NOTRE-DAME DE POXT.MAIN
en outre, le parcours que devait suivre la procession nocturne, depuis l'église paroissiale, jusqu'à la chapelle provisoire qu'on avait élevée sur le lieu de l'apparition.
Des milliers de pèlerins, portant tous des flambeaux, défilaient, en chantant des cantiques, les litanies de la Sainte Vierge, ou des hymnes liturgiques. Leur tenue était admirable, et leur recueillement parfait.
On voyait, là. des personnes de tout âge et de toute condition : laboureurs et citadins, magistrats et officiers, pères et mères de famille avec leurs enfants, des centaines de prêtres, des légions de vierges, des foules immenses.
Nous ne décrirons pas en détail les pèlerinages qui se succédèrent. Ce serait nous exposer à des redites inutiles.
Notons seulement que ce qui poussait les multitudes vers Pontmain, ce n'étaient pas la curiosité, l'attrait du nouveau, ou un enthousiasme passager ; mais la foi. la confiance et le besoin de remercier d'un bienfait reçu.
Ce mouvement ne fit que croître et s'étendre avec les années. Les pèlerins accouraient nombreux non seulement du diocèse de Laval, mais de ceux du Mans, de Saint-Brieuc, de Rennes, de Nantes, de Coutances, de Séez, de Bayeux. de Quimper. d'Arras, de Cambrai et même de Paris.
A elles seules, la Normandie, la Bretagne et la Mayenne envoyaient, chaque année, plus de cinquante mille pèlerins.
Les murs de l'église paroissiale, et, plus tard, ceux de la basilique, quand elle fut bâtie, se cou\'rirent d'ex-voto et de riches bannières.
— Assurément, mon cher Père, écrivait Mgr Wicart au P. Audruger, c'est la Sainte Vierge qui attire des foules si considérables, à travers des chemins parfois si mauvais, vers le lieu de sa miséricordieuse apparition. Mais, mon bon Père, les dignes Oblats de Marie, dont vous oubliez de parler quand vous me relatez de grandes choses, ne sont pas étrangers à ces magnifi(iues résultats. Leur zèle, leurs travaux, les bons exemples et l'édification qu'ils répandent à Pontmain. dans mon diocèse et partout où ils vont prêcher, ont très certainement leur large part de mérite devant Dieu et devant sa sainte IMère. J'en suis témoin, et je ne puis que vous en exprimer ma vive reconnaissance. Acceptez-la. je vous prie, et daigne le Seigneur vous réserver ses plus belles récompenses... Merci, mon Dieu !... Merci, sainte Mère de Dieu !... Merci à vous tous, mes chers fils, les Oblats !
Pour ceux qui savent combien Mgr Wicart. dans ses jugements, était plus porté à la sévérité qu'à l'indulgence, cette lettre paraîtra un éloge très significatif.
§ 5 "Erection de la basilique.
De toute évidence, la petite église paroissiale de Pontmain ne pouvait suffire à contenir de telles foules, et il fallait se préoccuper de bâtir un temple proportionné à leur importance.
En attendant que ce projet fût réalisé, les Oblats, peu après leur arrivée, construisirent, sur le lieu de l'apparition, un sanctuaire en bois, en forme d'abside. Une coupole, surmontée de la statue de la Vierge de Pontmain et entourée de clochetons, reposait sur six grandes colonnes, appuyées elles-mêmes sur une vaste estrade très élevée.
Au milieu de cette plate-forme se dressait un autel bien en vue, de sorte que les foules, espacées en plein air, pouvaient assister à la messe qu'on y célébrait, ou aux autres cérémonies du culte, telles que vêpres solennelles, salut du Saint Sacrement et prédications.
De part et d'autre, un double escalier, en guise de perron, permettait aux prêtres, aux chantres et aux personnages de marque, d'accéder à ce sanctuaire qui, bien que provisoire, ne manquait pas d'un cachet artistique.
Des massifs de fleurs disposés en avant, charmaient les yeux et embaumaient l'atmosphère.
On y fixa aussi des bancs pour la commodité des pèlerins, que des tentes protégeaient contre les ardeurs du soleil, ou les surprises de la pluie.
Non loin, on avait représenté la grotte de Lourdes et les rochers de la Salette : heureuse idée d'associer ainsi ces trois souvenirs, dont l'ensemble constituait comme les trois phases successives du même drame céleste : l'intervention miséricordieuse de la Mère du Rédempteur, entre le ciel offensé et la terre coupable.
Cet édifice provisoire n'empêcha pas que l'on ne mît, sans tarder, la main à l'œuvre pour bâtir, en l'honneur de la Très Sainte Vierge, un temple grandiose sur le terrain même, au-dessus duquel elle avait daigné apparaître.
