‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 106 sur 125 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Galashiels

§ 1 Situation religieuse de l'Ecosse au milieu du XIX" siècle.

L'heure sonnait pour les Oblats de s'établir en Ecosse.

Beaucoup moins avancée que l'Angleterre dans son mouvement de retour à la vérité, cette région demeurait encore sous l'administration des vicaires apostoliques. Le calvinisme, prêché trois cents ans auparavant avec une sorte de frénésie par l'infâme Jean Knox, prêtre apostat, marié et remarié, y devint bientôt cruellement persécuteur. En abolissant le culte catholique, au mois d'août i56o, le Parlement défendit d'assister à la messe sous peine de confiscation d'abord, de bannissement ensuite, et, enfin, de mort (i).

Plus connus sous le nom de puritains, ou de presbytériens, les hérétiques d'Ecosse rejetaient l'épiscopat comme contraire à l'enseignement de la Bible. Quand Charles I"' d'Angleterre essaya de leur imposer l'épiscopalisme anglican plus favorable aux prérogatives royales, tous se soulevèrent et soutinrent obstinément la lutte. Cette guerre aboutit pour le monarque à la perte de la couronne et de la vie. Il fut décapité en 1649, ayant vu se révolter contre lui, dans ses propres Etats, les représentants des Communes, presbytériens pour la plupart.

Cette secte persista opiniâtre en Ecosse. A l'époque dont nous écrivons l'histoire, ses membres se distinguaient trop souvent encore par le plus intolérant des fanatismes.

(i) Cf. Fleming-, The Refonnatioa in Scotlnnd, in-S", Londres 1910, p. 228, 440) 46l«

§ 2 La famille de Walter Scott.

Que les voies de Dieu sont insondables !

C'est de l'héritier de l'illustre romancier Walter Scott que la Providence se servit pour introduire en Ecosse les Oblats de Marie. Ainsi profiteraient à la conversion des âmes les revenus des terres ayant appartenu autrefois à l'Eglise, et dont l'hérésie l'avait injustement dépouillée.

Le 21 septembre i832, à l'âge de soixante et un ans, après une existence de gloire, le célèbre écrivain auquel sa plume féconde rapporta des millions, s'éteignait dans son château d'Abbotsford, à une quarantaine de kilomètres au sud d'Edimbourg, entre les deux villes de Melrose et de Galashiels. Lorsqu'il l'acheta, en i8o5, ce n'étaient que des murs lézardés, près des ruines d'une abbaye du xu"^ siècle, fondée par le roi David F'", fils de sainte Marguerite d'Ecosse, dans le voisinage de l'endroit où la rivière la Tweed offre un gué commode. Voilà pourquoi cet ancien palais abbatial se nommait Abbot's ford : Gué de VAbbé. Ces débris d'un passé si lointain paraissaient à l'ardente imagination de Walter Scott comme les témoins d'un monde évanoui, qu'il voulait ressusciter, avec ses légendes, ses coutumes, ses intrigues, ses crimes et ses combats.

En considérant la nature âpre et tourmentée qui encadre ce site poétique, l'âme rêveuse du littérateur conçut l'idée première de ces magnifiques descriptions dont ses récits sont émaillés. Il ne dépensa pas moins de soixante mille livres sterling (plus de quinze cent mille francs) pour restaurer le vieux manoir ; y ajouter des constructions moyenâgeuses, qui, par leur originalité, en faisaient, selon son expression, un roman de pierre et de mortier ; l'entourer de plantations superbes ; transformer ses galeries et ses salons en musée médiéval de porcelaines, armures, bibelots, meubles curieux, tapisseries, livres rares, etc.

A pai'tir de 1811, il y résida. Pendant vingt années, jusqu'à sa mort, Abbotsford constitua un centre d'irrésistible attraction pour les touristes et les voyageurs, ses lecteurs enthousiastes.

Leurs pérégrinations multipliées vers ces montagnes et ces vallées profondes des Lowlands et des Highlands si largement peintes dans les écrits du maître, et au milieu desquelles se meuvent ses héros, ont largement contribué, a-t-on dit, au rapprochement politique et social des Anglais et des Ecossais ; mais elles n'eurent aucune influence, au

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point de vue religieux. Sur le cercueil de Walter Scott, une prière presbytérienne fut prononcée.

Ses deux enfants étant décédés, le vaste domaine et l'opulent château devinrent la propriété de sa petite-fille, qui épousa un riche Kcossais, M. James Hopo. Celui-ci, récemment converti à la vraie Foi, résolut d'établir, tout près d'Abbotsford, à Galashiels, en y consacrant une partie des revenus de l'ancienne abbaye, une maison religieuse, dont les membres s'adonneraient au saint ministère auprès des catholiques et à l'évangélisation des protestants. De là, ces ouvriers de la bonne nouvelle rayonneraient jusque dans les régions septentrionales de l'île.

Les Oblah en "Ecosse,

Dans ce but, M. Hope s'adressa à Mgr Gillis, vicaire apostoHque du district d'Kdimbourg. Ce prélat, non moins remarquable par son talent d'orateur et de controversiste que par la trempe de son caractère et ses vertus, connaissait et appréciait les Oblats.

Déjà, pendant le Carême de i85o, le P. Noble avait donné, à Edimbourg, une mission de cinq semaines, durant lesquelles il monta en chaire deux fois par jour, et confessa plus de trois mille personnes, passant pour cela quotidiennement quatorze heures au confessionnal.

