CHAPITRE XVII Dublin (Inchicore
§1 "Les Oblah en Irlande. Mission de Dublin.
Nos communautés d'Angleterre et d'Ecosse s'étant raffermies, Mgr de Mazenod jugea le moment venu de tenter un nouvel effort, décisif cette fois, pour introduire la Congrégation en Irlande. Vers la fin de i855, il chargea le P. Gooke d'aller poser les bases de l'établissement projeté.
La distraction d'un étranger fut le moyen dont Dieu se servit pour susciter une série d'événements qui amena la conclusion de l'affaire.
En débarquant à Dublin, le P. Cooke prit un fiacre, et désigna un hôtel situé dans la partie nord, ou ville neuve, sur la rive gauche de la Liffey, fleuve qui divise la cité en deux moitiés presque égales. Par une méprise inexplicable, le cocher se dirigea du côté opposé, vers un hôtel du quartier sud, en face duquel il s'arrêta. Le P. Cooke, trouvant cette maison à sa convenance, ne protesta point. Il s'y installa, et apprit avec plaisir que, dans une rue voisine, la John s street, s'élevait une chapelle : celle des Augustiniens.
Dès le lendemain, il y célébra la messe.
Après l'action de grâces, il conversa quelques minutes avec le Prieur de ces religieux, le docteur Crâne, depuis évêque de Sandhurst. Celui-ci, charmé par les qualités de son visiteur, ne consentit pas à terminer ce colloque, sans avoir reçu la promesse que les Oblats donneraient une mission dans son église, durant le mois de mai.
Prêchée par les Pères Cooke, Gubbins (James), Fox et Arnoux, elle eut un succès extraordinaire. Leur parole puissante remua profondément la population de cette vaste paroisse, et Dieu se plut à répandre des bénédictions abondantes sur leurs travaux. Jour et nuit, les confessionnaux furent assiégés. Dès trois heures du matin, une foule compacte
se massait vers l'égalise, attendant l'ouverture. Aussitôt des flots humains s'y précipitaient, et l'envahissaient complètement. Beaucoup, par précaution, ne s'étaient pas couchés, restant, là, toute la nuit, afin d'avoir une bonne place. Quatre prêtres n'eussent pas suffi pour tous ces pénitents. Les Missionnuii'es débordés demandèrent du secours. Les Augustiniens s'unirent à eux, ainsi ([ue plusieurs membres du clergé séculier. De tous côtés, quand, après de longues heures, les gens s'apercevaient que leur tour n'arriverait peut-être pas. retentissaient des gémissements et des supplications :
— Père, je vous en prie, entendez-moi, aujourd'hui! Il y a dix, quinze, vingt ans que je ne me suis pas confessé ! J'ai peur de mourir avec tant de péchés mortels !...
Un journal anglais publia, le i.") mai i85G, un article, dont nous traduisons quelques passages :
— Si l'on veut savoir ce qu'est une mission catholique, qu'on se rende à Saint-Augustin, à n'importe quel moment du jour et de la nuit ! Les cérémonies les plus émouvantes s'y succèdent. A trois heures, messe et instruction pour les ouvriers ; ensuite, de même pour les classes plus fortunées ; puis, catéchisme pour des légions d'enfants; et, ainsi jusqu'au soir... Parallèlement, un ensemble de pieuses manœuvres, très intelligemment combinées, afin que nul n'échappe à leur bienfaisante influence... Et quelle onction ! quel zèle ! quel pathétique entraînant 1 Les sermons de cette semaine sur le salut et les vérités éternelles ont produit un effet indescriptible ! The powerj'iil practical sermons during this iveek on sah'>alion and on eternal triiths cannot be described, and hâve already produced the most extraordinary resiilts ! Dieu seul et ses anges en connaissent exactement les fruits ! Parfois aussi, quelles scènes charmantes et délicieusement touchantes, comme, hier soir, par exemple, la splendide procession des Enfants de Marie !... Ce que nous disons, loin d'être exagéré, n'est qu'une simple esquisse... Gomment estimer au juste la valeur de ces exercices? Milliers de catholiques ralfermis dans lu foi ! milliers de pécheurs régénérés dans les eaux de la pénitence ! milliers d'égarés rentrés au bercail ! Oh ! sainte Eglise de Jésus-Christ, de combien de grâces innombrables et d'ineffables consolations n'es-tu pas la dispensatrice, toi qui es guidée par l'Esprit de Dieu et soutenue par la présence de ton céleste Epoux ! Oh ! Holy Chiirch of Christ ! of what iinniimbered an inconceivable blessings and g races art thou not capable, giiided and directed as ihoii art bj' the spirit of God and the présence of Jésus Christ!...
