CHAPITRE X
Mgr Guibert, archevêque de Paris
§ 1 l^es ministres de la T^épublique au palais archiépiscopal de Tours.
Quelques jours avant l'investissement de Paris par les armées allemandes, le gouvernement de la Défense nationale, constitué après la chute de l'Empire, le 4 septembre 1870, envoya à Tours une Délégation composée de plusieurs de ses membres, pour le représenter officiellement et administrer, en son nom, toutes les parties du territoire non envahies jjar l'ennemi.
Cette circonstance qui fît de Tours la capitale provisoire de la France, fournit à Mgr Guibert l'occasion de déployer, de la façon la plus utile à l'Eglise et à la patrie, les dons de sagesse, de perspicacité et d'habileté diplomatique que Dieu lui avait départis avec tant d'abondance. Son rôle allait grandir avec les événements.
M. Crémieux, ministre de la Justice, et chef de la Délégation, arriva le premier, le 13 septembre, avec sa famille, son chef de cabinet et son secrétaire particulier. Il demanda l'hospitalité pour lui et les siens à Mgr Guibert, qui non seulement, avec une bonne grâce parfaite, les accueillit et mit à leur disposition le rez-de-chaussée et le premier étage de son palais, mais les invita tous quotidiennement à sa propre table.
Sa bibliothèque devint la salle du Conseil, oii, chaque matin, les membres de la Délégation se réunissaient.
Dans un des salons, M. le comte de Chaudordy, directeur des Affaires étrangères, recevait les ambassadeurs. On y vit souvent arriver lord Lyons, ambassadeur d'Angleterre ; le prince de Metternich, ambassadeur d'Autriche ; M. Okouneff, ambassadeur du czar ; le chevalier Nigra, ambassadeur de la jeune Italie, etc.
Gentilhomme de race, M. de Chaudordy racontait, plus tard, que les représentants des puissances étrangères, attirés par leurs fonctions dans ses bureaux, aimaient à regarder, par les fenêtres qui donnaient sur les
jardins. Tarchevêque (jui s'y i)romenait à certaines heures. Ils admiraient son grand air, sa tenue irréprochable et la distinction répandue sur toute sa personne.
Cette invasion de son palais, pour courtoise qu'eUe fût. entraînait plus d'un sacrifice pour Mgr Guibert. Lui qui. de sa formation première, conservait un goût prononcé i)our la méditation silencieuse et solitaire, entendait dans sa demeure, parfois jusqu'aux heures les plus tardives, l'incessant va-et-vient des centres politiques, et ce tumult-e causé par une foule de quémandeurs, à la recherche d'un emploi, d'un renseignement, ou d'une décision.
Il accepta ces désagréments avec une complaisance inaltérable qui lui gagna bientôt l'estime respectueuse de ses hôtes, quoique si différents de lui par les principes, le genre de vie et même par la religion, car M. Crémieux était juif, et les autres, s'ils avaient reçu le baptême, en avaient oublié, depuis longtemps, les obligations les plus essentielles.
A sa table qu'il avait si gracieusement offerte s'asseyaient donc quotidiennement, outre ses vicaires généraux, des politiciens de toutes croyances, mais appartenant à l'extrême gauche de l'ancien Corps législatif, arrivée au pouvoir.
Malgré leurs préventions contre le clergé, ceux-ci. extrêmement touchés de l'urbanité de l'archevêque et de la délicatesse de ses procédés à leur égard, ne purent s'empêcher de subir l'influence de ses hautes qualités et de son caractère si ferme dans son exquise courtoisie. Leurs relations avec lui, rendues de plus en plus faciles par le commerce quotidien, devinrent rapidement amicales et confiantes.
En ce prélat austère, ils ne tardèrent pas, cependant, à découvrir un moine ; et. chose qui les surprenait eux-mêmes, ils se plaisaient en sa compagnie. Ses pensées, constamment orientées vers les vérités éternelles, étaient si sereines, si lucides, si calmes au milieu des événements tragiques qui se succédaient !... et sa conversation, toujours si digne et si élevée, donnait une telle impression de force morale, qu'on se reposait %Taiment à ses côtés !
On l'écoutait avec une sympathie croissante, et, loin de s'effaroucher des conseils qu'il excellait à glisser, dans l'abandon de la causerie, avec tant de finesse et d'à-propos, on se rangeait volontiers à son avis formulé avec tant de discrétion. Sa clairvoyance étonnait ceux-là mêmes qui se flattaient d'être très pénétrants.
■ — Quel dommage que cet homme supérieur ait revêtu la soutane, et ne soit pas des nôtres, se disaient-ils, parfois. A la Chambre, ou au Sénat, nous en eussions fait un ministre.
