‹ Les Oblats de Marie Immaculée durant le premier siècle de leur existenceChapitre 85 sur 125 · GRACE DIEU · texte numérisé non relu

GRACE DIEU

terre, et du sommet de laquelle on découvre un immense panorama. La maison mise à la disposition des Pères était très convenable.

Le premier supérieur de cette communauté lut le P. Perron. Il y arriva le 3 septembre i845. Il eut, d'abord, comme collaborateurs, les Pères Robert Gooke, Tamburini et John Noble.

M. de Lisle-Phillipps se montra très heureux de ce choix. Plusieurs de ses lettres expriment sa reconnaissance et son bonheur de posséder ces hommes qu'il appelait « excellents religieux, très instruits et de bonne société ».

L'éloquence du P. Gooke surtout le charmait, comme elle captivait les auditeurs les plus difficiles. Il en écrivait en ces termes à Mgr de Mazenod :

— Ge jeune Père a totalement justifié les éloges de Votre Seigneurie. Il gagne tous les cœurs. C'est un prêtre des plus méritants. Il est si insinuant et si charitable qu'il touche nos frères séparés, pendant qu'il rafi'ermit ceux qui ont embrassé notre sainte Foi. Sa prédication est séduisante, et sa manière d'agir envers tous, entièrement ce quelle doit être.

Né à Dungarvan, comté de Waterford, en Irlande, le P. Gooke appartenait à une famille distinguée, mais que la persécution priva d'une partie de ses biens. Néanmoins, son éducation fut soignée. Il étudia la médecine et le droit. Fin littérateur, il publia des articles remarqués dans les journaux de Dublin, avant de se diriger vers le noviciat de Notre-Dame de l'Osier. Esprit juste et délicat, caractère doux et sensible, d'une figure avenante et d'une taille avantageuse, il faisait concevoir, par ses talents et ses vertus, des espérances t[ue l'avenir réalisa complètement.

Le P. Noble, dont nous avons déjà parlé, avait aussi des aptitudes signalées pour la chaire. Quant aux Pères Perron et Tamburini, quoique français d'origine, ils s'étaient assez familiarisés avec la langue anglaise pour qu'on les écoutât volontiers.

Bientôt les Oblats furent en relation non seulement avec le peuple, mais avec les plus hauts pei'sonnages. M. de Lisle-Phillipps en recevait beaucoup et fréquemment. Chaque fois qu'il avait sous son toit ces nobles visiteurs, il ne manquait pas de prier les Pères de venir au château. Ils y connurent ainsi les hommes les plus en vue du Royaume, entre autres lord Glifford qui les convoitait pour le comté de Lincoln ; l'illustre Newman, et plusieurs autres célèbres convertis de l'université d'Oxford.

§2 Courses apostoliques et discussions publiques avec les ministres de l'erreur.

A ces Missionnaires fervents il ne suffisait pas d'évangéliser les localités de Grâce Dieu et de Whitwick. Revêtus de la soutane, et leur grande croix sur la poitrine, ils se rendaient dans les villages environnants : Osgathorpe, Thrinsgtone, Belton, et dans les villes plus populeuses : Coalville, Asliby de la Zouch, Castle Donnington, etc.

En ces endroits, pas d'églises. Il prêchaient en plein air. C'était une fatigue de plus : mais ils ne reculaient pas devant ce surcroît de travail.

Dans ces pays, où l'on ne rencontrait, alors, aucun catholique, ils employaient la matinée à parcourir toutes les maisons, pour inviter les gens à une conférence qui aurait lieu, l'après-midi, sur la place principale.

Ordinairement on répondait :

— Merci, Monsieur, nous irons.

Au moment indiqué, les habitants s'ébranlaient en masse ; les uns, graves, pensifs, préoccupés ; d'autres, hommes et femmes, portant des chaises sur leurs épaules, pour s'installer à l'aise. Quand chacun s'était arrangé le plus commodément possible, l'orateur montait sur une estrade, et développait sa thèse.

Le sujet était toujours l'une des vérités fondamentales : le salut, le jugement, la passion de Jésus-Christ, etc. On évitait, au début, ce qui, ayant l'apparence d'une controverse, aurait eu pour résultat immédiat de diviser les esprits. Avant tout, il fallait se faire accepter et écouter.

Aussi, à la fin du discours, plusieurs des assistants exprimaient leur satisfaction. Beaucoup même ne cachaient pas leur étonnement de voir des prêtres catholiques citer si à propos la Sainte-Ecriture. On leur avait si souvent répété que les « papistes » abhorraient la Bible et ne la lisaient pas !

Un jour, le P. Noble, qui, chaque semaine, prêchait deux ou trois fois sur les places publiques, achevait un de ses sermons en plein air, à Osgathorpe, lorsque l'un des auditeurs, méthodiste à barbe blanche, éleva la voix pour lui poser des objections contre le dogme de l'intercession des saints.

Subtil dialecticien, et prompt à la repartie, le P. Noble eut vite, en quelques arguments serrés, poussé le contradicteur jusque dans ses derniers retranchements.

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