‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 4)Chapitre 7 sur 52 · CHAPITRE IV Rennes · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Rennes

§ 1 La rue du Pré-Perché.

Depuis longtemps la Bretagne attirait le regard et l'attention du Supérieur général. Plusieurs fois déjà, Mgr Brossais Saint-Marc, archevêque de Rennes, avait témoigné le désir de voir les Oblats de Marie s'établir dans son diocèse. Le moment semblait venu de répondre à ses invitations réitérées.

Dans la soirée du 28 juin 1865, le P. de l'Hermite, nommé supérieur de la nouvelle résidence, et ses premiers collaborateurs, les PP. Vivier, Coste, Lemasson et Piraud, s'installaient dans un immeuble de la rue du Pré-Perché, adjacente à l'une des plus belles et principales artères, appelée aujourd'hui boulevard de la Liberté, et à quelques pas de l'avenue de la Tour-d'Auvergne.

Avec une franchise toute bretonne, l'archevêque manifesta sa joie, et les assura encore de la bienveillance dont il voulait entourer leur ministère. Un acte authentique de la fondation canonique de l'établissement, spécifiant l'autorisation d'ou\Tir une chapelle publique et d'y exercer toutes les fonctions du culte, leur fut remis dans les termes les plus flatteurs.

L'accueil ne pouvait être plus aimable, ni plus engageant.

Il ne le fut pas moins de la part des grands vicaires, du secrétaire de l'archevêché et des principaux curés de la ville et du diocèse, heureux de renouer avec les Oblats, et de rendre plus étroites, des relations précédemment formées, dont ils appréciaient les charmes.

En évangélisant, depuis plus de dix ans, l'Orléanais et l'Anjou, où leur nom était déjà si populaire, nos Pères de Notre-Dame de Cléry et d'Angers avaient, en effet, rayonné jusqu'en Bretagne et en Vendée, et y avaient suscité de chaudes sympathies.

Pré-Perché !... Quel singulier nom ! dira peut-être un lecteur. Quelque explication à ce sujet ne sera donc pas inutile.

Situé non loin du confluent de l'Ille et de la Vilaine, ce quartier,

54 EN' FKAXCE

autrefois, n'était qu'un pré, remplacé ensuite par de larges boulevards et des rues spacieuses.

Avant ces modifications, on avait, sans doute, planté des perches sur ces terrains souvent envahis par les eaux, afin d'indiquer les passages où le pied pouvait se poser avec sécvirité ; ou bien aussi, en dehors des périodes d'inondation, on suspendait, au moyen de perches, du linge pour le faire sécher au soleil.

Complètement disparus en 1865, car déjà des constructions s'y élevaient de toutes parts, pré et perches n'existaient plus qu'à l'état de souvenir ; mais le nom, original et bizarre, avait survécu à cette bienfaisante révolution.

L'habitation des Pères constituait un rectangle irrégulier, d'assez grandes dimensions, s'allongeant entre la rue du Pré-Perché et le boulevard de la Liberté, appelé alors boulevard du Prince-Impérial.

Elle était prise sur un ensemble d'anciens magasins, dont l'un avait été converti en chapelle provisoire, de dimensions suffisantes pour contenir deux cents personnes ; les autres s'étaient métamorphosés en salles diverses, cellules et vastes galeries qui servaient de promenoir.

Une petite cour intérieure, tapissée d'un modeste gazon, donnait l'illusion d'un jardin.

Le choix du local avait été suggéré par l'archevêque, désireux que la Congrégation se fixât sur la rive gauche de la Vilaine, où ne se trouvait qu'vnie seule église, celle de la paroisse de Toussaints, qui ne comptait pas moins de quatorze mille âmes.

Nulle part les Oblats ne rendraient plus de services.

Une population dense et éloignée de toute église, ou chapelle, les entourait, et leur accorda bientôt sa confiance.

Plusieurs messes, le dimanche et en semaine, procuraient aux fidèles la facilité de satisfaire leur dévotion. En même temps, des instructions fréquentes éclairaient et nourrissaient leur piété. Les exercices du mois de Marie, notamment, amenèrent une affluence considérable, qui se jnaintint et augmenta, d'année en année.

Les Missions en Bretagne,

Dans ces pays si profondément chrétiens, l'apostolat visait plutôt à ranimer la ferveur, qu'à produire des conversions, au sens strict du mot. Si, dans l'âme des Bretons, la lumière surnaturelle subissait, parfois, des éclipses, jamais ces éclipses n'étaient totales.

Page 1