Sans le savoir, ils traduisaient l'impression d'autres personnages haut
placés, qui, sous l'Empire, en constatant avec quelle habileté merveilleuse Mgr Guibert conduisait les négociations les plus compliquées, répétaient souvent :
— Si l'archevêque de Tours avait voulu se consacrer à la carrière diplomatique, il eût fait un nonce de premier ordre !...
Parmi les attachés au ministère des Affaires étrangères, en 1870, était M. Albert Sorel, écrivain de marque et, plus tard, membre de l'Académie française. Complètement conquis par le prélat, il garda ineffaçable le souvenir ému et reconnaissant de sa cordiale hospitalité.
Absolument désintéressé pour lui-même, Mgr Guibert mit entièrement au service de l'Église l'influence grandissante qu'il prenait insensiblement sur ses hôtes.
D'abord, il empêcha l'appel général des séminaristes sous les drapeaux, comme le gouvernement l'avait décrété.
— L'immunité des clercs relative à la guerre est une loi générale, dit-il. Elle a existé dans toutes les religions et chez toutes les nations civilisées. Votre levée en masse amènera sur les champs de bataille deux millions d'hommes. Quand ils seront tous armés et équipés, nous deman derons une dispense au Pape, si c'est alors nécessaire. En attendant, contentez-vous de notre concours comme aumôniers, infirmiers et consolateurs des veuves et des orphelins.
Sa requête fut agréée ; mais, peu après, arriva de Paris, d'où il avait pu s'échapper en ballon, M. Gambetta, ministre de l'Intérieur, qui, soucieux de conserver et d'augmenter sa popularité malsaine dans les milieux ouvriers, réclama avec insistance l'incorporation des séminaristes dans les régiments, comme si le départ de quelques centaines de soldats improvisés pouvait assurer le salut du pays, surtout quand nos troupes étaient embarrassées et affaiblies par la présence d'un trop grand nombre d'hommes dépourvus de toute instruction militaire.
Par trois fois, le décret d'incorporation fut porté, et, trois fois, Mgr Guibert, par son influence, en arrêta l'exécution.
Après ce succès, le prélat aborda la question générale des relations entre l'Eglise et l'État, au sujet de laquelle tant de préjugés existaient dans l'esprit de ses interlocuteurs.
Avec une noble franchise, mais avec une aménité qui ne leur permit pas de se fâcher de cette déclaration de principe, il commença par leur dire :
— Si jamais votre gouvernement prenait des mesures contre la religion, je vous quitterais aussitôt. Je vous abandonnerais mon palais, et j'irais loger dans mon grand séminaire.
De même, quand il introduisit les ministres dans la salle où ils allaient, désormais, discuter les affaires de l'État, il leur avait dit finement, mais non sans une allusion qui fut comprise :
— C'est ici, jusqu'à présent, que le conseil archiépiscopal traitait les affaires du diocèse. J'espère bien qu'on n'y prendra jamais aucune décision hostile à l'Église.
En cette circonstance et en d'autres semblables, quand il semait autour de lui tant de vérités fortes et sévères, qui ressemblaient, parfois, singulièrement à des leçons, dont nul cependant ne pouvait songer à se fâcher, vu le ton si aimable sur lequel elles étaient faites, les politiciens se disaient :
• — Cet évêque si doux et si poli est un véritable successeur de saint Martin. II y a en lui du moine et du soldat.
Profitant de son influence croissante. Mgr Guibert exposa donc, un jour, dans toute son ampleur, la thèse des relations de l'Église et de l'État, en s 'appuyant de préférence sur les arguments les plus propres à impressionner ceux qu'il voulait amener à ses idées.
— C'est une faute, leur dit-il, de n'avoir pas désigné un ministre des Cultes. On pourrait en conclure que vous affectez d'ignorer l'Église, ou ne voulez pas vous entendre avec elle. Sachez pourtant bien que, si notre jeune République la repousse ou l'opprime, elle n'aura jamais l'appui de la partie saine de la population, et se heurtera à des difficultés innombrables. Il importe extrêmement de rassurer au plus tôt la conscience des catholiques et des honnêtes gens , qui, sans cela, se défieraient de votre forme de gouvernement, dans laquelle ils ne verraient qu'un danger pour l'ordre social. Loin de vous soutenir, ils multiplieraient alors les obstacles. Nous sommes pourtant à une époque où ce ne sera pas trop de l'union de tous pour travailler efficacement à guérir les profondes blessures de notre chère France !...
La justesse de ces remarques frappa les membres de la Délégation, qui, complètement étrangers aux affaires ecclésiastiques, confièrent, sur la proposition de Tarchevêque. la direction des Cultes à M. Silvy, chef de bureau au ministère de l'Instruction publique.
Originaire d'Aix, le nouveau titulaire de cette charge importante appartenait à une famille foncièrement chrétienne, que Mgr Guibert, comme compatriote, connaissait depuis longtemps. Le choix ne pouvait être meilleur, et cette nomination constituait une conquête précieuse.
