‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 5)Chapitre 10 sur 49 · ROYAUMONT · texte numérisé non relu

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les filles obéissantes et dévouées de celui que leur Fondateur vénéré leur a désigné, comme devant le remplacer dans le gouvernement des sujets et des œuvres de l'Association...

En conséquence, la présidente permanente du Conseil général, la Rév. Mère Octavie Daudigeois, offrait à Mgr de Mazenod l'assurance de soumission et d'obéissance que lui envoyaient « de plein cœur » toutes les Conseillères générales.

Elle lui rappelait ensuite que, d'après la teneur du Traité, il avait la faculté de se faire remplacer, dans l'administration de la Sainte-Famille, par un des siens, résidant au centre de leur Association, et administrant, sous la dépendance et la direction du Supérieur général, avec pleine autorité.

A ce propos, les membres du Conseil émettaient unanimement le vœu que le Supérieur général désignât, pour son représentant, le R. P. Bellon. Il avait été à même de s'identifier davantage avec les pensées et les sentiments de leur vénéré Père-Fondateur, qui s'était reposé sur lui, avec tant d'affection et de confiance, surtout durant sa dernière maladie.

La lettre se terminait par les formules de la soumission la plus filiale et de la plus respectueuse vénération.

— Nous voulons, disait-elle, être vos enfants les plus dévouées et les plus obéissantes. Soyez notre « bon Père » ! Aidez-nous, par la prière et par votre affection paternelle, à porter le poids de notre profond et si légitime chagrin.

Le désir exprimé à l'égard de celui par lequel le Supérieur général devait se faire représenter, était trop conforme aux vues de Mgr de Mazenod, pour qu'il ne fût pas accueilli favorablement. Il était, d'ailleurs, si bien justifié par les qualités de celui qui en était l'objet !... Le P. Bellon fut donc nommé Pro-Directeur de la Sainte-Famille.

Investi de la confiance entière des religieuses, il semblait l'homme prédestiné pour continuer avec fruit l'œuvre si importante, dont il était, désormais, officiellement chargé. Mais sa santé, qui avait toujours été délicate, se trouvait fortement compromise, par le surcroît de fatigues auxquelles il s'était généreusement exposé, pour assister M. Xoailles dans sa dernière maladie.

Quand il vint à Marseille, quelques semaines après, pour demander les conseils de Mgr de ^lazenod et recevoir sa bénédiction, on fut peiné de l'altération de ses traits.

A son retour à Bordeaux, malgré les soins les plus intelligents et les plus empressés, son mal empira, et l'on prévit le moment trop prochain,

OÙ il serait ravi à l'affection et aux espérances des deux Congrégations.

La mort de Mgr de Mazenod porta le dernier coup à son cœur si sensible, et qui s'imposait tant de violence, pour demeurer calme, au sein des plus profondes afflictions.

Sa résignation fut parfaite, mais au prix de la lutte la plus énergique contre sa propre douleur.

Des crachements de sang, contre lesquels les ressources de l'art furent absolument impuissantes, précipitèrent le dénouement fatal, et il mourut, à la fleur de l'âge, le 28 juin 1861, un mois après notre vénéré Fondateur.

A la nouvelle de l'aggravation subite de son état, le P. Vincens, sur le point de prêcher une retraite pastorale à Poitiers, était accouru aussitôt auprès de lui.

— Je voudrais pouvoir vous dire, écrivait-il aux Assistants généraux, les sentiments de ce bon Père : c'était un fruit mûr pour la bienheureuse éternité !... Pas le moindre trouble en face de la mort ; soumission la plus entière ; abandon le plus complet à la volonté divine. Il sentait qu'il allait au ciel, et il l'avouait avec une simplicité qui engendrait la conviction... Durant sa longue agonie, alors que nous doutions qu'il pût encore parler, nous l'entendions, tout à coup, répétant les paroles d'un psaume : Bcnedicam Dominum in omni tempore ; ... Laetatus sum ; ... In te, Domine, speravi ; ... ou bien une douce aspiration... Quelquefois aussi, de pieuses exhortations à nos Sœurs et aux personnes qui l'entouraient... C'est bien ainsi que meurent les saints !...