DUBLIN'
§2 "Une église pour douze cents personnes construite en quatre jours.
Très chaleureusement, l'archevêcfue de Dublin, Mgr [Gullen, remercia les Oblats, le jour de la clôture ; pais, il leur dit :
— Dans quel faubourg de la ville désirez-vous vous établir?
Le P. Cooke.
Le P. Cooke ne s'attendait pas à cette question, du moins ainsi formulée. Son projet était de fonder une maison, dans les envii'ons de la capitale ; mais se fixer à Dublin lui avait paru impossible, vu le chitTre des communautés déjà existantes.
Dominant sa surprise, il répondit à tout hasard :
— Kilmainham !
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C'était le faubourg^ confinant à Saint-Augustin.
En prononçant ce nom, le P. C-ooke n'avait pas songé que Kilmainham comprenait Inchicore, quartier habité par une nombreuse population d'ouvriers, absolument dépourvue de secours religieux.
Aussi, à cette ouverture, le prélat ne put retenir un soupir de contentement :
— Oh ! oui ! très volontiers ! Je vous donne toute autorisation. Choisissez l'emplacement qui vous plaira !
Appelé à un notable développement, Inchicore allait bientôt faire partie intégrante de la capitale. La plus importante Compagnie des chemins de fer de l'Irlande, la Great Southern and Western Railway Companj', y avait bâti des entrepôts considérables et des ateliers immenses pour la construction de ses wagons et de ses locomotives.
Un millier d'ouvriers s'occupaient constamment à (ces travaux. La plupart, ainsi que les surveillants, contremaîtres, ingénieurs, inspecteurs, mécaniciens, demeuraient tout près, dans des cottages édifiés pour eux par la Compagnie. Les administrateurs les avaient choisis avec soin dans les principaux centres manufacturiers d'Angleterre et dans les plus renommées usines de métallurgie.
Habiles, intelligents, parfaitement dressés, irlandais en général, ces hommes avaient, presque tous, vécu de longues années dans l'oubli complet de leurs devoirs, au milieu de camarades pervertis et schismatiques, dont fourmillaient les cités industrielles. Inchicore se trouvant à deux ou trois kilomètres de l'église, le plus grand nombre n'assistaient jamais à la messe, et on ne savait même pas s'ils étaient baptisés.
Au sein de cette population abandonnée. Dieu plaça le premier établissement, en Irlande, des Oblats de Marie.
Pour cette fondation, le P. Cooke, après plusieurs semaines de recherches, jeta les yeux sur une maison d'assez bonne apparence, entourée d'un grand jardin, et dans un site agréable. Klle appartenait à un Juif!... Le propriétaire n'eût pas manqué d'exiger un prix exorbitant, s'il avait pu, avant la signature du contrat, se douter du but de l'acheteur. L'affaire fut menée rondement, et, grâce à Dieu, conclue à des conditions avantageuses, dans la dernière quinzaine du mois de juin i85G.
Dès le dimanche suivant, la messe fut célébrée dans une des salles de l'habitation transformée en oratoire.
Il fallait, cependant, un local plus vaste pour les assistants qu'on espérait voir se multiplier bientôt. Le P. Gooke se mit aussitôt en
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relation avec quelques hommes entreprenants, pour leur demander quel était, selon eux, le meilleur moyen de résoudre la difficulté. Un jeune charpentier, présent à l'entretien, s'écria :
— En moins d'une semaine, je me charge de construire une chapelle en bois capable de contenir plus de mille personnes !