Une foule d'affaires ecclésiastiques, en effet, restaient en souffrance dans toute l'étendue du territoire, et les évêques, fort embarrassés, écrivaient sans cesse à l'archevêque de Tours, le priant d'agir en leur faveur auprès du gouvernement.
Les résultats consolants de cette sage diplomatie ne se firent pas attendre.
Deux sièges épiscopaux étaient vacants : celui d'Agen depuis quatre années déjà, celui de la Martinique depuis dix ans, le Pape n'ayant pas agréé les candidats que Napoléon III lui avait présentés.
M. Crémieux hésitait à s'engager dans cette affaire. Rome voudraitelle traiter avec le gouvernement issu de la révolution de septembre, surtout quand le chef de la Délégation était Israélite ? Or. un échec lui eût été extrêmement sensible, car il pouvait paraître, à ses yeux et devant l'opinion, une condamnation par Rome des changements survenus en France.
A sa prière, Mgr Guibert écrivit au cardinal Antonelli, secrétaire d'État du Souverain Pontife, qui répondit aussitôt :
— Le ministre peut nommer des évêques. Les conventions passées avec les gouvernements ne dépendent pas des convictions personnelles de ceux qui les représentent.
Puis, le cardinal ajoutait cette note très significative : — Sa Sainteté agréera volontiers les ecclésiastiques qui seront proposés, sous le patronage de l'archevêque de Tours, persuadée qu'un prélat en si haute réputation de sagesse et de prudence, ne pourra faire que d'heureux choix.
C'était équivalemment attribuer à Mgr Guibert les fonctions de nonce apostolique.
Quant à M. Crémieux, il fut très flatté de la reconnaissance implicite donnée ainsi à son gouvernement par l'autorité pontificale. Il en témoigna sa gratitude au prélat, en lui demandant de l'aider dans le choix des candidats aux évêchés. Mgr Guibert lui promit son concours, et l'assura que les noms qu'il lui indiquerait, seraient certainement agréables au Saint-Père.
Pour le siège d'Agen il lui désigna M. d'Outremont, l'un de ses vicaires généraux, mort, depuis, évêque du Mans; et, pour la Martinique, M. l'abbé Fava, transféré plus tard à Grenoble.
Ces deux choix furent acceptés à Rome, et M. Crémieux se félicita grandement du succès de ces négociations qui, au début, lui avaient inspiré tant de craintes.
Dans sa jubilation, il dit à Mgr Guibert, auquel il attribuait, à juste titre, tout le mérite de la réussite :
— Puisque vous voyez que je fais ce que vous voulez, pourquoi ne me demandez-vous rien pour vous, ni pour les vôtres ? Je sais que vous avez un neveu dans la magistrature. Je puis lui être utile, et lui procurer un avancement considérable.
A ces ouvertures, Mf^r Guibert répondit simplement :
— Je suis évoque, et seules les affaires de l'Église m'intéressent. Je veux que la promotion de mon neveu à un poste supérieur soit due ù son mérite, et non à la })rotection.
Conduite vraiment dif^ne d'un homme surnaturel, ennemi du népotisme, et ayant toujours présent à l'esprit l'enseignement du divin Maître, au sujet des parents selon la chair :
— Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et la mettent en pratique. (Luc, viii, 21.)
De Rome, et malgré ses propres malheurs. Pie IX suivait d'un œil attentif les événements qui concernaient la France. Sa pensée se reportait continuellement sur l'archevêque de Tours, que, dans des circonstances si délicates et si critiques, la Providence avait mis en relations, de tous les jours et de presque tous les instants, avec des ministres dont la plupart étaient hostiles à nos croyances.
Le Souverain Pontife constatait avec satisfaction que le caractère de l'archevêque grandissait en proportion des difficultés politiques. De plus en plus, Mgr Guibert lui paraissait destiné à exercer une influence décisive sur la direction des affaires religieuses de France. Aussi lui prodigua-t-il les témoignages de sa confiance, soit en le consultant en bien des cas. soit en recevant ses communications avec une déférence marquée.
En même temps, les nombreux et éminents services rendus par Mgr Guibert à la cause catholique achevèrent de lui gagner les sympathies et l'admiration de ses collègues dans l'épiscopat.
Son langage si digne et la fermeté de ses actes étaient pour eux une consolation au milieu des humiliations d'alors. Beaucoup lui exprimaient la joie qu'ils éprouvaient, en voyant que. parmi tant de ruines morales, il représentait si bien, auprès des pouvoirs publics. les principes d'ordre spirituel que les politiciens eussent, sans lui, été trop enclins à méconnaître.
