‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 81 sur 125 · LES PROJETS DU P. AUBERT · texte numérisé non relu

LES PROJETS DU P. AUBERT

Mgr (le Mazenod lui répondit :

— Que Dieu bénisse cet évoque qui s'est montré si exigeant ! Que Dieu nous tienne compte, à nous, du bien que nous voulions faire à ses ouailles !...

Inaccessible au découragement, le P. Aubert essaya de réaliser son œuvre à Limerick, ville presque aussi importante que celle de Cork. Il j rencontra les mêmes obstacles insurmontables, et ne put aboutir.

Les Trères de Saint-Patrice.

Dans le diocèse de Carlow. entre Cork et Dublin, se trouvait la maison mère des Frères dits de Saint-Patrice, voués à l'enseignement. Ils possédaient trois maisons en Irlande, chacune ayant de huit à dix religieux.

Trop peu nombreux pour avoir pu être approuvés à Rome, ils cherchaient à s'agréger à une Congrégation qui le fût déjà canoniquement.

Ayant appris leurs dispositions, le P. Aubert écrivit au supérieur.

Par une coïncidence des plus heureuses, sans le savoir il n'était pas un inconnu à ce saint homme, qui s'était confessé à lui, à Marseille, quatre ans auparavant, lors de son voyage en Italie, pour l'approbation de son Institut, et avait gardé de lui le meilleur souvenir.

La proposition fut accueillie avec enthousiasme. On pressa le P. Aubert de venir tout voir par lui-même. Il le fît, au mois de décembre 1842. La maison mère, ou collège de Tullow, situé dans la ville de ce nom, était une construction vraiment belle, avec jardins, cours et dépendances.

Si cette union, désirée de côté et d'autre, s'était réalisée, les Oblats auraient eu, en Irlande, dès le commencement, deux ou trois communautés toutes formées.

Cet arrangement, cependant, ne pouvait avoir lieu sans l'assentiment de l'évêque diocésain, puisque cette Société, n'ayant pas été approuvée à Rome, ne jouissait pas d'une autonomie suffisante pour agir en pleine indépendance.

Dans les premiers jours de janvier 1843, le P. Aubert vint à Garlow, conférer avec Mgr Healy. La démarche était déHcate, car il s'aventurait sur un terrain brûlant.

Bien à tort, l'évêque avait considéré comme une offense les tentatives des Frères de Saint-Patrice pour obtenir une ajiprobation

du Saint-Sièg-e. Leur but. selon lui, était de se soustraire à son autorité légitime. Son mécontentement avait cru à la suite de leur persistance à ne pas céder leurs propriétés au diocèse.

Diplomate à ses heures, le P. Aubert ne sollicita, d'abord, qu'une simple permission : celle de rassembler au collège de TuUow quelques jeunes gens désireux d'entrer chez les Oblats, afin de les éprouver et de les façonner aux vertus religieuses, avant de les envoyer en France.

S'apercevant que l'irascible prélat l'écoutait avec bienveillance, il laissa entendre que, dans l'avenir, on aurait peut-être à examiner l'hypothèse dune fusion entre les deux Congrégations, si cela était de nature à contribuer à leur avantage réciproque et à celui du diocèse.

L'évèque demanda à réfléchir.

En attendant, il traita le P. Aubert avec beaucoup d'égards, le pria de loger dans son séminaire, et, le lendemain, l'invita à dîner chez lui, en compagnie des membres les plus marquants de son clergé.

Quelques jours après, il lui communiqua sa décision :

— Pour ce qui vous concerne personnellement, dit-il, ce me serait très agréable de vous donner satisfaction entière. Mais les Frères de Saint-Patrice ont voulu s'alTranchir de ma juridiction. Par suite, vous le comprenez vous-même, je ne puis consentir à aucune combinaison favorisant un dessein ourdi contre moi.

Un théologien comme le P. Aubert n"eùt pas été embarrassé pour démontrer, d'après les principes les plus incontestables, que demander une approbation au Saint-Siège n'était pas s'insurger contre l'épiscopat.

Mais à quoi bon discuter ? Il était trop perspicace pour s'illusionner sur les véritables intentions du prélat. Son refus, malgré les expressions de politesse qui en adoucissaient la forme, était trop catégorique. Tant que la conclusion de cette aflaire dépendrait de Mgr Healy, inutile d'y songer.

C'était donc partie remise : on verrait, plus tard.

§3 Les résultats.

Ainsi, aucun de ces projets n'avait réussi, malgré les qualités supérieures déployées par le P. Aubert, et les espéranees sérieuses que les débuts avaient permis de concevoir.

L'heure n'avait pas sonné encore pour les Oblats de prendre pied dans la verte Érin ; mais, de préférence, Dieu les acheminait vers l'Angleterre, où un vaste champ d'action s'ouvrait devant eux.

Page 1