— Allons donc ! c'est une plaisanterie !
— Non, non ! Laissez-moi faire, et vous verrez.
Gomme il paraissait très entendu et réellement dévoué, on s'en remit à lui.
A l'instant, il se rendit auprès des ouvriers employés par la Compagnie des chemins de fer, et sollicita leur aide.
Dans tous les ateliers la nouvelle se répandit vite que les Pères se proposaient de procurer à la population une chapelle en rapport avec ses besoins. On l'accueillit avec sympathie, puis avec enthousiasme .
Le mardi, 24 juin, fête de saint Jean-Baptiste, une énorme quantité de matériaux était déjà amoncelée dans le jardin. A six heures du soir, après leur journée régulière, sept cents ouvriers de la Railwqy Company se présentèrent pour offrir gratuitement leurs services. Ils vinrent quotidiennement, pendant trois heures consécutives, tailler les poutres, scieries planches, les raboter, les polir, les adapter, les mettre en place, les clouer. C'était un bruit assourdissant de marteaux et de haches, uni aux grincements de la scie et du rabot. Mais ce vacarme dut monter jusqu'au ciel comme une prière.
A dix heures du soir, le samedi, le dernier coup de marteau était donné.
Ainsi, en quatre jours, ou, plus exactement, en treize heures, ces braves gens avaient achevé une chapelle assez vaste pour contenir de mille à douze cents personnes, et très élégante d'aspect, avec son architecture gothique.
Le lendemain, dimanche, 29 juin, fête des apôtres saint Pierre et saint Paul, une messe solennelle y fut chantée, en présence d'une foule compacte.
Il y avait quelque chose de plus étonnant encore que cette construction si rapide : c'était le merveilleux réveil de la foi endormie et de l'amour des pratiques religieuses dans ces phalanges d'ouvriers. Ils avaient concouru généreusement à l'érection d'un sanctuaire à Marie Immaculée. La Sainte Vierge les récompensait en les attirant dans la voie du ciel.
Etonnés eux-mêmes de se trouver là, ils ne l'étaient pas moins d'y rencontrer leurs compagnons.
L'un d'eux, absent pendant le peu de temps qu'avait duré le travail, fut, dès son retour, conduit au nouveau temple par sa femme, empressée à le lui faire admirer.
— Eh bien ! n"es-tu pas surpris, lui dit-elle, que cette église ait pu être terminée en quatre jours !
— Oui ! certes ! je le suis ! Mais ce qui me dépasse, ce qui me renverse, c'est d'y apercevoir John B... récitant des prières!
Ce John B... était un de ceux que tous s'accordaient naguère à considérer comme un mécréant, et non sans motif, à en juger par ses discours, non moins que par ses actes. Mais il n'avait pas refusé sa collaboration, et Dieu l'avait éclairé.
Dans ce monument sorti de terre comme par enchantement, s'engageaient, parfois, à voix basse, entre ces rudes ouvriers agenouillés, des dialogues dans le genre de celui-ci :
— Gomment ! tu es là, toi !
— Oui!
— Tu es donc catholique ?
— Eh ! oui !
— Je ne m'en serais jamais douté ! Il y a longtemps que je te connaissais, cependant !
— Que veux-tu? j'avais tort, je le confesse!...
Puis, après quelques regards furtifs jetés à droite et à gauche sur la nombreuse assistance :
— Et un tel, sur ce banc : il est donc catholique, lui aussi !...
— Eh ! oui !
— Pas possible !
— C'est pourtant vrai. Regarde comme il prie.
— En effet ! sans forfanterie aucune ; mais sans respect humain, non plus ! C'est à ne pas en croire nos yeux ! Je vais d'étonnement en étonnement.
Ici, une pause...
Ensuite reprise de la petite conversation :
— Et ce sont les Pères qui ont accompli ce tour de force de rendre cet impie d'autrefois dévot comme un ange ?...
— Oui!