Tant de morts, à des intervalles si rapprochés, soumettaient à une redoutable épreuve les deux familles religieuses désormais unies. Il im^wrtait de donner au plus tôt un successeur au P. Bellon, et, le 13 juillet, le P. Souiller, alors Supérieur de notre maison d'Angers, recevait du P. Tempier, vicaire général de la Congrégation, une lettre le nommant Pro-Directeur de la Sainte-Famille.

En même temps qu'il se rendait à Bordeaux, y arrivait le P. Fabre, Assistant général, pour l'installer dans ses hautes fonctions.

La cérémonie eut lieu, le 17 juillet, en présence de toute la communauté assemblée. En cette circonstance, le P. Fabre prononça une allocution touchante, qui émut profondément l'assistance.

Sans se douter aucunement de la double charge que le Chapitre général poserait bientôt sur ses épaules, le P. Fabre, durant son séjour de plus d'un mois à Bordeaux, exerça un fécond apostolat dans la Sainte-Famille. Chaque jour, il adressait une instruction à la maison dite du Centre, où habitaient les Supérieures majeures, et consacrait le reste du temps

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à étudier, de plus près, les divers rouages délicats et complexes de cette vaste administration.

Ses éminentes qualités frappèrent tous les es23rits, et lui attirèrent l'estime universelle. Aussi, lorsque le Chapitre général, en l'élisant Supérieur général des Oblats, le 5 décembre 1861, l'eut fait également Directeur général de la Sainte-Famille, ce fut, à Bordeaux, l'explosion d'une véritable joie. Pleines de reconnaissance envers Dieu, les Supérieures de la Sainte-Famille s'empressèrent d'offrir, à leur nouveau Directeur général, l'hommage de leur respect filial et l'assurance de la soumission la plus complète de tous les sujets de leur Institut.

§ 3 L'abbaye restaurée.

Un des buts que se proposa le P. Fabre, en prenant possessioi. de cette charge, dont il ne se dissimulait pas la lourde responsabilité, fut, avec la sanctification des âmes et le développement des œu\Tes, le raffermissement de l'unité, si nécessaire, et toujours exposée à s'affaiblir, dans une Association qui, en réalité, se comiDOsait de sept Congrégations distinctes.

Dès la première heure, il pensa que le moyen le plus efficace était la réunion des novices dans une même maison, où elles recevraient simultanément une formation spéciale, selon les exigences de la Branche particulière à laquelle elles appartenaient, et une formation générale qui, malgré la diversité des costumes et des fonctions, les ferait vraiment les parties d'un même tout.

Quel que fût, en effet, le but spécial de ces sept Branches, elles devaient, cependant, se prêter un naturel appui, être dirigées dans un même sens, et ne constituer qu'une même Association. Malgré les Règles particulières qui les régissaient dans leur sphère propre, elles devaient être également soumises à des Règles générales, liens indissolubles qui les rattachaient entre elles et les soudaient au même tronc.

Or, jusqu'à cette époque, la Sainte-Famille avait compté, à Bordeaux, autant de noviciats séparés que de Branches. Cette séparation, il le comprit immédiatement, aurait fini par engendrer des inconvénients très graves, dans une Association déjà si répandue, et dont une condition indispensable de vitalité et de perpétuité était une cohésion, aussi parfaite que possible, de tous les membres entre eux.

Depuis longtemps, les Supérieures de la Sainte-Famille sentaient le péril d'une telle situation. Aussi entrèrent-elles bien vite dans les vues

du P. Fabre, et se prêtèrent-elles de grand cœur à l'exécution de son plan. Il répondait, d'ailleurs, au désir de leur Fondateur même, qui avait envisagé ce moj'cn, comme le meilleur pour consolider son Œuvre.

Peu à peu, les divers noviciats se réunirent, les uns aux autres, de telle sorte qu'il ne resta plus que deux grouj^es.

C'était déjà une amélioration sensible, et la consécration, par les faits, d'un principe important. Néanmoins, ce n'était pas encore la perfection entière, et on devait viser à réaliser encore, sous ce rapport, un indispensable progrès.

Mais l'unité complète des noviciats ne pourrait s'elîectuer, que lorsque l'on posséderait un local assez vaste et assez bien aménagé à l'intérievu', en vue de cette unité dans la distinction des Branches, c'est-à-dire ayant des salles pour chaque Congrégation particulière, et d'autres de dimensions suffisantes pour les assemblées générales.

