‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 4)Chapitre 8 sur 52 · RENNES · texte numérisé non relu

RENNES

Foncièrement bonnes, les populations aimaient les prêtres et les missionnaires. Les choses du ciel éveillaient immédiatement en elles un écho,

— On sent que ces masses compactes croient encore à l'au-delà, écrivait le P. de l'Hermite. En outre, si l'on étudie ces natures fermes et graves, ces caractères de fer, gens ferrea, comme les qualifiait César,

Le P. de l'Hermite.

on comprend les glorieux souvenirs de leur histoire, et les combats li\Tés par eux, 'pro arîs et focis, à la suite de la Révolution qui prétendait renverser leurs autels.

— Les Bretons ont le génie de la prière, écrivait, de son côté, le P. Coste.

Ils priaient beaucoup, en effet ; et ils priaient bien. Nulle part, dans les églises, tenue plus édifiante !

Jusque dans les cérémonies en plein air, les foules ne perdaient jamais leur calme, et l'on n'y pouvait surprendre les moindres traces de

ces agitations bruyantes, qui, dans le Midi, accompagnent souvent les manifestations de la piété.

Riches et pauvres, châtelains et villageois se confondaient dans les mêmes rangs pressés, partageant les mêmes gênes et les mêmes consolations. Nul murmure ne montait du sein des multitudes, sinon ce léger brouhaha, inséparable des assemblées nombreuses.

Ce n'est pas à dire, pourtant, que, dans ces populations si imprégnées du sentiment religieux, il n'y eût rien à réformer, et que le zèle des messagers de l'Évangile ne rencontrât aucun obstacle.

Si le diable, il y a plus de six mille ans, a réussi à se glisser dans le paradis terrestre, il était moins embarrassé encore pour pénétrer en Bretagne, au milieu du xix^ siècle. De multiples et perfides complices l'aidaient dans son œuvre néfaste, emj^runtant les chemins de fer pour aller plus vite, répandant des idées modernes et subversives dans les villes et les campagnes, sous le couvert de journaux, brochures, revues et livres ; et proclamant, sur tous les tons, l'heure venue de déli\Ter, enfin, l'humanité de la honteuse servitude des dogmes.

Sous ces attaques sournoises et répétées, des fissures ne se creuseraient-elles pas dans le granit, jusque-là inaltéré, de la vieille foi bretonne ?

Le but principal des missions était d'obvier à ce péril.

Elles consistaient donc à prêcher, aussi clairement que possible, les vérités révélées, et surtout à confesser beaucoup et bien, durant des journées entières, sans se préoccuper des phalanges de pénitents qui assiégeaient les confessionnaux. II importait d'éviter la dangereuse habitude de la précipitation, qui s'imagine faire du zèle, en bâclant au plus vite la besogne.

D'ailleurs, les gens savaient attendre... La patience et la ténacité avec lesquelles ils acceptaient l'ennui d'interminables séances n'était pas le trait le moins caractéristique de ces missions bretonnes.

On les A'oyait adossés aux confessionnaux, comme des cariatides supportant ces meubles vermoulus, et tâchant de les préserver des assauts de la foule, qui, entassée tout autour et même au dedans, exposait, plus d'une fois, par ses mouvements irrésistibles de flux et de reflux, le confesseur à être ballotté dans sa niche, comme une épave à la merci des flots.

Ces missions n'allaient pas, non plus, sans des réunions spéciales pour les hommes, et il était touchant d'entendre ces robustes enfants de l'Armorique chanter, avec l'enthousiasme de soldats et la simplicité de jeunes filles, ce refrain d'un cantique breton :

O mon bon Jésus, ô mon cher amour, Régnez dans mon cœur, la nuit et le jour !

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