— Si ce n'est pas, là, un miracle, que mon nom s'efface de ma mémoire !
— Je suis de ton avis : c'est prodigieux.
— Mon cher, sais-tu ce que je pense ?... Saint Patrice nous a bien envoyé les prêtres dont nous avions besoin... Ce qu'il va falloir marcher droit, maintenant !...
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— On s'en trouvera mieux.
— Je ne dis pas non, mais...
Nouveau silence ;... puis, sur un ton quelque peu inquiet :
— Est-ce qu'ils nous imposeront le pledge?
— Je le crains !
— Diable ! ce ne sera pas gai, alors !
— Si tu ne veux pas, tu n'es pas forcé de leur obéir...
— Assurément ! mais, vois-tu, il n'est guère facile de leur résister : ils vous disent les choses, d'une façon!... et puis, sous peine d'être raonti'é au doigt, on est bien obligé de suivre l'exemple des camarades. S'ils promettent, eux, de ne plus boire de whisky, que faire ?...
— Tu le promettras. Ta femme en sera très contente, et tes enfants aussi.
— Penses-tu donc que les Pères établissent bientôt la Société de tempérance?...
— On chuchote que c'est leur intention.
— Alors ! nous ne sommes pas au bout de nos surprises ! nous en verrons d'autres !...
Peu de temps après, en eftet, les Oblats prêchèrent une grande mission, pendant cinq semaines.
A chaque exercice, l'édifice se remplissait. Inspecteurs, mécaniciens, chauffeurs, conducteurs de trains étaient largement représentés. Les Pères prirent un soin spécial des intérêts spirituels de ces hommes, de qui dépendent constamment des milliers de vies. Du matin au soir, et une partie des nuits, les confessionnaux étaient assiégés.
Dieu se plut à bénir ces travaux apostoliques. La plupart de ces gens, si longtemps sans religion, devinrent de parfaits chrétiens. Le vice de l'ivrognerie, si commun parmi les ouvriers d'Angleterre et d'Irlande, fut combattu jusque dans ses derniers retranchements. Des victoires éclatantes couronnèrent ces persévérants efforts.
Pendant cette mission, l'archevêque de Dublin, Mgr Gullen, accompagné d'un de ses vicaires généraux, Mgr Yore, fit sa première visite à Inchicore. Les deux prélats ne pouvaient cacher leur stupéfaction, en admirant celte église, élevée de toutes pièces en quatre jours seulement. Leur cœur surtout débordait de reconnaissance, à la pensée que, malgré ses dimensions, elle ne suffisait pas. Il faudrait bientôt en élever une autre plus vaste, solidement bâtie en bonnes et belles pierres.
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"Les écoles. Le Tr. Biggan.
Afin d'arracher la jeunesse au prosélytisme des maîtres protestants, on s'empressa d'inaugurer, en octobre, une école catholique sous la direction de Frères convcrs Oblats, préparés à ce ministère.
L'un surtout, le Fr. Biggan, irlandais, né à Gootehill, dans la province de rUlster, avait une véritable valeur. Après des études très sérieuses, adolescent, il remporta le prix de mathématiques dans un concours public. Ce triomphe lui ouvrait les portes de l'université de Dublin, et lui permettait d'aspirer aux honneurs lucratifs que cette Institution, si richement dotée, réserve à ses membres. Mais, pour cela, il aurait dû transiger avec sa conscience. Il préféra garder intacte la foi de son baptême et renonça à ces avantages temporels.
Pendant plusieurs années, il enseigna dans son pays natal. Il souffrait en songeant que les enfants de ses compatriotes fixés en Ecosse, étaient exposés à se pervertir au milieu des presbytériens. Ayant appris qu'à l'Ecole nationale d'Edimbourg, une place de professeur devait être donnée au concours, il se présenta pour subir l'épreuve. Malgré les préventions suscitées dans l'esprit des examinateurs par sa double qualité d'irlandais et de catholique, ceux-ci, contraints par l'évidence de son mérite hors de x^air, lui attribuèrent le poste vacant.