— L'Église de France vous doit sa gratitude, lui écrivait Mgr de Dreux-Brézé, évêque de Moulins. Je n'avais pas. d'ailleurs, attendu ces nouvelles preuves de votre caractère si noblement sacerdotal, pour bénir Dieu de la disposition providentielle qui vous a constitué comme le député de l'épiscopat, près des maîtres improvisés de nos destinées. Non content d'être le champion de notre honneur, vous l'avez été encore de nos intérêts les plus chers, par de prudents conseils qui ont détourne nos gouvernants de mesures aussi dangereuses pour la paix publique, que désolantes pour la religion.
Ces éloges n'étaient pas exagérés.
De plus en plus, les membres de la Délégation subissaient le charme, m 11
Il s'imposait à eux par l'autorité de sa personne et la finesse de son esprit. Étonnés de son habileté et pleins d'admiration pour l'art avec lequel il savait faire passer ses idées dans l'esprit des autres, ils songèrent à hii confier une mission diplomatique à Londres.
S'ils y renoncèrent, ce fut uniquement à cause de l'opposition violente de M. Gambetta. Ce fougueux tribun qui devait, quelques années plus tard, pousser le fameux cri de guerre : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi », s'épouvantait à la pensée de risquer sa popularité, en recourant aux bons offices d'un prélat, si méritant fût-il.
§ 2 Sur le siège de Saint Denis.
Après la fin de la guerre et des horreurs de la Commune, beaucoup se demandaient qui serait appelé par la Providence à recueillir l'héritage de Mgr Darboy, et à diriger le plus important des diocèses de France.
Dès la première heure, la pensée de M. Thiers, président de la République, se fixa sur Mgr Guibert. Ce projet reçut aussitôt l'assentiment du nonce apostolique, Mgr Chigi, heureux d'un choix qui comblait tous ses vœux et ceux mêmes du Souverain Pontife.
Le plus difficile était d'obtenir l'acquiescement de l'élu.
Très désireux de réussir, le gouvernement lui dépêcha M. Jules Simon, en personne. Le ministre de l'Instruction publique et des Cultes arriva à Tours, dans l'après-midi du dimanche, 16 juillet 1871. On comptait sur son insinuante souplesse, sur son éloquence et sur les ressources inépuisables de son esprit, pour assurer le succès.
Aux ouvertures les plus flatteuses et aux argumentations les plus pressantes, Mgr Guibert répondait invariablement par un refus courtois, mais inflexible. Il alléguait son grand âge, par conséquent sa faiblesse, et la nécessité impérieuse de confier à un évèque plus jeune et plus vigoureux que. lui, la charge d'un diocèse tel que celui de Paris, surtout au lendemain d'une crise sociale et religieuse aussi profonde que celle qu'on venait de traverser. Était-ce à un vieillard d'entreprendre de réparer tant de ruines que la révolution y avait accumulées ?
— Ma conscience me défend d'accepter, dit-il, à plusieurs reprises. En m'examinant devant Dieu, je me reconnais incapable de remplir dignement une mission si difficile et si étendue. Les intérêts de ce grand Paris seraient certainement mal placés entre mes mains débiles.
Mais M. Jules Simon ne voulait pas, lui. non plus, se laisser convaincre. La conversation durait depuis une heure et demie, sans que l'un des deux interlocuteurs eût modifié sa manière de penser.
— Voyons ! Monsieur le Ministre, ni vous, ni moi, ne pouvons agir contre le bon sens !... Or, ce serait agir contre le bon sens que de mettre à la tête de l'immense diocèse de Paris un homme de mon âge !... Songez que j'ai soixante-huit ans, et ma santé est épuisée par trente ans d'épiscopat. Si vous réclamez la preuve péremi^toire de ce que j'avance, j'irai vous chercher mon acte de naissance. Dans vos administrations confieriezvous les postes les plus difficiles et les plus importants à des vieillards de mon âge ?... N'accordez- vous pas leur retraite à ceux qui ont travaillé pendant trente ans ?... Telle est ma situation exacte, et vous auriez le courage de m'offrir pour retraite le siège de Paris !... Ce n'est pas possible !..
— Aujourd'hui, plus que jamais, répliqua le ministre, la direction suprême revient aux vieillards. L'expérience supplée aux forces physiques, et leur sagesse les préserve des entraînements auxquels sont exposés des hommes plus jeunes.
— En certaines situations, peut-être ; mais, à Paris, la santé corporelle est indispensable... Puis, il vous faut, dans la capitale, un évêque, je ne dirai pas mondain : il n'y en a pas, je pense ; mais un évêque qui aille dans le monde et dans les réceptions officielles... un évêque qui fréquente la société... les grandes réunions. Or, j'ai toujours eu une répugnance instinctive pour ces choses ; je m'en suis toujours abstenu, habitué que je suis à vivre dans la retraite, le silence et la simplicité... A mon âge, on ne change pas des habitudes qui datent de si loin !...
— Oh ! Monseigneur, maintenant, c'est justement comme cela que doit être l'archevêque de Paris !
