‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existence (volume 5)Chapitre 9 sur 49 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Royaumont

§ 1 Km abbaye royale et les projets du P. Tabre.

A trente kilomètres au nord de Paris, près de la limite qui sépare actuellement le département de Seine-et-Oise de celui de l'Oise, et le diocèse de Versailles de celui de Beauvais, fut construite, au xiii® siècle, ujic célèbre abbaye, avec toute l'ampleur et la richesse du style ogival parvenu à sa maturité.

En souvenir de saint Louis, son royal fondateur, elle s'appela, depuis, Royaumont, nom dont la première moitié seule est justifiée, car l'édifice n'est pas sur une montagne, mais svir un simple pli de terrain.

Les parties échappées à la rage du vandalisme révolutionnaire attestent et ses vastes dimensions et son antique splendeur.

Saint Louis qui, par ses largesses, fit sortir de terre cette merveille d'architecture, en 122S. y travailla de ses mains. Dans son ardente foi, il ne crut pas rabaisser la dignité de sa couronne, en apportant lui-même des pierres, et en aidant les maçons ; pas plus que l'empereur Constantin ne craignit d'avilir l'éclat de la pourpre, en maniant la pioche, pour creuser les fondations des Ijasilicpies qu'il se pro)>osait de l)àtir, à Rome, en l'honneur des apôtres.

Ces grands princes étaient persuadés que les temples de Dieu et les monastères, où des âmes pures le prient constamment, valaient ])lus (pie des forteresses pour la défense des territoires soumis à leur autorité.

Du style gothique le plus ))ur. en forme de croix latine, et à trois nefs avec déambulatoire, l'église abbatiale de Royaumont, longue de cent dix mètres, était l'une des plus remarquables de France, par ses proportions majestueuses, la hardiesse de ses voûtes, ses sculptures et

Royaumont.

Tourelle de Textrémité septentrionale du transept

de l'ancienne église abbatiale.

ses mausolées. On ne déplorera jamais trop que ce chef-d'œuvre de l'art chrétien n'ait pas trouvé grâce, aux yeux des sauvages démolisseurs. Ils ont tout renversé, sauf une tour du transept, contre laquelle ils s'acharnèrent vainement. Les fines arcatures de celle-ci et ses faisceaux de colonnes élancées donnent une idée générale de l'ensemble, et augmentent le regret de ne voir là que des ruines.

Contigu à l'église abbatiale, et centre de l'édifice, s'élève le magnifique cloître, encore solide, quoique attaqué, à diverses reprises, par le marteau démolisseur. Carré parfait de cinquante mètres de côté et de deux cents mètres de tour, c'était un véritable bijou, avec ses sveltes colonnettes et ses rosaces dentelées, divisant, d'une façon si élégante, chacune de ses arcades ogivales. Ces ornements si délicats disparurent jjour la plupart

Royaumont.

Ancien réfectoire, transformé en chapelle.

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dans la tourmente ; mais, au-dessus des épaisses dalles unies du pavé, restèrent, à peu près intactes, les voûtes imposantes aux robustes nervures.

Au couchant et séparée du cloître par un préau de cincpiante mètres de loni; sur dix de larj/e, est l'hôtellerie, vaste construction réservée au logement des visiteurs : voyageurs et pèlerins de passage, ou prêtres et laïques désireux de faire les exercices spirituels. Cette série d'appartements, assez rapprochée de la bâtisse principale pour faciliter le service, était, néanmoins, assez éloignée pour constituer comme un établissement distinct.

A l'extrémité de cette aile occidentale, se trouvait la salle capitulaire.

Vers le sud, la riche bibliothèque ouvrait ses jolies fenêtres géminées ; puis, perpendiculairement au cloître, en une sorte d'avant-corps, s'adossait le réfectoire, changé plus tard en chapelle, magnifique salle voûtée de quarante mètres de long sur quinze de large, aux belles verrières, et aux minces piliers de granit d'une extraordinaire légèreté, qu'on ne se lasse pas d'admirer, avec les retombées des voûtes, aux nombreuses nervures, qu'ils soutiennent si gracieusement. On dirait une rangée de palmiers. La chaire monumentale, toute en pierre, où le lecteur montait, semble attendre le prédicateur.

Venaient ensuite, vers l'est, les salles communes, les dortoirs, l'infirmerie, les cellules, et, en retrait, le prieuré, ou maison du prieur, presque entièrement détachée de l'édifice, quoique communiquant avec lui.

Dans le voisinage immédiat, de spacieuses dépendances pour l'habitation des domestiques, les remises, les écuries, les étables, etc. ; le tout entouré de jardins aux allées touffues, de prairies, de pelouses, de vergers, de champs cultivables, de bois profonds.

