‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 103 sur 125 · DÉVELOPPEMENT DES ŒUVRES DE LIVERPOOL · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DES ŒUVRES DE LIVERPOOL

d'amour, nous avons tenté l'impossible pour dissuader nos paroissiens de sortir de leurs maisons, ce jour-là. Mais nous aurions plus facilement calmé une tempête de l'océan, que nous n'aurions réussi à les gouverner en cette circonstance, tant ils étaient exaspérés par les outrages sans nom proférés contre la Mère Immaculée de notre divin Sauveur.

L'énergique intervention des Pères eut, cependant, un résultat heureux : celui d'empêcher les Irlandais d'abuser de leur triomj)he j)ar des représailles. Le service qu'ils rendirent ainsi à la ville profondément agitée fut si évident, que le maire en exprima publiquement sa reconnaissance, et souscrivit une large somme en faveur des écoles que les catholiques songeaient à bâtir.

Quelques semaines plus tard, les scènes sauvages des premiers jours de juillet eurent une répercussion, à la suite d'un accident survenu dans cette sorte de hangar qu'était la chapelle provisoire de Holy Cross. Sous le poids de la foule, deux poutres de la tribune se brisèrent avec un horrible fracas. Craignant que toute cette misérable baraque ne s'effondrât, les assistants se précipitèrent dehors, se poussant les uns les autres, pour échapper au danger.

Les Orangistes jugèrent l'occasion favorable à une revanche. Sous prétexte de rétablir l'ordre dans la rue, les agents de police qui appartenaient tous à cette secte, tombèrent à bras raccourcis sur les catholiques, les frappèrent d'une manière brutale, et en blessèrent plusieurs.

Devant une agression aussi injuste, et malgré l'indignation qu'ils ressentaient, les Pères commandèrent aux Irlandais de rester froids ; mais ils portèrent l'affaire devant les tribunaux, et surent intéresser à la cause les magistrats les plus influents. L'inspecteur en chef de la police, gros personnage au traitement annuel de huit cents livres sterling (vingt mille francs), fut révoqué. Tous les agents de police coupables partagèrent sa disgrâce, et on les remplaça, en majeure partie, par des catholiques.

A ce propos, les Pères reçurent des lettres de félicitations de tous les points de l'Angleterre :

— C'est, disait-on unanimement, la plus grande victoire que les catholiques aient remportée à Liverpool, depuis longtemps.

Deux ans et demi plus tard, au mois de février 1804, le P. Noble s'étant mis à la tête des paroissiens de Holy Cross, marcha avec eux vers l'Hôtel de Ville, et obtint encore un succès de ce genre. Il empêcha, par son éloquence et sa fermeté, l'assemblée municipale de voter et de transmettre au Parlement un bill nuisible aux catholiques. Le récent historien de Liverpool constate que, dans cette circonstance également mémorable, le P. Noble montra autant de courage que de génie poli-

tique : The political geniiis of the coiirageoiis Oblate Father saved Liçerpool from that discrédit (i).

§ 2 T^es écoles.

Sans rechercher le bruit, mais simplement en faisant vaillamment leur devoir, les Oblats étaient devenus célèbres.

Le jour même du fameux jugement contre les policenien, un riche Irlandais aborda le P. Noble, et, lui glissant dans la main un chèque de cent livres (deux mille cinq cents francs), lui dit :

— Pour vos écoles... Mais je ne m'arrêterai pas là. Quand vous commencerez la construction de l'église, venez chez moi : je vous donnerai autant, et plus encore.

D'autres catholiques, favorisés des biens de la fortune, lui disaient :

— Puisque vous êtes linstruinent dont Dieu s'est servi pour renverser les policiers orangistes, comptez sur nous pour vous aider à bâtir non seulement les écoles, mais l'église et la maison de communauté pour les Pérès qui doivent la desservir.

Quant aux pauvres Irlandais qui composaient la masse du peuple, ils étaient enthousiasmés, et promettaient, eux aussi, leur concours. Chacun d'eux, par suite de sa gêne, ne pourrait pas donner beaucoup ; mais ils donneraient avec persévérance, chaque mois, ou chaque semaine. De fait, ils versèrent fidèlement leur obole, et, vu leur nombre, la somme olïerte par eux atteignit un chiffre considérable.

Ainsi de grandes œuvres purent être entreprises à Liverpool et menées à bonne fin.

On commença par celle des écoles, comme de beaucoup la plus urgente, malgré le déplorable état de la chapelle provisoire, véritable étable de Bethléem. Mais les âmes avant tout. Quelques années plus tard, le cardinal Manning loua chaudement les Oblats d'avoir si admirablement compris les besoins de cette population : they had acted, disait-il, with their traditional good sensé (2).

Dans la paroisse de Holj- Cross, en eftet, il y avait deux mille cinq cents enfants de quatre à quatorze ans, exposés à se perdre. Les sectaires avaient ouvert, non loin de la chapelle provisoire, à Hudson Street, une école de perversion, dans laquelle ils attiraient les enfants

(i) Th. Burke, Catholic history of Liverpool, in-S», Liverpool, 1910, ch. v, p. ii3-ii5.

(2) Cf. Bui'ke, Catholic history of Liverpool, p. 107.

Page 1