Dans cette Maison-Mère, auraient lieu, en outre, les grandes retraites, si utiles, elles aussi, pour assurer l'unité.

De plus, là également, résideraient, au moins une partie de l'année, les premières Supérieures et les membres de l'Administration centrale, afin que le noviciat général fût sous leurs yeux, et s'épanouît sous leur sage impulsion.

Il s'agissait donc de trouver, ou de construire, un édifice capable, selon l'expression du P. Souiller, de loger trois cents personnes en temps ordinaire, et six cents au moment des retraites.

Divers motifs militaient pour que cet établissement ne fût pas trop éloigné de Paris, soit pour fa\oriser le recrutement dans le nord de la France, soit pour attirer plus facilement les religieuses, surtout celles d'Angleterre, aux retraites générales.

Les recherches et les tâtonnements durèrent plusieurs années.

Après bien des démarches et des visites de terrains à vendre, ou d'anciens monastères susceptibles d'être adaptés à cette destination, la conviction se fit, peu à peu, dans l'esprit du P. Fabre, comme des Supérieures majeures de la Sainte-Famille, que, pour le but qu'on se proposait, rien ne convenait mieux que l'abbaye de Roj-aumont. Elle réunissait tovites les conditions : rapprochement de la capitale, solitude, constructions monumentales, vastes espaces.

Cette magnifique propriété fut donc transféi'ée à la Sainte-Famille, qui, l'ayant acquise, en continua les réparations commencées par les Oblats, et en prit possession, le 18 avril 18G9, fête du Patronage de saint Joseph.

En s'y installant, elle renouait, sous un autre rapport aussi, les

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traditions du passé, puisque, comme nous l'avons dit, un archevêque de Bordeaux, Henri d'Escoubleau de Sourdis. avait été, autrefois, abbé de Hoyaumont.

A aucun moment on n'avait songé à rebâtir l'égb'se abbatiale, totalement détruite, sauf une tour du transept. C'eût été ime dépense colossale et absolument inutile ; mais l'ancien réfectoire gothique fut transformé en chapelle : plus de six cents personnes pouvaient y trouver place. La salle du Chapitre, à l'extrémité méridionale de la maison des Hôtes,

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Le Cloître.

devint le réfectoire de la communauté, avec, à côté, le réfectoire des postulantes.

Dans l'aile orientale qui avait près de soixante-dix mètres de long sur dix-huit de large, et trois étages, on aménagea aisément de vastes pièces pour les noviciats particuliers des Branches de Lorette, de T Immaculée-Conception, de l'Espérance, etc., et une plus grande encore pour le noviciat général.

De belles sacristies furent disposées près de la chapelle, que des vitraux inondaient de lumière, tout en tempérant, par des couleurs variées, l'éclat des rayons solaires.

Salles communes, infirmerie, dortoirs, cellules, escaliers, corridors et passages, tout fut restauré et arrangé habilement, pour rendre commodes les mouvements compliqués d'une communauté nombreuse. Le bon goût présida à tous ces remaniements et réparations.

Un juste sentiment de reconnaissance poussa les nouvelles propriétaires à transformer en oratoire la chambre de saint Louis. A la place où il priait, un autel s'éleva, et l'on mit au-dessus une superbe châsse renfermant ses reliques. Les faits principaux de sa vie dans le monastère étaient reproduits sur le vitrail, et la fleur de lis s'épanouissait, de toutes parts, comme motif d'ornementation.

Ainsi rajeuni et embelli par la parure dont le revêtirent des mains respectueuses du passé, Royaumont devint une résidence charmante, une solitude aimée, où tout parlait de Dieu, et où il semblait que le monde eût disparu, tant étaient loin et les bruits et les souvenirs de la terre.

Solitude aimée, mais animée par des essaims de novices, défilant en longues théories sous les arceaux du cloître silencieux, en murmurant à voix basse quelques prières ; puis, se répandant, joyeuses, aux heures de récréation, dans les jardins si agréables, où se succédaient charmilles, allées touffues, avenues gracieuses, jDelouses, oratoires champêtres dans des massifs de verdure, cours d'eau, bassins, statues pieuses, calvaire avec sa croix aux larges bras plantée sur un monticule artificiel.

Oui ! il faisait bon dans mi pareil séjour : la dévotion s'y développait d'elle-même.

