CHAPITRE I
Sur les rives du Puget Sound
§ 1 'Emigration vers le Nord.
Arrivés dans l'Orégon en 1847, les Oblats, grâce à leur dévouement inlassable et malgré d'innombrables difficultés, avaient fondé, en peu d'années, plusieurs Missions chez les Walla-Wallas, les Yakimas, les Indiens du Puget Sound et les Cayouses.
Nous avons décrit, dans le second volume de cette Histoire, la naissance et le développement de leurs établissements de Sainte-Rose, de l' Immaculée-Conception, de Saint-Joseph de Simcoé, de Sainte- Croix d'Attanem, d'Olympia, etc. ; la merveilleuse transformation opérée par leur zèle chez les sauvages naguère extrêmement grossiers, gloutons, voleurs et assassins ; puis, les ruines accumulés par des années de combats sanglants, de 1855 à 1858, quand les Américains des Etats- Unis, désireux d'implanter leur domination sur ces contrées où des mines d'or venaient d'être découvertes, voulurent parquer les antiques possesseurs du sol dans des espaces limités ou « réserves »,
Pour des Indiens, nomades d'instinct et d'habitude, ces restrictions posées à leur liberté, jusque-là sans bornes, avaient paru l'effet d'une insupportable tyrannie. Se considérant comme condamnés à l'escla-
«Soojf
ia
\" vi
^^^éé
,' \*$$gs$&jp-
tè, o
CQ
tf^
372 dans l'orégon
vage et réduits à mourir de faim, puisqu'on les empêchait de pourvoir à leur subsistance par la chasse, ils s'excitèrent les uns les autres, oublièrent leurs démêlés réciproques, et s'unirent contre les envahisseurs en poussant des cris de rage.
C'était la guerre!... guerre de race!... guerre implacable!... guerre de sauvages, luttant pour leur indépendance, et décidés à mourir plutôt que d'y renoncer.
Ceux qui étaient demeurés païens englobèrent les Missionnaires dans leur haine et leur réprobation. A leurs yeux, ces prêtres n'étaient que des étrangers, donc des ennemis qu'il fallait tuer sans pitié, en même temps qu'on détruirait leurs œuvres de fond en comble.
Ils tournèrent également leur fureur contre les sauvages convertis à la foi chrétienne, les regardant comme des traîtres, parce que, sur les conseils des Pères, ils avaient refusé de prendre les armes.
Pour soustraire leurs néophytes à tant de dangers, les Oblats les emmenèrent loin du théâtre de ces tragiques événements, sur les côtes septentrionales du Puget Sound, ou baie Puget, près de la frontière de la Colombie britannique.
§ 2 Tulalip.
L'emplacement choisi comme terme de cette émigration fut le lieu appelé Tulalip, à cent cinquante kilomètres au nord d'Olympia.
On y arriva durant l'été de 1858, et une maison-chapelle y fut rapidement construite, près de l'embouchure de la rivière des Snohomish, point qui paraissait plus accessible aux nombreux groupes disséminés tout autour, dans un vaste rayon. Les Pères se proposaient, en effet, non seulement de continuer les soins les plus dévoués à leurs néophytes, mais aussi de faire d'autres conquêtes, en travaillant sans relâche à la conversion des païens habitant ces parages.
Dans ce but, ils ne se contenteraient pas d'accueillir avec bienveillance ceux qui, répondant à leur appel, viendraient à eux. Ils s'élanceraient aussi à la poursuite de ceux qui, sourds à leurs pressantes invitations, sembleraient vouloir échapper à leur salutaire influence, et s'obstiner à vivre dans les ténèbres de l'erreur. On verrait les vaillants apôtres remonter les rivières sur des canots fragiles, gravir les montagnes les plus escarpées, s'enfoncer dans les forêts profondes, à la recherche des brebis perdues, parfois jusqu'à plus de trois cents kilomètres.