— J'ai une autre objection, irréfutable, celle-là. Je ne puis, en conscience, abandonner Tours, en ce moment. Je suis obligé de poursuivre l'œuvre onéreuse de Saint-Martin, commencée depuis longtemps. Comment laisser à mon successeur un tel embarras ?...
— Oui ! je sais... la reconstruction de la basilique. Mais vous avez déjà recueilli des fonds considérables ! Serais-je indiscret de vous demander à quel chiffre s'élèvent les sommes que vous avez actuellement en caisse, pour cette entreprise ?
— Quatorze cent mille francs.
— Oh ! s'il en est ainsi, le principal est achevé. Le reste est affaire des maçons. Croyez bien que je ne plains nullement votre futur successeur à Tours. Ne vous inquiétez pas pour lui, à ce sujet. Ce serait une délicatesse qui vous honore, sans doute, mais que lui-même certainement trouverait exagérée.
Et, comme Mgr Guibert gardait le silence, ne sachant vraiment qu'opposer à cette réponse, M. Jules Simon se leva, et ajouta, avec quelque vivacité :
— Si VOUS refusez. Monseigneur, on pensera que vous ne voulez pas de l'archevêché de Paris, parce qu'on y fusille les archevêques.
• — • Oh ! Monsieur le Ministre, comment pouvez- vous avoir une telle idée d'un évêque de France ?
— Ce n'est pas moi qui le crois, mais on le dira dans le public. Cette réflexion émut le prélat.
Sans être porté au pessimisme, en effet, et seulement en considérant la marée montante de la démagogie, on pouvait prévoir, dans un avenir prochain, de nouvelles secousses sociales, aussi terribles que les précédentes, si ce n'est davantage. L'archevêque de Paris serait donc, comme par le passé, au poste le plus périlleux.
— Avant de donner une réponse définitive, permettez-moi, Monsieur le Ministre, de consulter quelqu'un dont je prends toujours l'avis, dans les circonstances graves.
— Combien de temps faut-il pour prendre cet avis ? Je dois repartir demain, et, avant de retourner à Versailles, je désirerais être fixé.
— Une heure me suffit... D'ailleurs, pourquoi ne vous révélerais-je pas le nom de celui que je vais consulter ?... C'est Notre- Seigneur Jésus- Christ.
Ayant prononcé ces paroles, Mgr Guibert se rendit dans sa chapelle, et passa une heure d'adoration devant le Très Saint- Sacrement. A son retour, il dit au ministre :
— J'ai un supérieur : c'est le Pape. Il me connaît ; il sait mon âge. S'il m'ordonne d'aller à Paris, j'irai à Paris.
Trois jours après, Mgr Guibert recevait une dépêche du cardinal Antonelli, l'obligeant, au nom du Pape, d'accepter l'archevêché de Paris,
S'inclinant devant la volonté du Vicaire de Jésus-Christ, ainsi officiellement manifestée, il envoya son adhésion au Président de la République.
- — Peut-être mes hésitations vous auront causé quelque peine, lui écrivait-il ; mais un esprit aussi élevé que le vôtre les aura comprises. Dans le cours de ma longue vie, je n'ai rien tant redouté pour moi que les situations qui ne seraient pas voulues par la Providence. C'est pour dissiper les doutes qui restaient dans mon esprit, sur la proposition si bienveillante de votre part, que j'ai cru devoir consulter le Saint-Père... Il a daigné me faire connaître son désir et la satisfaction qu'il éprouverait de mon acceptation. Tout est donc fini... J'irai à Paris... J'irai avec courage et confiance, comptant sur l'assistance d'en haut et sur le concours du gouvernement. Je ferai tout ce qui sera en moi, pour seconder vos généreux efforts, dans la noble tâche que vous avez entreprise de guérir les maux de notre patrie...
A la nouvelle de son acceptation, la joie lut universelle en France. Un grand nombre d'évêques, dans les termes les plus flatteurs et même les plus enthousiastes, lui écrivirent pour le féliciter du choix dont il avait été l'objet, et pour le remercier d'avoir accepté.
Connaissant la perspicacité, la fermeté dans la douceur, et la sagesse dont Mgr Guibert avait, depuis si longtemps, donné tant de preuves dans les circonstances les plus difficiles et les plus critiques, ils prévoyaient l'heureuse influence qu'il exercerait sur tout l'épiscopat. dont il allait devenir bientôt le conseiller le plus autorisé et le chef le mieux obéi.
— Vous me permettrez toujours, écrivait Mgr Meignan, évêque de Châlons, d'aller auprès de vous, quand j'en aurai besoin, demander des lumières et des conseils.
— Ce que je vois de plus heureux dans la translation de Votre Grandeur, à Paris, lui écrivait Mgr Lavigerie. archevêque d'Alger, c'est que ré]>iscopat aura en vous vraiment un guide et un chef. 11 pourra reprendre ainsi la cohésion qui lui est nécessaire, dans les circonstances présentes surtout. Le respect que vous portent tous vos collègues, votre sagesse, votre expérience, nous feront recevoir vos conseils et sui\Te vos exemples avec un ensemble qui fait la force. Dieu en soit béni, car voilà bien longtemps que tout cela manquait à l'église de France.