Et connue cette solitude bénie s'animait encore davantage, à l'époque des retraites générales, qui amenaient, dans ce palais de la vie religieuse, les enfants de la nombreuse famille, dispersées parfois à des distances considérables, et si heureuses de se revoir quelques jours, pour prier ensemble, se recueillir ensemble, méditer ensemble, et ensemble se retremper dans l'esprit de leur vocation.

Royaumont avait retrouvé vraiment sa vie monastique. Le géant,

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abattu par les ennemis de tout ce qui est noble et bon, s'était relevé, pour reprendre le cours de ses annales interrompues par la Révolution, et enregistrer encore des dates historiques, dignes de figurer à côté de celles que lui avaient léguées les siècles passés.

Royaumon t.

Le Prieuré.

Jïction du P. Tabre dans la Sainle-Tamille.

Mgr de Mazenod, étant mort si peu de temps après M. Noailles, ne porta que trois mois le titre de Directeur général de la Sainte-Famille. Nul doute qu'avec sa profonde expérience des âmes, ses vues si surnaturelles et le prestige de sa personne et -de son caractère, il n'en eût parfaitement rempli les fonctions ; mais le temps lui manqua.

En réalité donc, ce fut le P. Fabre qui succéda à M. Noailles, dans le gouvernement effectif de sa grande Association.

Si cette mission était consolante sous certains aspects, elle entraînait une responsabilité bien lourde. Il devait maintenir cette Œuvre militante, la fortifier en la développant, et la conduire de telle façon que l'unité indispensable ne détruisît pas la variété, ni que la variété ne fût un obstacle à l'unité si désirable et si nécessaire.

Il y réussit par les visites canoniques, les retraites générales des supérieures et des membres de l'Administration générale, qu'il prêcha lui-même, dix années consécutives, de 1864 à 1875. Quand, ensuite, il confia à d'autres Pères ce travail délicat, il se réserva toujours la conférence quotidienne, qu'il savait merveilleusement adapter à la condition spéciale des retraitantes.

A ces mesures il ajouta la présidence du Conseil de l'Institut, dans les circonstances les plus imjîortantes ; d'innombrables lettres de direction ; des instructions substantielles aux Sœurs, toutes les fois que l'occasion s'en présentait.

Dans ces entretiens d'édification, il parlait d'abondance, mais d'après un canevas émaillé de textes de la Sainte Écriture, médité au pied des autels, inspiré par son zèle j^our la sanctification des âmes, et rendu toujours très pratique, grâce à la connaissance parfaite de celles auxquelles il s'adressait.

— La vocation religieuse était son thème habituel, rapporte une de ses auditrices ; et, lorsqu'il en rappelait les graves devoirs, ou en montrait les privilèges dans le temps comme dans l'éternité, il s'élevait à des considérations qui remuaient jarofondément. Pour dire les obligations découlant des vœux, il avait des accents pénétrants ; il ne cachait pas les écueils suscités par le démon, le monde et la nature aux meilleures volontés ; il exaltait le mérite de la lutte, provoquait au combat et à la fidélité jusqvi'à la mort.

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Pour peindre le malheur de la religieuse infidèle, continue la même narratrice, il avait des couleurs redoutables, et le terrifiant Nescio vos se répercutait longtemps encore dans les cœurs, quand on l'avait entendu tomber de ses lèvres. Cette maxime évangélique : ' Si vous voulez marcher à ma suite, renoncez-vous, vous-même ", était la base de sa doctrine. Le renoncement, il l'a prêché sous toutes ses formes, attaquant sans lassitude Torgueil, la volonté propre. la recherche personnelle ; flétrissant sans pitié l'égoïsme et le respect humain, humiliantes fragilités qui tentent de franchir, malheureusement trop souvent, le seuil des communautés.

La vocation religieuse était pour lui synonyme d'immolation. Il en présentait le modèle dans la sainte Eucharistie, et, sur ce sujet, comme sur le mystère de la Croix, double pensée- mère de son enseignement, il ne tarissait pas. De précieuses conférences, au temps de la Passion ou pendant l'octave du Saint-Sacrement, restent comme un traité complet des vertus religieuses, étudiées à l'école du Calvaire et à la lumière du Tabernacle.

