NOTRE-DAME DE POXTMAIN
— C'est avec effusion de cœur que Sa Grandeur a manifesté, du haut de la chaire, sa joie d'établir à Pontmain, pour les habitants privilégiés, pour les pèlerins et même pour les missions diocésaines, des religieux dévoués à la Vierge Immaculée, et qui, par vocation, s'offrent à Elle, pour travailler à la gloire de son divin Fils. Il y a lieu d'attendre des Oblats. à Pontmain. les fruits de salut qu'ils produisent en tant de sanctuaires célèbres qu'ils desservent avec tant de dévouement et de succès. Les habitants de la paroisse ne tarderont pas à se féliciter aussi et à se réjouir de voir leurs intérêts spirituels confiés à des apôtres si zélés.
Après l'allocution paternelle de l'évêque, le P. Audruger, supérieur, originaire du diocèse de Laval, et déjà connu avantageusement par les nombreuses missions qu'il y avait prêchées, monta en chaire.
Dans un discours, où l'éloquence du cœur était servie par une élocution facile, il remercia Dieu de l'apparition de la Très Sainte Vierge, appelée si justement, à Pontmain, Notre-Dame d'Espérance. Il remercia également Mgr Wicart du choix qu'il avait fait des Oblats, toujours heureux de se trouver là où Marie est spécialement honorée.
§ 4 Accroissement du pèlerinage.
Pendant toute l'année 1873, le sanctuaire de Pontmain, de plus en plus fréquenté, fut le théâtre des manifestations de la piété la plus touchante. L'affluence des pèlerins fut, chaque jour, considérable ; mais, durant l'été surtout, on vit accourir des multitudes imposantes et recueillies.
Au mois de septembre, le diocèse de Laval se leva en masse, pour remercier Notre-Dame d'Espérance du bienfait de son apparition, et solliciter sa protection puissante en faveur de l'Église et de la France.
Près de quarante mille personnes prirent part à ce grand pèlerinage, qui mit en relief la religion de tout un peuple, les destinées magnifiques du sanctuaire de Pontmain, et le rôle important que nos Pères auraient à y remplir.
— La reconnaissance imposait à notre diocèse, disait la Semaine religieuse, la douce obligation de rendre ses hommages à Marie. Le premier, il a ressenti les effets de sa vigilance maternelle et toute-puissante, en face de l'ennemi envahissant : le premier, il devait venir exprimer solennellement son amour envers la Mère de miséricorde, et remercier sa céleste Libératrice.
En cette occasion, Pontmain présenta le spectacle ravissant qu'on admire à Lourdes, aux jours des grandes affluences.
Depuis l'aurore jusqu'à midi, les prêtres se succédaient aux autels pour offrir le Saint Sacrifice, et la foule, avide du pain eucharistique, se pressait à la Table sainte. Les hosties consacrées étaient distribuées par milliers.
Une mer humaine submergeait les rues et les places de Pontmain ; mais, dans cette multitude, aucun tumulte. Il semblait que Marie planait encore dans les airs, tant la foule était pénétrée de la pensée de sa divine Mère.
Les gendarmes requis par l'autorité civile, circulaient avec un visage épanoui et bienveillant, dans les rangs des pèlerins dociles comme des agneaux. Pas le plus petit désordre à réprimer, de sorte que ces agents de la police pouvaient, eux aussi, sans la moindre inquiétude, satisfaire leur piété.
— On ne saurait dire, remarquait la Semaine religieuse de Laval, quel bonheur on éprouve à prier ici. Des personnes sont restées, des nuits entières, au pied de la colonne de l'apparition.
Beaucoup, au moment du départ, disaient en pleurant :
— Je voudrais passer ma vie en ce lieu béni !
Un conseiller général du département exprimait le même sentiment à un prêtre :
— Voici deux jours que je suis à Pontmain, et je ne puis me résoudre à le quitter !...
Dans" un de ses discours prononcés en cette circonstance, le P. de l'Hermite traduisait, comme il suit, la joie céleste ressentie par tous :
— Nos fêtes en l'honneur de notre Immaculée Mère se succèdent sans apporter de lassitude. A la différence des fêtes mondaines, qui ne laissent bien souvent après elles que le remords, la satiété et le dégoût, celles-ci durent encore après les courtes heures durant lesquelles on les a vues se déployer. La mémoire en demeure tout embaumée, et de ces fêtes de Pontmain on parlera longtemps dans les familles chrétiennes : leur seul souvenir sera lui-même une fête des âmes : reliquiœ cogitationis diem festum agent tihi. {Ps. lxxv, 11.) Il semble que nous participions ici à la paix du ciel et à cet état immuable qui chasse toute angoisse... et, demain, quand nous reprendrons nos tristes combats de la terre, nous serons plus forts et plus chrétiens, grâce à Marie.
La nuit elle-même n'interrompait pas les élans de l'enthousiasme et de la piété.
Vers l'heure où la Sainte Vierge avait daigné apparaître, Pontmain s'illuminait entièrement. Les maisons les plus humbles et les plus pauvres prenaient part à cette manifestation. Deux lignes lumineuses dessinaient,.