— Dieu a exaucé nos prières, lui écrivait Mgr de Ségur. et voici que, pour la première fois, depuis longtemps, un piu" rayon de joie brille sur notre église de Paris... Votre apparition sur le siège de Saint Denis me semble être une véritable aurore et le commencement d'une résurrection... Je serai profondément heureux d'avoir à combattre sous un chef tel que vous...
De Rome. Mgr Xardi. qui l'avait supplié d'accepter ■ pour l'amour de Dieu, de l'Église et de Pie IX ». lui écrivait :
— Quand je considère comment les choses se sont passées, j'y vois, avec l'évidence d'un fait qui aurait eu lieu sous mes yeux, la volonté de Notre-Seigneur qui vous a voulu là. Saint Charles trouva Milan ])ire peutêtre que votre Paris, et l'histoire dit ce qu'il en a fait. Vous serez le saint Charles de Paris... Je plains Tours, mais vos œu\Tes y restent.
En témoignage de sa satisfaction. Pie IX lui envoya, par l'entremise du nonce, une magniflque crosse en or. attention délicate de sa tendresse paternelle.
Préconisé archevêque de Paris dans le consistoire du 27 octobre 1871, Mgr Guibert prit solennellement possession de son nouveau diocèse.
le 27 novembre. La cérémonie très imposante se déroula, suivant les rites liturgiques, dans la superbe basilique de Notre-Dame, devant une foule immense.
— La présence de Mgr Guibert, écrivait M. Poujoulat, a produit une des plus profondes impressions de respect dont nous ayons gardé le souvenir. Cette belle tête d'évêque qui rappelle les têtes ascétiques sculptées dans le portail des vieilles cathédrales ; cette gravité tempérée par la douceur chrétienne ; cette dignité rare mêlée à une simplicité si parfaite ; tout cet ensemble d'autorité, de bonté, de grandeur austère a excité une vraie émotion religieuse. Nous n'avions pas vu, depuis les grands jours du P. Lacordaire, une aussi nombreuse assistance à Notre- Dame... Quel moment que celui où l'archevêque, s'appuyant sur le bâton pastoral que le Pape lui a donné, s'est avancé sous le dais, au son des cloches, au bruit de l'orgue, au chant du Benedictus qui venit, bénissant la multitude silencieuse et prosternée !... C'était l'âme du pasteur se communiquant à son troupeau : spectacle d'une beauté attendrissante !
A la fin de la cérémonie, Mgr Guibert lut. du haut de la chaire, son Mandement de prise de possession. Il fut merveilleux d'à-propos, de tact, d'humilité, de noblesse épiscopale et d'indépendance apostolique.
■ — O Paris ! s'écria-t-il, tu n'aurais pas eu la puissance de nous attirer vers toi, dans les jours de ta gloire, alors que les rois et les peuples venaient admirer la magnificence de tes monuments, et toutes les merveilles de l'art assemblées dans tes murs ! Nous aurions volontiers laissé à d'autres l'avantage de partager tes prospérités ! Mais, aujourd'hui que tu es plongé dans le deuil, accablé sous le poids de l'infortune et de l'humiliation, la vue de tes souffrances nous touche vivement, et nous inspire pour toi un amour que Dieu seul connaît, parce que c'est Lui qui le met dans notre cœur...
Après avoir vu et entendu Mgr Guibert. les Parisiens n'eurent qu'une voix, dans les faubourgs comme dans les salons, dans la zone bruyante des affaires comme dans les asiles du recueillement, pour dire :
— Nous avons un grand archevêque !
Ce jugement resta, jusqu'à la fin de son épiscopat de quinze ans, ce qu'il fut dès le principe : tout d'estime et d'admiration.
Le dévouement du prélat aux classes laborieuses et souffrantes lui gagna tous les coeurs. En même temps, par ses magnifiques Lettres pastorales, modèle de langage épiscopal et de pure diction française, il séduisit les esprits les plus exigeants. Ce fut à tel point que l'Académie ambitionna l'honneur de l'admettre dans son sein.
L'impression produite sur toutes les classes de la société par cette
physionomie, dont Taustérité monastique faisait ressortir davantage l'incomparable tendresse pour les faibles et les déshérités, non seulement ne s'effaça plus, mais alla grandissant avec les années.
Les mondains eux-mêmes en étaient frappés d'un religieux saisissement, qui leur suggérait, au milieu de leurs frivolités et de leurs plaisirs, des pensées salutaires.
Plusieurs journaux, tels que le Figaro, le Petit Journal et autres du même genre, lui consacrèrent des articles très élogieux. qu'on ne se serait pas attendu à rencontrer dans ces feuilles.
