, le lac des Bois, Lake of the Woods, renferme plusieurs milliers d'îles : dix-mille, assure-t-on, grandes et petites, couvertes de forêts de cèdres, de trembles, d'épinettes et de sapins ; innombrables bouquets de verdure, émergeant des eaux.

A chaque instant, l'aspect du paysage change. Entre ces îles, des passages, tantôt larges, tantôt étroits, mais irréguliers et très pittoresques, constituent, par leurs gracieux méandres, un inextricable labyrinthe, dans lequel on pourrait très facilement s'égarer, si on n'avait un guide expérimenté et un habile pilote.

Nous n'oublierons jamais l'excursion que nous y fîmes, nous-même,

EVANGELISATION" DES SAUTEUX

au mois d'août 1912, sur le coquet petit bateau à vapeur de notre maison de Kenora. C'est un de nos plus charmants souvenirs de notre long et si instructif voyage dans le Nord-Ouest Américain.

A l'extrémité septentrionale de ce remarquable lac des Bois, la rivière Winnipeg, par laquelle il se décharge, forme des cascades mugissantes, en se précipitant sur un lit de rochers.

C'est un endroit délicieux, et, à notre époque, le rendez-vous des promeneurs pendant la belle saison.

On y vient même de la ville de Winnipeg, quoiqu'elle soit éloignée de plus de deux cents kilomètres, distance qu'en chemin de fer on parcourt actuellement en quelques heures.

Le nom, si curieux, de Portage du Rat, on Portage aux Rats, fut donné à ce lieu par les sauvages, cpii, ne pouvant descendre en canot ces rapides dangereux, et obligés de faire « portage », trouvèrent établis aux environs une multitude de rats musqués, qui avaient élu domicile dans les grandes herbes et les joncs des marais voisins, où ils s'étaient construits des habitations sphériques, assez semblables à celles des castors.

De bonne heure, les Oblats visitèrent cette localité, et y bâtirent une chapelle sous le vocable de Notre-Dame du Portage. Suivant

t.«*H muni

Kenora. (Portage du Rat.) — Église et maison des Pères.

leur pratique constante, ils y ajoutèrent une école, fréquentée par soixante-dix enfants, chiffre qui, dans la suite, monta à cent soixante. Ce développement les amena à créer trois autres écoles dans ce district. Diverses compagnies, en effet, ne tardèrent pas à exploiter les forêts de cette région, même sur une grande échelle. Elles y construisirent de nombreuses scieries mécaniques, en vue du commerce des bois qui,. en peu de temps, devint considérable.

La première chapelle fut remplacée par une belle église en pierres,, contiguë à la maison des Pères, avec une magnifique tour en granit rouge et gris : le tout sur un petit, monticule qui domine le lac et les cascades, près de la gare actuelle et importante du chemin de fer (anadian Pacific.

De là, les Pères entreprenaient, vers le nord, l'est et le sud, des courses, dans un rayon d'une centaine de kilomètres, faisant ainsi, de leur établissement du Portage du Rat, un véritable centre de missions indigènes. Ils s'avançaient jusqu'à des stations fort éloignées, telles que Keewatin,. Déception, Rottland, et celles du lac Seul, de la baie Vermillon, de la rivière de l'Aigle, du lac des Fleurs, des détroits du Foin, etc. Aucune fatigue ne les arrêtait, quand il s'agissait de jeter la bonne semence de l'Evangile, au milieu des tribus infidèles, plongées dans les ténèbres des plus grossières erreurs.

Le courant ininterrompu de l'immigration détermina, au Portage du Rat, l'éclosion d'une petite ville, qu'on appela Kenora. Elle prit, peu à peu, une réelle importance, de sorte que la Congrégation y possède,, de nos jours, un établissement des plus agréables et des plus intéressants..

Tort Trances (Lac "La Pluie).

Parmi les postes visités, dès l'origine, par les Pères de la résidencede Kenora, il nous faut donner une mention spéciale à celui de fort Frances, situé près de l'endroit où commence la rivière La Pluie, qui fait communiquer le lac de ce nom avec celui des Rois, à plus de cent, cinquante kilomètres au sud-est du Portage du Rat.

En été, le voyage était facile : on pouvait le faire en canot ; maisv en hiver, le lac et la rivière étant glacés, on ne pouvait y aller qu'en traîneau à chiens, ou bien à cheval. Comme on devait souvent s'écarter des chemins battus, pour visiter les groupes isolés, on était dans la nécessité de chausser les raquettes, et de faire à pied une grande partie du trajet. La nuit venue, quand on sentait tous ses membres transis.

par le froid, on n'avait d'autre ressource que de coucher, en plein air, sur quelques branches de sapin, en guise de lit, ou au fond d'une excavation creusée dans la neige.

— On a beau avoir l'âme poétique, écrivait, à ce propos, le P. Cahill, après une journée de fatigue extrême, au moment de prendre un peu de repos, dans de telles conditions, on ne peut se défendre, aux débuts surtout, de quelque anxiété. Mais on s'y fait... Roulezvous dans vos couvertures, près du feu que vous aurez eu soin de bien préparer, et attendez le sommeil. Il ne tardera pas à venir, pour peu que vous soyez habitué à ce genre de couchette...

Il y avait, dans les environs de fort Frances, un certain nombre de familles, descendant de Canadiens, qui, venus, un siècle auparavant, au service de la Compagnie du Nord-Ouest pour la traite des fourrures, s'y étaient mariés à des sauvagesses. Ces ancêtres avaient pris assez rapidement les habitudes de leur nouvelle patrie, ne gardant rien de celles du pays qui les avait vus naître. Ils en avaient oublié même la langue. Eux et. leurs fils, ou petits-fils, ne parlaient guère que lesauteux.

Là aussi, les Oblats commencèrent par bâtir une chapelle et une école fréquentée régulièrement par une trentaine, puis une cinquantaine d'enfants indigènes.

- Ces Métis sauteux, écrivait encore le P. Cahill, sont maintenant de braves gens, dont la foi, l'assiduité aux offices et la participation aux sacrements font ma consolation. Ils savent bien leurs prières, et ont une aptitude prononcée pour le chant.

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