Et quelle tranquillité !... Quelles harmonies de la nature !... Quel cadre à ce tableau !.., Partout jaillissent des eaux qui serpentent et murmurent ; un cercle de coteaux, dans les plis desquels se cachent des villages, dresse comme une clôture à distance ; un peu plus loin, s'étend la forêt de Chantilly, avec ses arbres séculaires, ses chasses aristocratiques, et son palais superbe, encore rempli de la gloire du grand Condé !

Dans cette oasis monastique, le saint roi aimait à se reposer des fatigues causées par l'administration des choses de la terre. Là, il goûtait les charmes de la solitude, et multipliait, à son aise, les actes de piété, d'humilité et de mortification ; là, il partageait, avec ses amis les Cisterciens, le bonheur de la vie contemplative et les ravissements de l'amour de Dieu.

EN FRAXCE

Il s'y était réservé une cellule, bien près de l'église, atin de pouvoir plus facilement adorer, à toute heure, le Très Saint Sacrement, cellule convertie en oratoire après sa mort ; il avait aussi sa stalle au chœur, et assistait à tous les offices, même à ceux de la nuit ; puis, quand les affaires le rappelaient dans sa capitale, il sautait à cheval et galopait à franc étrier, pour rentrer à Paris avant le lever du soleil.

Pendant cinq cents ans, l'abbaye de Royaumont garda son auréole de gloire. Elle n'était donnée en commende qu'à des titulaires de haute

Royaumont .

Cour intérieure de TAbbaye. Une des arcades de droite a conservé une partie des

ornementations, qui montre combien élégant était le cloître primitif.

noblesse. Si elle eut, parfois, à sa tête, de saints personnages, elle y vit aussi des politiciens et des prhices. Durant trois quarts de siècle, de 1G50 à 1728, elle ne sortit pas de la puissante maison de Lorraine. Parmi ses abbés de cour, plusieurs devinrent évêques, archevêques et cardinaux. Nommons, en particulier, l'illustre cardinal Mazarin, et Henri d'Escoubleau de Sourdis, primat d'Aquitaine, célèbre par ses démêlés avec le duc d'Epernon.

Après la destruction de sa magnifique église et la dispersion des moines, l'abbaye, dépouillée de ses ornements, fut vendue à des industriels.

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On installa, dans ses murs, des fabri([nes et des filatures, occupant des centaines d'ouvriers. Ce fut, alors, suivant la ])arole du prophète, l'abomination de la désolation. Pendant plus de soixante-dix ans, on entendit des chansons profanes et des blasi^hèmes, en ce lieu béni, où, si longtemps, avaient retenti les accents de la prière (1).

Durant cette période lamentable, il ne manqua pas, à Royaumont, de visiteurs distingués, amateurs d'antiquités chrétiennes et d'architecture classique. Beaucoup se demandaient s'il ne se rencontrerait pas, enfin, quelqu'un qui rendrait à sa destination première cette antique demeure du recueillement et de la vertu.

Ce quelqu'un se rencontra : ce fut le P. Fabre.

Il conçut le projet audacieux de restaurer, dans le goût du xiii^ siècle, ce monument vénérable ; par conséquent de remettre les choses, autant que possible, comme elles étaient à l'époque de saint Louis.

Ensuite, dans cet édifice ainsi renouvelé, il placerait ses scolastiques, dont le nombre croissait sans cesse, et qu'il prévovait devoir être bientôt à l'étroit dans l'ancien couvent des Visitandines d'Autun.

Là, du reste, les ayant plus près de lui, il exercerait sur leur formation une action plus directe, plus constante et plus efficace.

X'était-ee pas, en raffermissant les murs de j^ierre, et en relevant les coloimettes gothiques, s'inspirer de la pensée qui anima saint Louis ? Quel but avait-il eu, si ce n'est de créer un centre lumijieux, un foyer de chaleur bienfaisante, une source de force morale ?

Ici, désormais de toutes les provinces de France, et même d'Angleterre et d'Irlande, accourrait une ardente jeunesse, poiu" étudier dans le silence, méditer dans le calme, et se préparer aux nobles labeurs de l'apostolat.

Pouvait-on ressusciter, d'une manière plus complète, l'œuvre du passé ?

L'antique abbaye fut donc achetée, et le P, Fabre en prit officiellement possession, le 25 août 1865, le jour même de la fête du saint roi.