Cardinalat.
Outre l'admiration du grand public. Mgr Guibert excita la sympathie sincère du gouvernement, et la garda jusqu'à la démission du maréchal de Mac-Mahon, 30 janvier 1879. Il en profita souvent, pour rendre à l'Église des services signalés.
Les remarquables qualités qu'il déploya dans ces affaires, attirèrent, de plus en plus, l'attention de l'épiscopat sur lui. Elles lui valurent aussi des témoignages d'entière satisfaction de la part du Souverain Pontife, qui, bientôt, voulant lui conférer la plus haute des dignités ecclésiastiques, le promut au cardinalat, dans le consistoire du 21 décembre 1873.
L"n garde-noble du Pape, envoyé spécialement du Vatican, lui apporta, la veille de la Noël, la calotte rouge.
Quinze jours après, le 8 janvier, la barrette cardinalice lui était remise solennellement, dans la chapelle du palais de Versailles, par le maréchal de Mac-Mahon. successeur de M. Thiers, à la présidence de la République.
Voici quelques passages de l'allocution, si digne et si noble, que le nouveau cardinal adressa au Chef de l'État :
— Lorsque, me rendant aux instances de l'homme éminent qui vous a précédé à la tête du gouvernement, et obéissant au vœu du Souverain Pontife, je vins occuper le siège de Paris, je ne pouvais entrevoir devant moi que la pourpre dans laquelle mon vénérable prédécesseur s'était glorieusement enseveli. Cependant, je l'avoue, la haute dignité que je reçois du Souverain Pontife, m'est infiniment précieuse, surtout en ce qu'elle m'associe d'une manière plus intime à ses tribulations et à ses combats. Aussi est-ce avec une vive reconnaissance envers le Chef de l'Église, que je prends la place qu'il m'assigne sur les marches de son trône apostolique, pour en soutenir les droits, autant qu'il sera en mon pouvoir...
Après avoir parlé du Pape en termes très élevés, il ne fut pas moins délicat envers le maréchal :
— C'est avec une vraie satisfaction, Monsieur le Président, que je reçois de vos mains les insignes du cardinalat, de ces mains qui ont tenu avec vaillance et honneur l'épée de la France. Pour me transmettre ces emblèmes d'un dévouement qui doit aller, s'il le faut, jusqu'au sacrifice de la vie, qui pouvait être choisi avec plus d'à-propos que vous, qui avez versé votre sang sur les champs de bataille pour votre pays ?... Cette brillante valeur du chevalier chrétien, s'alliant en ^'otre personne à la
Le cardinal Guibert, archevêque de Paris.
parfaite loyauté du caractère et à un rare bon sens, vous a mérité la confiance universelle et vous a porté au faîte du pouvoir. Daigne le Seigneur vous assister de sa lumière et de sa force dans l'accomplissement de votre grande mission.
Cette suprême élévation ne changea rien à la façon de vivre de Mgr Guibert. pas plus que les précédentes n'y avaient ajiporté de modifications.
Avant de prendre possession du siège de Paris, il avait recommandé expressément que l'on maintînt dans ses appartements personnels, au palais archiépiscopal de la capitale, la simplicité apostolique, fille de la pauvreté religieuse, dont il ne voulait pas s'écarter.
Il fit les mêmes recommandations, après sa promotion au cardinalat. Seules ses éminentes qualités intellectuelles et morales grandirent en proportion de la haute situation qu'il occupait, en ce sens qu'elles se déployèrent sur un ]>lus vaste théâtre pour le bien de l'Église,
Dans son oraison funèbre, prononcée en 1886. Mgr Perraud. évêque d'Autun et membre de l'Académie française, caractérisa cette attitude, en lui appliquant le mot du comte Mole, au sujet de Mgr de Quélen. l'un de ses prédécesseurs :
— Il y avait dans ses manières et dans ses dehors quelque chose de si noble et une dignité si naturelle, que plus il s'élevait, plus il semblait prendre possession de lui-même.
Influence prépondérante de Mgr Guibert sur l'épiscopat et sur la 'France.
Les dons de la nature et de la grâce, si abondants en Mgr Guibert, et maintenant arrivés à leur plein épanouissement, unis, en outre, au surcroît d'autorité résultant de sa haute position dans l'Eglise et devant l'État, allaient assurer à la défense de la religion les secours les mieux appropriés à ses besoins et à ses périls.
— Si jamais administrateur, remarque encore Mgr Perraud, a réalisé la loi qui, d'après Aristote, préside au gouvernement du monde, c'est bien lui. Il était, par excellence, « le premier moteur immobile ».
— C'est un solitaire, disait, un jour, de lui. un directeur des Cultes.