Mgr Gillis conçut pour lui tant d'estime qu'il l'employa comme secrétaire, autant que les fonctions pédagogiques lui en laissaient le loisir.
Au palais épiscopal d'Edimbourg, M. Biggan connut les Oblats. Dès lors, il résolut de se consacrer entièrement à Dieu, sous la bannière de Marie Immaculée, dans l'iiumble, mais si méritoire condition de Frère convers.
Le principal obstacle à la i-éalisation de son projet vint de Mgr Gillis lui-même, qui ne pouvait se décider à se séparer d'un collaborateur aussi précieux. 11 finit par céder, et le pieux instituteur alla faire un noviciat des plus fervents, à Sicklinghall, sous la sainte direction du P. Richard.
Aussitôt après ses premiers vœux, il fut envoyé à Inchicore et mis à la tête de l'école : il avait alors plus de quarante ans.
Sous un tel chef, elle ne pouvait que prospérer. Les enfants s'y comptèrent bientôt par centaines.
§ 4 Mort du P. T^ichard.
Les œuvres de Dieu sont marquées au coin de l'épreuve. C'est une règle ici-bas sans exception. Le bien ne s'opère que par le sacrifice. Au Seigneur il faut des victimes. Il les prend lui-même parmi les plus pures.
La communauté naissante d'Inchicore avait accompli déjà trop de bien, et était destinée à en faire trop dans l'avenir, pour que Dieu la privât de ce signe caractéristique de sa prédilection.
Une année ne s'était pas écoulée, que la mort lui ravissait son premier supérieur.
Encore à la fleur de l'âge, le P. Richard (Gustave) était un de ceux qui, en peu de temps, savent, par la pratique héroïque de la plus éminente perfection, acquérir pour le ciel des mérites immenses.
Arrivé en Angleterre, à l'automne de i85o, il professa, d'abord, la philosophie au scolasticat de Maryvale. Sa physionomie austère frappait par un harmonieux mélange de jeunesse et de maturité. Une taille avantageuse rehaussait cet extérieur qui inspirait, à la fois, la sympathie et la confiance.
Précédemment, il avait rempli, durant plusieurs années, à l'entière satisfaction du Supérieur général, et pour le plus grand profit des sujets qu'il eut à former, les fonctions si importantes de maître des novices à Notre-Dame de l'Osier. Sa régularité jusque dans les moindres détails, son amour pour sa vocation, un cachet de sainteté empreint sur toute sa personne l'avaient désigné au choix du vénéré Fondateur. Mais ses forces corporelles n'étaient j)as en proportion de son zèle et de ses vertus. Les médecins jugèrent dangereux pour sa vie de rester plus longtemps chargé d'une communauté aussi nombreuse. Il fut alors envoyé en Angleterre, où le changement de climat lui ayant été favorable, de professeur il redevint maître des novices à Sicklinghall. Sa connaissance de l'anglais lui rendait cette tâche facile.
Nommé supérieur de la maison d'Inchicore, il contribua puissamment à lui infuser l'esprit de régularité. Malheureusement sa santé ne tarda pas à être ébranlée de nouveau, et des signes avant-coureurs d'une mort prochaine se manifestèrent.
Loin de s'en attrister, il en tressaillait de bonheur. Se promenant, un soir du mois d'avril 1807, dans le jardin avec le P. Cooke, il lui dit, le visage resplendissant d'un éclat inexprimable :
— Depuis plusieurs jours, j'éprouve un calme intérieur que je ne
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saurais décrire. C'est une paix, un repos, une félicité qui ne sont plus de la terre !... Mon exil touche à son terme.
Tandis quil parlait de la sorte, son rejçard semblait entrevoir, à travers les voiles d'ici-bas, le séjour de l'indéfectible lumière.
Moins d'une semaine après ce céleste entretien, il entrait en agonie. Malgré ses douleurs, on l'eût cru dans une perpétuelle extase, et il répétait sans cesse l'aspiration de l'apôtre :
— Ciipio dissolvi et r^se ciiin Christo ! Je désire tomber en poussière, pour vivre avec Jésus !