En notifiant cette nouvelle il disait :

(1) Cf. Roger de Gaignières. Chartularium monasterii Regalis Montis, Paris, Bibliothèque nationale, manuscrits du xviiie siècle, 1, 5-172 ; de Sainte Marthe, Galliachristiana, 13in-foI. Paris, 1715-1785, t. IX, col, 842-847 ; Guénebault, £)/c/Jonnaire iconographique des monuments du moyen âge, 2 in-8o, Paris, 184.3-1845, t. II, p. 312 ; Hérard, Recherches archéologiques sur les abbayes de Vancien diocèse de Paris, in-S", Paris, 1853 ; Duclos, Membre de l'Institut historique de France, Histoire de Vabbaye de Royaumont, sa fondation par saint Louis et son influence sur la France, 2 in-80, Paris, 1867 ; Bonnetty, Annales de philosophie chrétienne, Paris, 1867, E, XVI, p. 434-445 ; A. de Richecourt, Revue des questions historiques, Paris, 1868, p. 280 sq.

— Hâtons, par nos prières et notre dévouement filial, l'heure où ce monument recevra la destination qui semble entrer dans les plans de la Providence.

Mais, en attendant que les réparations fussent assez avancées pour cela, il constitua provisoirement, dans les appartements alors habitables, une petite communauté de Pères et de Frères convers, pour garder l'immeuble, et prêcher des missions ou retraites dans les environs.

Heureux de cette combinaison, Mgr Mabile, évêque de Versailles, que rien de ce qui concernait l'art chrétien ne laissait indifférent, vit d'un œil très sympathique l'établissement des Oblats dans son diocèse, et leur accorda les facultés les plus étendues pour leur ministère auprès des âmes.

"La Sainte-Tamille de "Bordeaux et son affiliation à la Congrégation.

Commencée par le P. Fabre, comme Supérieur général des Oblats, la restauration de l'abbaye de Royaumont fut continuée et menée à bonne fin par lui, comme Directeur général de la Sainte-Famille.

L'enchaînement des événements nous amène donc à parler de cette Association, fondée, en 1820, par un saint prêtre de Bordeaux, M. Noailles, et devenue, maintenant, l'un des plus remarquables Instituts de femmes par son activité et son extension.

Nombreuses et variées étaient les œuvres de zèle auxquelles la Sainte-Famille se consacrait, et pour cela elle se divisait en sept Branches ou Congrégations particulières :

10 Celle des Dames de Lorette dirigeant, dans les villes populeuses, de grands pensionnats, pour l'éducation des jeunes filles appartenant aux classes élevées de la société ;

2° Celle des Sœurs de rimmaculée-Conce^jtion, pour l'instruction des jeunes filles des classes moyennes dans les pensionnats, ou des enfants du peuple dans les écoles paroissiales ;

3'' Celle des Sœurs de Saint-Joseph, pour les orphelinats dans les villes ;

40 Celle des Sœurs de l'Espérance, pour les soins des malades à domicile ou dans les clijiiqucs, avec la mission spéciale de faciliter l'accès du prêtre auprès des malades ;

5° Celle des Sœurs de Sainte-Marthe, ou Sœurs Servantes ;

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60 Celle des Sœurs agricoles, pour les orphelinats dans les campagnes et les humbles travaux des champs, afin d'apprendre aux filles de cultivateurs à se plaire dans leur condition, et à aimer le bon Dieu ;

70 Celle des Sœurs solitaires, pour la vie de retraite, de prière et de contemplation.

Chacune de ces Branches, ou Congrégations, avait sa Supérieure générale, et ces sept Supérieures générales relevaient de la Directrice générale, assistée elle-même par des conseillères.

Le Fondateur, ou Directeur général, donnait l'impulsion suprême à tous ces rouages délicats et compliqués.

On le voit donc, la Sainte-Famille s'ouvrait à toutes les aptitudes et à toutes les vocations. Dans son sein pouvaient entrer et les âmes attirées au cloître, et celles qui voulaient se dévouer aux œuvres de charité envers le prochain, sous quelque forme que ce fût.

Mais n'était-ce pas un programme trop vaste ? Cette multiplicité de Branches, si distinctes les unes des autres par leur but spécial, ne renfermait-elle pas des causes secrètes de schisme ?

Pour obvier à ce danger, le Fondateur avait institué une autre catégorie de religieuses, appelées les Filles de Dieu seul. Celles-ci ne s'attachaient à aucune Branche exclusivement, mais faisaient le vœu de passer d'une Branche à une autre, et par conséquent de changer de costume, sur le simple désir des Supérieurs majeurs.

Elles étaient donc comme une sorte de corps d'élite, et formaient le ciment, invisible au public, mais réel, qui tenait étroitement unies entre elles toutes les pierres de l'édifice.

