CHAPITRE XIV Développement des œuvres de Liverpool
§ l Sanglantes séditions. Courage des Oblats.
Yev^ la fin de i85o, s'était produit en Ang-leterre un événement important, démontrant les progrès du catholicisme en ce pays. Pie IX, le 29 septembre, y avait rétabli la hiérarchie ecclésiastique. Les huit districts créés dix ans auparavant, cédaient la place à des diocèses plus nombreux et régulièrement organisés.
Cette mesure si légitime en soi, et dans laquelle les jurisconsultes de la Couronne ne découvrirent rien d'illégal, souleva, cependant, un orage formidable. Les évêques anglicans se crurent spécialement visés. Occupant encore les sièges érigés par saint Grégoire le Grand, ils pensaient volontiers, et tâchaient de persuader aux autres que le Pape les reconnaissait tacitement pour vrais successeurs des saints Augustin, Dunstan, Wilfrid, etc. A les entendre, ils n'avaient pas cessé de faire partie, eux et leurs ouailles, de l'Eglise catholique. Par cette confusion soigneusement entretenue, ils gardaient sous leur houlette bien des Puséistes que leurs études personnelles et la grâce de Dieu inclinaient au catholicisme.
En constituant la hiérarchie ecclésiastique, Pie IX n'avait mentionné aucunement les sièges antiques, et autrefois si célèbres, de Cantorbéry, York, Londres, possédés actuellement par les plus hauts fonctionnaires de l'égUse anglicane. Bien plus, il avait expressément affirmé supprimer entièrement tout ce qui avait été précédemment en vigueur. Cela signifiait nettement que l'église anglicane était formellement schismatique, et que le Souverain Pontife la tenait pour telle. Désormais, pour les âmes droites, plus d'illusion possible. Comment se flatteraient-elles d'être catholiques, si elles ne se soumettaient franchement à la juridiction du Vicaire de Jésus-Christ?
Pour obvier au danger dont ils se sentaient menacés, les évêques
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anglicans voulurent prendre l'oilensive. et empêcher par tous les moyens l'exécution du Bref apostolique. Cette pièce, disaient-ils, niait l'autorité religieuse de la reine dWngleterre et de lépiscopat anglais. Par elle le Pape prétendait à la suprématie spirituelle sur les sujets de Sa Majesté britannique. L'Angleterre serait-elle donc un fief dépendant de Rome ?...
Une vive campagne de presse s'engagea aussitôt. Les journaux les plus puissants et les plus répandus se mirent à la tête du mouvement. Le Times, le Daily News, le Standard, le Moi-ning-Post rivalisèrent de violences et de ruses pour égarer lopinion. Des libelles de tout genre furent semés à profusion dans le peuple, afin d'exciter sa haine. (Tétait un torrent d'injures les plus dégoûtantes contre la personne auguste de Pie IX et les évêques catholiques. L n lord promit publiquement une récompense à celui qui lancerait une i»iei're au visage du cardinal Wiseman, et s'engagea à prendre sur lui tous les frais du procès occasionné par cet abominable attentat.
Ainsi aiguillonnée, la populace ne tarda pas à se porter aux excès les plus regrettables. En divers endroits, on promena, au milieu de sauvages vociférations et de grossières insultes, des mannequins habillés en pape, en cardinaux, en évêques, en prêtres catholiques. On les traîna dans la boue ; puis on les brûla sur des bûchers ; ou on les jeta dans les ruisseaux et dans la mer, en i)résence de milliers de spectateurs poussant des cris furieux.
A Liverpool, les scènes de ce genre revêtirent un caractère d'acuité inouïe. Les Orangistes, ennemis séculaires des catholiques, considéraient comme une de leurs fêtes principales l'anniversaire de la victoire de la Boyne, par laquelle Guillaume III, de la maison d'Orange, consomma l'asservissement de l'Irlande (i*^' juillet 1690). En i85i, ils la solennisèrent par une ignoble mascarade, au cours de laquelle ils pendirent ostensiblement, sur une des places de la ville, une statue de la Sainte Vierge. Plus de cent mille hommes circulaient dans les rues, manifestant en sens divers, la plupart munis de sabres, de poignards et d'armes à feu.
Des altercations entre particuliers déterminèrent une bataille générale, qui cessa seulement, le soir, par la déroute des Orangistes. Constamment au milieu des combattants, les Oblats s'étaient efforcés de pacifier les esprits. Un grand nombre de mourants reçurent d'eux la dernière absolution, sur le théâtre même de la lutte.
Peu de jours après, le P. Noble écrivait à Mgr de Mazenod :
— J'ai vu le sang couler, et des hommes tomber autour de moi, blessés à coups de pistolet. Comme prêtres et ministres du Dieu