Après plusieurs jours de cet état, il demeura longuement absorbé dans une prière silencieuse. Son visage pâlissant et sa bouche ne remuant plus, on se demandait s'il n'avait pas expiré.
Soudain retentirent, dans la chapelle voisine, les voix fraîches d'enlants chantant de pieux cantiques.
Un rayon de joie illumina ses traits. F'ixant un regard d'une douceur indéfinissable sur ceux qui entouraient sa couche, il murmura :
— Écoutez ces anges de la terre qui font écho à ceux du ciel ! Oh ! comme j'aime à entendre chanter les louanges du Seigneur !...
A ces mots, ses lèvres et ses yeux se fermèrent : il était mort.
— Jusqu'à présent, affirmait le P. Cooke, je le considérais comme un saint dans un corps périssable ; maintenant je suis convaincu que sa place est très haut dans réterncllc Patrie.
Tous pensaient de même.
Les fidèles résolurent de lui élever un tombeau, en signe de leur vénération. Dans ce but. ils firent entre eux vnie collecte qui. en peu de jours, atteignit près de quatre mille francs. Cette somme dépassa de beaucoup les frais nécessités par le monument au style simple et sévère. Le reste servit à l'embellissement de l'autel.
Ce trépas fut, ce semble, une source de grâces. Chaque dimanche, la chapelle se remplissait plusieurs fois. Dans la semaine aussi, l'affluence était considérable. Des centaines de personnes assistaient à la prière qu'on y récitait, chaque soir, et à l'instruction, sous forme de méditation, qui la terminait. Un grand nombre communiaient fréquemment. On venait se confesser aux Oblats, même îles quartiers les plus reculés de Dublin, tant leurs prédications les faisaient avantageusement connaître, et tant leur direction était universellement goûtée.
Pour développer ce bien si heureusement commencé, ils songèrent à bâtir une maison qui, tout en fournissant à la communauté un logement convcmable, serait assez grande pour recevoir les prêtres et les laïques désireux de vivre quelques jours, ou une semaine, dans la retraite.
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La [«remière [)ierre en l'ut solennellement posi'e, le 8 décembre i858, devant une assistance ti'ès nombreuse, [)armi laquelle on voyait le lord-maire de Dublin entouré de sa famille, des personnages de distinction et les principaux membres du clergé de la capitale.
Les travaux durèrent près de deux ans. Cette Hoiise of Retreat est d'un aspect monumental. Elle a près de soixante mètres de long, sur dix-huit de large. Au rez-de-chaussée, traversé dans le sens de la longueur par un corridor large de quatre mètres, sont les salles de réception, la bibliothèque, les parloirs, les réfectoires, la cuisine, etc. ; aux étages supérieurs, les chambres, vastes et aérées. Il y a place pour quatre-vingts personnes. La façade est en pierres de couleur grisâtre, tandis que les montants des fenêtres cintrées, à deux ou trois panneaux, sont en pierres blanches. Cet ensemble donne à l'édifice un caractère de noble simplicité et de beauté grave.
Sur le terrain attenant, on planta plus de douze cents arbres, et l'on traça deux jardins : l'un pour la communauté et l'autre pour les retraitants.
D'Inchicore, les Oblats, surtout les Pères Gooke, Fox, Gubbms, Ryan et Nolan, rayonnèrent au loin. Leurs missions eurent un succès énorme. Elles leur attirèrent de plus en plus la confiance des populations et l'estime du clergé. Les évoques et archevêques les appelaient à l'envi dans leurs diocèses. Parmi les paroisses évangélisées, citons celles de la cathédrale de Thurles ; de Naas, ancienne ville royale dans le comté de Kildare; de Gappoquin, de Dungarvan, de Newtown- Barry. etc., etc. Les foules qui bénéficiaient de leur ministère sacré, atteignaient d'ordinaire le chitTre de (pnnze à vingt mille personnes, car on accourait de plusieurs lieues à la ronde. Le bien accompli fut incalculable. Dieu seul en connaît l'étendue.