Dispersées dans les différentes œuvres de l'Association, elles les animaient de leur esprit, en y apportant la vie et le mouvement qu'elles recevaient elles-mêmes des premiers chefs.

Ainsi les diverses Branches, soudées indissolublement au tronc, se nourrissaient toutes de la même sève.

En 1857, M. Xoailles, prévoyant qu'il avait peu d'années encore à vivre et voulant, après sa mort, assurer l'avenir de sa famille religieuse, conçut le dessein de l'affilier à celle des Oblats de Marie, pour lesquels il avait une très grande estime. Il désirait que, lui disparu de la terre, le Supérieur général des Oblats fût, à perpétuité, Directeur général de la Sainte-Famille.

— Il existe, disait-il, de frappantes analogies entre ces deux Congrégations. Nées à peu près à la même époque et dans des circonstances

semblables, elles ont surgi des ruines amoncelées par la Révolution. L'une et l'autre se sont placées, dès leur berceau, sous la protection de la Sainte Vierge, et professent un culte tout particulier pour son Immaculée Conception ; elles se sont formées dans un esprit qui leur permet de survivre aux anciens Ordres ; elles se sont répandues, l'une et l'autre, avec la même rapidité et à de grandes distances de leur sol natal, ce qui suppose en elles les mêmes bénédictions de Dieu, la même confiance et le même courage, pour se débarrasser de tout ce qui entrave la marche des œuvres naissantes. On dirait qu'elles ont été créées l'une pour l'autre, et qu'elles ne se sont développées séiDarément, dès leurs premières années, que pour se mieux approj^rier le régime qui convient à la différence des personnes et des missions dans une œuvre commune. C'est le frère et la sœur élevés à part, mais pour se réunir un jour, afin de partager l'esprit, les affections et les destinées d'une même famille... Les Règles des Oblats de Marie étant approuvées par le Souverain Pontife, les font participer à la stabilité et à la protection du Saint-Siège. Leur Société comiJte, en outre, dans son sein, de vénérables prélats, dont le caractère et le mérite ajoutent à sa considération, en lui promettant, au besoin, la force et la sagesse qui sont l'apanage des successeurs des apôtres.

Mgr Guibert, archevêque de Tours, fut chargé par M. Noailles de transmettre à Mgr de Mazenod cette proposition, que le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, appuyait de sa haute autorité.

Dans sa lettre officielle, M. Noailles demandait que le Supérieur général des Oblats, adoptant la Sainte-Famille, la prît à perpétuité sous sa direction, en devînt le Supérieur général, avec faculté, cependant, de se faire représenter par un de ses Pères, qui aurait le titre de Pro- Directeur, et résiderais à Bordeaux, au centre de l'Association ; et que les Oblats devinssent aussi, sous la conduite de leur Supérieur général, les directeurs spirituels des Sœurs.

Une proposition de cette nature, émanée d'un homme tel que le Fondateur de la Sainte-Famille, et recommandée par des prélats tels que le cardinal Donnet et Mgr Guibert, était à examiner attentivement.

Mgr de Mazenod pria, fit prier, et, après y avoir réfléchi mûrement avec son Conseil, se prononça pour l'acceptation.

Il lui semblait, en effet, que si, d'un côté, la Sainte-Famille trouvait, dans la réalisation de ce projet, un appui réel, des secours précieux, une direction toujours la même, et, par suite, de véritables garanties de force et de sécurité pour l'avenir ; d'autre part, la Congrégation aurait en mains, par cette affiliation, un instrument déjà puissant pour le bien, qui la seconderait dans la multitude de ses œusTes de zèle, dans les missions

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étrangères surtout, en lui facilitant la création d'écoles, d'asiles, d'orphelinats, de patronages, d'ou\Toirs, d'hôpitaux, etc.

N'y avait-il pas, dans cette ouverture, une indication marquée de la Providence ?

Notre vénéré Fondateur le pensa, et, dans cette persuasion, il signa le traité d'affiliation, au mois de janvier 1858.

A partir de cette date, quoique, d'après la convention, M. Noailles dût garder, jusqu'à sa mort, la direction de l'Association qui lui devait l'existence, on lui envoya un Père qui, résidant près de lui, se pénétrerait de son esprit, l'aiderait dans son travail, si fatigant à son âge, et se mettrait au courant de cette immense administration.

Le premier Pro-Directeur choisi fut le P. Charles Bellon, précédemment supérieur du grand séminaire de Valence et vice-provincial d'Angleterre. Sa science théologique très étendue, son expérience des âmes et sa tendre piété le désignaient pour cette position, à la fois si importante et si délicate.