Quelques mois après l'arrivée des Oblats, le 17 janvier 1873, Mgr Wicart, entouré d'une centaine de prêtres et de plusieurs milliers de pèlerins, bénit solennellement la première pierre.
Malgré les interruptions inévitables durant la mauvaise saison, les travaux furent poussés activement. Les murs de l'édifice, aux proportions grandioses, s'élevaient d'une vingtaine de mètres au-dessus du sol, moins de deux ans après. On entrevoyait déjà, par l'harmonie des lignes archi-
Pontinain. — Portail et tours de la basilique.
tecturales, quelle serait la beauté du monument, quand il serait entièrement terminé.
Le 27 juin 1877, Mgr Le Hardy du Marais, successeur de Mgr Wicart, inaugurait le sanctuaire et le transept, en présence de dix archevêques et évêques, convoqués à cette imposante cérémonie, et d'une foule immense de pèlerins qui. à la procession du soir, s'échelonnaient sur un espace de plus d'un kilomètre.
Pontmain. — Intérieur de la basilique.
Quelques années plus tard, le reste de l'édifice fut achevé.
Depuis lors, cette basilique, qui a coûté plus d'un million, domine, belle et majestueuse, toute la contrée environnante. Elle est du style gothique du xiv^ siècle, avec toutes ses richesses de décors, ses fleurs de granit artistement découpées, ses immenses verrières, aux meneaux sveltes, soutenant des rosaces, des quatre-feuilles, des trèfles dentelés, qui dessinent leurs gracieux contours sur le fond du ciel.
Des deux côtés de la grande nef inondée de lumière, montent vers la voûte, mais en s 'arrêtant à mi-hauteur, une multitude de colonnettes légères, ornés de délicieux chapiteaux artistement fouillés, et qui, dans la
Pcntmain. — Basilique. Chapelle du Saint-Rosaire.
variété de leurs formes, reproduisent comme une merveilleuse végétation. De là, sous les ogives secondaires, les nervures se croisent et se poursuivent, pour aller se cacher au fond des chapelles latérales, dans un demi- jour mystérieux.
Au-dessus des colonnettes, dans la grande nef. règne une élégante
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corniche, enguirlandée de fleurs et de feuillage, qui, dans leur symbolisme, proclament la gloire de Notre-Dame d'Espérance.
Plus haut encore, du faisceau des colonnettes. se dégagent les colonnes hardies, dont la cime est le point d'appui des nervures puissantes qui, se rejoignant à la clef de voûte, unissent leurs efforts, pour soutenir le faîte de l'édifice.
A droite et à gauche de l'entrée principale, deux tours, aux flèches ajourées et revêtues d'une XTaie dentelle de pierre, encadrent, à soixante mètres de hauteur, l'espace aérien où la Sainte Vierge apparut. Entre elles s'épanouit, au-dessus du portail, la grande rosace de la façade, fleur gigantesque, avec son calice et ses pétales, disposés si harmonieusement.
Les bases des tours sont reliées, à l'extérieur, par un porche profond avec trois baies monumentales. Il est destiné à servir de piédestal à la statue de Notre-Dame d'Espérance, quand, aux jours de fête, on commente à la foule, sur le lieu même où il s'accomplit, révénement à jamais mémorable du 17 janvier 1871.
Enfin, dans les tours fut placé un superbe carillon de trente-deux cloches, le plus beau qui soit en France. Ces cloches. ^Tais bijoux artistiques par les ornements qui les décorent, embrassent une échelle diatonique de trois octaves. Sorties des ateliers des MM. Paccard. elles sont les sœurs de la Savoyarde, le célèbre bourdon de Téglise du Vœu national au Sacré-Cœur, qui, des hauteurs de Montmartre, fait entendre sa voix puissante sur tout Paris.
§ 6 Le* Missions.
Situé près de la limite des quatre départements de la Mavenne. de l'Orne, de l'Ille-et- Vilaine et de la Manehe. habités par des populations foncièrement chrétiennes, l'établissement de Pontmain convenait parfaitement à une communauté de Missionnaires.
Les pèlerinages qui se succédaient sans interruption, durant l'été surtout, créaient aux Oblats des relations intimes avec le clergé des diocèses de Laval, de Séez. de Coutances. de Rennes et d'autre! plus éloignés.
Aussi était-ce souvent aux i)ieds de Notre-Dame d'Espérance, que se nouaient, entre les curés et les chapelains, les accords pour les missions, ou les retraites paroissiales.
Ces travaux d'évangélisatiou furent très nombreux, dans le Maine, la Bretagne et la Normandie. Nous ne les raconterons pas en détail. Notons seulement qu'ils constituèrent, pour des multitudes d'âmes, une source abondante de grâces et de bénédictions.