Au mois de mars iSSa, les PP. Cooke et Hickey avaient prêché, avec non moins de succès, le jubilé dans la ville épiscopale ; puis, dans les alentours, une série de retraites ou de missions, aux fruits très abondants. Le nombre des pécheurs et des retardataires qui s'approchèrent du Tribunal de la pénitence fut si considérable, que les Pères durent rester au confessionnal ordinairement de dix heures du matin jusqu'à minuit. Les curés des paroisses exprimèrent en termes non équivoques leur admiration et leur gratitude pour des résultats aussi merveilleux.

Tant d'éloges venus de divers points confirmèrent Mgr Gillis dans sa pensée de fixer les Oblats auprès de lui. Son dessein était, d'abord, de les appeler à Edimbourg même, ou plutôt à Leith qui en est le port de mer, et qui est relié à la cité par le superbe Leith Walk, boulevard de deux à trois kilomètres de long, bordé de beaux édifices. Leith, continuation de la capitale de l'Ecosse, forme, à lui seul, une ville de quatre-vingt mille habitants.

Les circonstances ne permettant pas encore la réalisation de ce projet, Mgr Gillis accepta pour les Oblats les propositions de M. Hope.

Galashiels, sur la Gala, près de son confluent avec la Tweed, occupe

dans une charmante vallée un des sites les plus pittoresques de l'Europe. Cette ville qui ne comptait, alors, que de six à sept mille âmes, n'est distante d'Abbotsford que de deux à trois kilomètres. L'héritier de Walter Scott y avait acquis, au centre de la cité, un vaste terrain, et y faisait bâtir une église qui serait bientôt terminée. A côté

Le P. Charles Bellon.

s'élevait, entourée d'un grand jardin et toute meublée, la maison qu'il destinait aux Pères. Pour leur entretien et les Irais des missions, il assurait une rente annuelle convenable. En outre, il construirait deux écoles, l'une pour les jeunes filles et l'autre pour les garçons.

En l'absence du P. Aubert, le P. Bellon, comme délégué du Supérieur général, signa, le 3i décembre 18012, le contrat par lequel M. Hope confiait cet établissement à la Congrégation.

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— (ihacun ici est très bon pour nous, éci'ivait le P. Dutertre. M. et M""' Hope ne peuvent contenir leur joie de nous posséder. On nous regarde comme les apôtres de l'Ecosse, où il n'y a pas d'autres religieux encore. Nous tâcherons de nous rendre dignes de l'excellente opinion qu'on a de nous... Mais quel travail nous attend, et à quels obstacles de tout genre n'irons-nous pas nous heurter!... Comparée à l'Ecosse, l'Angleterre est entièrement romaine ! Jugez par là !...

Il n'y avait, en edet, à Galashiels que trois cents catholiques, et à peine un millier dans les comtés environnants. La plupart étaient de pauvres Irlandais, chassés de leur pays par la misère, et dont la foi se trouvait exposée à beaucoup de périls, dans une région jusqu'à ce moment si hostile à ri'>glise.

Non seulement les Oblats se dévouèrent au salut de ces malheureux, trop souvent délaissés à cause de la pénurie de prêtres ; mais ils coururent après les brebis égarées, pour en ramener le plus possible au bercail. Leurs prédications attirèrent les protestants à leur chapelle, dissipèrent les préjugés et ouvrirent les cœurs aux inspirations d'en haut.

Une cinquantaine de conversions récompensèrent ces premiers labeurs.

Devant ces résultats qui en présageaient d'autres, les ministres presbytériens prirent l'alarme. Ils mirent tout en œuvre, même les moyens les plus violents, pour dissuader leurs adeptes d'écouter les « papistes » ; mais ces efforts de l'enfer n'empêchèrent pas le bien de s'opérer.

Parmi ceux qui se réjouirent le plus de l'arrivée des Oblats à Galashiels, nous devons un souvenir spécial à lord Henry Keer et à sa famille. Cet homme des plus respectables, d'abord archidiacre anglican, avait, en renonçant à l'église gouvernementale, perdu ses prébendes et sa fortune. M. Hope, son beau-frère, lui céda généreusement l'usufruit d'un cottage et d'une propriété suffisante pour le faire vivre modestement.

Quoique cette position fût si différente de celle qu'il avait eue auparavant, lord Henry Keer, ainsi que sa noble compagne, ne regrettait qu'une chose : être rentré si tard dans le sein de la véritable Église.

Très assidu aux offices, il communiait fréquemment, imité en cela, comme dans la pratique des autres vertus, par les membres de sa famille.

L'année ne s'était pas écoulée, que, pour répondre aux désirs de la

SgÔ DANS LES ILKS BRITANNIQUES

population, il fallut créer un autre centre de missions à Kelso, jolie petite ville de quatre à cinq mille habitants, distante d'une vingtaine de kilomètres. Près de là, également, se dressent les ruines majestueuses d'une abbaye, fondée, vers ii3o, par le roi David P', et détruite par les calvinistes en i545. Ces restes imposants attestaient l'ancienne vitalité du catholicisme dans ces contrées désolées par le schisme et l'hérésie.

Plusieurs autres stations aussi furent ajoutées, soit afin de procurer aux Irlandais, dispersés dans un rayon de cent kilomètres, plus de facilité pour accomplir leurs devoirs religieux ; soit afin de prendre plus directement contact avec les dissidents.

Deux ministères bien distincts sollicitaient donc le zèle des Pères : l'un, régulier auprès d'une population fixe ; l'autre, nécessitant des courses apostoliques très nombreuses et de longue haleine.

En même temps, le clergé ne cessait de les appeler dans les paroisses pour des retraites et des missions.

De plus, ils furent, là aussi, en relations avec beaucoup de personnages de l'aristocratie anglaise attirés à Galashiels i^ar M. Hope et par Abbotsford.

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