Annonçant la parole divine avec une indépendance tout apostolique, il ne voyait que les âmes. Ses incessants efforts tendaient à y établir le règne de Dieu, le règne de la grâce, le règne de la volonté du Père céleste, par la connaissance et l'imitation de Xotre-Seigneur Jésus-Christ.

Après un exj^osé succinct de son sujet, rendu clair par des divisions précises qui se gravaient aisément dans la mémoire, il posait et résolvait une série de questions lumineuses et souvent incisives : c'était un examen de conscience révélant, à la fois, le directeur éclairé, le père ferme et bon, le prédicateur uniqviement préoccupé de la pensée de Dieu et des âmes.

D'abord reproduites par la sténographie, ces instructions furent récemment imprimées, en partie, et. aux jours de fête, elles servent encore de lecture spirituelle dans les communautés. Il est très à souhaiter que cette publication s'achève.

La partie imjDrimée, en 1915, forme déjà deux grands volumes inquarto. Ils comprennent des sermons pour les dimanches et fêtes de la première moitié de l'année liturgique, depuis l'Avent jusqu'à la Pentecôte, ainsi que deux par mois, pour les retraites mensuelles, de décembre à mai.

Dans sa lettre d'approbation, Mgr Dontenwill. Supérieur général des Oblats et Directeur général de la Sainte-Famille, disait aux Sœurs, le 8 septemlire 1014 :

— Vous trouverez dans ce Trésor spirituel une doctrine sûre, fruit d'une science théologique et ascétiqvie puisée aux sources les plus pures ; une doctrine entièrement conforme aux enseignements et aux directions

du Saint-Siège, pour ce qui touclie les Communautés religieuses ; une doctrine marquée au coin de la sagesse, que seule peut donner une longue expérience de la conduite des âmes, jointe à une profonde connaissance de vos œuvres.

Ce qui, en effet, distingue les instructions du P. Fabre et les rend si utiles, c'est leur adaptation parfaite à la situation spéciale des âmes auxquelles il s'adresse. Aussi ces volumes sont tellement pour elles, qu'ils ne sauraient convenir à d'autres. Elles les gardent comme un bien de famille, qui ne doit point passer le seuil de leurs demeures. Cette lecture des mêmes vérités saintes appliquées à l'état qui leur est ])ropre, resserre de plus en plus, malgré la distance et la diversité des emplois, les liens qui doivent unir les différentes maisons, dont se compose Tensemble des Branches de leur Association.

De génération en génération, le P. Fabre continuera, par ce moyen, à réaliser ce qu'il eut toujours tant à cœur : l'unité dans la A^ariété et raffermissement dans Texpansion.

Le P. Souiller.

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Il était, d'ailleurs, secondé par le P. Souiller qui, comme Pro-Directeur, résidait à Bordeaux, avec plusieurs autres Pères chargés du service spirituel des nombreux établissements de la Sainte-Famille dans cette ville. C'était là comme une sorte de mission permanente, auprès de phalanges d'âmes d'élite, et chaque jour ramenait de longues heures de travail, consacrées à la prédication, ou à l'administration du sacrement de Pénitence.

Bordeaux. — Résidence des Pères.

Façade sur le jardin.

En 186S, par les soins du P. Fabre, furent réunies à la Sainte-Famille les Sœurs Oblates de Marie-Immaculée, dont nous avons raconté la fondation à Notre-Dame de l'Osier. Quelques-unes ensuite, à la demande des Pères, étaient allées en Angleterre pour y diriger des écoles, à Penzance d'abord, puis à Leeds, où elles possédaient un pensionnat très florissant.

Puisque cette Congrégation dépendait également du Supérieur général des Oblats, et qu'elle s'adonnait à la même œuvre que l'une des Branches de la Sainte-Famille, n'était-il pas utile qu'elle se fusionnât avec elle ? L'une et l'autre, en s'aidant réciproquement, constitueraient un instrument plus puissant pour le bien.

Les Sœurs de Leeds opposèrent, d'abord, quelques difficultés à ce rapprochement désirable ; mais, peu à peu, cédant aux conseils du P. Pinet, leur directeur, elles finirent par consentir. L'union s'opéra, dans le courant de l'année 1868, ainsi que celle des Sœurs Oblates de Notre-Dame de l'Osier. Dès lors, ces deux familles religieuses n'en formèrent plus qu'une. Elles se dévouèrent, en commun, aux mêmes travaux avec la même générosité.