Grâce à son tact et à son dévouement inlassable, il y réussit complètement. Bientôt M. Noailles lui donna toute sa confiance et son affection. Il l'aimait comme un fils, et proclamait souvent que sa présence lui était, désormais, indispensable.

Plus de deux années s'écoulèrent, dans l'entente la plus parfaite et l'union la plus intime, que seule la mort put briser.

Ce fut le 8 février 1861 que M. Noailles rendit le dernier soupir, entouré de tous les signes des prédestinés. En sollicitant pour lui les suffrages de la Congrégation entière, le P. Tempier, dans une lettre circulaire écrite au nom de Mgr de Mazenod, déjà lui-même malade du mal qui devait l'emporter, s'exprimait ainsi :

— Le Seigneur vient d'appeler à Lui, pour le couronner dans le ciel, cet homme de Dieu si riche en vertus et en mérites... Dès maintenant, nous avons à remplir, vis-à-vis de lui, un devoir, exceptionnel sans doute selon nos Règles, mais que tout justifie, et dont vous vous acquitterez avec empressement. M. Noailles n'était point des nôtres par l'Oblation ; mais, depuis plusieurs années, il était à nous, de cœur et d'âme. Nos joies étaient ses joies, et nos peines ses peines. Les intérêts de notre Congrégation, quoique parfaitement distincts des intérêts de ses œu\Tes, ne lui tenaient pas moins à cœur. Cet attachement, il l'avait communiqué à ses Filles, et, dans plusieurs circonstances, nous en avons reçu les preuves les moins équivoques...

Dès qu'il eut appris la grave maladie de Monseigneur, notre vénéré Père, il prescrivit, dans toutes ses communautés, une quarantaine de

prières, de bonnes œuvres et de communions, pour demander à Dieu le rétablissement de cette santé, qvii lui était plus chère que la sienne...

Sur son lit de douleurs, où il endurait un long et cruel martyre, avec une foi et une résignation admirables, son esprit et son cœur suivaient les douloureuses phases par lesquelles nous passions nous-mêmes. Souvent il répétait : J'accepte ces souffrances pour VEglise, pour mes Filles, pour mes chers Oblats... Tout le temps de sa maladie, et même dans ses moments de délire, le nom de ses chers Oblats fréquemment revenait sur ses lèvres.

Nous répondrons à cette affection qu'il avait pour nous, en remplissant, vis-à-vis de lui, le devoir que nos saintes Règles prescrivent à l'occasion de la mort d'un des nôtres. A la réception de cette lettre, que chacun de nos Pères applique une messe pour le repos de l'âme de ce bien-aimé défunt, qui nous était uni par des liens si étroits et si fraternels.

Ce Père si bon et qui nous était si attaché, lorsqu'il était sur la terre, sera bientôt dans la gloire, si déjà il ne jouit de ce bonheur, comme nous avons tout lieu de l'espérer. Ne doutons pas qu'alors il ne demande au Seigneur et à la Vierge Immaculée, et n'obtienne la prospérité des deux familles qui n'en faisaient qu'une dans son cœur.

Le jour même de la mort de celui qvi'on avait surnommé le « bon Père )), les premières Supérieures de la Sainte-Famille s'empressèrent d'écrire à Mgr de Mazenod.

— Malgré la profonde douleur dans laquelle nous sommes plongées, disaient-elles, nous ne pouvons perdre de vue le devoir qu'il nous reste à remplir à l'égard de Votre Grandeur.

Et, d'abord, laissez-nous vous exprimer combien sont ardents les vœux que nous formons pour le rétablissement de votre précieuse santé... Dieu veuille se contenter de nous avoir enlevé notre tendre Père, et nous laisser celui auquel nous attachent des liens (Vautant plus forts, qu'ils ont été formés par notre vénéré Fondateur lui-même...

Notre volonté est d'entrer immédiatement dans la voie tracée, si expressément, par notre bien-aimé et à jamais regretté Père... Tous les membres du Conseil général réuni aujourd'hui, ont protesté que leur plus vif désir est de se conformer pleinement et entièrement à la volonté, si profondément connue, de notre vénéré Fondateur.

Et, })uisque des articles 3, 4, 5 du Traité d'affiliation, il résulte que, par le seul fait de la mort du ï'ondateur de la Sainte-Famille, le Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée devient, de droit et à perpétuité, le Directeur général de l'Association de la Sainte-Famille, tous les membres du Conseil ont déclaré reconnaître, pour leur premier Chef, le dit Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée, et se constituer

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