— Oui. reprend Mgr Perraud. et lui-même ne cachait pas sa prédilection pour la solitude et le recueillement. Mais, voyez-le. ce solitaire : il est partout. Son regard n'oublie rien ; sa main est dans toutes les entreprises du zèle et de la charité. Cette gravité imperturbable, qui n'a rien de commun avec la fiéATCuse précipitation de l'époque actuelle, et semble n'avoir pas conscience de la fuite des heures et des années, ne l'empêche pas d'être toujours prêt et de se trouver ordinairement le 'premier, véritable antistes. partout où il y a un droit à défendre, une infortune à secourir, une bataille à livrer pour l'honneur de Dieu, la liberté de l'Église et le bien spirituel des âmes.
Sans rien négliger, en effet, des devoirs innombrables de l'administration d'un diocèse tel que celui de Paris, ])our lequel, comme il l'écrivait,
un jour, six évêques ne seraient pas de trop, il entra de plus en jjlus, dans la plénitude du rôle auquel la Providence l'avait visiblement prédestiné : celui de s'occui^er des intérêts généraux de l'Eglise.
Sa nomination au cardinalat, dans des circonstances particulièrement graves et qui allaient s'aggraver sans cesse, ne lui en donnait-elle pas comme la mission officielle ?
D'après la marche des événements, il était facile de prévoir que, malgré le mérite personnel du maréchal de Mac-Mahon, le pouvoir ne tarderait pas à passer, de la main des modérés, dans celle des sectaires, hypocrites d'abord, puis ennemis déclarés du catholicisme. Bientôt la lutte s'engagerait sur le terrain de la conscience et de la liberté religieuse.
A travers les diverses et profondes vicissitudes de la politique, Mgr Guibert resta toujours semblable à lui-même : un homme de Dieu, intrépide et intègre, que nul calcul terrestre n'empêcha jamais de dire la vérité, même aux puissants d'ici-bas. et de remplir entièrement son devoir.
Ses lettres à ceux qui détenaient alors l'autorité dans la société civile, et en abusaient pour persécuter les âmes, eurent un retentissement immense. Elles constituèrent un magnifique monument d'apologétique et d'éloquence pastorale, en faveur des droits inaliénables de la religion si odieusement opprimés.
Il les adressa aux députés, aux sénateurs, aux ministres, et même au président de la République, successeur du maréchal, auquel M. Gambetta, soutenu par la démagogie, avait imposé de se soumettre ou de se démettre.
Tous lisaient ces lettres, même les indifférents et les hostiles. L'apparition de chacune d'elles était un événement.
Si elles n'entravèrent pas toujours l'évolution logique des mesures haineuses concertées dans les antres de la franc-maçonnerie, elles rallièrent, du moins, à la bonne cause les âmes sincères et loyales.
De tous les diocèses, les évêques se hâtaient d'envoyer leurs adhésions aux protestations vigoureuses de celui en qui. de plus en plus, ils aimaient à saluer et à vénérer le chef incontestable de l'épiscopat.
A leur tour aussi, les catholiques de tous les partis et de toutes les nuances lui prodiguaient les témoignages de leur approbation respectueuse.
Grâce à ces suffrages universels et spontanés des fidèles et des pasteurs, sa voix était réellement la voix de l'Eglise de France.
Dans ces pages, cependant, pas un mot qu'on puisse imputer aux emportements de la passion. L'indignation s'y fait sentir, plutôt qu'elle n'y est exprimée. Constamment l'auteur parle en évêque, uniquement préoccupé des vérités éternelles.
Suivant un mot de Bossuet, sa pensée trouve sa sérénité dans sa hauteur. Elle plane toujours au-dessus des querelles de partis et des mesquines ambitions de la terre. Elle se meut à l'aise dans les horizons sans limites de la justice, de Thonneur et de la liberté bien comprise.
Parfois aussi, à la vue des complots qui se trament contre le salut des âmes, elle a des paroles sévères, pour flétrir ces attentats les plus coupables de tous ; elle écarte les insinuations perfides de nos adversaires, réfute leurs calomnies, dénonce les fautes commises par les gouvernements persécuteurs, et en indique d'avance, avec une lucidité surprenante, les conséquences fatales pour la société ; mais jamais elle ne s'abaisse à des attaques personnelles.
C'est un prophète qui, de son regard pénétrant, entrevoit déjà les hontes et les déchéances auxquelles ne pouvait manquer d'aboutir la pente sur laquelle on s'engageait.
Au milieu de ces luttes et dans les labeurs d'un ministère toujours plus pénible, son expérience des hommes et des choses ajoutait sans cesse quelque nouvelle lumière à la sagesse de son esprit, mais sans rien diminuer de sa fermeté et de sa vigueur.
Plus les années s'accumulaient sur sa tête, plus se vérifiait le jugement porté sur lui par un politicien, vers le commencement de sa carrière épiscopale :
— C'est un évêque des anciens temps ! Si nous voulions l'empêcher de parler, nous en ferions un martyr !