Au moment de son affiliation, la Sainte-Famille, déjà répandue en France et en Espagne, n'avait jjas encore prolongé le champ de son apostolat en dehors de l'Europe, quoique son vénéré Fondateur eût manifesté, plusieurs fois, le désir de voir ses filles se dévouer aussi aux missions lointaines.

Ce VŒ'U se réalisa par le concours des Oblats.

Quand, après le Chapitre général de 1861, Mgr Séméria reprit le chemin de Ceylan, il amenait avec lui six Sœurs de la Sainte-Famille. Leur arrivée à Jaffna, le 2 novembre 1862, fut un événement. Les habitants ne se lassaient pas de contempler les religieuses, car elles étaient les premières qui eussent apparu dans ces contrées.

Pour les jeunes filles européennes, ou indigènes des classes élevées, elles ouvrirent un externat et un pensionnat, oîi l'on apprenait l'anglais, les mathématiques, le tricot, la broderie et les arts d'agrément. Le succès fut considérable, et les protestants eux-mêmes ne leur ménagèrent pas les éloges.

A côté de cet établissement, grandit un orphelinat. Les Sœurs s'occupèrent aussi à instruire de notre sainte religion les femmes catéchumènes, et les jeunes filles iDaïennes que l'on recueillait, dans l'espoir d'en faire de bonnes et solides chrétiennes. En outre, elles initiaient aux principes de la vie religieuse les jeunes personnes, européennes ou indigènes, désireuses de se consacrer à Dieu.

Le soin des malades n'était pas exclu, et l'on pensait pouvoir, bientôt, construire un hôpital.

Sur les instances de Mgr Allard, vicaire apostolique de Natal, six autres Sœurs partirent, le 18 février 1864, jîour l'Afrique australe, et, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, arrivèrent à Durban, le 27 mai. D'autres les suivirent, et peu à peu leurs établissements se multiplièrent.

Ces œuvres lointaines, toutes de sacrifices et d'immolations, attirèrent d'abondantes bénédictions de Dieu sur la Sainte-Famille. Des

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postulantes accouraient de toutes pavU, et les noviciats se peuplaient de plus en plus. En peu d'années, furent fondées une vingtaine de maisons nouvelles.

En Erance, les Oblats, jjar les nombreuses missions qu'ils prêchaient constamment, procuraient à la Sainte-f^amille beaucoup de sujets, en lui

Royaumont.

Aumônerie Saint-Charles, entièrement séparée de l'Abbaye, et résidence

des Pères chargés de la direction spirituelle de la Communauté.

envoyant les jeunes filles chez lesquelles ils discernaient les marques de vocation.

Tandis qu'à l'époque de son affiliation, la Sainte-Eamille comptait environ deux mille religieuses, elle en avait, à la mort du P. Eabre, trois mille cinq cents, réj^arties en soixante-huit diocèses. Du haut du ciel, M. Noailles pou\ait se féliciter d'avoir eu un successeur aussi habile et aussi zélé pour les intérêts de son Association. III 6

Aussi, après le décès du P. Fabre, la Directrice générale de la Sainte- Famille lui rendit ce témoignage ému :

— Héritier fidèle de l'esprit de notre vénéré Fondateur, de son affection pour ses filles, de son amour pour ses œuvres, il nous adopta, au lendemain de nos deuils, avec un dévouement qui ne s'est jamais démenti. Sans cesse, il se préoccupa de la sanctification de nos âmes, par la pratique des vertus religieuses. Sous sa vigoureuse impulsion, sa direction sage, éclairée, paternelle, et malgré les épreuves suscitées aux Congrégations, notre chère Société a vu ses bases s'affermir, ses diverses Branches se dcAclopper, ses membres coopérer à la gloire de Dieu, au salut du prochain et à l'honneur de l'Église.

De plus, les Sœurs placèrent dans la chapelle de saint Louis, à l'abbaye de Ro^'aumont, une plaque de marbre commémorative, pour perpétuer, dit l'inscription, V expression de leur reconnaissance envers celui qui, durant trente et un ans, demeura toujours 'pour elles le Père le plus dévoué, le conseil le plus prudent, V appui le plus ferme.

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