‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 21 sur 125 · PREMIERS DISCIPLES II · texte numérisé non relu

PREMIERS DISCIPLES II

famille. Ses yeux, en s'ouvrant à la lumière, y rencontrèrent l'exemple des vertus chrétiennes, et môme sacerdotales. Un de ses oncles, prêtre de caractère, avait refusé le serment schismatique pendant la Révolution, et s'était exposé à la mort plutôt que de trahir sa foi. Rentré en France, après la tourmente, il fut curé de la paroisse populeuse de Saint-Sauveur, à Aix. Un des frères du P. Honorât reçut le sacerdoce, fut vicaire de son oncle, et mourut victime de son zèle.

Stimulé par ces exemples, Jean-Baptiste Honorât désira, de bonne heure, se consacrer entièrement à Dieu. Il grandit dans cette pensée, sans trop la manifester pourtant, car ses parents qui avaient consenti à la vocation de son frère aîné, paraissaient tout disposés à contrarier la sienne. Son père lui fît donner une éducation très soignée, puis l'associa à son commerce.

Obligé, alors, d'entreprendre plusieurs voyages pour les intérêts de sa maison, il trouva, dans les moyens employés pour l'attacher au monde, l'occasion providentielle de conquérir sa liberté. Ayant remis entre les mains de son beau-frère la liasse de papiers dont il était porteur, il s'éloigna, sans autre explication. Quelque temps après, on apprit qu'il s'était retiré parmi les Missionnaires de Provence, et qu'il ne consentait pas à s'en séparer.

Extrême fut létonnement de sa famille, et profonde la déception de son père. Celui-ci comprit, cependant, qu'il ne réussirait pas à ébranler une volonté aussi énergique, et renonça, non sans peine, à susciter des obstacles dont il prévoyait la parfaite inutilité.

Le postulant progressa rapidement dans la voie du sacrifice. Quelques années plus tard, il eut l'honneur, après de féconds labeurs en France, d'être placé à la tête de la première colonie d'Oblats envoyés par delà les mers. Avec eux, il s'avança dans les régions immenses de l'Amérique du Nord. Son infatigable dévouement contribua beaucoup au succès des travaux d'évangélisation qui transformèrent si heureusement ces vastes contrées.

Le Père Marcou.

Sujet de grande espérance et de vertu éprouvée, le P. Marcou fut l'un des membres les plus fervents de l'Œuvre de la Jeunesse.

A quinze ans, il lui arriva une de ces aventures qui serait citée pour l'édification du lecteur, dans la biographie d'un saint. Quelques jeunes filles de mœurs légères l'abordèrent, un jour, en lui adressant des propositions qui le firent rougir. Justement indigné, il les mit en fuite, avec une volée de coups de parapluie, vertement administrée.

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Emu de colère, il vint raconter la chose au P. de Mazenod, son directeur.

— Je nai qu'un regret, dit-il, c'est de ne pas avoir frappé assez fort. Ah ! si, à la place de mon parapluie, j'avais eu un solide bâton dans la main, elles en auraient vu bien d'autres ! Mais, patience ! je sais où retrouver ces misérables, et, pour leur enlever toute envie de recommencer, je leur donnerai une leçon dont elles garderont longtemps le souvenir.

Le P. de Mazenod lui conseilla de ne pas mettre ce projet à exécution, mais de s'en tenir là. dans son rôle de justicier.

Après d'excellentes études classiques, le vertueux adolescent entra au séminaire. Trois ans après, sur le point de s'engager irrévocablement au service de Dieu par le pas décisif du sous-diaconat, il écrivit au P. de Mazenod, alors en mission :

— Depuis longtemps, je brûle du désir de m'agréger à votre sainte Société. Impatient de me trouver auprès de vous, je me transporte sans cesse, en esprit, dans votre maison. Pendant la communion surtout, quand, seul avec Jésus, je lui demande la grâce d'accomplir sa volonté, cette pensée s'empare de moi d'une façon toute particulière. Elle est, en ce moment, si violente que, ne pouvant souffrir aucun délai, je vous supplie de ne pas différer davantage mon bonheur. Je sais que mes parents feront feu et flamme et jetteront les hauts cris ; mais je suis prêt à soutenir toute espèce d'assauts, aidé du secours de Dieu et de vos sages conseils.

Xon content de se donner lui-même, il décida un de ses condisciples à le suivre.

Quelques jours après son arrivée, il écrivait :

— Je suis ravi de la ferveur et de la piété qui anime les novices. J'espère qu'en les imitant, j'obtiendrai du Seigneur la grâce de devenir un saint prêtre et un bon missionnaire. Quel bonheur de sacrifier sa santé, sa jeunesse, ses talents, en un mot, tout ce que nous avons, et, s'il le fallait, jusqu'à la dernière goutte de notre sang, pour la gloire de Dieu !

Ce n'était pas là un enthousiasme passager. Huit mois plus tard, il exprimait les mêmes sentiments :

— Que nous sommes heureux ! et comment Dieu ne bénirait-il pas une telle Société ?... Ah! il n'a pas tant attendu. Tous les jours, il répand sur elle des flots de grâces... Nous avons des saints, des anges sur terre... Quand l'enfer et toutes ses légions, le monde et tous ses partisans se soulèveraient contre nous, nous demeurerions inébranlables. Moi-même qui suis le moindre de tous, le minimiis de notre

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